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Portes ouvertes du BRGM à l'occasion de la Fête de la science (Orléans, Centre-Val de Loire, 2017). © BRGM - Aurore Lhomme

Cabaret de la science : Vrai ou faux - Réseaux sociaux et séismes

19.10.2018

Vrai ou faux en lien avec les réseaux sociaux et les séismes par Samuel Auclair (BRGM), au Cabaret de la Science à la Cité des sciences et de l’industrie à Paris, dans le cadre de la Fête de la science 2018 (Paris, 7 octobre 2018).

Vrai ou faux en lien avec les réseaux sociaux et les séismes par Samuel Auclair (BRGM), au Cabaret de la Science à la Cité des sciences et de l’industrie à Paris, dans le cadre de la Fête de la science 2018 (Paris, 7 octobre 2018). © L'Esprit Sorcier

Transcription de la vidéo

- Nous allons jouer au jeu de vrai ou faux avec Samuel Auclair, ingénieur sismologue au BRGM, le Bureau de Recherches Géologiques et Minières. Vous êtes prêt à jouer ?

- À peu près, oui. Ça devrait le faire.

- C'est un jeu de vrai ou faux. On pose la question, le public joue avec nous. Vrai ou faux. Après, on vous donnera les réponses. Fred est avec nous pour jouer. Si tu sais, tu dis pas.

- Je peux donner des petits indices ?

- Des petits indices ? On verra. Mais triche pas.

- Je vais vous tendre le micro.

- On commence. Première question. En cas de séisme, la première alerte est donnée par les services de secours. Vrai ou faux ?

- Vrai ou faux ?

- Faux.

- Vrai.

- Faux.

- Faux.

- Faux.

- Je dirais faux aussi.

- Attendez... Je me pose une question. La question est... Je dirais oui. Pourquoi vous dites faux ?

- Je dirais peut-être plus tout ce qui est télé. Parce que c'est plus large.

- C'est une idée. Madame ?

- Ceux qui surveillent ces mouvements.

- Vous parlez des experts, qui peuvent avoir les outils pour capter. Monsieur, qu'en pensez-vous ?

- Je pense que c'est faux.

- Pour quelle raison ?

- Il y a des organismes spéciaux qui regardent ça et qui vérifient s'il va y avoir des séismes.

- On donne la réponse ?

- Écoute...

- Oui ? Les gens ont l'air un peu calés.

- Alors ?

- Samuel, quelle est la réponse ? Vrai ou faux ?

- C'est faux.

- Pour les séismes, les services de secours, pas plus que les scientifiques, ne peuvent prévoir. Les premiers à pouvoir donner une alerte, c'est ceux qui la ressentent. C'est vous, si vous êtes à côté. Ça peut être les pompiers, si, par chance, ils sont dans la zone. C'est le citoyen qui est le premier capteur en mesure d'alerter.

- D'accord. On n'en dit pas plus. C'est la question suivante. En cas de catastrophe naturelle, le premier réflexe de beaucoup d'entre nous, c'est d'aller sur Twitter. Vrai ou faux ?

- On continue le jeu.

- Faux.

- Faux.

- Vrai.

- Faux.

- Faux.

- Faux.

- Ce ne serait pas mon premier réflexe.

- Vrai.

- Je ne connais pas Twitter.

- Je ne veux pas être à côté de vous s'il y a un séisme.

- J'ai dit faux.

- Alors, madame ?

- Faux. Ce qu'on a vu, c'est que les gens prennent leur téléphone et appellent leurs amis, leur famille.

- J'ai le temps d'aller devant ? On a des experts spécialistes du programme.

- Pour certains, ce sera oui. Mais il ne vaut mieux pas.

- Là, c'est un avis.

- Je dirais faux.

- Vous diriez faux.

- C'est faux. C'est faux.

- C'est faux !

- C'est faux

- C'est complètement faux.

- Tu penses quoi, Fred ?

- Je n'ai pas mon avis à donner. Je reste neutre.

- D'accord. Ça veut dire que tu sais pas.

- Si, je sais.

- Alors, Samuel ?

- Je sais parce que j'ai triché. Je connais déjà un peu les réponses.

- Quelle est la réponse ? Vrai ou faux ?

- Vrai. Beaucoup d'entre nous, pas forcément présents aujourd'hui... mais en cas de séisme, le premier réflexe de beaucoup, c'est de sauter sur le téléphone et de le dire.

- C'est très générationnel, du coup.

- Sûrement. C'est lié aux utilisateurs de Twitter. Mais on se rend compte qu'il y a vraiment une rapidité. On se rend compte...

- Vous avez des images.

- Si j'y arrive... On se rend compte que les personnes... C'est un exemple d'un séisme qui a eu lieu en France, il y a quelques années, dans l'Ubaye. On voit ici le nombre de tweets par minute qui parlent de séisme. Avant le séisme, c'est calme plat. À la minute du séisme, le nombre de tweets explose. Les premiers tweets arrivent moins d'une minute avant. Environ 50 secondes. 50 secondes, c'est : je ressens, je prends le téléphone, même si je suis rapide, le temps d'écrire quelque chose, d'envoyer. On n'a même pas pris le temps de se mettre en sécurité. On ne dit pas que c'est un comportement vertueux. C'est ce qu'on observe. Les gens peuvent se mettre en danger. Plutôt que de se mettre en sécurité, ils vont échanger dessus.

- Des gens font des selfies devant le mur qui s'écroule ?

- Pas avec l'image, mais en disant : « Ça bouge. »

- D'accord.

- On peut avoir une précision ? Vous nous montriez une courbe sismique ?

- C'était la courbe des tweets.

- Ça ressemble.

- Ça y ressemble. Le réflexe... Aller sur son téléphone portable, OK. Mais c'est de tweeter, c'est ça ?

- Oui.

- Ça passe par Twitter ?

- Oui. C'est le temps d'envoyer un message.

- C'est étonnant. C'était juste une précision que je voulais avoir.

- Tous les gens qui ont répondu faux, vous feriez quoi ?

- Quel serait votre premier réflexe ?

 - Madame ?

- Le téléphone. Comme ce qui se passe dans les avions. Les gens prennent leur téléphone et informent leurs amis.

- Pour signaler qu'il y a eu un tremblement ou pour savoir si tout le monde va bien ?

- Un tremblement. Le tweet, ça fait depuis combien de temps ? Combien d'années ?

- Bonne question. Twitter existe depuis 2006. En France, on a pris quelques années. 2010-2011 pour une utilisation importante. Il y a quelques mois, en France, il y a eu des pluies importantes en région parisienne, un glissement de terrain au niveau du RER. Le RER est arrêté, pas d'information, si ce n'est via les réseaux sociaux. Les premières informations sur ces mouvements de terrain, c'est ces images postées sur le vif.

- Là, on parle de séisme, mais c'est valable pour tout type de catastrophe, cet afflux vers Twitter ?

- C'est vrai, même hors catastrophe. Dès qu'on vit quelque chose de notable, on le sait via Twitter. Dès qu'il y a quelque chose qui affecte en même temps de nombreuses personnes, on le voit de manière précise. Ça peut être un tsunami, ça peut être un feu, etc.

- Question suivante. Les messages envoyés depuis Twitter sont vides de sens. Vrai ou faux ?

- Les messages envoyés sur Twitter sont vides de sens.

- Ça dépend.

- Oui, ça dépend. Pourquoi vrai ou faux ? Ça dépend du message.

- Il y a une réponse.

- Ça dépend.

- Alors...

- Je sais pas.

- Ça dépend. Mais je dirais plus faux. Mais je trouve que ça dépend.

- Pareil. Plus faux.

- Ça dépend.

- Il y en a un qui a lancé « ça dépend ». Allez, ça dépend !

- Je suis d'accord. Ça dépend.

- Oui. Ça dépend.

- Ça dépend de qui l'envoie.

- Réponse.

- Je reprends. C'est un effet de mode. Alors, ça dépend. Ça dépend, mais c'est souvent...

- Dans le contexte des catastrophes.

- C'est plutôt faux.

- Il y a du signifiant dans ces messages. Ce que vous avez à l'écran, c'est un tweet qui avait... Un petit souci. Excusez-moi. C'est pas tout à fait ce qui était prévu. Parfois, il y a des messages qui portent beaucoup d'informations. À Haïti, quelques dizaines de minutes après un gros séisme qui a ravagé Haïti, à distance, on ne savait pas ce qui se passait. Des tweets nous ont dit, nous ont décrit la scène, ce qui se passait sur place. Des installations détruites, de nombreuses victimes. Il y a des informations.

- Mais alors, ces tweets... Après, on passera à la question suivante. Ce sont des tweets de citoyens ou des tweets de journalistes, de sismologues, de spécialistes qui sont là et qui décrivent ce qui se passe ?

- De la même manière qu'on disait au début, c'est les gens qui sont sur place. Parfois, il y a des témoins avertis, on va dire, qui qualifieront mieux l'information. Souvent, c'est le citoyen lambda. Des fois, comme c'était encore le cas ici sur un séisme en France, l'information est plus diffuse. Si on lit, c'est pas très riche en information. « J'aime pas les tremblements de terre fouuuu »... Mais chacun de ces tweets dit quelque chose. « Ici, maintenant, le séisme a été ressenti. »

- Dernière question, sur cette importance du citoyen. En France, des capteurs mesurent tout partout. Si la terre tremble, si une avalanche se déclenche, si un fleuve entre en crue, on le sait instantanément. Vrai ou faux ?

- Vrai ou faux ? En France, on a des capteurs qui mesurent tout partout. Les séismes, les tremblements de terre, les avalanches. Qu'en pensez-vous ?

- Je sais pas.

- Aucune idée.

- Aucune idée.

- J'ai quelques indices.

- Il y en a, mais peut-être pas partout.

- Je pense que c'est vrai.

- Plutôt faux.

- Alors, Samuel Auclair. Plutôt faux ? Qui gagne ?

- C'est plutôt faux. On aimerait bien...

- D'accord. On n'en a pas.

- On aimerait bien être en mesure de tout capter via des capteurs tout le temps. De plus en plus, on en a. Mais lors de vos balades dominicales, vous ne tombez pas souvent nez à nez avec un capteur visible qui mesure une hauteur d'eau, un séisme... La plupart du temps, c'est nous, les capteurs, qui sommes partout sur le territoire. La valeur de ce qui transite sur les réseaux sociaux, c'est ça. En complément des capteurs, 'est d'avoir le pouls du terrain, ce que vous sentez.

- Là où on n'a pas le capteur électronique placé par les spécialistes, on a nous. Ce que j'ai dit au début, c'est faux. Je pourrais alerter en premier ?

- Vous pourriez.

- Et donc, toutes ces informations, vous avez un moyen de les récupérer ?

- Oui. Twitter autorise à ce qu'on l'écoute. C'est la règle du jeu. À la fois, vos amis peuvent vous écouter. Nous, scientifiques, depuis quelques années, on essaie d'écouter avec une oreille bienveillante. Il ne s'agit pas d'être Big Brother, mais de capter et de qualifier ces informations. Par exemple, voici une photo qui a transité sur les réseaux sociaux, captée via Twitter, pendant les inondations de la Seine en janvier et février. Pour quelqu'un qui cherche de l'information sur l'impact de l'événement, c'est signifiant. Si on connaît le terrain, on peut qualifier la hauteur d'eau. Souvent, il y a du texte qui contextualise. Il y a une vraie valeur.

- D'accord. Si je ne m'abuse, cette valeur ajoutée du citoyen, signal d'alerte et capteur de catastrophe, vous la transformez en quelque chose dans vos recherches ?

- Au BRGM, on a commencé à créer une plateforme, qui s'appelle SURICATE-Nat, où on veut capter cette donnée et l'analyser de manière automatique pour qualifier l'événement.

- D'accord.

- Il y a encore du travail.

- Ça vous permet de tirer une courbe, une tendance, des informations partagées sur les réseaux sociaux sur les catastrophes naturelles.

- Exactement. L'idée est même de pouvoir donner ça aux autorités.

- J'ai le temps de poser une question ?

- Axel nous attend.

- J'espère qu'il va la poser.

- Sinon, tu viendras la poser à la fin. On fait ça.

- Samuel, vous pouvez rejoindre Axel pour continuer cette conversation.

- Venez. On est avec Léa Bello, Sébastien Carassou, Thaïs Hautbergue et Nihel Bekhti. Samuel Auclair, vous êtes ingénieur sismologue au BRGM. On a quelques minutes ensemble pour comprendre la plateforme dont vous parliez, SURICATE-Nat. Si on résume en quelques mots-clés, comme ça se fait sur Twitter, qu'est-ce que c'est ?

- C'est une plateforme pour l'analyse automatique des informations qui transitent sur Twitter par rapport aux catastrophes naturelles.

- Le but est de faire de la prévention, et ensuite, de l'analyse d'événements ? C'est dans les deux sens ?

- C'est d'abord le second. Nous, c'est de l'analyse d'événements. Les gens qui amènent l'information font face à un événement. À cet instant précis, ils sont intéressés par la thématique. Ni avant, ni après. On essaie de tirer profit de ce moment d'intérêt pour donner des messages en termes de prévention.

- Comment marche la plateforme ? Que vous permet-elle de voir et au grand public de faire ?

- Alors, elle permet, pour nous, de canaliser cette information et de l'analyser. Derrière, ça permet à n'importe quel internaute d'essayer de comprendre ce qui se passe sur le terrain à partir de ce qu'on envoie et de ce qu'on en dit. Si un séisme se déclenche à Paris maintenant, ça va apparaître instantanément ?

- Oui. Dans la minute. Le pic d'activité nous permet de détecter le séisme. Puis on peut voir ce que les gens en disent, et les minutes d'après, on va faire parler l'algorithmie.

- Quand avez-vous lancé la plateforme ?

- La première mise en ligne, c'est décembre 2017. C'est très jeune. L'idée, c'est de continuer à travailler pour améliorer les analyses et pour diversifier les types d'aléas concernés. On travaille sur séismes, inondations, mouvements de terrain. Les Antilles ont connu des cyclones, les Alpes des avalanches. Il y a beaucoup d'autres choses.

- Quel est l'événement, depuis le lancement, qui a donné le plus de tweets ?

- Alors, depuis le lancement, c'est les inondations de janvier-février 2018 en région parisienne. Les crues de la Seine et de la Marne.

- On le voit là.

- Et là, de tweets qui ont de l'information, c'est 70 000 tweets en quelques semaines.

- Que faites-vous des données, une fois qu'elle sont là ? On voit tous ces tweets. Vous en faites quoi ?

- Chaque tweet sera traité par des algorithmes pour essayer de savoir où ça se place sur le territoire et de qualifier l'information qu'il contient. Est-ce que ça parle de dommages, est-ce que des gens ont besoin d'aide, est-ce que ça parle de l'eau qui monte, qui descend ? Ce genre de choses. Ça, c'est de manière automatique. C'est ce qu'on essaie de faire.

- Sébastien Carassou, suivre les phénomènes naturels via les réseaux sociaux, ça vous parle ?

- Ça me semble nécessaire en termes de sécurité des populations. J'ai une petite question. Comment fait-on la différence entre un tweet qui dit : « Je suis pris au piège dans une catastrophe naturelle », et « C'est une catastrophe, j'ai raté mon RER D » ?

- Déjà, on écoute avec des mots-clés particuliers. On essaie de réduire, de ne pas écouter tout et n'importe quoi, mais des choses qui sont dans le scope. Et la signature du tweet, la manière dont on écrit, souvent, ça a une incidence sur ce qu'on lit. Par exemple, les gens qui viennent de ressentir un séisme ont tendance à faire des messages plus courts, avec plus de majuscules, de ponctuation. L'algorithmique peut retrouver cette signature-là. C'est de l'apprentissage automatique.

- Si je tweete quelque chose sur un événement réel ou non, ça sera analysé directement ou je dois être inscrit sur la plateforme ? Ça scrute tout ce qui se passe sur Twitter ?

- L'idée, c'est ça. Ce n'est pas de dépendre d'une communauté. C'est pas une communauté d'usage, les catastrophes naturelles. Personne n'est intéressé...

- On ne va pas s'inscrire pour ça.

- Mais le jour où vous y faites face, notre challenge sera de trouver votre tweet et de l'analyser. Si une communauté veut faire un faux séisme, vous avez une alerte ?

- Si l'algorithme n'est pas en mesure de trouver que ce sont des faux, oui, c'est possible. Mais vous avez intérêt à réfléchir à la manière dont vous rédigez vos tweets. Sinon, on va le voir.

- Il ne faut pas le faire. C'est une mauvaise idée.

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