Depuis 2018, la falaise de Bonifacio a fait l’objet d’une étude alliant mesures de déplacement et investigations géophysiques et géotechniques afin de définir un modèle géologique et géomécanique. Elle a permis de préciser le niveau d’aléa et de définir les scenarios de rupture potentielle ainsi que d’émettre des propositions de gestion du risque associé.
20 octobre 2021
Pilier de la citadelle, haute ville (Bonifacio, 2019).

Pilier de la citadelle, haute ville (Bonifacio, 2019). 

© BRGM - B. Vignerot

Le besoin

Un secteur de la Citadelle de Bonifacio est affecté par un aléa de type "effondrement en masse" de niveau très élevé. Il correspond à une partie de la falaise présentant un surplomb de 20 mètres, impliquant plus de trente bâtiments. A la demande de la DDTM de Corse-du-Sud, une étude d’évaluation localisée de l’aléa a été réalisée conjointement par le BRGM, le Cerema et l’Ineris, afin de préciser le risque d’effondrement imminent.

Les résultats

Le programme d’amélioration de la connaissance développé dans le cadre de cette étude aura permis de débuter une phase d’observation et de caractériser la géométrie de la falaise et ses forçages environnementaux et anthropiques. Un modèle global a pu être défini intégrant les hypothèses suivantes :

  • lithologie à 4 faciès dont les paramètres géomécaniques ont été caractérisés au cours d’essais en laboratoire ;
  • fracturation arrière N110° mise en évidence en paroi dans les faciès 1 à 3 et en forage (auscultation et géophysique), mais non visible en surface ;
  • fracturation conjuguée N20° non clairement identifiée en paroi, famille peu exprimée dans le secteur. Des hypothèses défavorables de présence et d’ouverture de ces fractures sont ajoutées et conditionnent les scenarios d’éboulement ;
  • pas de mise en charge de la fracture N110° ni des potentielles fractures N20° dans les trois premiers faciès ;
  • recul du pied de falaise inéluctable mais suivant une vitesse probablement limitée, qui reste à caractériser finement pour évaluer le recul nécessaire impliquant une déstabilisation du système.

Trois hypothèses de position de fracture N20° permettent de bâtir un modèle de stabilité géométrique délimitant trois volumes avec une rupture au niveau du rentrant maximal de la falaise. Le surplomb de la Citadelle est stable si l’on ne considère que la seule fracture N110°E. Sa combinaison avec la N20°E engendre des situations d’instabilité dans la seule position où elle a été observée (N20min) et si elle est continue dans tout le massif. L’aléa d’éboulement rocheux est considéré pour les trois scenarios de rupture envisagés, apportant chacun un niveau de risque, en fonction des enjeux, et des mesures de gestion préconisées.

Cartographie de l’aléa, haute ville (Bonifacio, 2021).

Cartographie de l’aléa, haute ville (Bonifacio, 2021).

© BRGM

L’utilisation

Le péril d’effondrement imminent a été levé, l’aléa a été requalifié sur l’ensemble de la zone d’étude et des recommandations en terme de gestion du risque ont été formulées. Elles visent à la réduction des enjeux humains, temporaires ou permanents selon les secteurs, à la réduction de l’aléa par des mesures de protection vis-à-vis des forçages hydrogéologiques, météorologiques et marins, et par la mise en place d’un protocole de vigilance par la collectivité dans le plan de gestion du risque de la ville.

Les partenaires

  • DDTM et Préfecture de Corse-du-Sud
  • Ineris, Cerema
  • Azur Drones, Hydrogéotechnique Sud-Est
Pilier de la citadelle, haute ville (Bonifacio, 2019).

Cette étude était indispensable pour savoir quelles mesures de gestion envisager. Grâce à ses conclusions, un travail s’engage avec la mairie en vue d’aboutir, en priorité, à l’acquisition des bâtiments identifiés en risque fort et au recul d’un parapet sur la place du marché. Elle va maintenant être élargie à l’ensemble du secteur en surplomb comportant des bâtiments, en vue de la rédaction du plan de prévention des risques.

Pierre Portalier, adjoint au chef de l’unité risque de la DDTM de Corse du Sud