Haïti : de la connaissance de l'aléa à la réduction du risque sismique

Sur l'île d'Hispaniola, en particulier depuis le séisme de 2010 à Port-au-Prince, le BRGM conduit de nombreux travaux (sur financements Banque mondiale, Fonds pour la reconstruction d'Haïti, PNUD, Union Européenne...) visant à une meilleure évaluation et maîtrise du risque sismique à différentes échelles.
29 août 2017
Destructions causées à Port-au-Prince par le séisme du 12 janvier 2010

Destructions causées à Port-au-Prince par le séisme du 12 janvier 2010. 

© BRGM - J.-P. Rançon 

Le BRGM est très impliqué en Haïti et en République Dominicaine dans des projets d’envergure portant sur les risques naturels. 

L’expérience et les méthodologies développées dans les îles françaises des Antilles ont permis au BRGM de s'engager auprès des acteurs institutionnels dans une logique de coopération et de transfert de compétences au bénéfice des scientifiques locaux.

Concernant l'aléa sismique, le BRGM a commencé par actualiser les connaissances sur la géodynamique du nord de la Caraïbe et le système de failles impliquant les plaques caraïbe et nord-américaine. En vérifiant et réinterprétant les archives sur les séismes historiques, le BRGM a pu corriger certaines erreurs et recalculer l'aléa sismique régional à partir de données plus fiables, afin d'obtenir des estimations réalistes. Cela a par exemple abouti à des niveaux d’aléa légèrement plus élevés que les valeurs préconisées par le Règlement parasismique dominicain en vigueur.

C'est sur cette base qu'ont été calculées des valeurs d'accélération plus localisées, à partir desquelles le BRGM a pu établir un zonage précis de l’aléa sismique (microzonage) sur les secteurs étudiés.  

Étude d’un affleurement rocheux dans une ravine

Étude d’un affleurement rocheux dans une ravine (Haïti). 

© BRGM 

Microzonages et scénarios de dommages 

Deux programmes de microzonage sismique ont découlé de cette démarche. En Haïti, cinq villes ont été étudiées entre 2011 et 2015, dont la partie métropolitaine de la capitale Port-au-Prince. Il s'agissait d'identifier les zones où des effets de site importants peuvent survenir en fonction du relief et de la géologie, ainsi que les terrains soumis au phénomène de liquéfaction, afin de catégoriser l'espace urbain par secteurs géologiques et/ou topographiques homogènes en fonction de leur niveau de danger.

Entre 2014 et 2016, des investigations similaires ont été conduites en République Dominicaine. À Santo Domingo et Santiago de los Caballeros, plusieurs secteurs sont très exposés à l’amplification des vibrations sismiques. Leur identification est déterminante pour actualiser le règlement parasismique, adapter la politique d'aménagement ou mieux reconstruire des espaces détruits.

Combinant les informations sur l’agression sismique et la vulnérabilité des bâtiments, le BRGM élabore également des scénarios de risque afin d’estimer les dommages potentiels d'un séisme d’une magnitude donnée. Ce fut le cas dans le centre historique de Santo Domingo, riche en monuments anciens vulnérables, où il a pu être montré qu'un fort séisme rendrait beaucoup de bâtiments inhabitables avec de nombreux sans-abris. 

Cette expertise peut "descendre" à l'échelle d’infrastructures particulières. Le BRGM a diagnostiqué des bâtiments stratégiques en Haïti et préconisé des solutions de protection et de renforcement du bâti pour assurer une plus grande stabilité et réduire la vulnérabilité.

Dispositif d’acquisition géophysique MASW déployé en Haïti et en République Dominicaine

Dispositif d’acquisition géophysique MASW déployé en Haïti et en République Dominicaine. 

© BRGM 

Un atlas des menaces naturelles d’Haïti

Un atlas des menaces naturelles d’Haïti, édité par la Banque mondiale, a par ailleurs été réalisé. 

Plusieurs de ces opérations se sont achevées en 2016. Le BRGM poursuit son activité en Haïti, avec, entre autres, une étude pilote de renforcement parasismique de trois lycées et l’élaboration de deux Plans de réduction des risques urbains (PRRU).