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Cascade en Martinique (Proche de la Cascade et la Source Didier, Martinique, 2012). © BRGM - Mathilde Senergues

Évaluation de la vulnérabilité du réseau d’eau potable de la Martinique aux glissements de terrain

07.10.2014
L’analyse de la vulnérabilité du réseau d’alimentation en eau potable de la Martinique vis-à-vis des glissements de terrain, pour prévenir un événement aussi catastrophique que celui qui avait paralysé l’alimentation d’une partie de l’île en 2009, est un enjeu important. Cette évaluation prend en compte conjointement l’aléa glissement de terrain, la vulnérabilité du réseau et l’importance des enjeux concernés.

Les critères de vulnérabilité du réseau AEP martiniquais et les fonctions d’endommagement associées ont été identifiés en concertation forte avec les gestionnaires et exploitants des réseaux. Ainsi, les trois paramètres qui influencent la vulnérabilité du réseau AEP, et donc l’importance des dommages engendrés par une rupture, sont la vulnérabilité physique, la vulnérabilité fonctionnelle et le temps de restauration de la fonction de distribution d’eau. La carte de risque produite présente les secteurs sensibles et indique les facteurs de vulnérabilité en chaque point du réseau.

Contexte de réalisation

En mai 2009, sur la commune du Lorrain en Martinique, un glissement de terrain a entraîné la rupture d’une canalisation structurante d’adduction d’eau. Elle alimentait en eau 100 000 personnes, réparties sur 12 communes. L’approvisionnement a été totalement interrompu pendant plusieurs jours dans certains secteurs, et jusqu’à 3 semaines dans la commune de Trinité. Cet événement exceptionnel a incité la DEAL à engager une réflexion sur la vulnérabilité du réseau AEP au phénomène de glissement de terrain. Une convention de recherche et développement partagé a été signée entre la DEAL Martinique et le BRGM, le 19 septembre 2011.

Objectifs

L’objectif est de hiérarchiser le risque de rupture des canalisations à l’échelle de l’île, de manière à dégager les tronçons de canalisation les plus exposés vis-à-vis de dommages éventuels, pour pouvoir prendre des mesures préventives adaptées.

Estimation du risque de perte de la distribution d’eau potable entrainé par un glissement de terrain

Estimation du risque de perte de la distribution d’eau potable entrainé par un glissement de terrain. © BRGM

Programme de travaux

L’étude de risque a concerné le réseau d’adduction jusqu'au niveau du dernier réservoir. Son évaluation a résulté de la prise en compte conjointe de l’aléa glissement de terrain, de la vulnérabilité du réseau et de l’importance des enjeux concernés.

La constitution d’un Système d’information Géographique (SIG) du réseau AEP à l’échelle de l’île, par collecte et harmonisation des données des exploitants, a constitué l’étape préliminaire.

Un fort accent a été mis sur la consultation des acteurs, dont les 7 maîtres d’ouvrages du réseau martiniquais et, par leur intermédiaire, des exploitants de chaque réseau. Cette consultation a notamment permis d’identifier les critères de vulnérabilité du réseau AEP martiniquais et les fonctions d’endommagement associées.

Ainsi, les trois paramètres qui influencent la vulnérabilité du réseau AEP, et donc l’importance des dommages engendrés par une rupture, sont :

  • la vulnérabilité physique du réseau, qui correspond à la capacité plus ou moins grande de résistance à la rupture d’une canalisation sous la sollicitation d’un glissement de terrain. Cette notion, intégrant les critères physiques tels que matériau constitutif, le type de joint ou le diamètre de conduite notamment, a été abordée grâce aux retours d’expérience des syndicats et des exploitants. L’approche quantitative s’est appuyée sur les travaux développés pour le risque sismique, notamment au travers du programme européen RISK-UE ;
  • les temps de restauration ou la capacité de retour à la normale : d’après les échanges, le facteur le plus pénalisant en Martinique serait l’accessibilité foncière des parcelles traversées par le réseau. Sur cette base, les lois probabilistes de distribution des temps de retour à la normale, utilisées dans le cas de séismes pour les coupures spécifiques de réseaux AEP, ont été adaptées au risque de glissement de terrain et au contexte martiniquais ;
  • la vulnérabilité fonctionnelle du réseau, soit la qualification de l’inter-dépendance des portions de canalisation pour l’alimentation des réservoirs, donc des populations desservies. Les matrices de dépendance ont été élaborées à partir de l’interprétation des synoptiques de chaque réseau et en intégrant l’existence d’interconnexions liées au maillage du réseau en cas de crise.

Résultats obtenus

La carte de risque obtenue représente, en tout point du réseau d’AEP, le risque de perte de la distribution d’eau suite à un glissement de terrain, quantifiée en m3/j. Cette carte tient compte des trois critères de vulnérabilité : vulnérabilité physique, vulnérabilité fonctionnelle et temps de restauration. Cette carte permet la priorisation d’actions à entreprendre, à l’échelle de l’île et à l’échelle de chaque syndicat. Elle ouvre des perspectives méthodologiques sur la prise en compte d’autres aléas susceptibles d’affecter également la distribution d’eau potable et sur la pertinence d’intégrer la dimension économique dans l’évaluation de la vulnérabilité des réseaux, perspective d’un grand intérêt en particulier au moment de planifier de nouveaux investissements publics.

Dans l’immédiat, la carte ainsi produite permet de dégager les secteurs sensibles d’une part et, d’autre part, de connaitre les facteurs de vulnérabilité en chaque point du réseau. L’identification de ces facteurs constitue ensuite une aide pour identifier les mesures de réduction des risques les plus adaptées :

  • sur les tronçons dont le fort niveau de risque est essentiellement lié à la vulnérabilité fonctionnelle, les interconnexions ou les forages de secours en eau souterraine permettront de limiter les temps de privation d'eau ;
  • sur les tronçons où le fort niveau de risque est essentiellement lié aux temps de restauration, la mise en place de servitudes sur des parcelles privées permettra de limiter les temps de privation d'eau ;
  • sur les tronçons dont le fort niveau de risque est lié à la vulnérabilité physique au glissement de terrain, les mesures doivent viser à réduire l’aléa ou à renforcer la résistance physique de la canalisation.

PARTENAIRES

  • DEAL Martinique
BRGM - 3 avenue Claude-Guillemin - BP 36009 45060 Orléans Cedex 2 - France Tél. : +33 (0)2 38 64 34 34