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Gouttelettes de mercure libre sur une dalle de béton d'un site Chloralkali (Jarrie, Isère, 2011). © BRGM - Daniel Hubé

Science en direct : "objet mystère" avec Daniel Hubé

14.11.2017

Dans le cadre de la 26ème édition de la Fête de la Science, le BRGM participait à Science en direct, un grand week-end festif et pédagogique organisé par l'Esprit Sorcier en partenariat avec 16 grands organismes de recherche français. Scène "Objet mystère" avec Daniel Hubé (BRGM) (Paris, 7 octobre 2017).

Dans le cadre de la 26ème édition de la Fête de la Science, le BRGM participait à Science en direct, un grand week-end festif et pédagogique organisé par l'Esprit Sorcier en partenariat avec 16 grands organismes de recherche français. Scène "Objet mystère" avec Daniel Hubé (BRGM) (Paris, 7 octobre 2017).

Transcription de la vidéo

On accueille, tout de suite, du BRGM, Daniel Hubé. Il est là, bonjour Daniel. Tenez, pour vous. On fait un échange ? Ou vous le gardez encore un peu ? Je le prends. Alors, on a ici... Je trahis rien en disant une bouteille ?

Une fiole.

Une fiole. Que doit-on trouver alors ? À partir de cette fiole ?

À quoi ça a servi.

Alors, parmi les gens qui sont là, quelqu'un a-t-il une idée ? Un petit indice : elle est un peu abîmée. Je pense pas qu'elle soit toute neuve.

Des questions ?

Non, on peut le dire...

Ne donnez pas la date tout de suite.

Elle s'inscrit dans quelque chose qui est d'actualité depuis trois ans.

Un autre indice : Daniel Hubé, vous êtes géologue.

Je suis géologue et historien à mes heures perdues.

Peut-être que tout ça va vous donner des idées. Nous sommes avec un géologue qui nous amène une fiole, et il est historien à ses heures perdues. Est-ce qu'on a une proposition, Fred, dans le public ?

Tout à l'heure, vous aviez... Bon...

Est-ce que je peux regarder dedans ?

Allez-y, je vous en prie.

Il y a quelque chose à l'intérieur ?

Heureusement, elle est vide.

Elle est complètement vide.

Est-ce que, normalement, elle doit contenir quelque chose ?

Disons qu'une fiole en verre, c'est fait pour contenir quelque chose. Fort heureusement, elle ne contient rien.

Pleine, vous me l'auriez pas confiée ?

Ni à moi-même.

Donc, on est sur quelque chose qui peut être dangereux.

Oui.

Mortel ?

Non, mais pas très bon pour la santé.

Pas bon pour la santé.

On a peut-être une proposition.

Je n'en sais rien, mais si vous dites que c'est dangereux, peut-être de l'azote liquide ? Dans ce genre-là ?

Pas du tout.

Un acide ?

Pas du tout.

Est-ce que ça nous met sur la piste ?

Non, on est très loin. C'était un liquide qu'on mettait à l'intérieur ?

C'était un solide.

On mettait un solide.

Un solide dans une bouteille...

Est-ce qu'on mettait des objets radioactifs ?

Des objets radioactifs ?

Non, on est plutôt sur de la chimie très toxique pour l'homme.

La chimie très toxique pour l'homme...

J'ai une idée, mais j'ai pas le droit de le dire.

Je peux la faire circuler, cette bouteille ? C'est fragile ?

Non, mais c'est très rare.

C'est du patrimoine historique.

Je vous la laisse.

On va quand même résumer. C'est un objet qui contenait quelque chose de très dangereux. Vous travaillez sur des périodes qui remontent à combien de temps ?

Centenaires.

On a fêté le centenaire dernièrement de choses qui n'ont pas été bien pour les hommes. Ça va peut-être vous aider.

Et cette fiole contenait un solide ?

Oui.

Qui peut tuer des gens.

Une fiole contenant un solide mortel ?

Oui.

Alors, monsieur ?

Je pensais à de l'amiante.

Non, on est vraiment sur de la chimie.

Peut-on donner un vrai indice ?

Attendez, on l'a.

Du mercure ?

Non.

On a des idées, en tout cas.

Des explosifs ?

Ça se rapproche.

Des explosifs. Vous avez le droit de rentrer ça à la Cité ?

Ne venez pas tout de suite.

J'ai le numéro direct de la sécurité...

On peut donner un indice qui va débloquer la situation.

Attendez, on a une proposition. Vous nous prenez pour qui ? On a des idées !

Fred, quand j'ai un objet mortel, j'essaie d'aller vite pour qu'il reparte.

Proposition. Tu seras peut-être sauvé.

L'uranium.

Non, on est sur de la chimie.

De la chimie. Toi, t'as une petite idée. Mon papa disait que c'était de la poudre à canon. Non ?

Je vais donner un indice.

Allez, on va donner cet indice. On vous écoute.

C'est censé voler.

La fiole ?

Oui, et être détruit.

La fiole est dans quelque chose qui vole. Et la chose qui vole est détruite.

Attendez, on a des idées là.

Une mine.

On est vraiment pas loin avec une mine.

Avec une mine ?

Une mine qui vole.

Mais oui ! Une mine qui vole !

Un missile ?

À cette époque-là, ça n'existait pas, mais...

Vous dites "à cette époque-là", ça fait longtemps ?

Mais oui, monsieur est historien.

Cette chose-là est apparue exactement il y a 100 ans. En octobre 1917.

Bon, ça nous donne une information.

Une grenade ?

Une grenade ?

Non. Presque.

On y est presque, avec la grenade. Dernière proposition.

Une balle de pistolet ?

Alors, une grosse balle de pistolet. Vous l'avez tous.

Encore une idée ?

Un obus.

On va vous donner la réponse.

Un feu d'artifice ?

Mais non, vous avez perdu !

Mais non, on joue !

Maintenant c'est fini, on vous donne la réponse.

Non, on n'a pas dit notre dernier mot !

Le gaz moutarde ? Ou gaz sarin ?

Non, mais on se rapproche.

Vous allez nous donner la réponse.

Oui, parce que c'est un objet très rare.

Posez-le.

Il y en a une vingtaine qui circule à l'heure actuelle. C'est une fiole en verre qui chargeait des obus allemands de la Première Guerre mondiale, des obus dits "à arsine". On est ici à la Fête de la Science, cette fiole-là était entourée par l'explosif, avec la tête en bas, comme ceci. C'est un exemple de la perversion du progrès scientifique à des fins militaires. En 1917, les Alliés avaient appris à se protéger des gaz suffocants grâce à des progrès sur les masques à gaz. En face, les Allemands se sont demandé comment contrecarrer ça. Ils ont inventé cette chose-là. Cette chose-là contenait ce qu'on appelle de l'arsine. C'est un solide. L'obus tombe, éclate, la bouteille est pulvérisée et forme dans l'atmosphère des aérosols extrêmement fins qui traversent le masque à gaz. L'effet de cette chose-là une fois dans les poumons... Ça fait pleurer, vomir, éternuer.

C'est pas gentil.

Vomir et éternuer dans un masque à gaz, c'est pas possible. Donc, que font les fantassins ? Ils retirent le masque à gaz et les Allemands tirent le suffocant.

Daniel Hubé, une dernière question. Quel est votre travail concernant cet objet ?

Après la Première Guerre mondiale, il y a eu d'énormes stocks de munitions en surplus qu'il a fallu détruire. Ça devenait trop dangereux. Les projectiles chimiques de ce type-là ont généré des pollutions excessivement sévères dans les sols. Dans certains endroits de Verdun, ça fait 100 ans qu'il n'y a plus un brin d'herbe.

À cause de ce qui était dans cette bouteille.

Mon rôle c'est d'évaluer les risques, voir les dégâts environnementaux, et éventuellement savoir s'il y a lieu de dépolluer ou pas. Votre travail est d'en chercher d'autres qui sont encore dans le sol.

Exactement.

Je vous remercie.

BRGM - 3 avenue Claude-Guillemin - BP 36009 45060 Orléans Cedex 2 - France Tél. : +33 (0)2 38 64 34 34