Qui était le Maître dit de Rimini, grand sculpteur du 15ème siècle dont les œuvres en albâtre ont été exportées dans toute l’Europe ? Les historiens de l’art ont longtemps placé son atelier aux Pays-Bas ou dans le Nord de la France, mais une étude publiée dans la revue scientifique PLoS ONE fournit une hypothèse alternative.
12 avril 2022
Évanouissement de la Vierge, 1430-1440, Musée du Louvre Évanouissement de la Vierge, 1430-1440, Musée du Louvre

Évanouissement de la Vierge, 1430-1440, Musée du Louvre. Maître de Rimini, actif en Allemagne ou au Pays-Bas, qui utilisait exclusivement un albâtre de Franconie de gisements proches de Würzburg, Bavière.

© BRGM - Wolfram Kloppmann

En analysant les isotopes de l’albâtre utilisé par le Maître de Rimini, des équipes du BRGM, du Laboratoire de recherche des monuments historiques, du Centre de recherche sur la conservation, du Centre interdisciplinaire de conservation et restauration du patrimoine et celles du Musée du Louvre, ont découvert que le matériau utilisé par son atelier provenait probablement d’une unique carrière de pierres située en Franconie (nord de la Bavière), soit à près de 600 kilomètres des régions où l’historiographie plaçait jusqu’ici son travail.

Cette découverte ouvre une nouvelle hypothèse, celle d’un artiste formé par l’école flamande qui aurait émigré vers l’Allemagne du Sud où il trouvait son matériau de prédilection, l’albâtre. Depuis une dizaine d’années, les études sur la traçabilité des matériaux anciens dessinent une nouvelle carte de l’Europe artistique à travers les siècles, en reconstituant les réseaux d’échanges de matériaux, des œuvres et des savoir-faire.

Le savoir-faire isotopique au BRGM

Depuis ses prémices dans les années 40, l’étude isotopique continue de se développer dans les milieux de la recherche. Un même élément chimique peut comporter des masses atomiques différentes (pour un même nombre de protons, le nombre de neutrons peut varier) : ce sont ses isotopes. Certains atomes sont stables quand d’autres, radioactifs, se désintègrent dans le temps. La possibilité de distinguer ces isotopes facilite ainsi les datations géologiques mais permet aussi de retracer l’origine et les transformations des éléments dans le sous-sol ou les eaux. Au sein de son centre scientifique et technique de La Source, le BRGM bénéficie d’une infrastructure analytique très complète pour l’étude isotopique d’un grand nombre d’éléments chimiques.

Référence de l'article 

A pan-European art trade in the Late Middle Ages: Isotopic evidence on the Master of Rimini enigmaPLoS ONE (2022), par Kloppmann W., Leroux L., Bromblet P., Le Pogam P. Y., Montech A. T., Guerrot C.