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Travaux de purge à l'explosif de compartiments rocheux situés dans la falaise du Littoral (plus de 100 m de hauteur) (Ile de La Réunion, 2006). © BRGM - Jean-Louis Nedellec

50 ans du BRGM

01.06.2009

Depuis 50 ans, le BRGM assure le rôle de Service géologique national. Au travers de témoignages et d'images d'archives, découvrez l'histoire qui a fait du BRGM l'établissement public de référence dans les sciences de la Terre.

Depuis 50 ans, le BRGM assure le rôle de Service géologique national. Au travers de témoignages et d'images d'archives, découvrez l'histoire qui a fait du BRGM l'établissement public de référence dans les sciences de la Terre. © BRGM

Transcription de la vidéo

-La Terre est une vieille dame de 4,6 milliards d'années. Le BRGM, qui étudie, analyse et cartographie ses entrailles, son sous-sol, n'a que 50 ans d'existence. C'est en feuilletant son album souvenirs que l'on prend la mesure du chemin parcouru en 50 ans par cet établissement public dont la double vocation est depuis toujours la recherche et l'expertise.

-On est sur de la recherche pointue. On doit avoir la reconnaissance académique que notre qualité de recherche peut nous apporter. Et également être dans le concret pour être capables de répondre à des questions opérationnelles qui nous arrivent de différents endroits dans la société.

-Mais pourquoi le BRGM devrait-il se pencher sur son passé, puisqu'il se consacre à répondre aux préoccupations du présent et du futur ?

-L'avenir se construit du passé. Il ne s'agit pas de faire tourner casaque au BRGM ou de lui faire prendre un virage à 180 °. Mais de prendre appui sur ce passé et sur des traditions de l'établissement pour construire ce futur.

-Voyageons dans le temps jusqu'au règne de Louis XV. Les racines de la géologie plongent jusqu'au milieu du XVIIIe siècle.

-On peut remonter à la fin du siècle des Lumières pour s'apercevoir qu'à cette époque, déjà, les pouvoirs publics commençaient à réfléchir à ce qu'ils pouvaient faire dans le domaine qui est celui du BRGM.

-On peut s'attacher à la date 1746, la 1ère élaboration de la carte géologique présentée dans une instance publique. Ce n'est vraiment qu'en 1868 que Napoléon III décide de créer le service de la carte géologique et commande aux géologues de réaliser des cartes à l'échelle du 80 millième sur l'ensemble du territoire.

-Il faut ensuite attendre 1941 pour voir apparaître le BRGGM, le Bureau de recherches géologiques et géophysiques, un précurseur du BRGM chargé de sauvegarder les données du sous-sol français. Après la guerre se créent successivement le BRPM, le BRMA ou encore le BUMIFOM, voués à la connaissance et à l'exploitation des ressources minérales des colonies et territoires d'outre-mer.

-C'est à partir de cet agrégat que le BRGM va finalement être créé en 1959 par un décret pour substituer un organisme métropolitain à cet ensemble d'organismes qui existaient au niveau des colonies de la France.

-Ainsi naquit le Bureau de recherches géologiques et minières. Fort de toutes ses compétences, le BRGM s'affirme d'emblée comme un inventeur de gisements miniers à travers le monde. Il signe de prestigieux contrats avec des pays aussi représentatifs que l'Inde ou l'Arabie saoudite. En métropole, l'heure est à la décentralisation. Le BRGM rassemble à Orléans-la-Source la plupart de ses moyens. Dans le reste de la France, il implante des services géologiques régionaux.

-L'idée de décentraliser et d'avoir des représentations en régions remonte aux origines, dès sa création. Dès les années 60, des unités régionales ont été créées qui répondaient aux besoins locaux des régions. Peu à peu, ces unités se sont développées et ont agrégé une activité de réponse à la puissance publique et une activité commerciale.

-En 1968, le BRGM fête le centenaire du service de la carte géologique. Un an plus tard, il absorbe le Service géologique national. Les années 70 marquent le début d'un âge d'or pour l'établissement.

-En 1973, la crise pétrolière est un véritable choc mondial. Paradoxalement, elle va profiter au BRGM, qui va pouvoir jouer un rôle actif dans l'approvisionnement du territoire français en énergies et en matières premières minérales. Au cours de cette période, ces opérations de prospection minière vont largement se développer. Et au début des années 80, le BRGM pourra être considéré comme le 1er explorateur mondial.

-Même si le BRGM a renoncé, au cours des années 90, à ses activités et investissements miniers, il demeure aujourd'hui un expert incontournable de l'exploration des ressources minérales sur lequel la puissance publique peut compter.

-Notre vie consomme de plus en plus de ressources minérales. Elles sont partout autour de nous, dans le sable et le gravier. C'est peut-être la plus modeste des ressources minérales. C'est aussi celle que nous utilisons le plus. Le fer, le cuivre. D'innombrables ressources minérales nous entourent. Il y a de nombreuses idées fausses, la 1ère étant : allons-nous manquer de ressources minérales à l'avenir ? Certes non, parce qu'aujourd'hui, nous exploitons essentiellement des gisements connus proches de la surface. Alors que l'écorce terrestre peut révéler et révèle encore d'amples ressources dans des parties plus profondes.

-Depuis 1998, les missions essentielles du BRGM sont le service public et la recherche scientifique. Ses travaux contribuent de plus en plus, dans ce cadre, au développement durable. D'où l'importance de la connaissance et de la cartographie géologique.

-C'est seulement en 2003 qu'apparaît la 6e édition bis de la carte géologique qui intègre les terrains émergés du plateau continental et surtout un avènement absolument magnifique, l'avènement numérique. Là, on a une carte géologique au millionième. Géoréférencée. Dont on a les contours. Cette information peut être croisée à d'autres. C'est fondamental, comme saut technologique.

-Ces actions de cartographie géologique s'appuient maintenant sur des levées géophysiques. Choses qui ont complètement évolué dans ces 50 années. On arrive maintenant avec des vols qui embarquent une série de capteurs géophysiques différents. On a des informations sur le proche et le lointain sous-sols qui sont d'une précision dont on n'aurait pas osé rêver, il y a quelques décennies. Ces affaires-là ont fortement modifié révolutionné, dans certains cas de figure, la cartographie géologique. Le BRGM a souvent occupé une position de pionnier dans ces projets, notamment à l'international, et, depuis peu, sur le territoire national.

-La carte géologique de demain c'est probablement un modèle 3D. C'est-à-dire une vision tridimensionnelle de notre espace souterrain depuis le sol jusqu'à une tranche utile à l'homme.

-Le BRGM ne s'intéresse pas seulement à ce qui se passe sous terre. Il explore également le fond des mers et des océans pour mieux le cartographier, pour mieux le caractériser. La construction du tunnel sous la Manche s'est appuyée sur le savoir-faire en géologie marine du BRGM.

-Nous avons aussi beaucoup travaillé sur le tunnel sous la Manche pour positionner le tunnel sous la Manche dans les bonnes couches géologiques. Il y a eu des missions de géophysique, des forages qui ont traversé les couches. Après, nous avons fait de la géostatistique pour avoir l'épaisseur des couches et avoir le tracé. C'était crucial pour le tunnel. Ça a été un très gros enjeu.

-Dans tous les domaines, travailler au BRGM, c'est savoir manipuler et exploiter des équipements de plus en plus sophistiqués.

-Il existe deux grandes familles d'instruments de mesure. Des instruments de caractérisation. Ils donnent une caractérisation de la roche, sa composition, les différentes faces qui la composent. Vous avez une 2e grande famille de détermination : la quantification. Là, on va zoomer sur un élément minéral particulier et on va dire qu'il y a tant de milligrammes par kilo d'or dans cette roche, etc. Ces deux types d'instrumentation sont en train de converger. Là où il fallait deux instruments par le passé, on a aujourd'hui une caractérisation et une quantification. Cette avancée technologique remarquable va nous permettre de donner des données de plus en plus fiables au laboratoire. L'idée générale est aussi d'évoluer vers la caractérisation in situ.

-Les instruments actuels se mettent au service du développement durable.

-On est sur des problématiques environnementales très importantes, puisqu'il s'agit de mesurer l'impact de la pollution organique des hommes dans les eaux souterraines. C'est un enjeu considérable pour les années à venir, pour savoir si ces molécules vont persister et se concentrer dans les organismes vivants.

-Mieux connaître l'eau douce souterraine pour mieux la préserver en quantité et en qualité, c'est une autre mission du BRGM.

-L'eau douce est un très court segment du cycle de l'eau sur la planète. Si on comptabilise les volumes d'eau douce, c'est infime par rapport au volume d'eau salée, y compris dans le sol. L'eau douce est une exception sur Terre. Par exemple, dans les années 70-80, il y avait un gros effort de la France en coopération avec les pays d'Afrique de l'Ouest en particulier. Le BRGM s'est adapté avec des missions positionnées dans de nombreux pays et des programmes qui ont fait progresser les savoirs, la connaissance, en particulier sur ces milieux extrêmes. On a réimporté ces savoirs dans les zones tempérées et on en a beaucoup profité.

-Le rôle du BRGM dans l'évaluation de la ressource en eau s'inscrit dans la droite ligne de la directive cadre que doivent appliquer les 27 membres de l'UE. Mais préserver l'eau n'est pas qu'une préoccupation de l'Europe.

-L'eau se transporte peu ou très mal. Que ce soit d'un bassin à un autre ou d'un pays à un autre. C'est horriblement coûteux. L'emprise au sol est incompatible avec l'occupation du sol dans les pays développés. Le coût, comparé à la valeur marchande de la matière première qu'est l'eau, est disproportionné. Il faut apprendre à se satisfaire de l'eau sur place. Avec l'évolution démographique d'un certain nombre de pays, on imagine que c'est le problème qui va monter en puissance, sur lequel le BRGM a beaucoup de choses à faire et à dire encore maintenant et dans un futur proche.

-Le Grenelle de l'environnement a conforté le BRGM dans ses missions d'expertise et d'expérimentation. Son service de l'environnement, né en 1999, est le résultat de nombreuses opérations menées depuis longtemps en faveur d'une Terre durable.

-Avant la création de ce service, le BRGM était intervenu en appui au ministère pour développer les outils dédiés à la gestion des sites et sols pollués. Gestion basée plus sur l'analyse du risque que sur l'analyse du niveau de pollution. Concernant les déchets, le BRGM s'est vu confier dans les années 90 des bases de données sur les décharges illégales. Dans le domaine du recyclage, le BRGM avait été très précurseur en travaillant sur le recyclage et le tri des ordures ménagères. Nous avons développé un laboratoire de biologie moléculaire microbiologique qui permet de mieux appréhender le rôle du vivant, des bactéries notamment, dans les mécanismes de mobilité des polluants dans l'environnement. On peut exploiter des bactéries pour valoriser un minerai, mais également pour pouvoir dépolluer un sol ou pour pouvoir traiter un déchet. Les déchets, si on les recycle convenablement, peuvent constituer des ressources alternatives. Nous avons développé un certain nombre de techniques qui permettent de trier le déchet et de faire en sorte qu'il devienne une vraie matière première.

-Au cours des années 80-90, les exploitations minières françaises ferment les unes après les autres. Le BRGM se voit alors confier une nouvelle mission : l'après-mine.

-L'après-mine nécessite de gérer les compétences, l'histoire, l'information, les archives. Parmi nos métiers et parmi notre champ d'intervention, nous conservons l'ensemble des archives des anciennes exploitations minières. Nous avons aussi besoin des compétences des hommes. C'est pourquoi nous avons intégré dans nos équipes les anciens mineurs de charbonnage de France pour leurs compétences. La sécurité est au cœur de la problématique de l'après-mine. Pour assurer cette mission de sécurité, nous surveillons, exploitons plus de 1 300 ouvrages sur le territoire national. Nous surveillons les problématiques de gaz, de méthane. Nous surveillons les problématiques d'eau, particulièrement dans les zones affaissées. Nous mettons en place des stations de pompage pour éviter l'ennoyage de ces zones lors de forts orages, par exemple. Notions qui sont susceptibles de bouger dans le temps, puisque la terre, les galeries, tout cela vit. Toute l'expertise que nous développons pour la sécurité des biens et des personnes sur les territoires, comme la sécurité environnementale, est dédiée aussi à permettre le redéploiement de ces territoires et leur revalorisation. Cette expertise, nous la mettons au service de l'énergie. Typiquement, par exemple, de la géothermie. Profiter des cavités du sol qui sont aujourd'hui ennoyées pour élaborer des projets énergétiques autour de la géothermie.

-La géothermie, justement, est une source d'énergie que le BRGM a commencé très tôt à étudier et même à exploiter.

-L'épopée de la géothermie en France a commencé avec le 1er choc pétrolier, quand on a commencé à s'intéresser à des sources d'énergie alternatives. On est allés chercher cette ressource dans le Bassin parisien. A 1 000 m de profondeur, on a de l'eau chaude en abondance. Là, le BRGM a été véritablement un pionnier. Il a été l'instigateur du développement de cette géothermie en réalisant des inventaires dans les années 70 et début  des années 80. A partir des années 80, en proposant des études de faisabilité et en réalisant des projets alimentant des réseaux de chaleur auxquels la géothermie fournissait l'énergie. C'est grâce au BRGM qu'on a eu ce déploiement de la géothermie dans le Bassin parisien, qui est la 1ère source d'énergie renouvelable pour les bâtiments de la région. Le BRGM a été de tous les projets pilotes au niveau français voire mondial. Ça a été, dans les DOM français, en Guadeloupe, l'usine de Bouillante, où un gisement particulièrement favorable a permis de développer, dès 1984, une 1ère centrale de 4 MW. C'est à partir du milieu des années 90 que le BRGM est rentré directement au capital de géothermie Bouillante permettant de développer une 2e centrale de 11 MW rentrée en service en 2004. D'un autre côté, en France métropolitaine, le BRGM, depuis 1987, avec des partenaires européens, a développé un projet pilote de la technologie dite des EGS, les Enhanced Geothermal Systems, permettant d'aller chercher de la chaleur à grande profondeur dans le socle granitique pour faire de la chaleur ou de l'électricité. C'est le projet de Soultz-sous-Forêts en Alsace, rentré en fonctionnement l'année dernière. Le BRGM souhaite être l'accompagnateur, avec l'ADEME, de ce regain d'intérêt pour cette filière prometteuse. Il est donc présent à tous les niveaux, que ce soit pour informer sur la géothermie, que ce soit pour aider les professionnels à s'organiser, à gagner en qualité, que ce soit pour développer des activités de recherche permettant de préparer la géothermie de dans 10 ou 20 ans.

-Séisme, raz-de-marée, éruption volcanique, glissement de terrain, gonflement de l'argile. La Terre est vivante. Ces catastrophes sont de plus en plus fréquentes. Il s'agit de les étudier pour mieux les prévenir. C'est aussi là le rôle du BRGM.

-Depuis 50 ans, nos domaines d'intervention ont évolué. Nous sommes partis de l'évaluation des aléas à l'évaluation des risques. Dans les années 90, les pouvoirs publics et le grand public ont pris conscience de l'intérêt de la prévention. A partir de ce moment-là, notre politique a changé. Nous avons introduit l'aspect prévention dans nos travaux. Elle est devenue l'axe majeur de nos activités.

-Les océans gagnent chaque année quelques centimètres sur la terre. Leurs assauts répétés grignotent inexorablement le littoral. Mais le BRGM est en alerte.

-Ce qu'il faut savoir, c'est qu'en France, il y a 25 % du littoral qui est en érosion. Il y a de plus en plus de gens qui y sont installés. De plus en plus d'infrastructures, d'activités. C'est un problème crucial. Il faut connaître de façon très précise cette érosion. Par des études historiques, comprendre ce qu'il s'est passé pour, après, faire des scénarios d'évolution. Actuellement, les grands problèmes qui se posent, c'est de savoir si on maintient le trait de côte, là où les enjeux sont forts et qu'on ne peut pas déplacer, ou si on recule. C'est reculer des routes, des habitations. Ce sont des enjeux très forts qui demandent des négociations et de fortes connaissances. Si on a des connaissances précises, on peut faire du bon travail.

-Prévoir, prévenir, anticiper. Ces 3 mots-clés sont au cœur des métiers du BRGM.

-On nous pose parfois des questions parfaitement bien cernées. Mais il faut parfois que l'on anticipe sur les besoins et que l'on démarre des programmes de recherche qui nous permettront de répondre le jour où les questions prendront une actualité brûlante. Parmi ces questions brûlantes que le BRGM a su anticiper figure celle du devenir de tout ce CO2 issu de l'industrie.

-En 1993, quand nous avons démarré les recherches, il y avait beaucoup d'interrogations. "Pourquoi vous voulez conduire des recherches sur ce thème ?" "Y a-t-il un réchauffement climatique ?" "Les recherches que vous menez ont-elles un sens ?" A l'époque, il y avait déjà suffisamment d'interrogations sur le fait que l'homme était sans doute en train de modifier le climat.

-Concrètement, que peut faire désormais le BRGM pour aider à la capture et au stockage géologique du CO2 ?

-Le BRGM, par sa connaissance de la géologie, a un rôle-clé à jouer. Pour, déjà, identifier les formations géologiques propices au stockage. Pour estimer les capacités de stockage de chaque site. Pour prédire, grâce à des modélisations, le devenir du CO2 dans ce sous-sol. Et pour aussi mettre en place des moyens de surveillance.

-En toute logique, le BRGM a été l'un des acteurs essentiels de la création du réseau européen CO2 GeoNet.

-Le réseau d'excellence européen CO2 GeoNet représente l'entité scientifique européenne de référence sur le stockage de CO2, qui regroupe actuellement 13 instituts de recherche sur 7 pays. Il a vraiment la vocation d'être la référence scientifique sur les questions de stockage de CO2 en appui aux pouvoirs publics, aux industriels et aux organismes de réglementation.

-La masse des informations collectées et diffusées par le BRGM était initialement destinée à la communauté scientifique. Ce n'est plus le cas.

-Progressivement, l'information a nécessité d'être partagée par une plus grande communauté. A partir de là, on a constitué non pas de l'information à l'échelle d'un individu, mais une connaissance partagée grâce aux nouvelles technologies. On a commencé à produire la cartographie sous forme numérique. En plus de la carte papier, on produisait des cartes par ordinateur. Nous avons commencé à diffuser cette information à un public de plus en plus large. Ce n'était plus quelque chose qui s'échangeait entre scientifiques. Cela permettait à d'autres acteurs extérieurs à la sphère des géologues et géoscientifiques, jusqu'au citoyen, de connaître et de comprendre cette information.

-Toutes les informations mises à la disposition de tous par le BRGM sur ses sites Internet et bases de données obéissent aux règles de l'interopérabilité.

-Les problématiques auxquelles la société est confrontée aujourd'hui sont des problématiques qui nécessitent de croiser de plus en plus d'informations. Il est nécessaire, pour croiser cette information, de l'échanger. Pour échanger, il faut se comprendre. INSPIRE est une directive européenne qui fixe des règles pour échanger de l'information entre des acteurs de domaines différents dont le domaine des géosciences.

-Mais face à toutes ces évolutions, à toutes ces adaptations scientifiques et technologiques, que reste-t-il du métier de géologue ?

-La seule différence que je peux peut-être souligner, c'est que moi, dans les années 60, j'ai pu débarquer dans un terrain pratiquement inconnu. Quand je cassais un caillou, je ne savais pas ce qu'il y avait dedans. Donc c'était l'aventure de la découverte. Si on y ajoute l'aventure du dépaysement et l'aventure humaine, on considère que le métier de géologue de terrain, c'est l'un des plus beaux métiers du monde.

-Il y a énormément de thèmes développés au BRGM. Quand on est dans un thème, c'est intéressant de se dire que, dans 10 ans, si on veut faire autre chose, on peut. C'est important d'avoir un travail qui nous plaît et un cadre de vie qui nous permet de nous épanouir.

-Au terme de 50 ans d'histoire, quelles sont les perspectives des géologues du BRGM ?

-Il faut que le BRGM, avec les autres services géologiques du reste du monde, soit capable de dire à la société : "Dans ce domaine, on dispose de tant de ressources sur la planète. "On en a pour tant d'années, avec les technologies. On doit faire telles et telles recherches." Cette vision globale est nécessaire. Un peu l'équivalent du GIEC, qui traite de l'atmosphère. De la même façon, on aurait besoin d'un GIER, un Groupement international pour l'étude des ressources pour donner en permanence aux politiques publiques une information fiable sur l'état des ressources et la possibilité de les utiliser dans le futur. Le BRGM est le service géologique national de la France. Mais nous travaillons aussi à la construction européenne. Les politiques, les citoyens y travaillent. Nous y travaillons nous aussi avec l'idée de structurer un service géologique européen. Service dans lequel le BRGM entend prendre toute sa place. Nous sommes fondateurs de l'association EuroGeoSurveys, qui réunit ces services géologiques européens. Nous préparons très activement le futur sur toutes ces grandes questions dont on vient de parler.

-Le BRGM a une vocation et une réputation d'expert mondial. Il lui appartiendra, demain encore, de mettre ses compétences au service de tous et d'accompagner les pays en voie de développement aux importantes ressources minérales.

-La mission actuelle du BRGM, c'est de conforter sa place de leader des services géologiques européens. pour apporter son soutien institutionnel notamment aux États africains pour une meilleure gouvernance de leurs ressources minérales face aux concentrations des entreprises minières internationales et du fort besoin qu'ont les États de maîtriser leurs ressources et de bien comprendre et valoriser les différents éléments qui les composent.

-L'un des objectifs que nous comptons assigner à notre école, c'est de contribuer à former des responsables dans les pays du Sud pour avoir des gens capables de négocier sur des bases solides avec les entreprises exploitant des ressources pour que le développement de ces ressources soit bénéficiaire pour les entreprises et les pays concernés. C'est un élément essentiel pour le futur.

-Pour relever les défis de l'avenir, le BRGM devra aussi continuer à cultiver les valeurs et les qualités qui ont fait sa force et sa notoriété.

-La 1ère valeur du BRGM, c'est la qualité. La qualité de ce qu'il fait, le sérieux des réponses qu'il apporte, la qualité scientifique qui nous permet d'être reconnus dans la communauté scientifique sur ce que nous faisons. La 2e qualité, c'est probablement la déontologie. Le fait d'organiser notre travail sans risquer, je dirais, d'être pris à contre-pied par des incompatibilités entre ce que nous faisons à droite et ce que nous faisons à gauche, et donc de faire en sorte que les personnes se voient assigner des tâches bien précises qui ne les mettent pas en porte-à-faux. La 3e qualité, c'est le travail en commun, la transversalité entre les équipes et notre capacité à mobiliser des compétences à différents endroits de la maison, au service de notre qualité.

-Cap sur ces 50 prochaines années et sur ces géosciences au service d'une Terre durable dont le BRGM devra rester un expert de référence.

-Tous nos documents portent la devise "géosciences pour une Terre durable". Nous y sommes, déjà. Nos métiers portent naturellement la thématique. Lorsque nous faisons de la géologie sur un trait de côte, que nous travaillons sur l'érosion maritime, en réalité, nous travaillons pour la projection dans l'avenir de ce que sera le littoral en termes de développement durable. Nous avons des compétences purement techniques sur l'évolution des matériaux, sur l'érosion, son intensité, etc. Nous ne sommes pas non plus passifs. Nous faisons des préconisations sur la manière d'éviter ça. On est acteurs du développement durable. Prenez l'exemple du lithium qui a fait beaucoup parler de lui. C'est typiquement une ressource minérale qui sert au développement durable, puisque c'est avec cette ressource que l'on va développer des batteries d'automobile propres. Nous allons vers une société moins carbonée, orientée vers les thèmes du développement durable. Le BRGM ira vers cela comme les autres acteurs, me semble-t-il.

BRGM - 3 avenue Claude-Guillemin - BP 36009 45060 Orléans Cedex 2 - France Tél. : +33 (0)2 38 64 34 34