banner-ombre-top
banner-ombre-left
Expertise d’une cavité de type crayère, c'est-à-dire une carrière dans la craie qui a la forme d'une pyramide souterraine. Cette cavité (en fait un réseau) se situe dans l'agglomération de Châlons-en-Champagne (Marne, France, 2006). © BRGM - Christian Mathon

Science en direct : "objet mystère" avec Pierre Pannet (BRGM) et Joël Lucas (BIM Strategies)

27.10.2016

Dans le cadre de la 25ème édition de la Fête de la Science, le BRGM participait à Science en direct, un grand week-end festif et pédagogique organisé par l'Esprit Sorcier en partenariat avec 15 grands organismes de recherche français. Scène "Objet mystère" avec Pierre Pannet (BRGM) et Joël Lucas (BIM Strategies) (Paris, 9 octobre 2016).

Scène "Objet mystère" avec Pierre Pannet (BRGM) et Joël Lucas (BIM Strategies), dans le cadre de l'événement Science en direct à la Cité des sciences et de l'industrie (Paris, 9 octobre 2016).

Transcription de la vidéo

- On accueille Pierre Pannet, géologue, et Joël Lucas, physicien. Et ces messieurs travaillent au BRGM. Ouh là là ! Mais qu'est-ce que c'est que ce truc ? Qu'est-ce que c'est que ce truc ? Alors, je sais pas si vous voyez bien, mais ça bouge, ça tourne. Alors, est-ce que vous avez une petite idée... Approchez-vous, approchez-vous. Venez jouer avec nous. Une petite idée de ce dont il s'agit ? Un indice : ça sert à faire des images.

- C'est un scanner ?

- Un scanner... On est sur la bonne voie, là.

- Non, messieurs ?

- On l'est totalement.

- Approchez un peu le micro.

- On l'est totalement. Autre indice : c'est un scanner qui peut aller sur terre, mais aussi sous terre.

- Alors, qu'est-ce que ça scanne ? Qu'est-ce que ça scanne ? Un indice : on est quand même avec un géologue. Alors, qu'est-ce que ça scanne ? Une petite idée ? Bon, je vous donne un autre indice. On peut se promener avec, comme vous pouvez le voir. Joël, notre cobaye, a un sac à dos sur lui. Et il se déplace.

- C'est pour scanner les roches ?

- Oui...

- Les roches des grottes préhistoriques, ou, je sais pas...

- Tout à fait. Ça peut.

- Ça peut.

- Ça peut.

- Ça peut. Et, à votre avis, qu'est-ce que ça peut scanner d'autre ?

- Les grottes, les...

- Allez. Allez, tente-la, c'est pas grave. Aucune punition pour les mauvaises réponses.

- Quoi d'autre ?

- Des monuments fragiles, comme des...

- Vas-y, parle bien fort dans le micro.

- Des monuments fragiles.

- Ouais. Et quelle est la particularité ? On en a parlé. Anaïs en a parlé tout à l'heure. Elle nous a donné un petit indice. Quelle est la particularité de cet appareil ? De ce scanner ?

-  On peut les regarder en 3D sur un ordinateur.

- Exactement.

- Parfait.

- Ils sont forts.

- Bonne réponse. Je répète, pour ceux qui n'auraient pas entendu : c'est un scanner 3D.

- C'est un scanner 3D.

- Et que scanne-t-on en 3D avec ce joli sac à dos ?

- On l'a vu dans la petite séquence qu'il y avait juste avant. On scanne notamment les cavités souterraines qui se trouvent sous les villes, sous les villages. Et l'avantage, comme Joël peut le faire en ce moment, c'est qu'on peut marcher à une grande vitesse.

- On peut donc obtenir beaucoup...

- On peut courir ?

- Non. Disons, plus on va vite et moins on a de précision. Mais pour avoir une précision suffisante pour travailler, on peut marcher à vitesse normale et obtenir plusieurs hectares de levées en 3D en une seule journée.

- Pendant les explications...

- Exactement.

- On peut voir ça à l'écran.

- On a des soucis de stabilité de carrières souterraines, comme vous l'a présenté la personne de l'Ineris tout à l'heure. Le problème, c'est que c'est très long à lever, du 3D. Et donc...

- Des soucis  de stabilité. On a creusé des trous sous la terre...

- On voit les galeries souterraines...

- Mais ça peut s'écrouler.

- La nature a horreur du vide. La nature ayant horreur du vide, elle finit toujours par remplir le vide. Quand on a des cavités souterraines creusées par l'homme, pour extraire la pierre, pour construire Paris, d'autres villes, malheureusement, plus tard, on a construit par-dessus. Et quand ces carrières souterraines s'effondrent, ça pose des gros problèmes. Donc on a besoin d'avoir d'outils qui nous permettent de faire de la prévention, c'est-à-dire d'estimer la stabilité des carrières, et donc de dire si ça va s'effondrer. Et si ça va s'effondrer, l'idée, c'est de faire des cartes d'aléas pour protéger les gens avant que ce soit trop tard.

- De faire des cartes, expliquez-moi. Moi, je vois une photo. C'est-à-dire qu'il faut comparer.

- L'intérêt, c'est qu'on va avoir, on vous l'a montré tout à l'heure, toutes les petites aspérités de la roche, on le voit très bien ici, on a un toit de cavité en train de s'effondrer. Il n'y a plus que quelques cailloux qui tiennent comme une voûte. Et le jour où ça s'effondre, ça remonte en surface.

- Quand vous passez avec votre scanner dans cette cavité,

- vous allez passer à un jour J. -Voilà.

- Vous prenez l'image de cette cavité. Vous repassez 2 semaines après. Et si ça a bougé, ça vous donne une idée du risque.

- Mais comme on est partis de la surface et qu'on arrive sous terre, on peut reporter exactement l'endroit d'où cette instabilité se trouve sous terre en surface. Et si c'est sous une maison ou une route, alerte rouge, il y a problème.

- C'est un peu la Google Car du BRGM.

- Comment ?

- C'est un peu la Google Car du BRGM. -Exactement. On obtient des images, et surtout des nuages de points en 3D qui nous permettent d'avoir les informations nécessaires à la prévention.

- Joël, vous avez lancé une start-up qui développe ce genre d'outils. Expliquez-nous un peu.

- Absolument. Il y a 3 ans, on a découvert ces petits matériels, d'origine australienne et fabriqués en Grande-Bretagne. On les a importés en France parce qu'on avait l'intention, la ferme conviction que c'était un outil très pratique pour aller là où personne ne peut passer. Les autres technologies ne sont pas performantes. C'est comme ça qu'on a fait la rencontre avec le BRGM. Ça s'est passé avec des tests, qui ont été tellement concluants qu'on est en train de généraliser ça sur pas mal de terrains. La semaine prochaine, je vais sur le trait de côte, en Vendée, où il y avait des grandes inondations, pour voir si les tempêtes emmènent ou pas les plages.

- C'est sympa, comme travail.

- Très sympa. -Faut pas être claustrophobe, ça a l'air un peu exigu.

- Dans certains endroits, il faut ramper. Et le seul matériel qui puisse ramper avec un spéléologue, c'est celui-ci.

- Pourquoi ça tourne ? Ça me donne le tournis. Je le regarde trop.

- Il y a plusieurs capteurs à l'intérieur de l'appareil. Et pour qu'il soit très léger, on a triché. On a pris un scanner qui scanne autour d'un disque. Donc il est en 2D, jusque-là. Mais si les gens se rappellent de la géométrie, quand je fais tourner un disque sur son axe, il décrit une sphère. C'est ce qu'on en train de faire. Du coup, à partir d'un scanner 2D, on obtient une image en 3D.

- Parce que ça tourne.

- On prend image par tranche. On fait des tranches d'images.

- On obtient une image reconstituée dans l'ordinateur, avec l'enregistreur, dans le sac à dos. Et ça permet d'avoir un matériel très compact, parce que les "vrais" scanners 3D sont beaucoup plus gros. Et ils n'aiment pas se promener dans des lieux exigus et poussiéreux. Celui-ci supporte beaucoup de choses.

- Vous pouvez vous balader combien de temps avec ce scanner ?

- On se promène pendant 30 min pour faire un scan seulement. Mais on peut tourner une journée avec la batterie, dans le sac également. Et continuer comme ça. Il y a des gens qui font de la modélisation de cavernes pour pouvoir, par exemple, faire des missions de secours, si des gens y sont coincés en spéléo.

- On sait à quoi ça ressemble.

- On peut préparer des missions de sauvetage. Ça peut être aussi le cas sur des installations humaines, pour faire des simulations d'opérations de maintenance sur des grosses conduites d'eau, par exemple. Dans la région parisienne, ça se pratique aujourd'hui.

- Super. Merci beaucoup, Joël. Merci, Pierre.

BRGM - 3 avenue Claude-Guillemin - BP 36009 45060 Orléans Cedex 2 - France Tél. : +33 (0)2 38 64 34 34