LESELAM : lutte contre l’érosion des sols à Mayotte

Le projet LESELAM vise à comprendre l’érosion des sols à Mayotte et à sensibiliser les populations pour limiter les pertes de sols, en milieu urbain comme en zone agricole.
24 mars 2021

L'érosion des sols à Mayotte résulte de l'impact des fortes pluies tropicales sur des sols peu ou pas protégés. 

La forte pression anthropique tend à accélérer le phénomène d'érosion : extension plus ou moins contrôlée de l'urbanisation, déforestation, transformation de l’agriculture d’un mode extensif (le jardin mahorais) vers une monoculture laissant les sols sans protection, etc. 

Cette érosion très active en saison des pluies constitue une menace forte sur le lagon de Mayotte, l’un des plus beaux lagons du monde. 

Le projet LESELAM est né pour mieux comprendre, prévenir et remédier à ces problèmes d'érosion des sols à Mayotte. 

LESELAM : à Mayotte, construire sa maison en protégeant les sols

À Mayotte, de très nombreuses maisons individuelles sont construites sur des parcelles en pente, parfois en dehors des zones constructibles. Les travaux de terrassement et de construction génèrent souvent une forte érosion des sols.

Des solutions existent pourtant pour maitriser l’érosion sur les chantiers. Elles nous sont présentées par Baptiste Vignerot (BRGM), dans le cadre du projet LESELAM, qui vise à comprendre l’érosion des sols à Mayotte et à sensibiliser les populations pour limiter les pertes de sols, en milieu urbain comme en zone agricole.

© BRGM

LESELAM : quelle agriculture à Mayotte en 2035 ?

A Mayotte, l’agriculture évolue très rapidement, induisant souvent une détérioration des ressources naturelles et en particulier un risque d’érosion des sols. 

Pour tenter de prévoir l’évolution de ce phénomène d’érosion, l’équipe du projet LESELAM a engagé une prospective agricole qui vise à construire plusieurs scénarios contrastés d’évolution de l’occupation du sol en zone agricole. Ces scénarios, construits sur la base d’informations recueillies par entretien auprès d’acteurs, ont ensuite été mis en débat au sein de plusieurs groupes de travail, réunissant des agriculteurs, des représentants syndicaux, des conseillers agricoles et des acteurs institutionnels. 

© BRGM 

L'une des questions qu'on se pose sur le projet LESELAM est de savoir comment l'érosion des sols va évoluer dans le futur.  

La réponse dépend de la manière dont nous, humains, allons modifier l'occupation du sol, dont nous allons gérer les problèmes d'urbanisation, du type d'agriculture que nous allons développer sur ce territoire.  

Pour anticiper l'évolution de l'agriculture dans le futur, nous avons décidé d'initier une démarche de prospectif participative.  

L'objectif étant d'explorer les futurs avec les acteurs du territoire et d'imaginer comment l'agriculture peut évoluer à long terme. Nous avons raisonné à l'horizon 2035. 15 ans, c'est pas beaucoup, mais pour Mayotte, ça l'est déjà puisque le territoire change à une très grande vitesse.  

Pour réaliser cet exercice d'exploration du futur, nous avons mobilisé plusieurs groupes d'acteurs qui ont fonctionné en parallèle. Nous avions donc l'État, le Conseil départemental, la Chambre d'agriculture, l'Établissement public foncier, etc. Et un groupe de petits agriculteurs, regroupant une quinzaine de personnes, issus de notre bassin versant d'étude à Mtsamboro, dans le nord de l'île.  

Pour aider les participants à se projeter dans le futur, nous avons construit 3 scénarios qui décrivent plusieurs évolutions possibles de l'agriculture. Le 1er de ces scénarios est un scénario qui suppose que les problèmes actuels se maintiennent, ce qui empêche l'émergence d'une agriculture professionnelle et entrepreneuriale. L'objectif de ce scénario étant de faire réfléchir les gens aux conséquences de l'inaction, de ce qui pourrait se passer si on ne met pas en place de politique volontariste. Les autres scénarios sont des scénarios de politique volontariste qui vont décrire des actions permettant de développer, pour le 1er, une petite agriculture familiale, mais qui va produire de la valeur et dont l'objectif est d'embarquer le plus possible de monde dans le train du changement, alors que le 3e scénario suppose, lui, l'arrivée d'investisseurs, donc d'entreprises beaucoup plus performantes, beaucoup moins nombreuses, qui vont produire, mais mobiliser moins d'agriculteurs et laisseront plus de monde sur le bord du chemin.  

Ces scénarios sont présentés sous forme de coupures de presse fictives qui présentent sous forme journalistique les changements imaginés.  

Ces ateliers se déroulent sur une durée de 3 à 4 heures environ. On passe environ 45 minutes par scénario. Pour assurer une bonne qualité des débats, on va limiter systématiquement la participation à 10 personnes maximum pour que tous puissent s'exprimer. Après, on complète cette démarche avec un petit questionnaire où à la fin de chaque séance de discussion, chaque scénario, les personnes répondent à quelques questions qui nous permettent de quantifier leur position à la fin de l'atelier.  

Pour travailler avec les petits agriculteurs, il nous a fallu adopter la méthode parce que, justement, c'était une méthode basée sur des articles rédigés en français. Ce n'était pas totalement adapté aux agriculteurs, dont certains ne savent ni lire ni écrire. Les scénarios ont donc été présentés oralement dans les grandes lignes. Les agriculteurs ont parfaitement compris la logique des scénarios ainsi que les hypothèses qu'ils contenaient. On leur a ensuite demandé de nous expliquer comment ces scénarios pouvaient s'adapter à l'échelle de l'exploitation et aussi à celle du groupe d'agriculteurs. Pour cela, nous avons utilisé des représentations simplifiées d'exploitations agricoles, nous leur avons présenté un exemple de projet d'aménagement collectif tel que proposé dans l'un des scénarios, et on leur a demandé comment ils pourraient s'organiser collectivement pour proposer un projet de ce type. Les discussions étaient très riches et très animées. On a eu, au sein du groupe, des gens qui ont une posture très traditionnelle et d'autres qui ont une posture assez innovante. Ces ateliers ont permis de confronter ces idées. Il en ressort des choses assez intéressantes. Cette façon de réfléchir et de regrouper des agriculteurs, c'est nouveau pour eux. Et, effectivement, il y a du chemin à parcourir avant de faire émerger un projet collectif au sein du groupe.  

Pour finir, nous avons organisé une réunion de restitution qui regroupait l'ensemble des acteurs des ateliers.  

Cette réunion de restitution finale permet de partager les conclusions des groupes et dans le cas présent, on a constaté qu'on avait assez peu de divergence de point de vue et qu'on a progressé vers la construction d'une représentation commune de l'agriculture qu'on aimerait bien développer à l'horizon 2035. Ces ateliers ont permis d'initier cette réflexion prospective, mais la route est encore longue. D'autres acteurs prennent maintenant le relais pour définir une stratégie opérationnelle de développement de l'agriculture et surtout prévoir, planifier des actions concrètes qui permettront de réaliser les scénarios dont nous avons discuté.  

Lutte contre l’érosion des sols à Mayotte

Le projet LESELAM vise à lutter contre l'érosion des sols à Mayotte, pour une adéquation durable entre le développement de l’agriculture et de l’habitat rural d’une part, et la qualité du milieu lagonaire, d’autre part. 

© Naturalistes de Mayotte 

L'érosion des sols à Mayotte résulte principalement des fortes précipitations tropicales sur des sols non protégés. La forte pression qu'exerce l'homme sur les différents milieux, agricoles ou urbains, accélère ce phénomène. L'érosion des sols est un problème majeur à Mayotte qui met en péril la survie du lagon ainsi que l'agriculture. C'est pour mieux comprendre, prévenir et remédier à ces problèmes d'érosion des sols que le projet LESELAM est né. Dans le cadre de ce projet, nous avons trois objectifs : quantifier les problèmes érosifs sur plusieurs bassins versants pilotes, mettre en place des démonstrateurs de pratiques de remédiation, et enfin former et sensibiliser les acteurs confrontés à ces problématiques. 

Des stations de mesures climatologiques et hydrologiques ont été installées sur 3 bassins versants de Mayotte. Deux bassins agroforestiers : Mro Oua Bandrani et Salim Bé au sud de Dembeni, et un bassin très urbanisé, celui de Mtsamboro au nord de Mayotte. Les résultats des saisons pluvieuses 2015-2016 et 2016-2017 ont montré une très forte érosion sur le bassin versant urbanisé de Mtsamboro : de 6 à 10 t/ha par an de terres érodées qui vont dans le lagon, contre seulement 0,25 t/ha par an sur les bassins agroforestiers comme celui de Mro Oua Bandrani. 

Pour lutter contre l'érosion des sols, il existe plusieurs techniques. En zone agricole, et sur les jardins en zone urbaine et périurbaine, on met en œuvre une agriculture de conservation, défense et restauration du sol, notamment le paillage. En zone purement urbaine, notamment en zone de talus, et sur les zones de construction, il s'agit de protéger le sol par de la végétation et de respecter les règles en matière d'aménagement et de construction. 

Pour faciliter l'appropriation de ces solutions, nous avons mis en place diverses actions de sensibilisation. Des réunions d'information, des conférences, des enquêtes et des ateliers ont été menés. Nous avons aussi créé des panneaux et un site Internet pour regrouper l'ensemble de l'information.  

Nous avons l'ambition de poursuivre ce projet avec un LESELAM 2, afin de mettre en place concrètement les mesures de lutte contre l'érosion et passer de l'échelle du bassin versant à celle du territoire, afin de limiter au plus tôt l'impact négatif de l'érosion des sols à Mayotte.