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Baie de Saint Pierre, en Martinique, au pied de la montage Pelée (Martinique, 2012). © BRGM - Maryse Le Roy

Géothermie, le souffle de la Caraïbe

27.11.2015

Dans le chapelet d’îles volcaniques que forme l’arc antillais, la géothermie est une énergie à fort potentiel. Le projet européen Géothermie Caraïbe 2 vise à initier une politique caribéenne de développement de la géothermie.

Dans le chapelet d’îles volcaniques que forme l’arc antillais, la géothermie est une énergie à fort potentiel. Le projet européen Géothermie Caraïbe 2 vise à initier une politique caribéenne de développement de la géothermie. © Géothermie Caraïbe

Transcription de la vidéo

- Bien avant le développement de l'électricité géothermique, la chaleur géothermale était déjà une source de bienfaits pour les peuples de la Caraïbe. Dans le chapelet d'îles volcaniques que forme l'arc antillais, la géothermie est une énergie en provenance directe des tréfonds de la Terre, dont le véritable potentiel est encore méconnu.

- L'histoire de l'arc antillais commence il y a presque 50 millions d'années, à l'époque qu'on appelle l'Éocène. Et puis, elle est complexe. Elle est formée de la rencontre de 2 plaques lithosphériques.

- La plaque atlantique glisse  sous la plaque caraïbe à une vitesse moyenne de 2 cm par an. En s'enfonçant dans le manteau supérieur, la plaque atlantique va libérer les poches de magma, qui vont remonter à la surface et former des volcans qui deviendront les îles que nous connaissons.

- En Guadeloupe, les études précédentes, menées par un certain nombre d'universités et le BRGM, notamment, ont montré que la ressource se localise à une zone où il y a une intersection entre des failles. Les fluides peuvent bien convecter. Et c'est à cet endroit-là qu'il y a la ressource de Bouillante.

- Le réservoir qui fournit la centrale géothermique de Bouillante se situe, en effet, au cœur de la chaîne volcanique de Bouillante et au carrefour de plusieurs failles, dont la plus importante est un système qui rejoint directement l'île de Montserrat au Nord-Ouest.

- Un bon potentiel géothermique, c'est le croisement de plusieurs paramètres. Il y a une activité volcanique particulière, qui doit être récente, qui est la source de chaleur qui va permettre d'avoir de l'eau chaude. Mais il faut que l'eau puisse s'infiltrer et, du coup, rentrer dans ce réservoir et, du coup, être au contact de cette roche chaude pour pouvoir atteindre des températures de 200-250 degrés. Il faut pouvoir avoir des failles parce que ces failles vont permettre, par la circulation de ruissellements d'eau pluviométrique ou d'infiltrations d'eau de mer, de rentrer et d'atteindre ce réservoir.

- Plus on s'enfonce dans le sol, plus la température augmente. C'est ce qu'on appelle le gradient géothermique. Un gradient géothermique normal, ça varie entre 15 degrés et 45 degrés par kilomètre. Dans les zones qui sont exploitables du point de vue géothermique pour produire de l'électricité, c'est bien plus élevé. Ça peut être 100 degrés par kilomètre. À certains endroits, comme au bain Thomas ou à Bouillante, il y a des manifestations de surface, comme des sorties de fluides.

- Sur la zone de Bouillante, la température des fluides souterrains peut atteindre jusqu'à 250 degrés. À La Dominique, dans la région du Boiling Lake, les températures en sous-sol peuvent atteindre près de 300 degrés.

- Ici, on est à ce qu'on appelle la ravine Thomas, où il y a des bains chauds. On voit ces dépôts. C'est d'origine volcanique. Ce sont des roches volcaniques. On voit que ces formations géologiques sont affectées par une faille, qui est là. Elle forme des faces ici.

-  Au bain Thomas, la source d'eau chaude dont profitent les visiteurs est, en effet, située précisément sur une faille dans la croûte terrestre.

- Elle a une orientation qui est est-ouest. Et associés à cette faille, au sein des roches qui, elles, sont à une température normale, froides, circulent des fluides qui sont, pour partie, dus à l'infiltration de l'eau de pluie dans les roches et, pour partie, dus à l'infiltration de l'eau de mer dans les roches. Ce mélange passe en profondeur dans les roches, interagit avec la roche, se réchauffe et ressort ici. On voit ici des volutes comme dans une casserole avec de l'eau chaude en bas et de l'eau froide. Ça se mélange avec les vagues. On voit que les fluides ressortent ici, par la faille, pas à côté. Et puis, bien sûr, cette faille se poursuit sous les gens qui profitent des vertus des fluides. Et les fluides sortent le long.

- En Guadeloupe, la région de Bouillante ne serait pas la seule zone favorable à une exploitation géothermique. On recense aussi un potentiel probable aux alentours de la Soufrière et de Vieux-Habitants. On retrouve aussi un potentiel sur les sites bien connus de Ravine Chaude ou Sofaia.

- La Martinique aussi a ses propres sources d'eau chaude qui témoignent d'une activité géothermique en sous-sol. Les études de prospection ont d'ailleurs révélé un potentiel d'exploitation de la géothermie à température réduite.

- Ici, on se trouve au niveau de l'aéroport du Lamentin. On a un indice de surface de la géothermie en profondeur. On a une source chaude qui avoisine les 45 degrés avec un dégagement gazeux. On peut retrouver ce type d'indice à plusieurs endroits. Ça traduit le potentiel géothermique de toute la plaine du Lamentin.

- Il y a déjà eu des forages en Martinique à la fin des années 90, dans la plaine du Lamentin, dans la zone où nous nous trouvons aujourd'hui parce qu'il y a aussi ici un réservoir géothermique. Malheureusement, il n'était pas assez chaud.

- On se retrouve avec une température qui est entre 80 et 90 degrés. C'est insuffisant pour produire de l'électricité de manière classique. Par contre, cette chaleur peut être valorisée, le puits ayant été creusé dans un bassin d'une zone industrielle.

- Il s'agit de produire de l'eau froide et de l'eau chaude qui sont distribuées sous la forme de réseaux de froid et de chaleur. Technologie absolument maîtrisée par la France et par ses industries. Pourquoi ? C'est pas connu, mais, aujourd'hui, en Île-de-France, il y a un bon tiers du chauffage d'Île-de-France, du chauffage urbain, du chauffage collectif qui vient de géothermie.

- Ici, on se trouve à la zone industrielle de Californie, où a été réalisé un forage géothermique en 2001. Ce forage-là fait 700 m de profondeur et on trouve de l'eau à 90 degrés. L'avantage d'avoir un forage en pleine zone industrielle est de pouvoir utiliser cette ressource pour répondre aux besoins directs des bâtiments et des entreprises voisines.

- Mais le sous-sol de la Martinique ne se limite pas à ces températures réduites. Les études récentes laissent espérer un potentiel propice à la production d'électricité.

- En haute enthalpie, nous avons des pistes. Nous avons repéré 2 zones, une zone à Petite Anse, les anses d'Arlet, une autre zone au Morne-Rouge, où on soupçonne la présence d'une ressource géothermique intéressante.

- A l'aide de calculs de géothermomètres, on a pu voir que le 1er réservoir au niveau de la rivière chaude avoisine les 180-200 degrés. Le 2e réservoir, au niveau de la rivière Picodo, tourne autour de 155-180 degrés. Ce sont des températures qui peuvent permettre la production d'électricité.

- Maintenant, il faut aller vérifier, confirmer cette ressource de manière prudente. On s'attend à trouver 10 à 20 MW de géothermie.

- Sur la montagne Pelée et les anses d'Arlet, on est sur 2 zones qui sont très sensibles. La montagne Pelée, c'est classé. C'est environnemental. C'est patrimonial. Il faut le dire. Ça appartient à la population martiniquaise. C'est vraiment la volonté de faire attention à ce qu'on va y faire, de ne pas y aller uniquement avec un objectif financier ou industriel. Et puis, les anses d'Arlet, c'est un lieu hautement touristique. On va pas défigurer une zone magnifique, dont nous profitons tous les jours dans notre vie pour un objectif énergétique. On va pas, pour autant, les sanctifier, les sanctuariser au point de ne pas développer l'économie martiniquaise et, surtout, l'emploi en Martinique.

- Comme à La Dominique, le potentiel géothermique martiniquais se trouve dans des zones écologiquement sensibles. Les projets de géothermie devront comporter une stratégie d'accompagnement efficace pour allier développement et préservation du cadre naturel.

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