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La source chaude de Petite Anse, indice du potentiel géothermal de la région sud de la Martinique (Martinique, 2012). © BRGM - Alain Gadalia

Géothermie, pilier de la transition énergétique

27.11.2015

Dans une région volcanique comme la Caraïbe, la géothermie constitue l’une des ressources vertes les plus prometteuses. Le projet européen Géothermie Caraïbe 2 vise à initier une politique caribéenne de développement de la géothermie.

Dans une région volcanique comme la Caraïbe, la géothermie constitue l’une des ressources vertes les plus prometteuses. Le projet européen Géothermie Caraïbe 2 vise à initier une politique caribéenne de développement de la géothermie. © Géothermie Caraïbe

Transcription de la vidéo

- 2013 a été la 1re année où la puissance installée d'énergies renouvelables dans le monde a dépassé la puissance installée d'énergies fossiles. En 2013, on a construit plus de centrales solaires, éoliennes, géothermiques, biomasse que de centrales gaz et pétrole. Il se passe quelque chose.

- La révolution est en marche. Les énergies fossiles laissent désormais la place aux énergies renouvelables. Dans une région volcanique comme la Caraïbe, la géothermie s'avère être l'une des ressources vertes les plus prometteuses.

- La question des énergies fossiles pose à la fois un problème stratégique. Aujourd'hui, nous dépendons d'un produit qui est de plus en plus rare, qui est un produit polluant et qui pèse de plus en plus sur le pouvoir d'achat des ménages, des industries et des pays.

- Aujourd'hui, si je valorise les énergies renouvelables en Martinique, c'est autant de pétrole qui est acheté en moins. Jusqu'ici, le pétrole, je l'achète pas aux Martiniquais ni aux Français. Donc c'est de l'argent qu'on garde.

- Demain, s'il y a des tensions sur l'approvisionnement, le 1er marché qu'on va songer à approvisionner, c'est certainement pas celui de la Guadeloupe. D'autres passeront avant nous. Donc il importe, pour des petits territoires comme le nôtre, d'être, quelque part, comme pour la production alimentaire, autosuffisants dans ce qu'on produit, dans ce qu'on consomme.

- Aujourd'hui, la Guadeloupe, la Martinique et la plupart des îles de l'arc antillais sont dépendantes à environ 90 % des importations de pétrole ou de charbon pour produire leur électricité. Cela représente un poids énorme dans la balance commerciale, mais pas seulement.

- Ici, les populations vivent principalement sur les côtes et nous sommes certainement concernés par la montée des eaux. La plupart des bassins de population se trouvent sur les côtes. Il va falloir réfléchir aux conséquences que peut avoir le réchauffement climatique sur les autres problèmes de circulation atmosphérique tels que les cyclones.

- On subit des attaques du changement climatique. On s'en plaint. Pour se plaindre, il faut quand même être soi-même exemplaire.

- Pour vous donner un ordre d'idée, nos consommations électriques actuelles ont un potentiel d'émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère qui est plus de 15 fois supérieur à la moyenne nationale du fait de l'utilisation d'énergies fossiles.

- Pour réduire l'impact environnemental de la production d'électricité, la 1re solution serait d'en produire moins.

- 1er pilier, qui semble le moins évident, et qui est, pourtant, quelque part, particulièrement important, c'est la maîtrise de la consommation d'énergie. Avant de produire de l'énergie, il faut éviter d'en gaspiller.

- Tant qu'on ne maîtrise pas la consommation et qu'on n'arrive pas à inverser la courbe de croissance, on peut mettre tous les efforts qu'on veut sur la production énergétique, sur la lutte contre les changements climatiques, mais ça ne sert à rien.

- L'autre versant de la transition énergétique, le développement des énergies renouvelables. En la matière, le potentiel des îles de la Caraïbe est impressionnant. Photovoltaïque, éolien, hydraulique, biomasse et la géothermie. Une diversité de ressources purement locales qui permet d'envisager une sortie progressive de l'ère des énergies fossiles.

- Nos territoires sont de formidables hot spots de biodiversité. Il faut aussi préserver l'environnement. Il faut aussi préserver le lieu. Agir sur la transition énergétique, c'est pouvoir aussi se donner des moyens de muter et de transformer nos économies, qui sont souvent des économies de comptoir, en des économies où nous utilisons notre biodiversité au service du développement.

- Les objectifs de développement des énergies renouvelables sont vraiment très ambitieux. Ils ont été actés fin 2012 dans le plan régional énergétique de la Guadeloupe et ils consistent ni plus ni moins à atteindre l'autonomie énergétique de la Guadeloupe à partir d'énergies renouvelables en 2050.

- Pour faire face à ces objectifs, les schémas régionaux de la Guadeloupe et de la Martinique prévoient un développement parallèle de tout le potentiel renouvelable local. Dans ce contexte, les objectifs intermédiaires pour 2030 en Guadeloupe accordent déjà un rôle prépondérant à la géothermie.

- 34 % de l'électricité produite proviendra de la géothermie. Pourquoi ? Parce que la géothermie, c'est une source stable, en continu, qui n'est pas exposée aux aléas climatiques. Et, dans ce domaine, nous faisons figures de pionniers, de précurseurs, car la Guadeloupe a la seule centrale géothermique qui fonctionne dans la Caraïbe.

- Nous avons la chance, en Caraïbe, et, en particulier, en Martinique de disposer de gisements. Le potentiel visé à l'horizon 2030 est de près de 50 MW. Ça veut dire que la géothermie va occuper une place centrale dans le mix énergétique de demain.

- La géothermie, c'est une bénédiction, ce truc. On est dans un chapelet d'îles volcaniques. Vous avez cette ressource en sous-sol, qui est inexploitée, de réservoirs d'eau chaude qui, potentiellement, peuvent produire de la vapeur pour fabriquer de l'électricité. Et ça, c'est en dessous de nous. C'est là. Vous n'avez pas à aller la chercher ailleurs. Elle est là.

- Aujourd'hui, la géothermie est extrêmement développée en Amérique centrale et aussi en Californie. La plus grande centrale du monde est en Californie. La centrale de géothermie, elle fait 1 GW. C'est 4 fois la puissance maximale appelée par le réseau martiniquais. Donc ça peut marcher.

- La géothermie, c'est une énergie renouvelable qui ne produit pas de gaz à effet de serre. C'est une énergie de base. Ça veut dire qu'elle est disponible et qu'elle fonctionne tous les jours, nuit et jour et qu'elle ne dépend pas de facteurs extérieurs comme le soleil ou le vent.

- Pour fournir un réseau électrique, on distingue 2 grands types d'énergies, les énergies à flux variable, soleil, vent, marée, dont la disponibilité varie suivant les conditions climatiques, et ce qu'on appelle les énergies de base. Elles sont à même de fournir le réseau en continu sans baisse de puissance. C'est le cas de toutes les énergies fossiles, mais aussi de la biomasse et de la géothermie.

- L'idée, c'est qu'on s'appuie sur les énergies de base, c'est-à-dire les énergies non-intermittentes. C'est là l'intérêt de la géothermie. C'est aussi l'intérêt de la biomasse. Donc vous avez intérêt, premièrement, à développer ces énergies de base derrière et, deuxièmement, les énergies intermittentes qui viendront compléter.

- Tout naturellement, il est temps qu'on utilise ce dont on est riche. On ne peut pas continuer à utiliser pétrole et charbon alors qu'on a du soleil, du vent, de la biomasse. Même nos déchets, dont on ne sait que faire, peuvent permettre de produire de l'énergie. On a la géothermie.

- Les nombreux avantages de la géothermie et, en particulier, sa forte disponibilité sur le territoire en font donc logiquement un pilier majeur de la stratégie de transition énergétique dans les îles des petites Antilles. Mais alors, pourquoi ne pas avoir développé cette ressource plus tôt ? Le potentiel géothermique de la région est pourtant connu depuis plus de 50 ans.

- La géothermie, c'est des énormes investissements. C'est des investissements très, très rentables. C'est l'énergie la moins chère qu'on connaisse aujourd'hui, qu'on soit capable d'envisager dans les territoires des petites Antilles, mais c'est d'énormes investissements, et très risqués. Un programme de géothermie, ça commence par des forages. Et, ici, on est comme dans le forage pétrolier. On sait qu'il y a un réservoir. On sait qu'il y a un potentiel, mais, à un moment, il faut faire des trous. Et, au moment où on fait des trous, il y a, malheureusement, 2 chances sur 3 d'échouer.

- Quand on commence, on a un risque important, notamment le risque géologique. Le risque géologique, c'est la possibilité que, malgré toutes nos études, toutes nos connaissances, on n'arrive pas à trouver la ressource qui puisse être exploitable. Donc on a un risque qui est maximum au début et qui va diminuer au fur et à mesure des différentes étapes. Tant qu'on n'a pas foré pour aller voir directement s'il y a une ressource, il y aura toujours un risque.

- À chaque fois, c'est 2, 3, 4 millions d'euros par forage avec le risque qu'il soit sec. Derrière, il y a la construction de l'usine, les forages d'exploitation. Ça coûte très cher.

- Pour produire ça, il faut des partenaires territoriaux motivés. Deuxièmement, il faut des partenaires techniques motivés pour bien concevoir le projet avec nous.

- Et l'idée qu'avait le BRGM dès le départ, à laquelle on a souscrit, c'est de dire qu'en Guadeloupe, et si on y ajoute la Dominique, vous avez un potentiel masse critique nécessaire pour attirer de gros industriels et pour constituer une vitrine qui permette, encore une fois, de se projeter vers l'extérieur.

- Le projet d'implantation d'une centrale géothermique de 100 MW à la Dominique en partenariat avec la Guadeloupe et la Martinique est le 1er d'une série de projets d'envergure prévus dans l'arc antillais à Saint Kitts, à Montserrat et ailleurs.

- Et je crois qu'il y a la vocation à créer ce qui, à mon avis, est essentiel, une coopération énergétique caribéenne. La Dominique est un gisement. Est-ce qu'on peut se concevoir en tant que Caribéens et dire que le gisement dominiquais n'a vocation qu'à servir la Dominique ?

- Pouvoir alimenter les 2 îles qui l'entourent, que sont la Guadeloupe et la Martinique, serait, pour elle, une source de revenu. La géothermie serait le pétrole de la Dominique et pourrait permettre à son gouvernement d'avoir suffisamment de devises pour améliorer ses infrastructures et la vie de sa population.

- Demain, on arrive à avoir ne serait-ce que ce tronçon Martinique, Dominique, Guadeloupe interconnectées avec de l'exportation en électricité vers les 2 territoires, quelque part, c'est une révolution pour nous tous.

- Loin de concerner le seul trio Guadeloupe, Dominique, Martinique, le projet d'interconnexion électrique des 3 îles ouvre la voie à un possible réseau d'envergure caribéenne.

- Comme on l'a fait pour le haut débit, aujourd'hui, vous savez qu'il existe, c'est la Guadeloupe qui l'a initié, à l'époque, une entreprise guadeloupéenne a initié le câble à haut débit, qui part de Porto Rico et qui arrive jusqu'à Trinidad. Demain, cette idée de connexion de l'ensemble des îles de la Caraïbe pour la production d'électricité, c'est quelque chose qui est dans tous les tuyaux. La Banque mondiale a fait une étude sur l'interconnexion électrique des îles tout simplement parce que ça permet d'avoir des plus gros réseaux. C'est beaucoup plus facile à gérer. Ça coûte moins cher. C'est plus stable. Ça n'a que des avantages.

- Nous sommes des ZNI, comme on dit aujourd'hui, des Zones Non Interconnectées. Nous allons devenir des zones interconnectées, à l'échelle internationale. Grâce aux volcans qui, naguère, généraient plus de peur que de bien, les nations, les États, les peuples de la Caraïbe vont pouvoir agir ensemble comme les peuples d'Europe et de l'Amérique le font déjà.

- En parallèle de ces projets communs de développements industriels et environnementaux, se dessine donc aussi une nouvelle façon de s'envisager en tant que Caribéen.

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