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Les tufs volcaniques de la plage de la Conque et le basalte du rocher des Deux-Frères (Cap-d’Agde, Hérault, 2007). © BRGM - François Michel

Gestion du trait de côte sur le littoral sableux de la région Occitanie

25.02.2019

Ce film aborde sous forme pédagogique l’état des connaissances sur le fonctionnement du littoral sableux d’Occitanie et retrace l'évolution des stratégies et des pratiques de gestion du trait de côte sur ce même territoire.

Ce film aborde sous forme pédagogique l’état des connaissances sur le fonctionnement du littoral sableux d’Occitanie et retrace l'évolution des stratégies et des pratiques de gestion du trait de côte sur ce même territoire. © Préfecture Occitanie / BRGM

Transcription de la vidéo

Le littoral est une frontière, l'espace de rencontre entre la terre, la mer et l'atmosphère. C'est l'interface de milieux aux propriétés particulières dont l'interaction complexe permet de tracer le trait de côte.

Le trait de côte, ou ligne de rivage, est une notion difficile à définir. C'est l'interface entre le sable et la mer.

Le trait de côte est, par essence, mobile et fluctuant, et se déplace au fil du temps, des saisons, de la météo.

On parle souvent du « recul du trait de côte ». Ce n'est pas un phénomène récent, mais son ampleur s'est accrue ces dernières décennies. Il est dû à l'action des vagues, entraînant les sédiments des plages. C'est l'érosion littorale.

Elle s'exprime selon plusieurs formes et se généralise sur la plupart des rivages français. En cause : des phénomènes naturels, pouvant être associés à des facteurs humains. Ses conséquences sont peu perceptibles au quotidien, mais les tempêtes, en accélérant de manière spectaculaire l'érosion des plages, nous rappellent régulièrement la fragilité de l'espace littoral.

Tout le monde apprécie le bord de mer, mais sous son apparente simplicité se cachent une structure et un fonctionnement assez complexes. Mais je vois arriver Yann Baloin, du Bureau de Recherches Géologiques et Minières. Il va nous expliquer tout ça.

Bonjour, Yann.

Bonjour, Vincent.

Peux-tu réexpliquer le fonctionnement du système plage/dune ?

Le système plage/dune est composé de trois compartiments entre lesquels s'effectuent des mouvements de sable sous l'action du vent, des houles et des vagues. Le 1er compartiment est la plage immergée, la partie sous-marine, sur laquelle on trouve des bancs de sable appelés barres pré-littorales. On a ensuite la plage émergée, sur laquelle on pose sa serviette. Enfin, le cordon dunaire qui constitue un stock de sable important.

Très bien. En Méditerranée, les marées sont faibles, alors qu'est-ce qui cause les mouvements de sable ?

Les principaux facteurs d'évolution sont la houle, générée par le vent, et les vents qui font bouger les grains de sable. On a aussi les niveaux extrêmes lors des surcotes de tempête. Les vagues sont générées par l'action du vent. Au large, dans les océans et les mers, elles se propagent librement. C'est la houle. Lorsque ces vagues arrivent à proximité de la côte, leur déformation va induire des courants de plusieurs types. On a d'abord les courants d'entraînement, c'est le courant du large vers la côte qui permet l'accumulation de sable sur les côtes, appelée l'accrétion. On a ensuite les courants de retour qui sont les courants qui génèrent du transport vers le large. Ce sont notamment ces courants qui génèrent la variation saisonnière des profils de plage. Pendant l'hiver, on a un entraînement du sable vers les barres d'avant-côte. Au printemps, on a les courants plus favorables qui regénèrent la plage en sable. Le déferlement des vagues à l'approche de la côte va générer un courant parallèle au trait de côte, la dérive littorale. C'est ce phénomène qui a le rôle principal dans l'évolution des plages, en termes d'accrétion, d'érosion ou de stabilité des côtes.

L'installation d'un ouvrage de protection dans la zone côtière doit modifier ces courants, non ?

Les ouvrages peuvent localement perturber les déplacements sableux et vont paradoxalement accentuer l'érosion sur les littoraux adjacents. Pour quantifier l'accrétion ou l'érosion d'une côte, il faut chiffrer les volumes sableux mis en jeu. Pour cela, quand on regarde un littoral schématique, on peut avoir une embouchure fluviatile, un système de port ou encore une côte rocheuse. On va pouvoir découper ce système littoral en plusieurs compartiments qui sont relativement indépendants les uns des autres et au sein desquels on va pouvoir calculer un bilan sédimentaire. Pour calculer ce bilan sédimentaire, 3 paramètres sont utiles. Le 1er : les entrées sableuses dans ce compartiment.

Ces entrées sableuses se font principalement en provenance des bassins versants via l'exutoire des fleuves. On peut aussi avoir des entrées sableuses du large vers la côte. Le 2e paramètre, ce sont les fuites sédimentaires, c'est-à-dire les pertes de ce compartiment, que ce soit vers les cordons lagunaires lors des plus grosses tempêtes, ou vers le large avec les courants de retour. Enfin, il faut connaître les stocks sédimentaires déjà implantés dans la cellule, et donc, notamment, l'épaisseur de sable sur l'intérieur de cette cellule. Avec ces chiffres, on établit un bilan sédimentaire de ce compartiment qui permet de caractériser l'érosion ou l'accrétion de ce littoral. Il vaut mieux ne pas réagir à chaud après une tempête, mais plutôt prendre le temps de l'analyse.

Le plus souvent, la plage va cicatriser naturellement et retrouver une grande majorité de son sable après quelques semaines. C'est le phénomène de résilience. Le littoral languedocien est constitué de côtes sableuses basses et de côtes à lido. Un lido est un cordon littoral séparant une lagune de la mer.

Sur ce type de côtes, on trouve des conditions particulières. D'une part, un phénomène de marée très faible, ne dépassant pas 30 cm en moyenne. D'autre part, on observe une forte fréquence de surcote, liée à la pression atmosphérique, aux vents et aux vagues pendant les tempêtes.

Des vents forts, des terres peu élevées, des lidos étroits. Le littoral languedocien est un espace vulnérable et le budget sédimentaire des cellules peut être impacté par des phénomènes d'origine naturelle ou anthropique.

Les phénomènes naturels qui agissent sur le littoral sont les tempêtes qui peuvent provoquer des submersions marines et l'érosion des côtes. Quant aux facteurs liés à l'activité humaine, on peut évoquer l'extraction de sable, les carrières, le nettoyage mécanique de la plage, l'arasement dunaire et l'urbanisation en général. Mais le facteur le plus impactant sur l'évolution du littoral et des plages est lié à l'aménagement des bassins versants et en particulier du lit des cours d'eau. À l'état naturel, les rivières transportent jusqu'à la côte les sédiments provenant de l'érosion

des bassins versants, contribuant ainsi au bon équilibre du budget sédimentaire des plages. Mais la construction de barrages, de seuils, ainsi que les pratiques d'extraction de matériaux dans le lit des fleuves, ont progressivement bloqué les sédiments et privé les plages de leur sable. Jusqu'à une époque récente, l'homme s'adaptait aux fluctuations du trait de côte en évitant de pérenniser son installation à proximité du bord de mer. Le développement industriel et surtout touristique des années 50 et 60 modifie considérablement le paysage côtier.

En 1963, la mission Racine, du nom de son responsable, met en œuvre une politique d'aménagement touristique du littoral du Languedoc-Roussillon avec des chantiers de grande ampleur.

Dans son sillage, de nombreux sites désormais voués au tourisme balnéaire ou à l'industrie sont aménagés. Des espaces jouent un rôle majeur dans l'équilibre dynamique du système littoral. Les cordons dunaires, par exemple, disparaissent, et d'autres sont gagnés sur la mer.

Dès lors, pour beaucoup, la fluctuation du trait de côte n'est plus envisageable, puisque des pans entiers de l'économie dépendent de sa fixité. Pour assurer cette fixité, de nombreux ouvrages sont construits, les ouvrages longitudinaux de hauts de plages, murs, perrés, enrochements, ou installés sur le fond du proche littoral, les brise-lames, protègent la dune des actions de la mer et cherchent à fixer le trait de côte.

Mais leur présence tend à accroître la réflexion de la houle, accentuant le phénomène d'érosion devant l'ouvrage, ce qu'on appelle l'affouillement. Ils entraînent aussi un abaissement du profil de plage, et une diminution de sa largeur, et aggrave la tendance à l'érosion des zones non protégées de part et d'autre de l'ouvrage. Les ouvrages transversaux, tels que les épis, ont pour but d'arrêter partiellement le transport sédimentaire dû à la dérive littorale. Mais ils bloquent justement la dérive littorale et le transit sédimentaire naturel. Ils entraînent une zone d'accrétion en amont des rives et une zone d'érosion en aval des rives par déficit sédimentaire. Lorsqu'ils sont installés en batterie, ils peuvent modifier fortement les courants de la côte vers le large, entraînant une érosion accrue entre chaque épi et l'abaissement de l'estran. Si l'intervention sur le milieu est encore souvent retenue comme une nécessité compte tenu des enjeux économiques, il apparaît aujourd'hui indispensable d'ajuster finement les actions sur le littoral pour le protéger contre l'érosion. Ainsi, les interventions au coup par coup et dans l'urgence, laissent la place, depuis quelques années déjà, à une prise en compte plus globale et approfondie de la situation.

Cette nouvelle façon d'aborder la gestion du littoral, voulue par la stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte, a été adoptée par l'État en 2012.

Aujourd'hui, il existe un panel de nouvelles techniques plus ou moins lourdes et abordables pour les collectivités. Aucune ne constitue une réponse unique, une solution miracle. Chaque contexte étant différent, la construction d'un projet doit y être adaptée et prendre en compte la durée de vie des aménagements.

Le littoral est un espace dynamique, vivant. Il est parfois modifié de façon spectaculaire après une tempête. Face au phénomène d'érosion du trait de côte et de submersion marine, il n'existe pas de solution miracle. Nous devons continuellement renforcer notre connaissance du fonctionnement du littoral. L'observation des phénomènes doit nous aider à construire à l'échelle locale des solutions adaptées qui prennent en compte de manière globale les enjeux humains, économiques, et le patrimoine naturel. Longtemps, on a pensé que se protéger face à la mer était une solution pérenne. Aujourd'hui, on a pris conscience que ce n'était qu'une solution transitoire. Désormais, il faut penser autrement le territoire et imaginer une adaptation des usages, donc une recomposition des espaces littoraux face aux risques d'érosion et de submersion marine. Agissons aujourd'hui, pour préserver  l'attractivité et le cadre de vie du littoral de demain.

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