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Le lac de Serre-Ponçon dans les Hautes-Alpes (France, 2001). © BRGM - François Michel

Coopération transfrontalière du suivi d’une masse d’eau franco italienne : la Roya à Vintimille

14.10.2014
La Roya est un fleuve qui prend sa source en France dans les Alpes Maritimes et qui se jette à Vintimille en Italie dans la Méditerranée. Elle constitue la principale ressource du littoral français de Menton à Monaco ainsi que de la Province d’Imperia (350 000 personnes sont concernées par cette ressource en eau qui est en territoire italien et exploitée conjointement par les français et les italiens).

La nécessité d’accéder aux données permettant le suivi de la nappe et de mettre en place les outils pour une gouvernance partagée de la ressource a conduit à la signature d’un protocole transfrontalier en octobre 2013 rassemblant l’ensemble des acteurs concernés : états français et italien, département et province, communes, agence de l’eau, EdF, Tirreno Power, BRGM.

L’ensemble des actions menées (EUR-EAU-PA) l’ont été dans le cadre du projet Interreg franco-italien Alcotra.

Contexte

Le projet EUR-EAU-PA fait suite à deux autres projets transfrontaliers, Eurobassin et RiskNat,  qui ont eu pour objet l’étude des risques naturels (inondations et mouvements de terrain) sur le bassin franco-italien de la Roya, l’évaluation sommaire de la ressource en eau et l’analyse des risques de pollution de cette ressource.

Des analyses ont été menées sur l’ensemble du bassin et des données géologiques ont montré que les apports et les consommations sont globalement en équilibre mais qu’il pourrait être fragile lors de la saison sèche (en été).

La nappe de la Roya est vulnérable. Les alluvions qui la constituent sont en effet relativement grossières et une pollution s’y diffuserait rapidement. Le fleuve est longé par une route internationale et plusieurs sites industriels la bordent. Les exploitants des puits, en particulier Vintimille et Menton ne disposent pas d’infrastructures de stockage de l’eau et toute interruption des pompages entraine à brève échéance la coupure de l’eau distribuée.

Enfin, les risques de submersion des puits représentent également un facteur d’interruption de leur exploitation en cas d’inondation.

La Roya à Vintimille

La Roya à Vintimille. © BRGM

Objectifs et methodologie

A la lumière de ces constats, le projet s’articule autour de quatre axes :

  • la connaissance de l’ensemble de la nappe jusqu’à l’embouchure ;
  • le développement du cadre du partenariat franco-italien afin de gérer la ressource hydrique et globalement le bassin ;
  • la préparation de la gestion des crises (inondation, sécheresse ou pollution) qui sera nécessairement transfrontalière,
  • la poursuite des travaux sur les mouvements de terrain en ciblant plus particulièrement les affaissements liés au gypse.

Programme des travaux

Concernant la connaissance de la nappe d’eau, des sondages ont été réalisés tout le long du cours du fleuve. Il apparaît que les puits sont situés dans un bassin de profondeur importante (environ 60 mètres) ce qui peut permettre de les protéger en cas de sécheresse. L’embouchure est protégée par un verrou rocheux ce qui évite actuellement la pollution de la nappe par la mer.

L’installation de radars et de piézomètres permet de fournir des données en temps réel en France et en Italie sur la zone des puits et permettra de préciser les connaissances sur les échanges nappe-rivière.

Afin de pérenniser au mieux la collecte et l’usage des données sur la ressource en eau et sur les risques dans la vallée de la Roya, un protocole franco-italien a été rédigé. Ce document établit un Comité permanent de coordination dont font partie les opérateurs italiens et français. Les signataires de ce protocole sont actuellement, l’État français et l’État italien (préfectures), les collectivités territoriales (région Ligure, Province d’Imperia, Conseil Général 06 et communes du bassin ainsi que Menton et CARF, les établissements impliqués sur le territoire : exploitants des puits, EdF et Tirreno Power, l’Agence de l’Eau, le Parc du Mercantour et le BRGM.

La préparation à la gestion des crises a permis d’identifier les acteurs et leurs rôles de réaliser un vademecum qui devrait à terme donner  lieu à la réalisation de plans et d’exercices.

Le risque de dissolution des dépôts de gypse : Un atelier de terrain a eu pour objectif l’évaluation et la prise en compte des risques de mouvements de terrain liés à la présence de gypse entrainant des phénomènes d’érosion, de glissement et d’effondrement.

Modèle 3D de la nappe au niveau des puits

Modèle 3D de la nappe au niveau des puits.

Résultats

Les données acquises dans le cadre de ce projet sont consultables via un webGis dédié à la nappe de la Roya.

La signature du protocole va permettre de poursuivre le développement d’actions transfrontalières impliquant la gestion de la ressource hydrologique mais aussi le territoire du bassin en amont et en aval, dans les zones de montagne comme sur le littoral.

Les résultats des travaux confirment que la ressource en eau est stratégique et demande une gestion pertinente. 350 000 personnes utilisent cette ressource difficilement remplaçable et vulnérable à une pollution accidentelle, aux inondations et à la sécheresse. La mise en œuvre des préconisations demande une coordination transfrontalière complexe. Les actions à mener dans les différents scénarios (quantité d’eau insuffisante ou pollution) ont été analysées de façon à ce que le rôle des acteurs impliqués soit clairement défini.

Il reste cependant à disposer de données suffisantes en période de crise. Il sera également nécessaire de réaliser des exercices afin de tester les procédures identifiées.

Ce projet est l’une des premières initiatives de gestion transfrontalière amont/aval d’une ressource en eau.

PARTENAIRES

  • FEDER ALCOTRA
  • Ville de Menton
  • Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse
BRGM - 3 avenue Claude-Guillemin - BP 36009 45060 Orléans Cedex 2 - France Tél. : +33 (0)2 38 64 34 34