banner-ombre-top
banner-ombre-left
La corniche de l’Esterel et ses roches rouges constituées de rhyolites permiennes, roches volcaniques (Anthéor, Var, 2007). © BRGM - François Michel

Atelier EUCC-France sur l'érosion des côtes du Var

27.03.2015

EUCC-France, le réseau européen des littoraux, organisait un atelier sur l'érosion des côtes du Var, les 14 et 15 octobre 2014, en collaboration avec le BRGM et l'ONF.

EUCC-France, le réseau européen des littoraux, organisait un atelier sur l'érosion des côtes du Var, les 14 et 15 octobre 2014, en collaboration avec le BRGM et l'ONF. © EUCC-France

Transcription de la vidéo

-Le problème qui se pose sur ce type de littoral, c'est, qu' il est très attirant, mais aussi fragile. Donc comment concilier protection de l'environnement et cette attractivité, qu'il faut maintenir ? Mais il ne faut pas que l'attirance d'un million de visiteurs détruise ce qui attire. Il faut concilier tout ça. C'est le problème du tourisme durable et du développement durable, de façon générale.

-Je suis très heureuse d'être avec vous aujourd'hui pour ce travail de terrain qui est extrêmement important dans la mesure où vous avez associé, cette fois-ci, j'en suis ravie, l'érosion côtière des plages et l'érosion côtière des falaises. On est au cœur de ces problématiques au niveau de la région et il est important de noter que nous privilégions, bien sûr, les études globales et les études liées aux cellules hydrosédimentaires. Nous sommes plus dans un travail de prospective régionale sur l'évolution de ce trait de côte. Et je crois que nous allons, pouvoir, aujourd'hui, voir de près un certain nombre de ces problématiques sur 4 communes, je crois.

-Vous allez voir, au cours de cet atelier, qu'on va discuter de problèmes d'érosion marine. On va discuter, aussi, de dangers un peu sournois qui ne se voient qu'avec un œil averti. C'est l'instabilité des falaises.

-Sur le sentier littoral, c'est de compétence de l'agglomération, on a de gros soucis chaque année. C'est, environ, 1,5 million d'euros chaque année pour refaire les portions de sentier qui disparaissent. Alors, on se posait la question, des fois, de savoir si on va laisser le sentier où il est et continuer à investir 1,5 million ou si on va déporter le sentier.

-On va écouter, on va échanger, on va discuter, on va proposer. C'est le but de ces ateliers.

-Un petit rappel géologique très rapide. Là, on se trouve à l'ouest du massif des Maures, un massif cristallin de roches primaires qui ont été déformées, métamorphisées avec des hautes pressions, des hautes températures. Autour de ce massif, on trouve une dépression permienne, qui est le fruit de l'érosion du massif initial des Maures, qui était beaucoup plus élevé à l'époque. Et on trouve ces formations d'alternances d'arkose, de pélite et de grès, qu'on a ici, devant nous, sur les falaises qui entourent la plage de la Coudoulière. Les problématiques d'érosion de falaises côtières se voient, dans ce cas-là, par la différence des matériaux entre des niveaux assez indurés de grès et des niveaux argileux plus fins qui font que l'érosion se crée au niveau des niveaux beaucoup plus fins d'argile et on a ce qu'on appelle une érosion différentielle avec le basculement des blocs en fonction de la stratigraphie des roches. Un basculement, une mise en surplomb et, donc, une déstabilisation de la falaise.

-Quand on regarde un peu l'évolution de ce trait de côte, là, on parle uniquement de l'évolution de la ligne de rivage, on a quelque chose de très stable avec des taux d'évolution qui sont dans l'ordre de l'incertitude précise de cette mesure.

-L'originalité, la particularité de ce site, c'est qu'une fois que le Conservatoire du littoral en a été propriétaire, avec la commune, nous avons engagé une démarche de réalisation du plan de gestion pour mettre à plat les interventions de gestion sur ce site pour les 10 années à venir. Jusqu'à présent, nos plans de gestions se limitaient aux propriétés du Conservatoire du littoral, mais, dans un contexte de gestion globale des zones côtières et de cette arrière plage de la Coudoulière, nous avons souhaité, et la commune était favorable, à ce que ce plan de gestion déborde un petit peu de ses limites. Aujourd'hui, ce sont des opérations qui ne sont pas encore engagées, mais elles prévoient, d'une part, la suppression et le recul de l'aire de stationnement sur lequel nous sommes garés, sur ma gauche, un désenrochement progressif du haut de la plage, puisqu'Alexis Stépanian l'a bien précisé, on a un trait de côte, une plage qui est relativement stable, qui a quand même été un petit peu bouleversée par des travaux, notamment de remblaiement, et nous sommes sur le tas de remblai qui a inversé, finalement, la courbe naturelle de cette plage. Et, aujourd'hui, progressivement, on voit bien que la mer reprend sa place et le trait de côte progressivement, va revenir dans une situation convexe, alors, qu'aujourd'hui, on est légèrement bombé.

-Je vais vous parler d'une étude sur les relations érosion, végétation, qui a été menée par l'ONF en partenariat avec le BRGM. L'objectif, c'était de sortir, justement, les zones où la végétation va avoir une influence pour, après, savoir, si ce sont des zones où il pourrait y avoir une gestion particulière de l'érosion en lien avec la gestion de la végétation ou, éventuellement, voir des zones où il peut y avoir des travaux de re-végétalisation qui peuvent être mis en place, voire de génie biologique. Sur un arbre, ce qui va avoir une forte importance, ça va être, d'une part, toute la partie végétative et extérieure qui va avoir une influence forte sur l'interception de la pluie, qui, souvent, va limiter les phénomènes de ruissellement de par cette interception. En revanche, il faut quand même garder à l'esprit que les arbres peuvent aussi avoir un rôle déstabilisateur. On a un exemple avec cet arbre, qui, jusque-là, a eu un rôle de retient de la zone de la côte avec ses racines. On peut facilement imaginer, vu son emplacement, qu'un jour, il va tomber et qu'il aura l'effet inverse, à savoir qu'il va déstabiliser d'un seul coup une grande partie de la zone.

-Le Contrat de baie est né dans les années 90 parce qu'il y avait un problème de qualité d'eau, notamment bactériologique, sur la question de la qualité des eaux de baignade et, également, la production de coquillages dans la baie du Lazaret. Le Contrat de baie, c'est un peu le schéma local d'application des démarches de type Directive Cadre Européenne sur l'eau, Directive Stratégique Milieu Marin, DSMM, le SDAGE, également, avec son programme d'action, et, localement, nous organisons les actions sur la rade de Toulon avec l'ensemble des acteurs de la rade de Toulon. On a eu une très nette amélioration des plages, de la qualité des eaux de baignade, puisqu'aujourd'hui, toutes les plages sont classées comme excellentes dans l'ensemble du territoire du Contrat de baie. Nous avons aussi mis en place un système d'aide à la décision sur la gestion et la qualité des eaux de baignade avec des analyses rapides. Au lieu d'avoir les analyses par microplaques, qui donnent des résultats en 48 heures, 72 heures, on a des analyses rapides en 3 heures, qui permettent d'être réactif en cas de suspicion de pollution. Aujourd'hui, on a une contamination dans un secteur qui se situe sur une tranche de 10 cm, environ. Le pic de pollution que nous retrouvons sur l'ensemble des contaminants, mercure, plomb, etc. se situe vers la période du sabordage de la flotte, la période de la guerre. Malheureusement, il n'est pas très profondément enfoui. Et, à la faveur d'une tempête, à la faveur d'un passage de navires un peu gros, qui passent au ras du fond avec des grosses hélices maritimes de dragage, on peut avoir une remise en suspension de ces sédiments.

-C'est ici qu'on a décidé de vous faire un petit topo sur le programme de recherches VALSE. VALSE, c'est pour Vulnérabilité et Adaptation pour Les Sociétés face aux Erosions de falaises côtières en région PACA. L'objectif de ce projet, c'était, déjà, de travailler de manière interdisciplinaire entre les sciences humaines et les sciences géologiques. L'idée, c'était de quantifier l'érosion sur les falaises littorales, aller au-delà du simple aléa qu'on avait identifié auparavant, évaluer l'occurrence des éboulements de falaise, qualifier le comportement humain en termes d'usage, de fréquentation et de gestion et améliorer la connaissance et aider à la gestion du territoire littoral.

-Sur 80 ans, on a regardé. Le taux de recul moyen, attention, c'est toujours le problème de la moyenne, c'est que ce n'est pas représentatif de chaque événement, est de l'ordre du millimètre par an, et on a regardé quel type de forçage, aussi. On en parlait tout à l'heure. Le forçage dominant est-il la mer ou l'action météorétique, c'est-à-dire l'action des précipitations ? Comment caractériser vraiment l'action de la mer sur une géodonnée, qui est en vue aérienne ? C'est là qu'est venue l'idée d'utiliser une méthodologie qui nous permet de regarder les falaises de face. Le projet a permis de scanner des falaises par bateau. Le résultat, c'est un nuage de points en 3 dimensions, qu'on a. On a le nuage de points et le jeu des photos, qui nous permet de reconnaître la géologie et d'identifier les endroits où il peut y avoir de l'érosion. Cela nous a permis d'identifier directement des patchs d'érosion et de les localiser sur l'ensemble du secteur étudié.

-S'ouvrir au public et préserver la biodiversité, parfois, ça peut être un peu compliqué. En général, on y arrive. C'est une question de plan de gestion, d'organiser des déplacements. Parfois, on met en défends des zones particulièrement riches. Ce n'est pas le cas ici, mais il y a certains sites où on va le faire. Et l'ouverture du public nous impose la question de la sécurité du public. Les travaux qui ont été réalisés avaient un grand objectif de sécurisation, puisque nous avions observé des désordres sur la falaise avec des cailloux et des rochers qui tombaient sur la plage. Donc, là, on est, en plus, dans une problématique plage, puisqu'elle est extrêmement fréquentée en période estivale. Cette réflexion a été commencée par 2 études. Une étude géotechnique pour savoir sur quel sol nous nous trouvions, pour savoir comment réaliser les travaux. Et une étude de maîtrise d'œuvre, qui a été confiée par marché public à l'ONF avec une réflexion sur des techniques qui pouvaient être mises en place, sachant qu'on est sur un espace naturel sensible, donc des techniques douces destinées, également, à préserver l'environnement.

-On a eu pour consignes, et c'était à juste titre, de laisser la protection grillagée, de faire des aménagements dessus pour essayer de l'optimiser. C'est ce qu'on a fait. Et on a essayé, également, de gérer, en plus de l'érosion maritime, comme on a pu le voir ce matin, gérer toute la partie écoulement superficiel qui pouvait venir charger en eau le versant et le talus qui a glissé en 2008. L'ensemble constitue un coffre en bois qui est rempli des matériaux du site. Donc, on a, de cette façon, limité les apports de matériaux exogènes. C'est un ouvrage autostable, un ouvrage poids, qui a pour but  de 1 : supporter la poussée du talus amont et 2 : protéger le pied du versant de l'érosion marine. On a joué la sécurité en mettant une couche de grillage pour retenir les pierres et les pierres pour retenir les pierres plus petites, derrière, un géotextile et, ensuite, les matériaux du site.

-Il faudrait qu'on intègre, dans les raisonnements, ce fonctionnement du système falaise/plage, comme fonctionne un système dune/plage. A chaque fois qu'on coupe une plage de la dune, on va vers des gros problèmes. Donc je vous alerte là-dessus.

-Effectivement, je suis d'accord avec l'idée qu'il faut, dans la mesure du possible, laisser les espaces naturels évoluer par eux-mêmes et être le moins interventionniste possible. On en revient toujours à la même conclusion. On a des intérêts contradictoires. Les intérêts contradictoires, c'est la nature, d'un côté et, de l'autre côté, une nécessité d'accueillir du public et de le canaliser, de gérer son accueil.

-Aujourd'hui, on est sur un espace naturel sensible qui appartient au département. Aucun élu, chez nous, n'accepterait, parce qu'il faut laisser la falaise tomber, on le sait, toute falaise tombe, c'est une réalité, sur les espaces naturels sensibles, on a les falaises du littoral, on a une falaise intérieure, on a des trous, on a des gouffres, on a de tout, donc on connaît la problématique, mais il n'y a aucun élu qui accepterait qu'on laisse une falaise tomber et mettre en danger des populations.

-La difficulté du site, c'est que la roche est particulièrement altérée et il y a un couvert végétal assez important. Il y a pas mal de glissements de terrain qui ont été recensés sur ce site-là. Notamment, l'événement assez connu, c'est celui de 1976 au Pin de Galle. 2 mots sur la géomorphologie de la plage. Vous pouvez voir qu'on est sur une plage à sable grossier, voire quelques graviers. C'est une plage assez originale au niveau du littoral et assez emblématique dans la mesure où c'est vraiment une plage de poche qui est située au fond d'un cap. Elle est intéressante parce qu'elle n'a pas subi d'aménagements type rechargement massif. Donc, les taux d'évolution qu'on peut mesurer on peut leur faire relativement confiance. Les taux d'évolution, depuis 1920, sont de l'ordre de 0,2 à 0,3 mètre par an. Donc on est sur, je l'appellerais, quelque chose de stable avec une perspective négative quand même. Sachant qu'elle n'est alimentée que par l'érosion de la falaise en arrière. Sur cette plage, on a des dépôts, vous avez les pieds dessus, des dépôts de posidonies, qui sont les dépôts, les débris de l'herbier, qui est situé plus au large -et qui constitue...

-Une forêt sous la mer.

-Une forêt sous la mer, le poumon de la Méditerranée en termes de biodiversité.

-Dès les années 70, 80, il a fallu penser à des systèmes de protection. Comme vient de vous le dire M. Stépanian, le site est en érosion assez constante du fait qu'il n'y ait plus les apports sédimentaires, qui ont été déviés sur l'autre partie, et de par l'ensemble des aménagements, que ce soient les Salins, avec le canal de ceinture, et la route. Les 1res consolidations qui ont été faites, c'étaient des blocs d'enrochement avec des pieux en bois, donc vraiment sur du dur, qui n'ont pas forcément montré leur efficacité. Il y a toujours eu des réflexions à mener pour la gestion de ce tombolo jusqu'en 1996, où une tempête est venue détruire la route. La route où vous êtes est une 2e route. La 1re était un peu plus en avant. C'est la 1re qui a été détruite. Le cordon est détruit régulièrement par les tempêtes. Et la commune, en termes de gestion, on essaye de reformer ce cordon de manière le plus naturel possible. On fait des apports de sédiments, qu'on mélange avec des laisses de posidonies qu'on récupère sur les plages au printemps.

-On a essayé de compenser ces érosions par des enrochements, des épis sur la route du Ceinturon, que vous voyez par là-bas. On est sur un système qui était naturellement à l'équilibre et qui est entré dans un déséquilibre figé en raison, essentiellement, des ouvrages.

-Pendant plusieurs années, on a été pomper le sable qui s'accumulait dans cette zone-là pour revenir le reposer là où on se situe. C'est le point le plus sensible à l'érosion, là où on est. Ce n'est pas concluant, comme solution, puisque l'érosion est toujours là. La ville a mené, en 2010 et 2012, des études de définition de travaux. Il y a 2 grandes possibilités qui s'ouvrent à la ville dans le choix. Soit on continue les épis, qu'on voit un peu plus au nord, et on se fait notre lignée d'épis et de petites plages en alvéoles jusqu'au port de Hyères, puisque, finalement, le port de Hyères, ça fait une cellule. Soit on va beaucoup plus loin dans la réflexion et on imagine un site autrement avec, notamment, le fait de refaire une plage à l'équilibre, d'avoir une dune. Par contre, ça implique d'empiéter sur la route. On a étendu la réflexion sur la problématique de submersion. Aujourd'hui, on sait qu'il faut s'attendre à une élévation du niveau de la mer. Vous le voyez, on est sur des terrains assez plats. En remontant un petit peu, à l'hôtel Le Plein Sud, il y a un petit marais devant. On se pose énormément la question : avec les tempêtes, aujourd'hui, jusqu'où l'eau peut monter ? Les tempêtes, à l'horizon 2100, avec 60 cm d'élévation du niveau de la mer, jusqu'où elles iront ? Grande question.

-Je remercie tous les organisateurs pour cette visite de terrain, qui a été très réussie, très intéressante. J'ai appris beaucoup de choses. On les applaudit tous. Voilà. Bravo !

BRGM - 3 avenue Claude-Guillemin - BP 36009 45060 Orléans Cedex 2 - France Tél. : +33 (0)2 38 64 34 34