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Portes ouvertes du BRGM à l'occasion de la Fête de la science (Orléans, Centre-Val de Loire, 2017). © BRGM - Aurore Lhomme

Cabaret de la science : Objet mystère avec Alexandre Nicolae Lerma et Stéphane Morelli

19.10.2018

Objet mystère avec Alexandre Nicolae Lerma (BRGM) et Stéphane Morelli (Azur Drones), au Cabaret de la Science à la Cité des sciences et de l’industrie à Paris, dans le cadre de la Fête de la science 2018 (Paris, 6 octobre 2018).

Objet mystère avec Alexandre Nicolae Lerma (BRGM) et Stéphane Morelli (Azur Drones), au Cabaret de la Science à la Cité des sciences et de l’industrie à Paris, dans le cadre de la Fête de la science 2018 (Paris, 6 octobre 2018). © L'Esprit Sorcier

Transcription de la vidéo

- On essaie de se frayer de la place sur cette scène avec cet objet mystère, qui en prend quand même pas mal. On va jouer avec Alexandre Nicolae-Lerma, ingénieur au BRGM.

- Bonjour.

- Bonjour. Je vais pas expliquer ce que BRGM veut dire, sinon ça donnerait trop d'indices. Et avec Stéphane Morelli. Je ne dis pas tout de suite ce que vous faites.

- Bonjour.

- Sinon, il n'y a plus de mystère.

- Exactement.

- Pour pas que ce soit trop facile pour tout le monde, Fred, tu me l'accorderas, on garde un petit peu le voile noir, pour voir si, avec cette forme découpée, les gens arrivent à imaginer ce qui se cache dessous. Quelqu'un a une idée ?

- Est-ce que mon micro marche ? Oui. Est-ce que vous avez une idée ?

- On dirait que c'est un bateau.

- C'est un bateau ? Comme quand vous étiez petite. Jeune homme ? Un bout d'éolienne. Monsieur ? Aucune idée.

- Le micro du public ne marche pas.

- Alors, merci... Vous me prêtez votre micro ?

- Bien volontiers.

- On en a un autre. On va se le partager. Ils vont nous en apporter un 3e.

- Il marche, maintenant.

- Eh ben voilà. Tout va bien.

- Ça marche. Avez-vous une idée ? Que se cache-t-il en dessous ? C'est mon micro qui ne marche pas. Je vais vous repiquer votre micro. Voilà. Est-ce qu'on peut avoir un petit indice  ?

- Un indice ?

- Léger.

- On peut dégager une partie. On va dégager une petite partie. Sans faire tomber l'objet.

- Une petite partie.

- J'ai des mains qui se lèvent.

- Un avion.

- Alors ?

- Une maquette d'avion.

- Une maquette d'avion aussi.

- On s'approche.

- Ils sont d'accord. Ça chauffe.

- Une lampe en forme de maquette d'avion.

- Oui, ça s'approche. Alors... Jeune homme ?

- C'est un planeur.

- On est...

- On enlève ? On enlève, allez.

- Attendez avant d'enlever.

- Un drone.

- Voilà. Très bien. On applaudit le garçon. On applaudit le garçon. Il s'agit d'un drone.

- Mais on n'a pas...

- On ne dit pas à quoi il sert.

- Un magnifique drone.

- Il est beau.

- Alors maintenant, le but, c'est de savoir à quoi peut servir ce drone. Qui a envie de se lancer ? N'hésitez pas. À quoi ça peut servir ?

- À faire des mesures sur l'océan.

- On n'est pas très, très loin.

- Faire des mesures sur l'océan. Alors... Les garçons.

- À filmer la Terre.

- À filmer la Terre.

- On s'approche.

- Aucune idée.

- On va donner la réponse. On donne la réponse ?

- Le jeune homme. Allez, tente ta chance.

- À filmer les accidents de voiture.

- Non.

- À filmer les accidents de voiture.

- Ça aurait pu. Mais pas celui-là.

- Pas celui-là.

- Non.

- Ça aurait pu. Qu'est-ce que c'est ?

- Attendez. J'aime bien quand on joue.

- Pour prendre des mesures.

- Pour prendre des mesures.

- Oui.

- Pour prendre des mesures. Pour observer les plages.

- On regarde les gens en maillot de bain  ?

- Non. On évite de survoler les gens, de manière générale, surtout s'ils sont en maillot. C'est intime.

- C'est pas super.

- On s'intéresse à ce qu'on appelle le « système plage », de la dune jusqu'à la mer. Et on va, via une série de photos, reconstituer la plage en 3 dimensions. On va s'intéresser à tout plein de choses.

- Comme quoi ? À quoi ça sert de reconstituer la plage en 3 dimensions avec un drone ? On a quand même les satellites, les lasers. On peut prendre des photos. Pourquoi a-t-on besoin de droner ?

- On en a besoin, car le drone apporte une précision et une flexibilité, quand on fait des campagnes de mesure, qui sont au-delà de ce que proposent les autres outils conventionnels. Ça nous permet de nous intéresser de manière très fine à des détails comme, par exemple, le sable transporté par le vent, qui est quasiment imperceptible à l'œil nu. Mais via ce type de technologie, on acquiert la précision suffisante, comme on le voit sur ces images, pour faire des différentiels, sur des zones de dunes par exemple, pour voir comment le sable se déplace.

- D'accord. Stéphane, maintenant, on peut dire ce que vous faites. Vous travaillez chez Azur Drones. Ce petit bijou, c'est vous qui le pilotez sur le bord de plage. C'est pas dur, de piloter un drone sur la plage, avec tout le vent ?

- Déjà, cet appareil arrive à évoluer, malgré des vents assez forts, jusqu'à 60 km/h. Il fait moins de 2 kg. Malgré cette très faible masse, il arrive à se déplacer à environ 50-55 km/h. Et il arrive à prendre des quantités très importantes d'images, qui seront ensuite utilisées par les scientifiques pour caractériser l'état de la plage. Vous l'avez vu sur les images, on le lance à la main. C'est plus simple qu'un avion qui doit décoller avec un terrain d'aviation. Mais la personne qui le pilote, on appelle ça un télépilote, parce qu'il n'est pas dans le drone. Cette personne a des qualifications. Elle a un certain niveau d'expérience pour savoir appréhender la météo, le vent, les nuages et faire sa mission en toute sécurité. Même si ça ne fait que 2 kg, il faut faire attention à d'autres usagers de l'espace aérien. Quand ça atterrit, il faut veiller à ce qu'il n'y ait personne.

- Merci pour toutes ces précisions. On va vous laisser aller vers le Bar de la science. Axel vous attend pour parler encore de ce que vous apporte ce beau drone comme informations, et tout ce qu'on apprend sur la plage.

- Je voulais poser une question à Jean-François Bourillet, mais il discute avec son voisin. On va parler réchauffement climatique et montée des eaux. L'eau qui monte a un impact sur ce qui se passe au fond ?

- L'eau qui monte peut avoir des impacts. Je vais parler des hydrates de gaz. C'est de la glace.

- Vous changez la question.

- C'est de la glace de méthane. Si vous la réchauffez trop ou si vous baissez la pression, elle va passer directement de l'état solide à l'état gazeux. 1 m³ de glace va générer 200 m³ de gaz. Ça peut générer des glissements de terrain, qui peuvent générer des tsunamis et des surcotes.

- Du coup, montée des eaux liée au réchauffement climatique, c'est ce que vous étudiez. Les problèmes sur le littoral, que vous étudiez, ont-ils déjà commencé ? Vous les voyez dans le monde, en France ? Peut-on pointer les endroits où ça commence à grattouiller ?

- En ce qui concerne le réchauffement climatique, ce qui nous intéresse, c'est l'élévation du niveau de la mer. Les littoraux vont être tenus de s'adapter. Ou pas, lorsqu'ils sont urbanisés. Les littoraux qui sont proches du niveau de la mer sont sensibles et sont déjà concernés par l'élévation du niveau de la mer. Il faut savoir, si on le dit rapidement, que depuis le début du XXe siècle, depuis 1900, une vingtaine de centimètres d'élévation a déjà eu lieu. Ça a des impacts directement sur des zones, comme les îlots coralliens, qui sont proches du niveau de la mer et où l'élévation du niveau de la mer va réduire les capacités en ressources en eau potable, va réduire les surfaces agricoles, et donc créer des exodes massifs.

- Le corail a pas le temps de remonter ? Ça monte trop vite ?

- C'est possible. Si les conditions environnementales sont suffisamment bonnes, le corail est capable de s'adapter et d'aller à des rythmes de progression qui peuvent suivre l'élévation du niveau de la mer. Mais tout dépend du rythme de l'élévation du niveau de la mer. Mais ce n'est pas suffisant. Même si le corail monte, le rapport d'équilibre entre les zones habitables... Si on parle de l'eau potable, la capacité d'avoir une surface d'eau potable à l'intérieur d'un îlot corallien dépend du niveau de la mer et pas forcément de la capacité des coraux à s'élever.

- À quoi faut-il s'attendre en 2050 et en 2100 ? Vous parliez de 20 cm. Ça va aller plus vite ?

- On est dans un cadre où on fait des projections. Notre niveau de connaissances nous permet d'appréhender les choses. On le regarde plutôt via des fourchettes, des scénarios. Pendant un certain nombre d'années, le rapport du GIEC nous parlait d'une quarantaine de centimètres à l'échelle de 2100. Sachant qu'on a déjà 20 cm, on était sur 60 cm pour 2100. Le dernier rapport du GIEC a précisé des choses qui vont plutôt vers une tendance plus importante. On serait plutôt autour du mètre pour 2100.

- Il va falloir changer les câbles des éoliennes qui flottent.

- Vous voulez intervenir ?

- Jean-François Bourillet ?

- Oui. La notion de temps est importante. Le GIEC travaille à l'horizon 2100. Et il y a des projections à l'échelle des phénomènes en jeu, comme la fonte des glaciers sur l'ensemble de la planète, ou comme la remontée des continents. Il y a eu des papiers sur le niveau de la mer dans 10 000 ans. Dans 10 000 ans, c'est plus 60 mètres. Quand on se fixe uniquement à 2100, on a une photo instantanée. On est dans un phénomène avec une inertie énorme. D'où l'importance de commencer dès maintenant à infléchir un tout petit peu la trajectoire, à essayer de maintenir à 1,8 degré, de descendre en dessous des 2 degrés. À terme, ce sera très, très dur. Comme les 2/3 de la population vivent sur le littoral, on comprend l'urgence à se battre contre les gaz à effet de serre.

- On imagine que la montée n'est pas la même partout. Ça monte plus vite à certains endroits.

- Oui. Mais ça devient une question un peu compliquée qui est liée à la circulation dans les océans, aux effets réels qu'a ce réchauffement. La dilatation thermique ne sera pas la même partout. Ce qu'on peut retenir, c'est qu'on parle d'élévation absolue quand on parle du niveau de la mer. En fin de compte, chaque littoral va avoir sa tendance. Soit à s'abaisser, soit à s'élever. La réalité, pour quelqu'un qui vit sur le littoral, c'est l'évolution du niveau relatif. On peut avoir une situation autour d'un volcan, où le volcan a tendance à monter. Donc, le niveau de la mer monte moins ou ne monte pas du tout. À l'inverse, on peut avoir des zones emblématiques actuellement concernées par les phénomènes du submersion, comme les deltas, où il y a des accumulations de sédiments qui baissent le niveau de la terre et qui accélèrent localement l'élévation du niveau de la mer.

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