La situation des nappes phréatiques est à surveiller. En février et mars 2022, la situation s’est rapidement dégradée et les pluies insuffisantes ont fortement impacté l’état des nappes. En avril, les tendances des nappes devraient être orientées à la baisse.
12 avril 2022
Carte de France de la situation des nappes au 1er avril 2022. Carte de France de la situation des nappes au 1er avril 2022.

Carte de France de la situation des nappes au 1er avril 2022.

© BRGM

Situation hydrogéologique au 1er avril 2022

La période de vidange a débuté dès février avec deux à trois mois d’avance. En mars, les niveaux des nappes sont généralement en baisse. Seules les nappes les plus inertielles, dont les niveaux sont stables, profitent encore de la lente infiltration des pluies hivernales. Au sud, les pluies efficaces récentes ont permis à certaines nappes d’enregistrer des épisodes de recharge et les niveaux sont stables ou en hausse.

Alors que l’étiage de l’automne 2021 était peu sévère, la situation s’est rapidement dégradée en février et mars 2022. La fin de l’hiver est une période charnière et les pluies insuffisantes ont fortement impacté l’état des nappes. La situation est particulièrement préoccupante sur les nappes entre Vendée, Périgord et Maine ainsi que sur les nappes de Provence et de la Côte d’Azur.

En avril, sauf événements pluviométriques exceptionnels, les tendances des nappes devraient être orientées à la baisse. La situation des nappes inertielles ne devrait que peu évoluer durant les prochaines semaines. Sur les nappes réactives, les situations dépendront de la pluviométrie. En cas de précipitations insuffisantes, la vidange pourrait se poursuivre et l’état des nappes réactives devrait alors continuer à se dégrader. La situation devra être particulièrement surveillée sur l’ensemble des nappes réactives et sur les nappes inertielles affichant des niveaux actuels bas ainsi que sur les secteurs fortement sollicités par des prélèvements.

La période de recharge 2021-2022 a été courte et peu active sur l’ensemble des nappes. La phase de vidange des nappes s’est progressivement mise en place depuis février 2022, les pluies efficaces ayant généralement été déficitaires et la végétation reprenant ses droits. Courant mars, les tendances d'évolution sont hétérogènes et dépendent de la pluviométrie locale et de l’inertie de la nappe.

Sur les deux-tiers nord du territoire, la vidange se confirme sur l’ensemble des nappes. Les nappes réactives sont en baisse depuis février, du fait de l’absence de pluies efficaces notables. Les tendances des nappes inertielles s’inversent courant mars et les niveaux sont généralement en baisse. La recharge reste cependant active mais très ralentie sur les nappes les plus inertielles du Bassin parisien et du couloir Rhône-Saône. Les niveaux se stabilisent durant le mois de mars, les pluies de ces derniers mois finissant de s’infiltrer lentement jusqu’aux nappes.

Au sud, les tendances sont contrastées et dépendent essentiellement des pluies efficaces locales. Sur le Bassin aquitain, la pluviométrie a été suffisante pour alimenter les nappes sur quelques secteurs notamment sur les nappes des calcaires karstifiés des Causses. Au sud-est, les nappes du Roussillon, du Languedoc et des régions de Montpellier et Nîmes ont bénéficié des récentes précipitations efficaces significatives et les niveaux sont en hausse. Les nappes de Provence et de Côte-d’Azur sont en baisse ou stables. La fonte précoce de neige ou des précipitations localisées ont permis d’engendrer de petites recharges. Enfin, les nappes alluviales de Corse accusent les déficits pluviométriques de ces derniers mois et restent en baisse depuis février.

L’étiage 2021 a été peu sévère pour la plupart des nappes du territoire, à l’exception des nappes du sud du territoire. Les apports pluviométriques du début de la période de recharge ont permis de conserver une situation globalement satisfaisante jusqu’en janvier 2022. En février et mars, l’absence d’épisodes de recharge notables a impacté l’état des nappes. La situation des nappes s’est dégradée lentement courant mars, à l’exception des secteurs arrosés de la côte est méditerranéenne.

En mars, les niveaux des nappes réactives sont généralement sous les normales mensuelles, de modérément bas à bas. Seules quelques nappes du sud de la France observent des niveaux supérieurs aux normales. Localement des niveaux très bas sont observés sur la nappe des sables cénomaniens du Maine, sur les nappes des calcaires jurassiques et crétacés de la Vendée, du Périgord et du bassin Angoumois et sur les nappes de Provence et de la Côte d’Azur.

Concernant les nappes inertielles du nord de la France, la situation se dégrade lentement depuis février. Les niveaux restent satisfaisants, autour de la moyenne à modérément bas. La situation des nappes inertielles du couloir Rhône-Saône est plus contrastée et moins favorable, avec des niveaux proches des moyennes mensuelles à bas.

Plusieurs nappes présentent des situations favorables, avec des niveaux modérément hauts à autour des normales par rapport aux mois de mars des années antérieures :

  • Les niveaux des nappes inertielles du centre et du nord du Bassin parisien sont comparables aux normales et la recharge se termine progressivement ;
  • Les nappes alluviales de la Garonne amont et de ses principaux affluents ont observé un étiage peu sévère, ont profité de plusieurs épisodes de recharge durant l’hiver et conservent des niveaux modérément hauts ;
  • Les nappes alluviales du littoral languedocien et les nappes des calcaires karstiques des régions montpelliéraines et nîmoises ont bénéficié des pluies efficaces de mars et leurs niveaux sont comparables aux normales.

Certaines nappes montrent des situations moins favorables, avec des niveaux bas, voire localement très bas, par rapport à tous les mois de mars :

  • Les nappes des calcaires crétacés du Périgord et du bassin Angoumois observent des niveaux bas à très bas sur de nombreux piézomètres, la période de recharge ayant été tardive et écourtée ;
  • Les niveaux de la nappe inertielle des cailloutis plio-quaternaires de Bourgogne-Franche-Comté et de la nappe réactive des alluvions de la Saône aval et du Rhône amont sont bas, héritage d’une faible recharge ;
  • Le niveau des nappes des formations complexes et des alluvions de Corse, de Provence et de la Côte d’Azur est bas, du fait de faibles recharges en 2020-2021 puis en 2021-2022. Des maxima annuels semblent déjà avoir été atteints sur les nappes alluviales du littoral de la Côte d’Azur.

Les prévisions de Météo-France ne sont guère optimistes pour les nappes : sur les mois d’avril à juin 2022, les scénarios plus chauds et plus secs que les normales sont les plus probables. Des perturbations océaniques pourraient cependant traverser la France. La hausse des températures, la reprise de la végétation et donc l’augmentation de l’évapotranspiration vont limiter nettement l’infiltration des pluies vers les nappes. Le début précoce des campagnes d’irrigation pourrait également influencer la situation des nappes.

Sur les nappes réactives, les tendances du mois d’avril dépendront des cumuls pluviométriques, de l’évapotranspiration et/ou de la reprise de la végétation. En cas de précipitations insuffisantes, la vidange pourrait se poursuivre ou reprendre. L’état des nappes devrait alors continuer à se dégrader. La recharge pourrait néanmoins reprendre sur les secteurs arrosés et la situation pourrait alors s’améliorer. A partir d’avril, les épisodes de recharge devraient rester ponctuels et peu intenses, sauf événements pluviométriques exceptionnels.

En avril, la période de vidange devrait se confirmer sur l’ensemble des nappes inertielles. Les niveaux devraient rester en baisse jusqu’à l’automne. Les situations devraient se dégrader très lentement durant le printemps et l’été. En avril, elles devraient rester proches de celles observées en mars.

La recharge aura été très courte (novembre à janvier) et modeste sur la plupart des nappes, ce qui laisse présager des situations tendues dès le printemps. La situation devra être particulièrement surveillée sur l’ensemble des nappes réactives, notamment sur la nappe des sables cénomaniens du Maine, sur les nappes des calcaires du nord du Bassin aquitain, sur la nappe des calcaires de Lorraine ainsi que sur les nappes du sud-est de la France, fragilisées par un étiage estival assez sévère. La nappe inertielle des cailloutis plio-quaternaires de Bourgogne-Franche-Comté devra également faire l’objet d’une attention particulière.

Bulletin de situation hydrologique

Le bulletin national de situation hydrologique est constitué d’un ensemble de cartes et de leurs commentaires qui présentent l’évolution mensuelle des ressources en eau. Il décrit la situation quantitative des milieux aquatiques (pluies efficaces, débits des cours d’eau, niveau des nappes d’eau souterraine, état de remplissage des barrages-réservoirs) et fournit une information synthétique sur les arrêtés préfectoraux pris pour limiter les usages de l’eau durant la période d’étiage.

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