Albâtre : retrouver les routes de l’art grâce à la géochimie

L’albâtre est une pierre chargée de symbolique et de prestige, mais qui garde une part de mystère. Grâce à la géochimie, les chercheurs retracent ses routes à travers l’Europe au fil des siècles.
2 avril 2021
Détails d’un groupe "Portement de la croix"

Détails d’un groupe "Portement de la croix", deuxième quart du 14ème siècle, Musée du Louvre, Département des Sculptures. 

© BRGM - Wolfram Kloppmann 

Depuis la nuit des temps, l’Europe est traversée par des réseaux d’échanges invisibles par lesquels circulent les biens, les humains, les idées, et qui s’effacent et se redessinent sans cesse. Les seules informations qui nous viennent des temps et des contrées où la transmission orale était privilégiée relèvent de l’archéologie. 

Quand se mélangent, dans un tombeau celte, ambre de la Baltique et céramiques étrusques ou attiques, cela nous en dit long sur les échanges commerciaux intenses de cette « protohistoire ». Mais même au Moyen-âge, les sources écrites manquent souvent. Heureusement, il est également possible de faire parler les matériaux mêmes, utilisés pour tel objet de la vie quotidienne ou tel objet de luxe ou d’art. En effet, leur composition peut conserver des traces de leur origine, des éléments qui les lient aux endroits où étaient extraites les matières premières en vue de leur fabrication.

Un matériau prestigieux

Notre programme de recherche réunit, depuis une dizaine d’années, des laboratoires spécialisés dans le patrimoine, dans la géochimie, ainsi qu’un vaste réseau mondial de musées. Le Musée du Louvre y occupe une place toute particulière du fait de son engagement à la fois scientifique et financier. Quant au matériau que nous essayons de « faire parler », c’est une pierre chargée de symbolique, de prestige, mais qui préserve sa part de mystère : l’albâtre.

Carrière de gypse et albâtre

Carrière de gypse et albâtre, Notre-Dame-de-Mésage (Isère). 

© BRGM - Wolfram Kloppmann 

Les « empreintes digitales » de l’albâtre

L’albâtre blanc est chimiquement un sulfate de calcium, c’est-à-dire rien d’autre que du gypse ou son cousin, l’anhydrite. Il contient donc du calcium, du soufre et de l’oxygène ainsi que des traces de strontium. Nous nous intéressons de près à ces trois derniers éléments. Chacun d’eux possède plusieurs isotopes stables, des variantes de l’élément, qui ne se distinguent que par leur nombre de neutrons et ainsi leur masse. Les rapports entre les isotopes lourds et légers des trois éléments, tel le rapport du soufre 32 et de son homologue plus lourd, le soufre 34, nous fournissent une sorte d’empreinte digitale de chaque gisement d’albâtre dépendante de son âge géologique et des conditions de sa formation.