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Méga chenaux dans les grès du Maastrichtien du Cap Rouge (Sénégal, 2008). © BRGM - Jack Roger

Fête de la science 2016 : duplex avec le Maroc à la Cité des sciences et de l'industrie

27.10.2016

Dans le cadre de l'inauguration de la 25ème édition de la Fête de la Science à la Cité des sciences et de l'industrie, l'astronaute français Thomas Pesquet présente son activité et son parcours, en duplex avec le lycée français Victor Hugo de Marrakech au Maroc. Duplex organisé avec l'aide de Moussa Hoummady (BRGM) (Paris, 7 octobre 2016).

Dans le cadre de l'inauguration de la 25ème édition de la Fête de la Science, l'astronaute Thomas Pesquet présente son parcours, en duplex avec le lycée français Victor Hugo de Marrakech au Maroc. Duplex organisé avec l'aide du BRGM (Paris, 7 octobre 2016).

Transcription de la vidéo

- On est, normalement, en liaison avec Marrakech. Vous savez où c'est ? Au Maroc. Et je voudrais que Moussa Hoummady nous rejoigne. Moussa Hoummady, c'est le président de l'Alliance avenir France-Maroc pour la coopération scientifique. C'est bien ça, hein, Moussa ? Coopération scientifique... Il faut prendre le micro.

- Alors, donc, c'est l'alliance, à la fois, de coopérations scientifiques et de dialogues science-société. C'est faire en sorte que la science s'ouvre à la société et en particulier au public jeune.

- D'accord. Ce qui est super, c'est qu'on est duplex, enfin, en liaison, pour être tout à fait précis, avec une classe qui est à Marrakech. C'est le lycée Victor-Hugo.

- Tout à fait. C'est un événement exceptionnel pour cette 25e édition de la fête de la Science, qui arrive aussi dans le contexte du relais COP21-COP22, qui se passe à Marrakech. Et cette valeur symbolique, on a souhaité la représenter par ce duplex qui relie, donc, en fait, les 2 populations. Des classes à la fois françaises ici et puis des classes marocaines.

- On va leur donner la parole tout de suite parce qu'on les voit sur les écrans, ils sont en train de nous écouter. Ça va bien ?

- Bonjour !

- Ouais ! Bonjour ! Il y a la fête de la Science au Maroc.

- En fait, en ce moment, c'est plutôt le 17e festival de l'astronomie à Marrakech. Et, donc, ce qu'on souhaite aussi, par ce duplex, c'est de montrer que la science est ouverte, C'est pas une science restreinte  à des frontières. Il n'y a pas que des frontières effectivement de proximité, pas de frontières, donc, éloignées. La science est une science de partage, de connaissances, de savoirs et de vision, donc, du progrès. Merci à toutes les équipes qui ont réalisé cette prouesse technique. Et, donc, au nom de l'association... enfin de l'Alliance avenir France-Maroc, pour la coopération scientifique et le dialogue science-société, je passe la parole au collègue marocain.

- Vous nous entendez, à Marrakech ?

- Oui, oui, très bien.

- Vous êtes Saïd Iziki ?

- Oui. Merci beaucoup. Nous sommes ravis d'être avec vous depuis le lycée français Victor-Hugo, de Marrakech. Les élèves du club astronomie sont extrêmement satisfaits de pouvoir être avec vous dans le contexte que vous venez de rappeler, à savoir le 17e festival d'astronomie et, également, dans le cadre de la préparation, aussi, de la COP22, qui va arriver bientôt chez nous.

- D'accord. Vous êtes combien dans la salle ?

- Pardon ?

- Vous êtes combien, là, à nous regarder ?

- Là, vous avez une dizaine d'élèves qui sont devant. C'est un peu compliqué d'un point de vue technique, mais vous avez une dizaine d'élèves avec M. El Houat, qui est l'enseignant encadrant du club astronomie.

- OK. On se retrouver tout à l'heure. Vous allez pouvoir suivre toute la présentation par Thomas de sa mission. Et on vous garantit qu'on vous repasse la parole tout à l'heure pour pouvoir poser vos questions depuis Marrakech. C'est sympa d'être avec nous, en tout cas. Voilà. Merci. On les applaudit, au Maroc. Merci beaucoup, Moussa. On se retrouve tout à l'heure. Vous êtes prêts à partir pour l'espace ?

- Oui !

- Ouais ? Thomas, on commence par où ? Je sais que vous avez une habitude parfaite de pouvoir raconter toute votre histoire. Donc, je vous laisse.

- Oui, ben, alors, très rapidement, pour pas endormir les gens, mais, ma mission, ça fait 7 ans que je m'y entraîne. J'ai été sélectionné par l'Agence spatiale européenne en 2008. J'ai commencé en 2009, avec 5 collègues qui venaient de tous les pays européens. Enfin, de quelques pays européens. Et on a commencé notre entraînement de base. On est allés à l'école des astronautes, à Cologne, donc en Allemagne. Ça a duré à peu près 1 an et demi 2 ans. Suite à quoi, on a été qualifiés pour être envoyés sur des missions. Moi, j'ai été désigné sur une mission en 2014. Et, là, cette préparation, qui était générale devient plus spécifique. Donc, on s'entraîne à quoi ? On s'entraîne au scaphandre, par exemple, pour pouvoir réaliser des sorties extravéhiculaires. Donc, ça, ça se passe en piscine, dans la plus grande piscine du monde, au Centre spatial de Houston. On s'entraîne à connaître par cœur la Station spatiale internationale.

- Elle est grande ?

- C'est grand comme un terrain de foot. Ça fait 70 m de long, 100 m de large. C'est extrêmement complexe. Si on voit des photos de l'intérieur, il y a des câbles dans tous les sens. Il faut connaître tous les détails parce qu'on va devoir la réparer on y habite et, quand quelque chose casse ou tombe en panne, on peut pas appeler le réparateur ou le médecin. Ce sont nous, les astronautes, qui faisons les réparations. On se transforme en médecin, aussi. On se soigne nous-mêmes. Ça demande beaucoup de compétences. Pour se préparer à ça, il faut aussi se mettre au simulateur de Soyouz. Le Soyouz, c'est la fusée qui va nous emmener depuis Baïkonour, au Kazakhstan, jusque dans la Station spatiale internationale. Décollage le 15 novembre à 23 h 05.

- C'est précis !

- Évidemment. Dans l'espace, on travaille à la seconde près. Mais ça va se passer... Ça va se passer en 2 jours. On va rejoindre la Station spatiale. On va s'arrimer. Ensuite, on va vivre 6 mois à bord. Il faut préparer ça. Il faut apprendre à piloter le Soyouz. Il faut apprendre, aussi, à piloter le Soyouz pour la rentrée atmosphérique. La rentrée atmosphérique, c'est assez impressionnant parce qu'on a un bouclier thermique, on est entourés de flammes. Ça bouge énormément. Et on va finir par se poser en parachute et tomber dans les steppes du Kazakhstan, où on va être récupérés par des hélicoptères de secours. C'est pour ça qu'on fait aussi des stages de survie, parce que, si jamais, on ne tombe pas au bon endroit, il faut apprendre à se débrouiller tout seul pendant 3-4 jours, même si on tombe dans la neige, même si on tombe dans le désert, même si on tombe dans l'eau. C'est pas prévu comme ça, mais il faut être capable de se débrouiller. Ensuite, 6 mois dans la Station spatiale. Qu'est-ce qui va se passer ? On va faire de la recherche scientifique, comme on l'a dit. C'est pour ça que je suis là aujourd'hui. À peu près 50 % du temps des astronautes va être utilisé pour réaliser des expériences scientifiques qui ont été conçues au sol par les équipes des agences spatiales. On va être, aussi, parfois, cobaye. On va faire des prises de sang, des choses pas forcément drôles, des électrochocs, on va étudier les muscles. On va étudier le système cardiovasculaire, neurologique. Et puis, on va être des opérateurs d'opérations de recherche dans le domaine des sciences des matériaux, la biologie, on fait pousser des plantes dans la Station spatiale. Des choses comme ça. On fait aussi beaucoup de maintenance et d'entretien, comme je l'ai dit précédemment. Tout ça, ça va nous emmener tranquillement jusqu'en avril-mai 2017.

- Vous allez revenir pour le printemps.

- On va revenir pour le printemps. Je vais rater l'hiver. Ça, c'est bien. Je vais voir l'hiver de haut. On prend beaucoup de photos dans la Station spatiale parce qu'on voit la Terre de haut.

- Thomas, tout à l'heure, on parlait du coucher et du lever. Ce qui est intéressant à raconter, c'est que vous faites combien de fois le tour de la Terre dans une journée pour nous ?

- La Station spatiale est à 450 km d'altitude et on vole à 28 000 km/h. C'est extrêmement rapide. On tourne autour de la Terre et on voit... On passe dans le soleil, ensuite, on passe derrière. On passe dans l'ombre. Ensuite, on passe encore au soleil, dans l'ombre. Et, comme ça, on voit 16 levers de soleil et 16 couchers de soleil par jour. Si on regarde par la fenêtre, on peut voir le jour, la nuit. En 10 min à peu près, on passe de New York à Paris. À regarder de là-haut, c'est formidable. Par contre, à l'intérieur de la Station, on recrée un rythme normal avec des journées de travail qui commencent à 7 h le matin, qui finissent à 19 h 30 le soir. On allume les lumières le matin. On éteint les lumières le soir pour dormir. C'est comme ça que ça se passe.

- D'accord.

- On va aussi faire tous les jours 2 heures de sport dans la Station spatiale. Pourquoi ? Parce qu'on flotte dans la Station spatiale. Tout est facile. On vole. On peut déplacer des charges très lourdes, des centaines de kilos, juste avec 2 doigts. Par contre, la conséquence, c'est qu'il y a beaucoup de muscles dont on se sert pas. Les muscles dont vous vous servez, pour l'instant, pour vous tenir debout, vous tenir bien droit, assis, nous, on n'a pas besoin. On flotte tout doucement. Nos muscles s'atrophient, deviennent de plus en plus faibles. Et ce serait pas bon. Au bout de 6 mois, on reviendrait sur Terre, on serait tout mous, on serait pas en bonne santé. Ce serait risqué. Pour contrebalancer ces effets, on va faire 2 h 30 de sport par jour. On court sur un tapis roulant. On est reliés avec des élastiques. On a une machine de musculation en 3 dimensions avec de la force pneumatique. On passe notre temps à ça. On se prépare à tout ce qui pourrait se passer de pas très sympa à bord de la Station.

- Par exemple ?

- Le feu, dépressurisation. Si on percutait une micrométéorite, par exemple... L'atmosphère de la station... Il faut voir qu'à l'intérieur, c'est la même atmosphère que sur Terre, la même pression. À l'extérieur, c'est le vide. Si on fait un trou dans la Station spatiale, c'est comme dans un ballon, tout l'air va s'échapper. Et, pour nous, c'est dangereux. On a des masques à oxygène, des procédures pour réagir. Le feu... Le feu, dans la Station spatiale, ça se propagerait pas comme sur Terre, mais il faut quand même y faire attention parce qu'on essaye d'emmener des matériaux qui sont pas inflammables, mais on a quand même des extincteurs. On se prépare à tout ça. Et si on avait quelque chose de toxique qui se répandait dans l'atmosphère de la Station, ça pourrait flotter, se mettre dans les yeux, les voies respiratoires. Il faut être prêt à faire face à ces situations, mais ça n'arrivera pas.

- Bien sûr, mais il faut tout prévoir. Et vous pouvez la quitter en urgence ?

- On peut, oui, raisonnablement... C'est le scénario catastrophe parce qu'on va d'abord essayer de sauver l'équipage, Ensuite, de sauver la Station. Et si, vraiment, on peut pas sauver la Station, qu'il y a vraiment une avarie très grave, en 20 mn, on peut être dans notre Soyouz, qui nous a amenés, qui est aussi notre capsule de survie, qui nous redescendrait vers la Terre et, en 24 heures, on pourrait être de retour.

- D'accord. Ça va très vite, 24 heures. Combien de temps à partir du moment… Vous décollez de Baïkonour. À bord de Soyouz. Combien de temps il vous faut pour aller dans la Station spatiale ?

- 450 km, c'est pas très long. Paris-Lyon, c'est plus de distance. Le seul souci, c'est que c'est vertical et, surtout, avec beaucoup de vitesse, comme on l'a dit tout à l'heure. 28 000 km/h. C'est pour ça qu'une fusée, ça décolle verticalement, mais, très rapidement, ça s'incline. Et ça part presqu'à l'horizontal pour avoir cette vitesse qui va nous permettre de rester en orbite et de pas retomber sur la Terre. Si on fait toutes les manœuvres tel que c'est prévu, on peut le faire en 6 heures. En 6 heures, on peut partir de Baïkonour, arriver à la Station spatiale, s'arrimer, ouvrir le sas comme dans un sous-marin et rentrer dans la Station spatiale. Mais on a aussi une trajectoire qui prend un peu plus de précautions. On recalcule toutes les manœuvres Ça nous emmènerait en 2 jours. On y va un peu plus doucement, à retrouver la Station spatiale internationale.

- À quel moment vous choisissez l'une ou l'autre des procédures ?

- Ça dépend des paramètres orbitaux, si la Station est pas un peu trop basse. Ça dépend du carburant, de beaucoup de choses. On le saura assez prochainement.

- Il y a toujours quelque chose qui est étonnant, c'est que la Station va à 28 000 km/h et il faut rattraper un objet qui va à 28 000 km/h. Mais tout est parfaitement calculé, tout marche bien.

- C'est pour ça que le travail des gens au sol est très important. On est les exécutants du plan, on est aux commandes de ces véhicules que vous voyez sur vos écrans, mais tout est calculé à l'avance et on essaye de pas se tromper parce que c'est à la seconde près. Quand on 2 véhicules qui se suivent à 28 000 km/h, on peut pas se permettre que les choses soient approximatives, parce que vous imaginez les dégâts si les véhicules se percutent. C'est la fin de l'aventure. On fait vraiment attention.

- D'accord. Il y a un moment où il faut être... j'imagine tout le temps concentré dans cette mission, mais où il faut être particulièrement concentré. C'est quoi ? Le décollage ? Ou plus, peut-être, anxieux. Encore que vous soyez préparé, mais... Ça va être quoi ?

- Les phases les plus risquées, c'est le décollage, l'atterrissage ou les sorties extravéhiculaires. Quand on est dans la Station, c'est comme être sur un gros bateau qu'est lancé à travers l'Atlantique ou le Pacifique. Normalement, il devrait pas se passer grand-chose de négatif ou, du moins, on aurait le temps de réagir et de régler le problème. Quand on décolle, ça va très vite. On a énormément d'énergie parce qu'on va très vite, très haut et on a beaucoup de carburant. Il faut faire attention. Il faut réagir au quart de seconde. C'est pour ça qu'on s'entraîne beaucoup en simulateur. La rentrée atmosphérique, c'est pareil. C'est une phase très dynamique. Ça bouge énormément. C'est comme dans un manège et ça se finit en parachute. On descend sous parachute avec une capsule qui fait 1,5 t sous parachute et on va se poser dans la steppe au Kazakhstan. L'atterrissage, c'est comme un petit accident de voiture. C'est comme être au feu rouge et que quelqu'un arrive derrière à 50 à l'heure et vous percute. C'est à peu près ça, la sensation, quand la capsule touche le sol.

- Vous avez  des airbags ?

- Non, on n'a pas d'airbags. On a des sièges qui amortissent un peu l'atterrissage. Et on a des moteurs fusées qui vont se déclencher, des rétrofusées juste avant l'impact, à 80 cm de hauteur, qui vont se déclencher et amortir le choc, qui est un peu sévère.

- Vous nous parlez un petit peu des sorties extravéhiculaires ? Ça doit être un grand moment. Le moment où vous quittez la Station et vous vous retrouvez tout seul dans le vide. Avec une vue magnifique sur la Terre.

- Les sorties extravéhiculaires, c'est très spécial parce que le scaphandre, c'est comme un petit vaisseau spatial personnalisé. On a les systèmes de communication, d'oxygène, la radio, qui sont intégrés dans le scaphandre. Et on a une petite paroi de plexiglas et, derrière, c'est le vide de l'espace. C'est vraiment impressionnant. Quand on sort du sas, on regarde vers le sol et on va sortir la tête la 1re et, en dessous, il y a 450 km de vide. Il faut imaginer, c'est encore pire qu'être suspendu sous un avion. C'est beaucoup plus haut. On va faire une espèce de pirouette, et, quand on regarde en dessous de ses pieds, on a les pieds qui flottent et on a 450 km de vide. En dessous, on a les continents qui défilent à 28 000 km/h.

- Ça doit être beau.

- C'est très beau, mais ça demande de se préparer. Et, tout d'un coup, une fois qu'on passe dans le noir, de l'autre côté de la Terre, paf ! tout devient tout noir. On a l'impression... Comme faire de la plongée de nuit. On sait pas trop où on est. On allume les lampes du casque. On se repère avec l'environnement immédiat. C'est des sensations incroyables qu'on peut avoir que là, je pense. C'est un peu le rêve dans le rêve, parce qu'on est complètement libre et on vole tout seul dans l'espace. C'est de ça que sont faits les rêves.

- Mais comment vous pouvez vous préparer ou vous former à cela ? Parce que ça ne peut exister que là-haut.

- La particularité de l'espace, c'est que ça n'existe que dans l'espace. On s'entraîne au simulateur. Pour les sorties extravéhiculaires, on s'entraîne en piscine. La poussée d'Archimède va contrebalancer le poids du scaphandre. Dans la piscine, dans l'eau, on flotte et c'est comme si on était en apesanteur. Il y a une piscine au centre de la Nasa, à Houston, où je m'entraîne régulièrement, qui est la plus grande piscine du monde. Elle fait 110 m de long sur un peu plus de 50 m de large. À l'intérieur de cette piscine, il y a toute la Station spatiale en maquette grandeur nature qu'est reproduite. On va passer 6 heures à s'entraîner. On met le scaphandre. On est descendus sous l'eau et on fait des sorties d'entraînement de 6 heures. C'est ce qu'on voit à l'écran. C'est pas facile parce que le scaphandre, c'est comme une armure. C'est lourd, c'est difficile de se bouger. Ça s'oppose aux mouvements. Quand on veut fermer la main, c'est comme si on écrasait une balle de tennis. C'est difficile. On ressort au bout de 6 heures, on est un peu fatigués, mais c'est le prix à payer pour vivre son rêve.

- Quand on fait une sortie extravéhiculaire, on reste attaché à la Station. C'est indispensable.

- On est toujours attachés. On a un petit enrouleur qui se déroule qu'on accroche au sas de sortie, qui pourra nous ramener en cas de problème. Si on reste à un endroit pendant quelque temps, on a une longe, comme en escalade. Une sortie extravéhiculaire, c'est de l'escalade en armure. C'est aussi bête que ça, mais c'est comme ça que ça se passe.

- Et en apesanteur.

- Et en apesanteur. Et si, vraiment, ces 2 systèmes venaient à être en panne ou qu'il y ait un problème, on a dans le dos un petit jetpack un peu comme George Clooney dans "Gravity", mais qui nous donne une seule chance de revenir. On le déploierait, il faudrait bien viser et donner une impulsion pour revenir à son point de départ. Contrairement à George Clooney, on peut pas l'utiliser pendant 10 min. Nous, on a juste une chance. On s'entraîne à ça aussi.

- Vous avez ce dispositif au cas où vous vous sépareriez de la Station.

- C'est jamais arrivé, mais c'est à ça qu'il sert.

- Et quand vous faites une sortie extravéhiculaire, vous êtes plusieurs, tout seul ? Et vous allez faire quoi ?

- On est toujours deux parce que s'il y en a un qui a un problème, l'autre est censé le ramener à l'intérieur et on s'entraîne à ça. Dans la piscine, on simule un problème, quelqu'un qui devient inconscient il faut le ramener. C'est difficile. Qu'est-ce qu'on va faire ? On va soit faire des réparations. L'extérieur de la Station, c'est très compliqué aussi. Un exemple, pendant ma mission, on va aller changer les batteries. Il y a des grandes batteries à l'extérieur, au pied des panneaux solaires, qui alimentent la Station  en énergie. On a des batteries pour stocker l'énergie. On voit les panneaux solaires sur la photo. Ces batteries, il faut les changer parce que comme dans une voiture, elles vieillissent. Elles sont là depuis presque 15 ans. Il va falloir les changer. On va faire ça à l'extérieur. On peut aussi installer des expériences scientifiques qui étudient le Soleil ou qui regardent la Terre. Ça fait partie du travail de tous les jours des astronautes à bord.

- Vous allez en faire beaucoup des sorties ? C'est déjà programmé.

- C'est pas tout à fait. Il y en a 4, pour l'instant, qui sont prévues pendant ma mission. Je sais pas si ça va rester comme ça, si ça va changer, si ce sera moi qui les réaliserai ou d'autres, mais 4 sorties... J'espère bien en faire une. Ce serait magique.

- La 1re, ça va être grande émotion.

- La 1re, il faut apprendre à son cerveau qu'on va pas tomber. C'est ça qui est particulier. Quand on sort et qu'on voit le vide, le cerveau nous dit : "Tu vas tomber." Parce que c'est pas naturel. Il y a 5 min au début de la sortie qui sont faites pour ça. Il faut lâcher... On est accroché, mais on lâche les mains et on constate qu'on ne tombe pas et qu'on flotte. C'est très  impressionnant la 1re fois. On lâche et on a 450 km de vide, mais on apprend au cerveau que non, ça y est, on va pas tomber. Ensuite, on peut commencer la sortie. En général, ça se passe bien.

- D'accord. Super. On va peut-être faire un petit tour au Maroc. Je crois qu'ils ont deux questions à nous poser. Ils sont là, nos camarades de Marrakech ? Oui.

- Ils sont là. Les élèves attendent l'occasion de poser leurs questions. Ils en ont préparé plusieurs.

- On est prêts.

- On en a sélectionné deux.

- Allez-y, posez-nous une 1re question.

- C'est Hiba qui va poser la 1re question.

- Bonjour. Vous avez répondu en partie à la question, mais je vais quand même vous la poser. Quelles études faut-il faire pour devenir astronaute ? Et comment se prépare-t-on à un tel voyage ?

- C'est une très bonne question. Quelles études faut-il faire ? Il y a plein de manières de devenir astronaute. Il y a des gens qui sont médecins, pilotes, ingénieurs ou scientifiques. Souvent, c'est des études scientifiques. Je vais le dire tout de suite. Comme ça, on n'en parle plus. Il faut bien travailler à l'école. C'est important. Personne me paye pour vous dire ça, mais c'est vrai. Il faut un diplôme scientifique. Il faut être un peu opérationnel. Ça aide d'avoir fait du parachutisme, des choses comme ça. Il faut être sportif.

- Vous avez tout fait, vous.

- Et il faut aussi...

- Pilote.

- Pilote, c'est bien, ça aide. Il faut parler les langues étrangères, parce qu'aujourd'hui, c'est des missions internationales, européennes, mais pas que, avec la Nasa, avec nos amis russes. Demain, peut-être les Chinois. C'est vrai dans le domaine de l'espace, comme dans tous les domaines. Il faut s'intéresser aux langues étrangères. C'est les étapes un peu importantes. Moi, j'avais fait des études d'ingénieur. Après, je suis devenu pilote. Pilote de ligne. Et je faisais beaucoup de sport. Du parachutisme, de la plongée. Ça m'a aidé à passer la sélection. Il faut attendre qu'il y ait une sélection. Et se mettre sur la ligne de départ et espérer être sur la ligne d'arrivée.

- Comment ça s'est passé ? Parce que vous étiez pilote de ligne sur Air France, je crois. Vous emmeniez des gens en vacances ou à l'autre bout du monde. Puis vous vous êtes dit : "J'en ai marre, je veux partir dans l'espace. Je m'inscris au concours."

- C'était quelque chose que j'avais dans ma tête depuis longtemps. J'avais fait des études d'ingénieur dans le domaine des sciences spatiales. J'avais travaillé au CNES, au Centre d'études spatiales,

- SUPAERO.

- SUPAERO, travailler au CNES, travailler dans l'industrie aussi avant. Ensuite, je suis devenu pilote parce que ça se rapprochait un peu de mon rêve, mais j'avais gardé un pied dans le spatial et quand la sélection est arrivée, je me suis inscrit, j'ai fait de mon mieux. Et j'ai eu la chance d'être sur la ligne d'arrivée. Mais il y a beaucoup de profils qui sont recherchés. On recherche des filles aussi, c'est important. On n'a pas assez de filles dans les métiers scientifiques, notamment dans le corps des astronautes. Les filles, je vous le dis... Déjà, en général, vous travaillez mieux à l'école que les garçons. Et il faut continuer et se lancer dans les métiers scientifiques parce qu'on a besoin de vous.

- D'accord. Allez, une autre question. De Marrakech. Les amis.

- C'est Souleymane qui va poser une autre question.

- Bonjour. Vous allez réaliser des expériences là-haut. Quelles expériences allez-vous réaliser ? (Propos incompréhensibles)

- On n'entend pas très bien.

- Quelles expériences je vais réaliser là-haut.

- Les expériences là-haut qu'on ne peut pas faire sur Terre. Merci.

- C'est une bonne question. 6 mois de mission, c'est 300 expériences, à peu près pour les 6 membres d'équipage, dont 50 expériences européennes. Il y a beaucoup d'expériences en médecine. On étudie le corps humain dans la Station. On se rend compte qu'il y a des phénomènes dans l'espace qui sont analogues au vieillissement. On a les artères qui se durcissent, par exemple. On se rend compte que les virus sont plus virulents dans la Station spatiale. C'est bien pour essaye d'isoler des vaccins. Beaucoup d'études en médecine, des études sur le cerveau. Apprendre à se mouvoir en 3 dimensions, ça permet au cerveau de se rebrancher. On étudie ces rebranchements et on les compare aux gens qui ont eu des accidents de voiture au sol, par exemple. On essaye d'avoir des conclusions. On étudie de la technologie, aussi, pour faire avancer les choses, des surfaces antibactériennes. On utilise des nouveaux moyens de tester l'eau car on en a besoin dans la Station et on peut l'appliquer au sol. Science des matériaux pour les alliages. Il y a vraiment tous les domaines. Il y a des expériences compliquées et théoriques, mais aussi des expériences plus simples. Et on peut voir l'application dans la vie de tous les jours et c'est ça qu'est bien.

- La grande différence, c'est qu'on est toujours en apesanteur. C'est le point commun. C'est pour ça qu'on va aller les faire là-bas.

- Exactement. Le point commun, c'est que, sur Terre, on peut changer énormément de paramètres. On peut changer la lumière, la température, la pression, la composition des gaz, des choses comme ça. Il y a un paramètre qu'on peut vraiment jamais changer. C'est la gravité. Elle est là. On s'en rend pas compte, mais on peut pas la supprimer. Pourtant, elle masque des phénomènes qu'on aimerait bien étudier. Quand on va se mettre dans l'espace, c'est le seul moyen de supprimer... Pas supprimer la gravité, mais supprimer ses effets. Et d'avoir accès à des procédés ou à des découvertes qui sont impossibles sur Terre. C'est vraiment ça, l'idée de la Station : créer un laboratoire unique où on fait des choses impossibles à faire sur Terre.

- D'accord. Vous partez à combien ? Équipage de 3, toujours.

- On part à 3 dans le Soyouz. Il n'y a pas beaucoup de place. C'est un peu serré. On va rejoindre 3 autres membres d'équipage qui sont à bord de la Station.

- Et ils reviennent, eux ou ils restent avec vous ?

- Eux, au bout de 3 mois, reviennent. Et, au milieu de notre mission, d'autres remontent. Et on se relève tous les 3 mois. Je vais voir 3 personnes quand je vais arriver. Ensuite, 3 nouvelles personnes et les 2 qui partent avec moi. Je vais voir 8 personnes différentes dans la Station spatiale.

- Vous vous connaissez déjà ?

- On se connaît bien. On s'est entraînés ensemble depuis un peu plus de 2 ans. C'est des gens de beaucoup de nationalités différentes. Des Russes, des Américains, Européens, Japonais, Canadiens. J'aurai pas de Japonais ni de Canadiens, mais ça peut arriver. L'idée, c'est de se connaître bien avant de partir parce qu'on va aller s'enfermer pendant 6 mois dans un espèce de bidon. Il y a beaucoup de promiscuité avec des gens qu'on n'a pas choisis. Il faut être un joueur d'équipe. C'est important aussi de le développer. Ça s'apprend pas à l'école, mais en faisant du sport ou des activités. Et c'est important dans la vie de tous les jours comme dans l'espace.

- D'accord. On va reprendre une question au Maroc. On a encore 2-3 min. Si vous êtes avec nous. Vous avez autre chose ?

- Est-ce que c'était un rêve d'enfant de devenir astronaute ou c'est par hasard ?

- Alors, un rêve d'enfant ou pas ?

- On n'arrive pas là par hasard. C'est pas pour me jeter des fleurs du tout, mais c'est difficile d'arriver là. Il y a beaucoup d'étapes. C'est pas impossible du tout. J'étais pas surdoué ni rien. Pourtant, je suis là aujourd'hui. C'est difficile parce qu'il faut en avoir envie. Il faut travailler, il faut en avoir envie. C'était pas par hasard. J'avais ça dans un coin de ma tête, mais je savais pas si c'était possible parce que personne m'avait dit : "Pour faire astronaute, il y a l'école des astronautes. Fais tes devoirs et puis, ça va bien marcher." Ça se passe pas comme ça. Mais c'est pareil dans tous les métiers. Peu de trajectoires se font en ligne droite. Il faut se fixer un but et s'engager sur le chemin. Tu verras, peut-être, en t'engageant sur le chemin, tu vas découvrir des embranchements que t'avais pas vus au début. Et tu vas faire tes choix comme ça. Et t'arriveras forcément quelque part. Ce qui est important, c'est de se lancer. Il faut pas s'interdire de se lancer. C'est en avançant sur le chemin... Si tu veux devenir médecin, tu dis : "Je me lance." Peut-être que ça changera, que tu deviendras pas médecin, qu'il se passera autre chose, mais il se passera toujours quelque chose. La grosse erreur qu'il faut pas faire, c'est de se censurer, de pas se lancer, de dire :"C'est trop dur pour moi. J'y arriverai pas." Il faut vraiment pas le faire.

- OK. C'est génial. On va tous partir dans l'espace.

- Je vous emmène avec moi.

- Ouais ! On va faire la fête dans la Station spatiale internationale. Et merci beaucoup à nos amis du Maroc.

- Merci beaucoup.

- Merci.

- Merci.

- Merci pour vos réponses.

- Ciao ! On vous retrouve bientôt pour la COP22 avec l'Esprit Sorcier. On ira faire un petit tour à Marrakech pour parler du climat, justement. Une dernière petite question avant, parce que c'est pas fini, Thomas, ça va être tout l'après-midi avec différents groupes. Juste une petite précision. On m'a dit, pour expliquer les règles du jeu ici, c'est qu'il est hors de question que vous repartiez avec quelque virus à transmettre aux petits camarades de la Station spatiale parce que ce serait une catastrophe. On peut vous approcher, mais on peut pas faire de selfies avec vous, vous serrer la main, vous faire tout ça.

- Il faut faire attention.

- Il faut faire juste attention.

- Oui. Il faut... On va pas me mettre sous cloche. Mais... on va garder une certaine distance de sécurité.

- C'est pour ça. Mais on nous a dit : "Faut faire attention. Prenez soin de lui. On vous le prête pendant une journée."

- Oui, là, il faut pas me casser aujourd'hui parce que, sinon, il n'y a pas de mission. Les gens ne seront pas contents.

- Ah non, c'est pas possible ! Donc, promis, est-ce qu'on aura le droit à une photo sur les réseaux sociaux peut-être pas de la 1re, parce que vous allez être concentré à autre chose, mais d'une sortie extravéhiculaire au moment où on a les pieds à 450 km au-dessus du sol ?

- On essayera de le faire. À l'extérieur, c'est plus compliqué de prendre une photo, mais on a des appareils qui ont leur petit scaphandre, c'est marrant. On essayera de le faire. Même pour moi, j'ai envie d'avoir un souvenir de ça. C'est quand même le selfie de tous les selfies.

- C'est le top des selfies. Merci beaucoup, Thomas.

- Merci à vous.

- Pour cette 1re intervention C'est pas fini. Bravo.

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