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Sonde BRGM dans le fleuve Kourou (Guyane, 2012). © BRGM - Anita Slansky

État des lieux de la contamination des sols et des eaux de Guyane par les pesticides

27.02.2015
Dans deux secteurs maraîchers et fruitiers de Guyane, un état des lieux de la contamination des eaux de surface et souterraines, des sédiments et des sols a été effectué.

Cette caractérisation, focalisée sur des secteurs où les usages de produits phytosanitaires sont a priori importants, vient compléter les données acquises de manière réglementaire dans le cadre de Directive Européenne Cadre sur l’Eau à l’échelle de la Guyane. Si quelques substances ont été quantifiées dans les eaux de surface, avec des teneurs variables au cours du temps et d’un secteur à l’autre, les autres compartiments environnementaux n’ont pas révélé une présence importante des molécules recherchées.

En complétement des analyses effectuées dans les différents compartiments environnementaux, des approches expérimentales de laboratoire permettant de caractériser le devenir des substances phytosanitaires ont été déployées, de façon à pallier aux manques de références en contexte tropical humide. L’adsorption et la dégradation des molécules apparaissent fortement variables suivant les sols et/ou molécules, suggérant un risque de lessivage vers les eaux souterraines différent selon le couple sol/molécule.

Contexte de réalisation

En Guyane comme en métropole, la principale utilisation des produits phytosanitaires est l’agriculture, les produits phytosanitaires permettant d’assurer une bonne productivité horticole, plus spécifiquement à cause du climat qui induit une très forte pression parasitaire et un développement important des plantes indésirables. La Directive Européenne Cadre sur l’Eau impose aux États membres que les masses d’eau présentent d’ici 2015 un bon état chimique. Vis-à-vis du paramètre pesticide, conformément à la réglementation en vigueur, il est donc nécessaire de ne pas dépasser dans les milieux aquatiques la valeur guide de 0.1 µg/L, retenue pour toutes les molécules phytosanitaires à l’exception de l’aldrine, la dieldrine, l’heptachlore et l’heptachloroépoxyde (0.03 µg/L). De même, la Directive fille « eau souterraine » souligne également l’importance de ne pas altérer la qualité des eaux de surface par des apports d’eau souterraine de moindre qualité.

Malgré la mise en place en 2007 d’un réseau de surveillance (13 stations en eaux souterraines et 53 stations en eaux de surface censées représenter l’ensemble du territoire), les données restent peu nombreuses en Guyane.

Prélèvements d’eau souterraine dans un forage. Zone maraîchère de Cacao, Guyane. © BRGM - Ariane Blum

Objectifs

L’objectif du projet est double. Il consiste d’abord à tenter de répondre à la question : les  sols et milieux aquatiques (eaux de surface et sédiments, et eaux souterraines) des secteurs maraîchers et fruitiers de Guyane contiennent-ils des phytosanitaires résiduels des traitements agricoles et, si oui, dans quelles proportions et pour quelles substances ?

Parallèlement, il vise aussi à caractériser l’adsorption et la dégradation, deux processus majeurs pour expliquer l’évolution, de substances historiquement ou actuellement utilisées dans le contexte pédoclimatique spécifique de la Guyane (tropical humide).

Programme des travaux

Le projet se décompose en 2 volets principaux.

  • le premier concerne l’établissement de l’état des lieux de la contamination des eaux de surface et souterraines et des sols dans les 2 secteurs agricoles contrastés de Cacao et de Javouhey (sols développés sur socle et sédiments tertiaires, respectivement) soumis à des régimes pluviométriques très différents (cumul annuel de l’ordre de 4000 et 2000 mm, respectivement) ;
  • le deuxième volet concerne l’acquisition en laboratoire de données expérimentales permettant la compréhension du devenir de substances phytosanitaires ainsi que le risque de transfert vers les eaux souterraines.

Résultats obtenus

Dans les eaux de surface (7 à 9 sites sur chacun des deux secteurs agricoles) sur 71 molécules recherchées à l’occasion de 3 campagnes (mai, août, novembre), 8 ont été quantifiées, avec les teneurs les plus importantes pour l’aminotriazole et le glyphosate. Les résultats révèlent une variabilité temporelle des concentrations mais aussi selon le secteur agricole. En complément de ces échantillons ponctuels, la mise en place en novembre d’échantillonneurs passifs a permis de caractériser, pour des concentrations faibles, la présence de quelques autres molécules.

Dans les sédiments de rivière, aucun pesticide n’a été quantifié à l’exception de la lambda cyhalothrine (insecticide) et du  métolachlore (herbicide), observés dans les sédiments d’une des stations de prélèvement de Javouhey (teneurs respectives de 245µg/kg et de 12040 µg/Kg).

Sur chacun des 2 secteurs, l’implantation de 2 forages a permis d’accéder aux eaux souterraines. Aucune des molécules recherchées n’a été quantifiée mais compte tenu de la forte variabilité spatiale et saisonnière de la contamination, des compléments d’analyse seront nécessaires pour confirmer ou infirmer ce résultat. L’étude en laboratoire sur les modalités de transfert des pesticides dans les sols type de Guyane permettra en outre de mieux comprendre le devenir des molécules et leur transfert vers les eaux souterraines.

PARTENAIRE

  • DEAL Guyane
BRGM - 3 avenue Claude-Guillemin - BP 36009 45060 Orléans Cedex 2 - France Tél. : +33 (0)2 38 64 34 34