Histoire géologique de Mayotte
Transcription
Mayotte se situe dans la partie nord du canal du Mozambique. Son histoire est associée aux deux masses continentales que constituent Madagascar et l'Afrique. Si on découpe la Terre, on découvre une succession de couches solides et liquides affectées par des flux de chaleur et de matière qui s'expriment en surface par le déplacement des continents. Il y a 180 millions d'années, alors que les dinosaures peuplent la Terre, Madagascar se sépare de l'Afrique pour migrer vers le sud-est. En 100 millions d'années, Madagascar aura parcouru 1 500km. Sous plusieurs milliers de mètres d'eau, des déchirures de la croûte terrestre permettent aux laves de venir recouvrir le fond de l'océan. Au contact de l'eau, la lave se fige. Les coulées s'empilent peu à peu pour former des volcans sous-marins. Le volcan mahorais mesure déjà 3 000m de hauteur quand, il y a environ 10 millions d'années, les premières laves arrivent à la surface de l'eau. Le nouveau volcan s'élève pour atteindre plusieurs centaines de mètres au-dessus du niveau de la mer. Dès que l'arrivée des laves en surface cesse, les pluies viennent user les reliefs et tendent à les faire disparaître. Ainsi se construit Mayotte. Il y a environ 2 millions d'années, l'activité volcanique commence à décroître. Seule la partie nord de l'île reste active. La géométrie de l'île telle qu'on la connaît aujourd'hui commence à se dessiner avec la formation de la barrière de corail. Les derniers événements volcaniques aériens connus ont plus de 10 000 ans. Ils correspondent au Mtaspéré, Digo et Petite-Terre. En 2018, sur le flanc est de l'île, un nouveau petit volcan sous-marin s'est créé. Dans le sud de l'île, le Choungui culmine à 594m. À l'origine, il y avait un volcan bien plus haut. Lors de la dernière éruption, les laves remplissant la cheminée du volcan se sont figées. Avec le temps, l'érosion a attaqué les reliefs, les roches les plus tendres sont emportées dans l'océan. Celles du coeur du volcan forment peu à peu un relief résiduel dessinant le Choungui dans sa forme actuelle. Dans plusieurs milliers d'années, cet objet géologique persistera comme seul îlot au milieu du lagon. Dans la partie est de l'île, la barrière de corail s'interrompt brusquement, coupée par un chenal appelé "passe en S" dont l'origine est à rechercher dans l'histoire récente de l'île. Depuis 1,2 million d'années, le climat mondial change, et se succèdent des périodes de froid intense alternant avec des périodes chaudes. Dans les moments les plus froids, le niveau de la mer s'abaisse de plusieurs dizaines de mètres. Le lagon se vide complètement. Les rivières creusent alors leur lit. C'est à ce moment-là que la passe en S se forme. Le retour à un climat plus chaud permet au niveau marin de remonter, comme dans la situation actuelle. Sur Petite-Terre, les sites de Moya et de Dziani correspondent à des anciens cratères apparus il y a moins de 780 000 ans. Ces volcans résultent de la rencontre de la lave et l'eau. Ils sont de type phréato-magmatique. Les explosions sont violentes, la roche est pulvérisée. Cendres, blocs et bombes retombent dans les alentours du cratère. Avec le temps, les dépôts s'accumulent autour de la zone d'explosion. Sur Grande-Terre, les dépressions de Kaweni et de Cavani résultent des mêmes phénomènes. Alors que l'activité volcanique de l'île est en repos depuis des milliers d'années, dans la nuit du 10 au 11 mai 2018, la terre se met à trembler. Les séismes sont liés à l'activité volcanique qui prend naissance à plus de 20km de profondeur. Ils résultent de la formation de fractures et la migration de la lave à travers la croûte terrestre. L'intensité et le nombre de séismes traduisent l'ascension rapide des laves. En moins de deux mois, elles ont parcouru 20km pour former un nouveau volcan au fond de la mer. La vidange de la chambre magmatique a pour conséquence de faire s'enfoncer les roches au-dessus. Cette subsidence était maximale en juillet 2019. Depuis, elle décroît peu à peu. En un an, un volcan de 800m de hauteur correspondant à 5km3 de roches est né. Depuis plus de 1 300 ans, l'homme a appris à habiter Mayotte. Les paysages, la flore et la faune sont les richesses de l'île, toutes liées à son origine volcanique que la récente reprise d'activité participera à maintenir. La surveillance renforcée de l'activité de la terre est indispensable afin de rester attentif à la vie du volcan et aux conséquences pour l'homme.
Une vidéo pédagogique réalisée par le BRGM à la demande de la DEAL Mayotte
L’île de Mayotte subit une crise sismique associée à la remontée de magmas et à la création d’un édifice volcanique sous-marin à 50 km à l’est de l’île. Depuis l’apparition des séismes, la population mahoraise s’interroge sur l’origine de ces secousses et redécouvre que l’île de Mayotte est un volcan. Dès lors, il est apparu nécessaire de disposer d’outils pédagogiques et de vulgarisation permettant d’expliquer la génèse de l’île, depuis sa création jusqu’à la naissance de ce nouveau volcan.
La DEAL a sollicité le BRGM afin de définir le contenu scientifique d’une vidéo, à destination d’un public non averti, permettant de retracer l’histoire géologique de l’île de Mayotte. Cette vidéo permet d’imager la naissance du volcan mahorais, depuis ses premiers jours jusqu’à l’état actuel. Elle apporte ainsi progressivement les enseignements nécessaires selon quatre grandes séquences :
- L’ile de Mayotte, sa position géographique, la création du canal du Mozambique
- La construction de l’île depuis son origine jusqu’aux coulées sous-marines
- Les éléments géologiques majeurs formant la géographie de l’île
- Les séismes et les coulées sous-marines actuelles