Fête de la science 2022 : le changement climatique
Transcription
La planète, vous la voulez bleue ou bien cuite ? Le changement climatique est déjà là : catastrophes naturelles, canicules, fonte des glaces, montée des eaux, la crise environnementale impacte gravement notre quotidien et notre biodiversité. Avec le nouveau rapport du GIEC et la prochaine édition de la COP 27 en Égypte, le climat et l'écologie sont d'actualité. Mais connaissez-vous les acteurs de la lutte contre ce dérèglement ? Face aux menaces d'un bouleversement planétaire, chercheurs et scientifiques travaillent pour trouver des solutions et agir. À l'occasion de la Fête de la science 2022, nous les mettons en lumière. Où que vous soyez en France, venez à leur rencontre. Ce sera du 7 au 17 octobre 2022 en métropole et du 10 au 27 novembre 2022 en Outre-mer et à l'international. Cette Fête de la science sera l'occasion de rassembler les générations autour d'un grand enjeu : le changement climatique. Venez à la rencontre de nos scientifiques, que vous soyez grand ou petit. Alors, le climat, on en parle ?
La Fête de la science, évènement phare et populaire qui célèbre le partage des sciences, aura lieu du 7 au 17 octobre 2022 en France métropolitaine et du 10 au 27 novembre en outre-mer et à l’international.
Organisée chaque année par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, la Fête de la science est un rendez-vous incontournable pour tous les publics. Pendant une dizaine de jours, familles, scolaires, étudiants, amateurs ou passionnés de sciences échangent à l'occasion de milliers d’évènements gratuits organisés partout en France.
Pour lancer sa 31e édition, la Fête de la science s’invite au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris. Un dispositif exceptionnel, gratuit et ouvert à tous, sera déployé du 7 au 9 octobre dans la Grande Galerie de l’Évolution. L’occasion pour petits et grands d’échanger directement avec les scientifiques, de participer à des débats et de nombreuses animations. Et pour pouvoir suivre l’évènement depuis votre canapé, une série d’émissions sera animée par Fred Courant de L’Esprit Sorcier et retransmise en direct sur le site de la Fête de la science, et ceux de l’ensemble des opérateurs de recherche partenaires.
Le BRGM, service géologique national, participera à la Fête de la science à Paris, à Orléans et dans toute la France.
Science en direct 2022 : la résilience des villes, c'est quoi ?
Transcription
Bonjour à toutes et à tous. Le changement climatique nous conduit-il inexorablement vers une augmentation ou une aggravation des catastrophes naturelles ? Serons-nous dans les années et les décennies à venir plus exposés aux canicules, aux feux de forêt, aux submersions marines ? Et surtout, quelles solutions s'offrent à nous pour limiter ces risques et pour s'y adapter ? On fait le point tout de suite avec nos invités du BRGM dans cette émission réalisée en direct depuis la grande galerie de l'Évolution du Muséum national d'histoire naturelle de Paris. C'est parti, générique. Pour répondre à toutes ces questions, j'accueille Gilles Grandjean.
-Bonjour Gilles.
-Bonjour Fred. Merci d'être avec nous. On vous a entendu juste avant cette émission déjà déflorer un petit peu le sujet dont on va parler. Vous êtes directeur du programme scientifique "Risques naturels et résilience des territoires". On va en parler, de la résilience, parce qu'il faut qu'on parle des solutions après le constat. Donc, vous êtes au BRGM. C'est le Bureau de recherches géologiques et minières. Alors, moi, dans ma tête, le BRGM, a priori, c'est plutôt l'étude des sols, des sous-sols, mais non, pas que, en fait. Vous étudiez tous les risques naturels. Absolument. C'est vrai qu'on s'intéresse, depuis la création de l'établissement, aux sols, aux sous-sols. C'est un milieu qui est finalement très complexe, très varié. On fait de la géologie pour essayer de le comprendre. Mais le sous-sol renferme aussi de l'eau. Donc, on s'intéresse à l'hydrogéologie, aux ressources en eau, à leur qualité. C'est aussi un vecteur de production d'énergie, avec la géothermie. On s'intéresse aussi aux problématiques énergétiques. Et puis, bien sûr, aux minéraux qui constituent le sous-sol en termes de ressources. Et c'est aussi le sol, le sous-sol, un milieu qui interagit avec la biosphère. Et c'est à ce titre-là qu'on s'intéresse aux risques naturels que peut provoquer ce milieu sur la façon dont vivent nos sociétés. D'accord. Donc, on va parler de l'impact du changement climatique sur les risques naturels. On va commencer par un risque que vous étudiez forcément à fond, au BRGM. Je n'en dis pas plus pour le moment. On pourrait le symboliser par un mot, un nom plutôt : Xynthia. Vous, ça vous parle, mais on a tendu le micro à nos concitoyens pour savoir si ce mot mystère leur évoquait des souvenirs. On les écoute.
-Xynthia ?
-Oui. Non, ça me dit rien. Un prénom, peut-être. Ou des plantes, je sais pas. Je suis pas sûr, non. Une tornade... Une... Un tsunami. Un cyclone ? J'en suis pas sûre. Oui, c'était une tempête. Une tempête dans les Charentes. Elle a tout détruit, tout un patelin, toute une région. On est du centre de la France, de Lyon. On avait eu beaucoup de forêts abîmées. Il y a eu des inondations, des morts, des sinistrés, des maisons inondées. Il y a des tas de gens qui se sont retrouvés à la rue, les maisons envolées ou submergées, submergées par les flots. L'effet de la forte marée avec la tempête a fait que ça a passé par-dessus. Dans mon souvenir, c 'était la première fois qu'il y avait une zone d'habitations qui était abandonnée à cause des conséquences du changement climatique. Qu'est-ce que ça vous inspire ? C'est pas un sondage, évidemment. On voit que ça a marqué les esprits. Tout le monde s'est rappelé de la tempête, de l'effet sur les maisons, les bâtiments, les inondations côtières. C'est des sujets qui nous intéressent beaucoup. Valérie Masson-Delmotte en a parlé, tout à l'heure. On assiste à la remontée du niveau des océans, à une allure, quand même, qui va au-delà de ce que peut contrecarrer l'homme dans la gestion de ses infrastructures. Donc, ça, plus effectivement les effets de marées, plus, on va dire, un événement cyclonique qui va naître dans les tropiques et qui va venir mourir sur la côte atlantique, tout ça peut provoquer des tempêtes côtières importantes. Pour ceux qui ne s'en souviennent pas, ça dépend des générations, car parfois aussi, on a la mémoire un peu courte, par rapport aux catastrophes naturelles, ça s'est passé en 2010. Des vents qui ont atteint jusqu'à 200km/h. Il y a eu 23 morts, en France, dont beaucoup de victimes dans des communes submergées par l'océan. On se souvient de la Faute-sur-Mer, en Vendée, 29 victimes. Il y a eu une conjonction d'événements, quand même, il faut le dire. Scientifiquement, qu'est-ce qui s'est passé ? C'est ça, c'est-à-dire que, actuellement... Enfin... Il y a à la fois ce qu'on appelle la surcote du niveau marin qui peut être amenée à augmenter, par exemple, à cause d'un coefficient de marée important...
-C'est-à-dire une forte marée ?
-Une forte marée, oui. Il y a aussi le fait que l'événement climatique transporte... C'est une dépression, comme le dit bien son nom. Oui, mais il faut l'expliquer. On ne sait pas, une dépression, ça créé quoi sur la mer ? Bah, la dépression sur la mer crée, localement, une remontée du niveau de la mer. puisqu'il y a moins de poids...
-Oui.
-De l'atmosphère qui appuie sur le niveau des océans. Donc, ceux-ci remontent. Donc, ça, plus la marée, plus des vents forts qui ont créé une houle très importante, ont fait que ce qu'on appelle des paquets de mer ont pu passer derrière la digue qui protégeait les habitations. Il y a même eu dans certains endroits des ruptures de digues. Absolument, vu la force des vagues, à certains endroits, il peut y avoir rupture, comme on peut le voir. Alors, est-ce que ce genre de submersion marine risque de se multiplier, de s'intensifier avec le changement climatique ? Je crois que oui, les gens maintenant ont bien conscience que les effets du changement climatique, le dérèglement climatique, commencent à s'installer dans leur vie. On l'a vu cet été avec les sécheresses.
-On en reparlera.
-Oui. Mais effectivement, on s'attend, en fait, à ce qu'il y ait des événements plus intenses, plus fréquents. Alors, ça arrive pas toujours aux mêmes endroits, heureusement. Mais on s'attend à ce type d'événements de façon assez récurrente. Mais ce genre d'événements, vous n'êtes pas météorologue, mais c'est quelque chose qui vient de l'Atlantique ? Ce sont des... En fait, on est à la suite d'un cyclone, par exemple ? Oui, voilà, les cyclones ont un cycle de vie, si je puis dire. Ils naissent d'une eau qui est extrêmement chaude dans les tropiques, dans l'Atlantique Ouest, donc... On a vu récemment les effets d'un cyclone sur la côte...
-En Floride.
-Bien sûr. Et certains de ces gros objets météorologiques remontent vers le nord, poussés par les vents, prennent le chemin du nord de l'Europe, et heureusement perdent de leur force durant ce transit, mais viennent quand même mourir sur nos côtes ouest européennes. Si ces cyclones sont de plus en plus forts... les phénomènes qui sont liés sont plus intenses et plus dangereux. Les inondations, c'est le principal risque auquel, en métropole, on est soumis ? C'est ça ? Mais il y a plusieurs types d'inondations. Celles qui sont liées à des pluies torrentielles. On se souvient, en 2020, de la tempête Alex, qui a eu des conséquences dans les Alpes-Maritimes absolument catastrophiques. Comment on peut expliquer ce qui s'est passé ? Alors, c'est un autre type de phénomène qui est... On appelait ça, il y a quelques années, les événements cévenols, parce que ça arrivait... C'était très localisé au sud du Massif central. Maintenant, on appelle ça des événements méditerranéens. Ça veut dire que ça s'élargit dans l'espace ? Absolument, et c'est dû à la montée en température de la mer Méditerranée. Et ce qui fait réfléchir, c'est que, cet été, cette mer intérieure a battu les records de réchauffement. Elle a connu une canicule, elle-même, cette mer. Et en automne, cet air chaud qui va remonter vers le nord, qui va remonter vers le nord au sud de la France, va rencontrer des masses d'air froid qui descendent, dues au changement de saison, des masses d'air froid venues du nord. C'est cette confrontation d'air froid et d'air chaud qui crée des orages absolument terribles. Il y a aussi ce qu'on connaissait moins : des inondations par ruissellement. Absolument. C'est des choses qu'on a vues en 2016, qui ont affecté, en fait, la région Centre, l'est de Paris et un petit peu la région parisienne. C'est dû à des orages qui sont très localisés. Dû au fait, aussi, que les sols peuvent être gorgés d'eau à certains moments de l'année. Et à ce moment-là, l'eau de pluie ne peut pas s'infiltrer. Donc, elle ruisselle littéralement. Elle parcourt tout le bassin versant, et bien sûr, plus elle ruisselle en aval, plus la masse d'eau est importante, et plus le risque d'inondation est important pour les habitations qui sont en aval. D'accord. Vous, vous travaillez au BRGM. Vous êtes à Orléans. Vous avez subi aussi cet été... Alors, là, j'allais même dire en tant que... Votre témoignage en tant que citoyen, d'abord. Vous avez été surpris ?
-Oui, par un orage de grêle.
-Des grêlons énormes. Des grêlons énormes, de la taille d'une balle de tennis.
-Vous aviez vu ça, déjà ?
-Non.
-Jamais ?
-Jamais. Et dans la mémoire, au Centre-Val de Loire ?
-Personne n'avait vu ça ?
-Très rare. Ça a été une surprise, très soudain, très rapide. Ça a créé beaucoup de dégâts sur les toitures et les voitures. D'accord. Ça risque, ça aussi... Le réchauffement climatique contribue à ces orages de grêle ? On peut dire ça ? Oui, absolument. Le problème du réchauffement climatique, c'est que... la montée en température globale de notre planète crée une accumulation d'énergie dans l'atmosphère et les océans. Et cette énergie, il faut qu'elle se dissipe. Et la façon qu'elle a de se dissiper, c'est de mettre en confrontation des masses d'air. Et c'est ces confrontations, ces échanges entre masses d'air, d'air froid, d'air chaud, qui créent des orages. Plus le contraste est important, plus l'orage est violent. Comment on arrive à des grêlons comme des balles de tennis ? Parce que les nuages qui en sont à l'origine sont gigantesques par rapport à ce qu'ils étaient il y a 50 ans ou 100 ans. Donc, le grêlon prend sa source très haut dans l'atmosphère. Il met très longtemps à redescendre. Et durant cette descente, les grêlons s'agglomèrent entre eux et créent des... des boules de glace extrêmement importantes. On continue sur le paysage de l'été : les feux de forêt. Les feux de forêt, tout à fait.
-Ça aussi, c'est...
-Bien sûr. Ça s'amplifie ? Ça s'amplifie. C'est une... C'est un problème qui est important, parce que la sécheresse assèche la biomasse. Donc, la végétation, les arbres, subissent un stress hydrique très important. Et le taux de matière sèche végétale devient beaucoup plus important que s'il n'y avait pas la sécheresse. Une simple étincelle, du coup, permet d'enflammer les arbres, la végétation, les sous-bois, parce que la matière végétale est sèche, due à la pénurie d'eau. D'accord. Et puis, les canicules. Et les canicules, bien sûr. Alors, pour ce qui concerne le BRGM, ça... C'est un risque assez important. Tu disais, Fred, que les inondations étaient le 1er poste de dépense en termes de catastrophe naturelle pour la puissance publique. Le 2e, c'est la sécheresse géotechnique. Un sol qui a une certaine teneur en minéraux argileux, en s'asséchant, va se contracter, va diminuer de volume. Si une maison est construite dessus, elle va subir cette déformation du sol et avoir des fissures. On n'en parlait pas avant, mais ça va concerner du monde. Comment on appelle ça, ces mouvements ? Le retrait-gonflement des argiles. Le retrait-gonflement des argiles, on va en entendre parler de plus en plus. Et probablement dû à la sécheresse de cet été, oui. D'accord. On va revenir sur les submersions marines avec un exemple français qui est déjà obligé de s'adapter. C'est Miquelon. On étudie ce cas concret avec une collègue à vous, une jeune chercheuse que vous avez souhaité inviter. C'est parti pour "L'Esprit d'équipe". Bonjour, Xénia Philippenko. Bonjour. Vous allez bien ? Ça va bien. On a dressé un catalogue des catastrophes. C'était important d'essayer de comprendre, de faire de la pédagogie pour comprendre comment ça se produisait. Vous êtes doctorante au BRGM et au laboratoire de géographie physique, c'est ça ? Oui. Vos recherches portent sur l'adaptation sociale et institutionnelle face aux risques côtiers liés aux changements climatiques. Ce sont des recherches en sciences sociales ? En quoi ? C'est des recherches en sciences sociales, je suis géographe et je m'intéresse aux perceptions du changement climatique, à l'acceptabilité des solutions d'adaptation, puisqu'une fois qu'on a fait le constat des risques, la question, c'est : qu'est-ce qu'on fait ? Comment on s'adapte ? Quelles sont... Comment on va mettre en place des solutions ? Et bien sûr, les populations, les institutions, doivent faire face à ces questionnements-là. Et c'est pas évident. C'est ça qui m'intéresse. On voit, Gilles, aujourd'hui, sur la question du changement climatique, tous les métiers, nombreuses disciplines, plus exactement des sciences, se croisent, doivent travailler ensemble. Sont obligées de travailler ensemble. On parle de projets de recherche multidisciplinaires, effectivement, puisque, pour pouvoir faire appliquer des stratégies d'adaptation, ou on va dire rendre un territoire résilient, les scientifiques peuvent donner des conseils, orienter, aider à la décision, dans certains cas, mais il faut que les acteurs des territoires se saisissent de ça. Et c'est tout le problème de la culture du risque que tu connais bien, Fred, qui est très important à résoudre pour le futur. Et Xénia, on va en reparler justement, de la façon dont c'est perçu par les décideurs qu'il faut aussi peut-être former un peu plus. Xénia, alors, vous vous intéressez particulièrement au village de Miquelon. On va y aller tout de suite, sur l'archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon, situé dans l'Atlantique Nord. On va dire au large du Canada. On va le voir sur une carte. Le village de Miquelon se situe vraiment au ras de l'eau. Absolument, il est situé sur un isthme de galets qui relie deux îles, l'île qu'on voit au nord de la carte, qui est le Cap et juste au-dessus la Grande Miquelon. Et le village s'est positionné à cet endroit-là. Historiquement, c'est parce que c'est un village de pêcheurs. Donc, on... Les pêcheurs se sont mis au plus près de leur lieu de travail, à savoir la mer. Mais ça pose problème puisqu'ils sont entourés des 2 côtés par la mer. Et depuis les années 2000...
-Combien d'habitants ?
-Miquelon ? C'est 600 habitants. Et sur l'archipel, il y a 6 000 habitants. C'est une petite population à risque malgré tout. Ce village de Miquelon, depuis les années 2000, est de plus en plus exposé à des tempêtes ? Alors, oui. On parlait des tempêtes qui sont issues des cyclones, qui viennent sur les côtes françaises. À Saint-Pierre-et-Miquelon, on a le même phénomène, sauf qu'ils ont encore plus de queues de cyclones, donc de tempêtes tropicales, qui arrivent justement... Par exemple, là, ils ont eu les suites des cyclones qui ont touché récemment les Caraïbes, la Floride, etc. Et bien sûr, il y en a de plus en plus. Ces tempêtes-là sont de plus en plus intenses, fréquentes. Et donc, ça crée des dégâts qui sont de plus en plus importants. Est-ce que ce village de Miquelon est menacé de disparition ? Alors, à terme, c'est sûr qu'avec l'élévation du niveau de la mer, la question se pose, parce qu'on a vraiment, comme je le disais, un village qui est au ras de l'eau. Donc, ils vont être les 1ers touchés par l'élévation du niveau de la mer, auquel vont s'ajouter tous les effets dont on a parlé. Donc, les surcotes, les tempêtes, etc. Et pour eux, la question d'aujourd'hui, c'est : où est-ce qu'on va ?
-Et aujourd'hui, ils ont décidé...
-Ne dites pas tout.
-Je ne dis rien.
-On va... Ne dites pas tout. Vous avez dit "à terme". C'est quoi "à terme" pour vous ? C'est la grande question. Même les scientifiques n'ont pas de réponse définitive parce que tout dépend du scénario dans lequel on se place. Déjà du scénario d'émission de gaz à effet de serre. Plus on va en émettre, plus on va dans un scénario qui va être mauvais. Donc, ça dépend en partie de ça. Aujourd'hui, "à terme", on est quand même sur du temps long. C'est-à-dire que le village n'est pas menacé de disparition à 20 ans, 30 ans, mais plutôt à 100 ans.
-Mais il faut s'adapter avant.
-Bien sûr. Pas au dernier moment. Comment la population et les élus réagissent-ils à Miquelon pour s'adapter et faire face à cette menace ? C'est ce que vous êtes allée chercher là-bas. Vous allez nous raconter l'histoire. Vous avez mené une enquête sociologique. Avant de nous raconter le choix et la décision des habitants de Miquelon, on est allés poser la question à quelques concitoyens et on leur a dit : "Si votre lieu d'habitation était menacé, soumis à des risques, seriez-vous prêts à déménager ?" On va écouter quelques réponses. J'irais pas habiter là-bas, pour commencer. Je me renseignerais avant. Je déménage, si je l'apprends. Ça dépend du risque. En France, on est tranquilles. S'il y avait une usine qui polluait, oui, probablement, mais la nature, je crois pas. Avant d'acheter une maison en bord de mer, on y réfléchira à 2 fois. On recalculera le bord de mer de 2050 avant de regarder. Je demanderais aux pouvoirs publics de faire quelque chose pour arrêter ce processus. Mais s'il n'y a pas de solution, pas le choix, je le ferai. Si c'est constant, comme en Californie où ça brûle, oui. Là, ça donne à réfléchir, mais pour l'instant, non. Déménager, c'est changer de vie aussi. La Guadeloupe, on a des risques sismiques, plus l'amplification des phénomènes cycloniques. Donc, on y est préparés, mais on peut que se protéger, on va pas déménager. Ça dépend ce que vous appelez "déménager". Changer de quartier ou de ville ? Si j'habitais au bord de la mer et que ma maison allait être engloutie, je serais obligée de partir. Mais si je suis pas obligée, j'attendrai de voir. C'est le côté humain. Tant que c'est pas arrivé, on espère passer à côté. Le réchauffement climatique, on a besoin de le voir pour y croire. Je veux habiter à la montagne. Comme ça, c'est sûr, j'espère. Est-ce que vivre à la montagne, c'est une bonne solution ? C'est aussi des zones où il y a des risques. Oui, peut-être de... On l'a vu aussi, dans le mythe des risques glaciers qui se décrochent, etc. Ça vous évoque quoi ? Bon, c'est pas un sondage. Mais je vous ai vue sourire par moments. Oui, parfois, il y a des réponses qui tombent aujourd'hui sous le sens. En tout cas, pour moi, qui suis géographe. Sur le littoral, c'est vrai que, quand on achète une maison, en bord de mer, il vaut mieux regarder aujourd'hui où elle se situe. Quelles sont les projections ? Est-ce qu'il y a de l'érosion, des tempêtes, de la submersion ? Malgré tout, sauf si on vous l'interdit formellement, n'y a-t-il pas cette tentation de retourner... On parlait tout à l'heure de Xynthia, La Faute-sur-Mer, où des maisons ont été complètement... englouties. J'exagère, mais les gens n'avaient pas... Est-ce que vous avez des informations ? Envie de retourner sur le... Dans leur maison. Alors, c'est ça qui est le plus compliqué. C'est des politiques sans regret. L'exemple emblématique, c'est celui des maisons qui sont situées sur les falaises de craie, en Normandie et dans le nord de la France. On sait que les falaises reculent. Et on peut pas les maintenir. L'océan est plus fort sur le long terme. Donc, si une maison se situe juste en arrière de la falaise, il n'y a pas de solution. On est obligé de demander aux gens de se reloger et d'aller ailleurs. Effectivement, ils peuvent se loger à 3 kilomètres... Oui. Dans les terres et continuer à bénéficier de la région, mais il faut savoir, à un moment donné, s'effacer. On a vu cet été des campings, d'ailleurs, commencer à se délocaliser, à reculer un peu, par rapport au trait du littoral. Oui, tout à fait, ça montre bien que... il y a des stratégies, des politiques d'adaptation qui commencent à se mettre en place, qui sont acceptées, qui commencent à se mettre en place, ce qui n'était pas le cas il y a peut-être 10 ans, où il y avait beaucoup de réticences à changer l'urbanisme d'une ville sous prétexte qu'il y avait un risque naturel. Il y a des prises de conscience qui vont dans le bon sens. Oui, heureusement. Retour à Miquelon. Qu'est-ce qui se passe aujourd'hui ? Où en sont les habitants ? Quels choix ont-ils faits ? Quand j'ai commencé ma thèse à Miquelon, on commençait à parler du changement climatique, des risques littoraux, depuis un bout de temps. Et puis, il y avait une question assez... pointilleuse, là-bas : celle du plan de prévention des risques littoraux, qui est un document qui oblige les communes à interdire, entre autres, les constructions dans certaines zones qui sont dangereuses, menacées. Et donc, le village, bien sûr, est concerné par ça; Donc, les habitants ne peuvent plus construire. Qu'est-ce qui se passe quand on ne peut plus construire ? Quel avenir a-t-on ? Donc, les habitants étaient assez remontés contre cette mesure-là. Et puis, en 2018, on a justement une tempête. Comme en France on a eu Xynthia qui a fait un peu office de prise de conscience, de choc, on a une tempête en 2018 à Miquelon, avec des vents à 180 à l'heure, qui provoque des inondations par remontée de la nappe phréatique. L'eau ne passe pas par-dessus, mais par-dessous. Donc, on a des inondations dans les maisons.
-Ça a provoqué...
-Un choc. Une prise de conscience qu'on allait être concernés par ces questions-là. Et la population a décidé de non plus subir, mais d'agir. Et c'est vraiment un processus très dynamique, très positif, ils ont décidé de déplacer le village dans un endroit en hauteur pas très loin de leur village d'origine, mais où ils seraient en sécurité. Le reconstruire ? Absolument. Ça pose des questions. Est-ce qu'on reconstruit tout de A à Z ? Qu'est-ce qu'on fait des anciennes maisons ? C'est un endroit où les gens sont très attachés à leur histoire, à leur culture, à leur patrimoine, en particulier bâti. Qu'est-ce qu'on fait de ces maisons ? Est-ce qu'on les déplace d'un endroit à l'autre, de l'ancien village au nouveau village ? Voilà, c'est... Si ce sont des pêcheurs, il faut pas qu'ils soient trop loin de la mer ? La mer, sur un archipel, elle est jamais trop loin. On est d'accord. Mais effectivement, il faut pas qu'ils soient trop loin, sachant que l'activité n'est plus uniquement tournée vers la pêche. Donc, la décision est prise, ils vont déménager ? Oui, ils ont déjà commencé les procédures. Au début, j'ai fait une 1re étape où je leur ai demandé quelle solution ils préféraient. Et la surprise, c'était d'apprendre que 89% d'entre eux étaient en faveur d'un déplacement du village de façon progressive, même s'ils espéraient qu'on puisse protéger le plus longtemps possible le village actuel, ce qu'on comprend. Gilles, par rapport à ça, vous parlez souvent de résilience. Qu'est-ce que c'est, la résilience ? Il y a beaucoup de définitions suivant les communautés scientifiques. Que ce soient des géographes, des ingénieurs des risques, etc. Mais de façon générale, c'est la capacité que va avoir un système humain à faire face à une série de crises. Et à chaque fois, surmonter, parce qu'il va apprendre à mesure à réagir à ces crises-là... C'est une adaptation ? Oui, une sorte d'adaptation, c'est vraiment retrouver des fonctions sociétales, économiques, qui ne sont pas forcément à chaque fois remises en cause par les crises successives. Parmi les stratégies d'adaptation on entend souvent parler des fameuses solutions fondées sur la nature, SFN. Vous avez des exemples concrets ? C'est quoi, les SFN ? Alors, on a beaucoup travaillé, côté BRGM, sur des solutions fondées sur la nature dans deux milieux : le littoral et la montagne. Sur le littoral, on a de très belles collaborations, notamment avec l'ONF. Donc, pour éviter, par exemple, que les dunes soient trop mobiles, dû au vent, notamment, et du coup, enlèvent des stocks de sable qui sont nécessaires pour faire face à l'érosion côtière, on teste des solutions de replantations qui permettent à des végétaux de fixer la dune, de la laisser au même endroit. C'est une des façons de faire, plutôt que de mettre des digues et du béton, ou des murs de rétention par exemple. En montagne, ça peut être d'élargir le lit majeur de la rivière pour laisser la place à la rivière, une fois qu'elle est en crue, et qu'elle arrête d'éroder les berges qui provoquent des glissements de terrains sur les versants adjacents. Voilà quelques exemples de solutions fondées sur la nature. C'est du bon sens. Avec la connaissance scientifique d'aujourd'hui. Oui, parce que ça nécessite quand même de faire des études pour savoir si la solution va être durable. Il faut travailler le sujet, et après la nature travaille. Oui, d'accord, mais le travail que vous faites en tant que scientifique doit être connu des décideurs, parce que c'est eux qui vont dire : "C'est pas une digue qu'il faut, c'est travailler justement les arbres, les dunes de sable." Il faut qu'ils aient cette connaissance, il faut leur diffuser cette connaissance et que vous soyez écoutés. Oui, c'est pour ça que, dans nos projets de recherche, on inclut de plus en plus souvent des spécialistes, des sociologues, qui vont nous permettre déjà d'interagir avec ces parties prenantes, avec ces élus, ces citoyens, ces associations. Et puis, les amener dans un projet. L'idée, c'est de les embarquer, de les engager comme on dit en anglais, dès le début, pour qu'ils comprennent la problématique, de les faire évoluer, et participer à la mise en place de la solution. Ça évolue ? Vous disiez que tout le monde avait pris conscience depuis 10 ans... Ça évolue ? Oui. Enfin... Les projets de recherche que je suis montrent qu'il y a de plus en plus de percolation, on va dire, de collaboration. On peut construire des solutions. C'est de plus en plus utilisé, oui. Donc, travailler avec les décideurs et travailler avec les citoyens. Les sciences participatives, vous y tenez. Vous en faites pas mal au BRGM. Moi, j'ai vu, sur les côtes, un truc super : on met son smartphone sur un emplacement. On va peut-être voir des photos. Ça s'appelle...
-Ça s'appelle...
-SnapCoast. Oui, c 'est ça. Racontez-nous. C'est une idée qui à l'origine vient d'Australie. Il s'agit d'installer des bornes sur des côtes, des parties du littoral qui sont soumises à l'érosion. Et on demande aux citoyens de placer leur téléphone sur la borne, de prendre une photo, et de flasher le QR Code qui est à côté pour que la photo soit envoyée sur un serveur. Les citoyens, ça leur demande pas beaucoup d'énergie, mais ils participent à cette étude. Et pour les scientifiques, c'est une façon de mesurer l'évolution du trait de côte avec énormément de données, énormément d'observation. Donc, c'est très utile. Il faut encourager à le faire. En tant que citoyens, ça nous oblige à nous poser des questions. On se demande pourquoi on nous demande de prendre une photo. On va terminer sur le projet SAMCO. Ça vous dit quelque chose ? SAMCO, tout à fait. Un projet financé par l'Agence nationale de la recherche, où effectivement on a essayé d'étudier, dans quelques vallées pyrénéennes et alpines, ce que pourrait devenir le risque dans des échéances, comme disait Xénia, très lointaines, comme 2100. Ça nécessitait effectivement de choisir des scénarios climatiques plus ou moins en faveur d'un réchauffement plus ou moins important. Mais le risque, c'est pas uniquement l'aléa, c'est pas uniquement le phénomène climatique. C'est aussi les enjeux. Et il fallait savoir comment la vallée pouvait évoluer à cette échéance de 2100. Et ça a été coconstruit avec les habitants de la vallée. Et on a pu comme ça réaliser des cartes prédictives suivant que les citoyens de la vallée ou les autorités locales envisageaient une évolution plutôt industrielle, plutôt touristique, plutôt d'agropastoralisme pour leur vallée, et comparer les cartes de risques résultantes. D'accord. Pour les citoyens, très important, c'est un site auquel le BRGM contribue énormément. C'est Géorisques, qui est en train de se développer petit à petit pour concerner tout le monde, déjà savoir dans quel environnement chacun vit. C'est super important. Donc, allez voir Géorisques. Le temps passe vite, on arrive au terme de cette émission. Xénia, merci beaucoup, merci à tous les deux, Gilles aussi, d'avoir été avec nous. Bonne chance pour la suite. On va essayer de vous apporter un coup de main aussi, pour... Pour vos recherches. Merci à vous de nous avoir suivis. On se retrouve bientôt pour une prochaine émission sur le changement climatique et sur les solutions qu'on peut essayer de trouver aujourd'hui pour faire avancer les choses. À plus tard.
Le changement climatique, une thématique au cœur de l’actualité
Cette année, la Fête de la science interrogera une thématique au centre des préoccupations des citoyens d’aujourd’hui et de demain : le changement climatique.
Car plus que jamais, le climat est aujourd’hui au cœur du dialogue entre science et société, ainsi qu’en attestent les rapports du GIEC, la COP 27 ou encore le sommet mondial de l’océan… Au rythme du développement actuel, le réchauffement climatique aura indéniablement des conséquences environnementales, mais aussi économiques et sociétales. Le constat est certes alarmant, mais que faire ? Quelles solutions apporter ?
Pour répondre à toutes ces questions, les professionnels de la recherche, de la médiation et de la culture scientifique vous invitent à échanger de manière transdisciplinaire sur leurs travaux et les innovations qui permettront peut-être d’amoindrir notre impact sur l’environnement.
Gilles Grandjean, ambassadeur BRGM
Transcription
La Fête de la science, c'est vraiment la rencontre entre les scientifiques et la société civile. Je crois qu'il est important que les citoyens comprennent ce que font les chercheurs dans les laboratoires, dans les établissements de recherche. C'est aussi l'occasion de rencontrer la jeune génération et de réveiller des vocations. Comme directeur scientifique de programme, mon job consiste à faire de la prospective sur la recherche liée aux risques naturels, à organiser cette recherche au sein des collectifs de chercheurs, dans mon établissement, et puis à valoriser leurs travaux de façon à ce que tous ces bénéfices puissent percoler vers la société civile. C'est une vaste question. Le dernier rapport du GIEC mentionne une croissance en intensité et en fréquence des régimes climatiques. Bien sûr, ça a un impact sur les risques liés au climat. Et on s'attend, effectivement, dans un proche avenir, à avoir un peu plus de catastrophes liées aux inondations, au contexte littoral, à des chutes de grêle, glissements de terrain... Ce serait plus un témoignage. Je crois que c'est quand on est face aux catastrophes qu'on en prend vraiment la mesure. J'ai un souvenir lié aux inondations de 2016 qui se sont passées dans le Loiret, à côté du BRGM, où, à cause de la sursaturation des terrains de surface, des maisons se sont effondrées dans les cavités karstiques dessous. Et... voilà. C'est quelque chose qui frappe dans la mémoire d'un chercheur.
Le BRGM participe à plusieurs événements "Fête de la science" dans toute la France
Paris, Museum national d’Histoire naturelle : Science en direct, le 7 octobre 2022, de 17h à 17h35
Quels sont les impacts du changement climatique sur les risques naturels ? Et comment s’adapter ?
Intervenants : Gilles Grandjean, ambassadeur BRGM, et Xenia Philippenko-Crnokrak.
Orléans : village des sciences, les 8 et 9 octobre 2022
Stand "La géothermie, une énergie d’avenir", de 10h à 18h.
Présentation de la géothermie et de ses différentes applications.
Angers : ESEO (école d’ingénieurs), le 15 octobre 2022
Conférence "Les services rendus par les sols et la nature dans la lutte contre le changement climatique" par Cécile Le Guern.
Nantes : Eco-quartier de Nantes Métropole, les mercredi 12 et samedi 15 octobre 2022
Conférence "Désimperméabiliser les sols : un atout face au changement climatique ?" par Cécile Le Guern
Les sols sont une ressource précieuse et fragile, qu’il convient de préserver. Dans le cadre de la lutte contre l’artificialisation des sols, de plus en plus d’opérations de désimperméabilisation des sols urbains sont mises en œuvre. Quel intérêt de la désimperméabilisation face au changement climatique ? Quels apports des solutions fondées sur la nature ? Peut-on désimperméabiliser partout ? Comment choisir les endroits les plus pertinents ?
Reims, les 7 et 8 octobre 2022
Stand : Géologie des territoires, risques et ressources
Présentation d'un jeu de l’oie sur les ressources minérales, d'une exposition sur les cavités de cartes géologiques, de différents types de roches et d’ouvrages du BRGM.
Bastia : Casa di e scenze, le 12 octobre 2022 après-midi
Atelier : Le climat change aussi pour les plages et les montagnes. Qu’est-ce qu’on risque ?
Le BRGM Corse présente son atelier interactif et ludique autour des risques naturels sur le littoral et dans les montagnes. Venez suivre l’épopée d’une famille qui adapte son lieu de vie suite au changement climatique ! La maquette présentée lors de l’atelier du BRGM vous fera découvrir les différents risques littoraux et montagneux qui peuvent exister en Corse. Pour cela, une famille parcourra les villages afin d’échapper aux risques naturels. Mais attention, le changement climatique pourrait venir perturber leur périple et leur compliquer la tâche !
La Réunion : Cité du Volcan et Faculté des sciences de Saint-Denis, 10 novembre 2022
Présentation de maquettes et posters, activité ludique pour les moins de 12 ans (jeu de l’oie / Trivial poursuit) sur les activités du BRGM (risques littoraux, mouvements de terrain, eaux souterraines).