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Vue aérienne des installations de la centrale géothermique du site de Bouillante (Bouillante, Guadeloupe, 2003). © BRGM - D. Guyenon

Bouillante, capitale de la géothermie

27.11.2015

Bouillante, en Guadeloupe, est le siège de la première centrale géothermique de toutes les îles Caraïbes. Le projet européen Géothermie Caraïbe 2 vise à initier une politique caribéenne de développement de la géothermie.

Bouillante, en Guadeloupe, est le siège de la première centrale géothermique de toutes les îles Caraïbes. Le projet européen Géothermie Caraïbe 2 vise à initier une politique caribéenne de développement de la géothermie. © Géothermie Caraïbe

Transcription de la vidéo

- Ben, je suis Jules Cairo, Bouillantais, et puis, j'ai travaillé à la centrale dans les années 70, jusqu'à 2010.

- Bouillante, cette bourgade de la Côte-sous-le-vent, en Guadeloupe, porte bien son nom. On y trouve des sources d'eau chaude aux vertus bien connues des habitants. Aujourd'hui, Bouillante est le siège de la 1re centrale géothermique de toutes les îles Caraïbe.

- La centrale se trouve juste derrière. C'était l'ancien terrain de foot. Derrière les buts, vous aviez une source chaude, qui était là et qui bouillonnait. C'était tout simplement... Vulgairement, on appelait ça des marécages, c'était des espèces de mangroves avec une activité. Il y avait des sources chaudes. Et tout ça, c'était dans toute la partie, même la route qui passe derrière, les vanilliers, et tout, c'était plein de sources chaudes.

- Ce qui n'était qu'un vaste marécage sulfureux est devenu la centrale énergétique Géothermie Bouillante.

- C'est le BRGM qui, dès les années 60, a commencé à faire les études pour comprendre, caractériser, définir un potentiel géothermique en Guadeloupe. Il y a eu plusieurs phases avec la 1re centrale qui a été construite en 86.

- Au départ, c'était expérimental. On a mis en place cette turbine, ce groupe turbo-alternateur. C'était justement pour voir où on pouvait aller. On a produit pendant des années, jusqu'en 2005.

- Il n'y avait pas encore d'idées, de stratégie de développement. C'est quelque chose qui est venu plus tard, en 2006. C'est venu avec la mise en service de Bouillante 2 et le coût de l'énergie qui a augmenté. Et la fin des énergies fossiles qui se profilait. On était dans un contexte où on cherchait à développer des énergies renouvelables.

- Le fait d'avoir découvert 2 autres puits là-haut, avec un débit vapeur suffisant, ils ont dit : "On va mettre en place la 2e turbine." 11 mégawatts, quand même.

- Le défi qu'il y a eu avec Géothermie quand ils l'ont prise, c'est de faire de la centrale une exploitation, que ça produise l'électricité à partir de la géothermie. Ça a été une réussite. Et la réussite a été constatée en 1998 et c'est de là que le conseil d'administration de Géothermie Bouillante a décidé de dire : "Nous allons faire 2 forages sur la plateforme de BO-4." Ces 2 forages qui ont été faits ont été une réussite totale en 2000 qui a permis d'avoir 2 forages très productifs pour la construction de B2.

- Ici, on a 2 puits en production et 2 puits en observation. Dans le tuyau, on a un fluide diphasique. C'est un mélange d'eau et de vapeur. Arrivé en tête de puits, ce fluide est à 169 degrés. Donc ça traverse des vannes. On peut comparer ça à des robinets. Ensuite, le fluide est transporté dans le tuyau, jusqu'en bas.

- Pour capter la chaleur de la Terre, on commence par forer des puits. Á Bouillante, ces puits permettent de faire remonter à la surface ce qu'on appelle un fluide diphasique, un mélange d'eau et de vapeur sous pression.

- Vous êtes dans une centrale géothermique. La différence dans une centrale thermique, c'est qu'on n'a pas besoin de chaudière, comme une centrale classique thermique, et de chauffer par le biais d'un combustible. Ça peut être le charbon, ça peut être le gaz, la bagasse, ici, qu'on utilise comme combustible. Ou le nucléaire, ailleurs, pour pouvoir, justement, chauffer cette eau-là et vaporiser cette eau-là pour pouvoir aller faire travailler cette vapeur-là sur une turbine.

- En géothermie, la chaudière, c'est la Terre. Une fois remonté à la surface, le fluide diphasique est envoyé au séparateur. Comme son nom l'indique, on y sépare la vapeur de l'eau. C'est la vapeur sous pression qui est envoyée vers la turbine dont elle actionne les hélices, ce qui entraîne alors l'alternateur, une énorme dynamo qui produit ainsi de l'électricité. Une fois sortie de la turbine, la vapeur d'eau est envoyée au condenseur, où elle est refroidie avec de l'eau de mer, puis renvoyée dans la baie à une température inférieure à 45 degrés, comme le prévoit la réglementation. L'eau issue du séparateur est quant à elle réinjectée directement dans le réservoir. Malgré toute cette machinerie, la géothermie reste l'une des alternatives les plus fiables et les moins impactantes de toutes les énergies renouvelables actuelles.

- Le liquide qui sortait de la centrale vient forcément de la terre, et est très chargé en différents éléments minéraux. Plus du  sel, une forte température... Enfin, différents éléments qui font que, du coup, ils avaient peur que le milieu marin soit déséquilibré et que les écosystèmes marins soient fragilisés, perturbés, disparaissent. Voilà. Du coup, le résultat, c'est que depuis 2008, en fait, il y a pas de dégradation, c'est-à-dire qu'il n'y aurait pas d'influence négative de la centrale sur les communautés marines présentes dans la baie.

- Mais l'évacuation de l'eau chaude dans la nature est une technique de moins en moins usitée. Aujourd'hui, les usines modernes se dotent d'unités de réinjection afin de maintenir le niveau et la pression du réservoir. Á Bouillante, une réinjection partielle a été mise en place afin de permettre une exploitation durable de la ressource. Mais le désagrément le plus spectaculaire d'une centrale géothermique s'avère tout à fait invisible : c'est l'odeur.

- En passant à Bouillante, les gens disent : "Ça sent l'oeuf pourri." Effectivement, ça sent l'oeuf pourri. On est bien contents de dire que quand on sent, ça veut dire qu'on produit. Et c'est très bon pour nous. Pour les riverains, un peu moins.

- Pour répondre à ce désagrément, Géothermie Bouillante a récemment mis en place un système d'oxydation thermique pour limiter les émanations désagréables. Après avoir été un indispensable laboratoire d'expérimentation, la centrale de Bouillante est aujourd'hui devenue une unité de production fonctionnelle capable de délivrer au réseau jusqu'à 15 mégawatts d'électricité. Mais la géothermie, en Guadeloupe, est cependant loin d'avoir livré tout son potentiel.

- Actuellement, la géothermie représente à peu près 4 % du mix énergétique. En revanche, le potentiel de développement est, selon nous, très important. Nous pensons que dans un 1er temps, le potentiel sur la zone même de Bouillante pourrait permettre de tripler, en fait, la production actuelle. Et donc, de donner une part qui avoisinerait les 20 % dans le mix énergétique à horizon 2020 si on arrive à l'exploiter en totalité.

- Il y a un site qui a été retenu, situé au nord de la baie, qui a l'office d'une étude de préfaisabilité et qui n'est pas encore totalement fini, mais qui permet de contraindre un potentiel à 30 mégawatts.

- Tout le long de l'arc antillais, d'autres projets d'exploitation de réservoirs géothermiques sont en cours de développement. Si la Dominique a déjà bien avancé, Saint-Kitts-et-Nevis prévoit aussi la construction d'une centrale et d'autres programmes exploratoires sont menés à Montserrat, à Sainte-Lucie, à la Martinique et ailleurs.

- On savait quand même qu'il y avait ces potentiels dans les îles voisines de la Caraïbe. Dès le départ, l'idée, ça a été de continuer à développer Bouillante, mais aussi de développer dans les îles qui étaient les plus proches de nous : la Dominique et Sainte-Lucie pour la Martinique.

- La géothermie, c'est quand même un trait commun à de nombreuses îles de la Caraïbe, qui sont des îles volcaniques. Nous, la Guadeloupe, en tant que précurseurs étant dans le pays où on a déjà une expérience, nous cherchons maintenant à faire partager cette expérience de la Caraïbe. Nous pensons qu'avec l'orientation qui est prise aujourd'hui par le BRGM et l'arrivée de nouveaux partenaires, nous allons pouvoir élaborer un système référentiel d'intégration environnementale et d'acceptation sociale, que nous pouvons aller exporter dans la Caraïbe.

- Nous accompagnons aussi, avec la région, des projets qui sont des projets plus internationaux dans la Caraïbe, puisque le potentiel géothermique est commun avec d'autres îles, notamment avec notre île voisine, qui est la Dominique. Un projet actuel pourrait permettre, s'il arrive à son terme, de vraiment augmenter tellement la part de géothermie qu'elle pourrait représenter la principale énergie renouvelable, mais aussi jusqu'à un tiers de notre mix énergétique. Vous voyez que les potentiels de développement sont très importants en matière de géothermie. C'est une énergie à laquelle on croit beaucoup en Guadeloupe.

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