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Glissement de terrain sur la côte crayeuse à Dieppe (Haute-Normandie, 2014). © BRGM - Thomas Dewez

Interview de Gonéri Le Cozannet (BRGM) à Solutions COP21 sur l'élévation du niveau de la mer

15.01.2016

Dans le cadre de la Conférence Paris Climat 2015, le BRGM a participé à l'événement Solutions COP21, au Grand Palais à Paris, du 4 au 10 décembre 2015. Sur le pavillon "Recherche et climat" du ministère de l'Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, les chercheurs ont présenté 32 solutions pour le climat. Interview de Gonéri Le Cozannet (BRGM) (Paris, 2015).

Dans le cadre de la Conférence Paris Climat 2015, le BRGM a participé à l'événement Solutions COP21, au Grand Palais à Paris, du 4 au 10 décembre 2015. Interview de Gonéri Le Cozannet (BRGM) sur l'élévation du niveau de la mer. © Pôle EDD - Canopé Amiens

Transcription de la vidéo

- Je suis Gonéri Le Cozannet. Je travaille au BRGM, au service géologique national dans l'unité risques côtiers et changement climatique, qui est rattachée à la direction des risques et de la prévention. Par rapport aux risques qui sont en lien avec le changement climatique, il y a un sujet de préoccupation majeure, qui est l'élévation du niveau de la mer. L'élévation du niveau de la mer, on s'attend à ce qu'elle cause des risques majeurs de submersion marine, et peut-être d'érosion côtière.

Des exemples précis. Aujourd'hui, ce qui se passe, on travaille sur... L'équipe dans laquelle je travaille travaille sur la modélisation des phénomènes de submersion marine. Notamment, on a travaillé sur des sites comme Gâvres, en Bretagne, Hyères, en région PACA. Également en Languedoc-Roussillon, la zone de Palavas-les-Flots. Et ce qu'on voit de manière assez systématique, c'est, à partir du moment où on est sur des zones basses, comme, par exemple, des lits d'eau sableux, des zones très basses, qui sont à peine quelques mètres au-dessus du niveau de la mer, les risques de submersion marine augmentent de manière extrêmement importante dès lors que le niveau de la mer s'élève de 50 cm.

Le niveau de la mer, il a déjà augmenté de 20 cm depuis 1870. Et le problème, c'est qu'il va continuer à augmenter. Donc, on est sûr que le niveau de la mer va continuer à augmenter. Même si aujourd'hui, on arrêtait les émissions, il monterait de quelques millimètres par an. Donc, on ne peut pas arrêter l'élévation du niveau de la mer. En revanche, ce qu'on peut faire, c'est limiter la vitesse d'élévation du niveau de la mer en limitant les émissions de gaz à effet de serre. C'est ce qu'on espère qui va se passer en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, mais il y a une part des effets auxquels on n'échappera pas. C'est au moins quelques dizaines de centimètres d'élévation du niveau de la mer à la fin du XXIe siècle. Et quelques dizaines de centimètres d'élévation du niveau de la mer, ça augmente de manière très importante la fréquence et l'intensité des submersions marines.

C'est un premier sujet sur lequel on est obligés de s'adapter, à ce phénomène-là. Les zones sensibles, elles sont identifiées, mais c'est pas uniquement le BRGM qui fait ça. Il y a, par exemple, en France, plusieurs mécanismes réglementaires qui font qu'on définit quelles sont les zones les plus... On identifie les zones les plus vulnérables à l'élévation du niveau de la mer. C'est à travers, par exemple, les territoires à risque d'inondation important, les plans de prévention des risques. Une fois qu'on a identifié ces sites, le problème, c'est de savoir : comment fait-on pour s'adapter sur ces sites-là ? Et donc, là, il y a... L'idée, c'est de... On va pas interdire de construire dans toutes les zones basses. Ce serait absolument pas possible parce que les gens ont des priorités pour le développement. On va essayer de faire des modélisations des submersions marines les plus précises possibles et qui prennent en compte les conséquences inévitables de l'élévation du niveau de la mer.

Donc, par exemple, il y a un mécanisme qui s'appelle le plan de prévention des risques littoraux. Dans ce mécanisme, on modélise une tempête, on regarde quelle est son extension maximale et on superpose 60 cm d'élévation du niveau de la mer. 60 cm d'élévation du niveau de la mer, c'est ce à quoi on ne peut pas échapper, dans tous les cas, en 2100. Et les zones qui sont inondées par cette modélisation définissent une zone sur laquelle on interdit de construire de nouveaux bâtiments. Ça, c'est un premier mécanisme qui est en cours. Depuis 2011, on prend en compte cette élévation du niveau de la mer dans les plans de prévention des risques côtiers. C'est une première mesure en faveur de l'adaptation des littoraux à l'élévation du niveau de la mer.

On a travaillé sur la question de l'érosion côtière dans des îles en Polynésie, et mes collègues ont travaillé sur le risque cyclonique. Alors, les questions qui se posent... Le risque cyclonique, c'est extrêmement pratique. C'est une zone dans laquelle il n'y a pas énormément de cyclones, mais il peut y en avoir. Notamment, par exemple, il y a eu une séquence cyclonique en 83 qui a causé des submersions marines majeures, notamment dans les atolls des Tuamotu. Ce que font mes collègues, c'est modéliser ces submersions marines liées aux cyclones. Moi, j'ai plus particulièrement travaillé sur l'érosion côtière des atolls. La question qui se posait, c'est que, pour différentes raisons, il se trouve que depuis 60 ans, la Polynésie a subi une élévation du niveau de la mer plus rapide que la moyenne, d'environ 30 %. Au lieu que ce soit 1,7 mm par an pendant 50 ans, ça a été plutôt 2 à 3 mm, 2 à 2,5 mm par an selon les atolls. Et la question qu'on se posait, c'est si les atolls... On observait déjà des impacts de l'élévation du niveau de la mer sur ces atolls, dans la mesure où ils étaient déjà soumis à une élévation du niveau de la mer plus rapide que la moyenne. En fait, ce qu'on voit, c'est que, quand même, aujourd'hui, la mobilité du trait de côte de ces atolls est principalement gouvernée par les effets des actions anthropiques, des vagues, des cyclones, etc.

Ce que ça veut dire, ça renforce un petit peu l'idée selon laquelle on peut encore échapper à un recul généralisé du trait de côte pour beaucoup de zones basses. On peut y échapper à condition que le niveau de la mer ne s'élève pas trop vite. Et c'est vrai que ce n'est possible que dans le cas du scénario où on baisse fortement les émissions de CO2. En revanche, si on émet beaucoup de CO2, en 2100, on a 2 / 3 de chances d'être entre 0,5 et 1 m, et on a 1 / 3 de chances d'être au-dessus. Et surtout, à ce moment-là, on a 1 cm d'élévation du niveau de la mer par an. Donc, ça veut dire que tous les 20 ans, on prend 20 cm d'élévation du niveau de la mer. 20 cm, c'est toute l'élévation du niveau de la mer depuis 1870. Donc, c'est vraiment la situation que l'on veut éviter. Et c'est dans ce cas-là, d'élévation du niveau de la mer rapide, qu'on aurait un recul généralisé du trait de côte. Et on peut probablement y échapper si on réduit fortement les émissions de gaz à effet de serre.

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