Littoral : surveiller l’érosion et gérer le trait de côte

Très impliqué dans la connaissance et gestion des risques côtiers dans le contexte du changement climatique, le BRGM mène des actions de recherche et d’expertise et intervient dans le suivi du trait de côte au travers d’Observatoires du littoral en Métropole et Outre-mer.
25 février 2019

Entre mer et terre

Environ 27% des côtes françaises métropolitaines sont en érosion. La vulnérabilité de ces zones, qui s’accroît au fil du temps, est devenue particulièrement importante ces dernières années.

Avec une partie croissante de la population française et mondiale, qui vit sur le littoral ou à moins de 25 km, de nouvelles problématiques se posent. Pas simplement des problèmes d’érosion, de recul des côtes, mais aussi des questions sociétales majeures. C’est ce qu’étudient des dizaines de chercheurs d’organismes différents, dont le CNRS, le BRGM, le CNES et le SHOM. A l'aide d'outils et d'approches complémentaires, ils tentent de caractériser et de comprendre les mécanismes qui régissent l’évolution de la limite territoriale qu'est le trait de côte, observée sur le long terme. Devant les risques et les enjeux actuels, les chercheurs échangent avec les élus et la population pour trouver la réponse la mieux adaptée à la complexité des phénomènes et à leurs particularités locales.

© CNRS Images et BRGM

Le littoral évolue de manière naturelle depuis toujours, mais l'homme en prend une conscience aigüe depuis peu. Environ 27% des côtes françaises métropolitaines sont en érosion. On en parle de plus en plus car la vulnérabilité de ces zones s'accroît au cours du temps et elle est devenue particulièrement importante ces dernières années. Avec une partie de plus en plus importante de la population française et mondiale qui vit sur le littoral ou à moins de 25 km, de nouvelles problématiques se posent. Pas simplement des problèmes d'érosion, de recul des côtes, mais aussi des questions sociétales majeures. 

Ce lieu de vie est aussi un lieu sur lequel l'ensemble de ce qui s'y déroule, l'interaction entre les vagues, le continent, le trait de côte, les organismes qui y vivent et l'être humain parmi ces organismes, fait que c'est un milieu très compliqué. L'évolution de la nature ne se fait pas toujours sur la même échelle que l'évolution de l'homme même si on peut déjà appréhender l'effet du changement global à des endroits. Pour comprendre les mécanismes qui régissent l'évolution du trait de côte sur le long terme, il faut pouvoir l'observer sur le long terme. 

Quand on parle d'un littoral français, on parle de différents types d'environnements littoraux. Ces différents types d'environnement sont, si on doit simplifier, trois. Vous allez avoir les estuaires, embouchures. Vous allez avoir les falaises. Et vous allez avoir les plages de sable. On voit bien que la morphologie de ces différents environnements est extrêmement différente. Donc, les processus qui sont à l'origine de leur évolution, de leur érosion, vont également être différents donc les outils et méthodes qui vont nous permettre de caractériser, de comprendre l'évolution de ces littoraux vont être différents et vont nécessiter des approches complémentaires. Qu'est-ce c'est que le trait de côte ? Vous avez pas une définition du trait de côte mais plusieurs définitions. Une falaise, c'est simple. On prend le trait de côte au sommet de la falaise, au bas de la falaise ? Un environnement sableux, est-ce qu'on va faire une définition purement géométrique ? C'est la limite de montée des eaux. Est-ce qu'on va prendre une limite due à la végétation ? On voit qu'il y a plusieurs possibilités de définition d'un trait de côte. Le problème n'est pas forcément là. Le problème est de définir un trait de côte qu'on va mesurer de façon pérenne dans le temps. Lorsqu'il faut fusionner la totalité de ces différents traits de côte pour avoir une couverture homogène à l'échelle de la France, ça pose un problème. 

Bien qu'il y ait une extrême mobilité du littoral, il faut essayer de fixer sur des cartes le trait de côte, cette limite territoriale. C'est un travail que font en partenariat le SHOM, le Service Hydrographique et Océanographique de la Marine, et l'IGN, l'Institut Géographique National. Là, à l'écran, on a l'ensemble du Finistère qui apparaît. En noir, on a le trait de côte. On a une illustration de la cartographie précise du littoral que donne Litto3D. 

Qu'est-ce que Litto3D ? C'est le projet qui vise à établir le modèle altimétrique continu terre-mer, donc à établir une donnée géographique de référence sur tout le littoral français et outre-mer. On va pouvoir définir, finalement, un trait de côte et derrière, ça a une importance légale. C'est effectivement ces limites qui vont permettre de définir les eaux territoriales ou la zone économique exclusive française. 

Le trait de côte est positionné de manière différente si on le mesure sur une échelle de temps longue ou à l'instant présent. 

Ce qu'on voit, sur cette plage, c'est la position du trait de côte à différents moments. On a la position du trait de côte actuellement, au niveau du jet de rive. C'est le petit bourrelet sableux qui oscille le long de la plage. Il est en formation. Il est en train de se construire. Et il marque la position, sur quelques heures, du trait de côte actuellement. Si on regarde un peu plus haut, c'est-à-dire au niveau de mes pieds et le long de la morphologie qui oscille le long de la côte, on a là exactement la même chose qu'en bas, mais qui correspond à un niveau de l'eau plus élevé, typiquement pendant une tempête qui a eu lieu il y a quelques jours ou quelques semaines. C'est un autre trait de côte qui était marqué par un autre jet de rive. Et si vous montez plus haut encore le long de la plage, vous retrouvez le haut de plage avec une laisse de mer où on voit du bois, des végétaux accumulés qui sont déposés pendant les événements paroxysmaux, très forts. Si le niveau monte au-delà du point le plus haut de la plage, celui qui est marqué par le dernier trait de côte, alors, on a véritablement le mécanisme de submersion. Ce qui est typique dans ce système, c'est que le trait de côte le plus bas, le bourrelet à mes pieds correspondent à des mécanismes de construction. Vous avez accumulé du sable. Ce que vous avez en haut, c'est la marque de la destruction totale de la plage. Au moment où l'eau a été positionnée en haut de plage, l'ensemble de ce système sableux était au large. Il est revenu s'installer pendant les périodes de beau temps. 

Si on est sur ce site, c'est parce qu'il y a une dynamique du trait de côte extrêmement rapide. Le trait de côte, pour nous, c'est la limite entre le pied de dune et la plage. C'est un indicateur que l'on suit. Il est pratique parce qu'avec cette rupture de pente topographique, on peut l'observer facilement et on le retrouve facilement sur les photographies anciennes, ce qui nous permet d'avoir une évolution du trait de côte de ce site sur quelques années voire plusieurs décennies. Ce qui est très particulier, c'est qu'on a juste devant nous un chenal relativement profond qui évolue très vite avec des taux d'érosion, d'évolution qui peuvent atteindre 20-25 m par an. C'est ce qu'on a connu l'hiver dernier, en 2013-2014, avec une succession de tempêtes qui étaient extraordinaires. Le trait de côte a reculé de plus d'une vingtaine de mètres ici. Et la plage s'est abaissée de 2 à 2,50 m juste après l'hiver. Donc, des modifications très importantes du milieu et des conséquences lourdes pour les aménagements en retrait. Par rapport à l'érosion, on peut voir que sur la plage qui aujourd'hui est particulièrement en érosion, il y a des paléosols qui apparaissent à l'affleurement. "Paléo", ça veut dire ancien. Ce sont des sols anciens qui témoignent d'une forêt ancienne. Ces argiles, ou cette tourbe que l'on voit sur la plage, ont plusieurs milliers d'années ou plusieurs centaines d'années suivant les sites. C'est quand même le témoignage que ce milieu est mobile. La morale de l'histoire, c'est qu'aujourd'hui, on est en érosion, mais on avait réussi à reconstituer une dune à une certaine période que l'on reperd aujourd'hui. Et on a un petit peu oublié cette très grande mobilité du littoral et le témoignage que l'on a aujourd'hui sous nos yeux rappelle cette mobilité. 

Les falaises constituent un second type majeur de littoral. Et contrairement aux plages qui peuvent avancer et reculer, les falaises, elles, ne font que reculer. Et ce recul sera d'autant plus rapide que les matériaux qui constituent ces abrupts seront des matériaux peu résistants. L'érosion des falaises est liée à une combinaison de facteurs : aussi bien l'action agressive des vagues au pied de la falaise, mais aussi des processus que l'on appelle "subaériens continentaux", c'est-à-dire l'alternance gel/dégel, les ruissellements, les infiltrations, l'appel au vide, la gravité qui fait que les abrupts peuvent s'effondrer. C'est la combinaison de tous ces facteurs qui explique le recul des falaises. Lorsqu'une falaise s'effondre, puisqu'il y a des silex à l'intérieur, la craie est très vite dissoute. Ne restent que les silex qui, roulés par la mer, vont devenir les fameux galets qu'on entend. Ces galets vont protéger le débouché des vallées contre les submersions marines et parfois le pied des falaises. Le littoral de Haute-Normandie est donc constitué de craie, mais depuis le cap d'Antifer ou Étretat jusqu'à la baie de Somme, nous n'avons pas précisément les mêmes craies. C'est la raison pour laquelle nous avons des profils de falaises différents et surtout, des vitesses d'évolution différentes. À Étretat, la base de la falaise est un peu plus résistante, un peu plus cristallisée ce qui fait qu'on a des vitesses de recul qui, à l'échelle humaine, sont très faibles. En revanche, ici, au cap d'Ailly, à proximité de Dieppe ou à Criel, nous avons des falaises constituées de craies moins résistantes et nous avons des vitesses de recul qui atteignent 20, 30, 40 cm par an, ce qui est quand même considérable. Et vous pouvez aussi avoir des falaises constituées de granit ou de roches métamorphiques qui sont des falaises extrêmement résistantes et qui, à l'échelle humaine, ne vont pas bouger. Ou au contraire, des falaises qui sont constituées d'argile comme aux Vaches Noires, qui vont connaître des phénomènes de glissement très importants et des vitesses de recul extrêmement importantes. 

Dans les années 70, l'homme a décidé que le trait de côte serait là, maintenant. Et pour figer, fixer ce trait de côte, il a construit différents types d'ouvrages : digues, épis, enrochements, etc. Or, ces ouvrages ont le plus souvent une implication sur le fonctionnement morpho-sédimentaire des plages, comme le montre le cas de la jetée du Curnic, sur la plage du Vougot, à Guissény. 

Cette jetée a été construite en 1974 pour protéger une aire de mouillage dans laquelle, l'été, on a une cinquantaine de bateaux qui mouillent. On peut sans difficulté voir que cet ouvrage est redoutablement surdimensionné au regard de la fonction qu'elle est censée remplir. Quoi qu'il en soit, elle protège cette petite anse et pour les usagers qui sont regroupés en association, donc, des plaisanciers, il est hors de question de retirer cette digue. 

Mais cette digue a une implication directe : dès sa construction, elle a coupé le transit sédimentaire entre la plage protégée et la plage du Vougot, située de l'autre côté. Ainsi, dès la fin des années 70, cette dernière, n'étant plus alimentée en sable, a commencé à s'éroder. Pour limiter cette érosion, un enrochement a été installé en pied de dune après l'hiver tempétueux 89-90. 

Lorsqu'on regarde cet enrochement, force est de constater que la dune est complètement déconnectée de l'enrochement. On a à peu près une dizaine à une douzaine de mètres de recul. Cet enrochement a été très mal fait, très mal dimensionné puisque très rapidement, il a été contourné. Il a été submergé. Aujourd'hui, il ne sert absolument plus à rien. Et de toute manière, l'argent qui a été dépensé à l'époque n'a pas servi à grand-chose puisqu'il n'a pas protégé cette dune. Donc, sa vocation première n'a pas du tout été remplie. 

Tous les ouvrages ont un impact. Ils ont un impact positif, c'est ce qui est attendu d'eux. La plupart du temps, un ouvrage longitudinal a comme fonction de fixer le trait de côte. Et la plupart réussissent ce travail-là à courte échelle de temps. Ils fixent le trait de côte. En ça, il répond positivement au besoin. Mais chaque ouvrage a également un effet négatif, qui n'est pas souhaité. Et ces enrochements, plus ils sont lourds, massifs, et plus cet effet négatif est fort. Quand les vagues viennent taper contre l'ouvrage et qu'elles repartent, elles transportent vers le large plus de sable qu'elles n'en amènent à la côte. Donc, ça génère une érosion. 

Les épis ont été installés dans les années 70. Il y avait des inconvénients aux épis. Ils bloquaient le sable du côté sud. Donc, ils généraient une forme d'érosion à proximité directe. Donc, ça répondait que partiellement au problème. Donc, une autre forme de protection a été expérimentée depuis une quinzaine d'années, les brise-lames. Les brise-lames sont des enrochements qui sont déposés en mer de manière à casser le déferlement des vagues et à ce que le sable se dépose derrière. Quand on fait ce type d'enrochement, on s'attend à ce que le sable forme ce qu'on appelle un tombolo, une langue de sable qui vient de la plage se déposer jusqu'au contact du brise-lames. Mais là aussi, tout n'est pas que positif. Effectivement, ça stocke le sable derrière, mais on se rend compte que ça creuse entre les brise-lames et donc, ça reporte aussi l'érosion un petit peu à côté. Aujourd'hui, la solution qui est apportée pour préserver ce secteur où il y a des enjeux, des constructions, ce n'est pas uniquement ça. Des rechargements en sable sont réalisés chaque année avant l'été, à la période du printemps. Les rechargements sont plus pérennes, plus intéressants d'un point de vue de la dynamique car ils rétablissent un équilibre qui a été perturbé. Donc, il faut passer un peu d'une philosophie où on voulait protéger une fois pour toutes un littoral en érigeant des barrières à une philosophie de gestion au fur et à mesure, un petit peu comme on entretiendrait son jardin. 

Des environnements littoraux différents, des problématiques différentes. À Ault, en un siècle, la commune a perdu une rue à cause de l'effondrement de la falaise. Pour préserver la rue de St-Valéry, une autre rue un peu plus loin en bordure de corniche, une protection appelée casquette permet de consolider le bord de la falaise. En 1983, une digue faite d'enrochements appelée digue 83 a été construite en bordure de plage. Le coût très important des travaux a endetté la ville sur 30 ans. 

Cette digue 83 a porté ses fruits puisque ça a préservé une rue. Si on avait pas fait ces travaux, la mer serait dans les terres 20 à 30 m beaucoup plus loin. Donc, on se bat toujours contre les éléments de la mer pour préserver le littoral, pour préserver les maisons qui sont en bordure de mer. En ce qui concerne les galets, vous avez des phénomènes qui font que ça s'en va, ça revient... Ça, c'est un phénomène qui dure depuis toujours. On a des épis qui en retiennent une partie, mais avec les forces de la mer, ça s'en va quand même. Ça navigue. On est obligés d'en ramener pour constituer la digue. Moi, j'ai pas les moyens d'en ramener. Donc, je récolte ceux de la ville de Mers-les-Bains. Donc, je remercie mon collègue de m'envoyer ces galets. C'est lui qui les paie avec Le Tréport. 

Durant le siècle dernier, il a été prélevé environ 3 000 m³ par an de galets de la plage de Criel-sur-Mer pour participer à la construction d'une voie ferroviaire. Et on estime qu'environ 3 millions de mètres cubes ont été prélevés sur toute la côte, soit à peu près la moitié du stock de galets, pour l'industrie, pour la silice, pour la faïence, la poterie, les céramiques, etc. Et malgré la construction de plusieurs digues pour freiner le transit naturel de galets, il y a un réel déficit pour la protection naturelle des bas de falaises. 

Les travaux menés par les Hollandais ou les Japonais sur ces sujets-là ont montré que dès qu'on commençait à anthropiser un milieu, on mettait le doigt dans une sorte d'engrenage qui faisait que l'anthropisation s'autoalimentait et qu'on était obligés de protéger le milieu suivant. Et ainsi de suite. Et donc, il faut faire très attention sur l'environnement parce que les liens sont pas toujours connus entre une action à un endroit et ce qu'il peut se passer à plusieurs dizaines de kilomètres. 

On se trouve à Carry-le-Rouet, sur une commune à l'ouest de Marseille. On est sur des falaises oligocènes qui sont caractérisées par des niveaux de marne, de grès et de conglomérats. On est sur des formations plus récentes que les formations jurassiques et crétacés dans le massif des calanques. Ces formations se délitent de manière assez forte du fait de la circulation de l'eau, principalement, et des galets qui se disloquent de leur matrice. L'intérêt de ce site, c'est qu'il y a eu des événements très récents dont un notamment fin janvier. On voit encore la trace de l'événement. Donc là, il y a à peu près 60 à 80 m³ qui sont partis. Et autre chose d'important aussi sur ces faciès, c'est l'action de la mer en pied avec la création de sous-cavages, c'est-à-dire des genres de grottes au pied de la falaise accentuées par l'action de la houle, surtout quand on est face à des directions privilégiées de houle. La végétation peut jouer un rôle aussi dans la formation des éboulements, à la fois un rôle négatif si le système racinaire est trop important et la circulation de l'eau fait que finalement, les éboulements s'accélèrent, notamment en suivant les failles, tout ce qui est discontinuités dans la roche. Mais la végétation peut aussi, c'est ce qu'on essaye de démontrer dans certains travaux, avoir un rôle positif en plaquant des formations plus fines au sol avec justement un couvert végétal qui ralentit l'érosion. Donc là, ce qui a été fait, c'est que la commune a choisi de faire du béton projeté sur l'événement afin de bloquer son évolution. L'intérêt d'inventorier des événements comme ça régulièrement, c'est d'essayer de prévoir à différentes perspectives de temps les volumes qui pourront tomber. À cent, mille, dix mille ans. Et pour cela, on a différentes méthodologies. On a bien sûr le relevé régulier d'événements sur le littoral, comme celui qu'on vient de voir qui date de janvier 2015, mais aussi de nouvelles technologies qui permettent de scanner les falaises, de réaliser des modèles numériques de terrain à différentes périodes et de les comparer ensuite pour voir les pertes de matière. 

L'érosion des côtes n'est pas un problème nouveau puisque c'est un phénomène connu depuis plus de 200 ans. Les 1ers aménagements pour lutter contre l'érosion ont été faits notamment avec la plantation de la forêt des Landes. Un des objectifs était d'assainir la zone marécageuse et l'autre était d'essayer de freiner la migration naturelle des dunes littorales vers l'intérieur du continent. Certaines communes adoptent des techniques plus souples que les enrochements et le béton contre l'érosion. 

La particularité des plages sableuses, c'est que ce sont des environnements très dynamiques. Le sable offre que très peu de résistance à l'énergie des vagues. On a vraiment des plages qui vont réagir à l'échelle d'une marée. Ici, les seuls enjeux, effectivement, sur lesquels les élus sont sensibles, c'est :  "Est-ce que la dune va tenir ?" Puisque, si on regarde le niveau du village de Biscarosse-Plage, il est au même niveau que la plage. Donc, vraiment, ce qui évite que le village soit submergé par l'océan, c'est la présence de cette dune. Ici, on est dans des protections qu'on appelle douces. L'idée, c'est de planter des essences qui vont permettre de retenir le sable et de faire qu'il va être moins mobilisé pendant les périodes de vent. Il y a également des géotextiles qui ont été déployés à la base de la dune pour essayer de venir stabiliser sa base. Ces géotextiles, théoriquement, ils doivent être recouverts de sable. Ça a été le cas jusqu'en 2013. L'hiver dernier, des géotextiles ont été entièrement découverts par la force des vagues. 

Le littoral, c'est un lieu qu'on ne comprend que si on l'étudie à plusieurs. C'est un lieu sur lequel on sent bien qu'il faut faire de la physique, pour l'interaction entre les vagues et le littoral, la plage. Il faut faire de la biologie, pour étudier la façon dont les organismes, et l'être humain parmi eux, vit et transforme le littoral. Il faut faire de la géologie pour comprendre l'évolution sur le long terme, la façon dont se construit et se déconstruit le littoral. 

C'est pour cette raison que depuis quelques dizaines d'années, le CNRS est particulièrement impliqué sur ces problématiques pour essayer de mieux comprendre cette évolution du littoral. Alors, un des exemples de cette implication, c'est la création d'un service national d'observation de la dynamique du trait de côte et du littoral. Quel est l'objectif de ce service national ? Engranger des mesures et mieux comprendre les processus pour essayer de prévoir cette évolution du littoral dans les futures années. Concrètement, qu'est-ce qu'on fait quand on veut suivre le littoral ? Qu'est-ce qu'il faut mesurer ? La 1re mesure, c'est mesurer la topographie. La topographie, c'est l'évolution du relief. Il faut également mesurer le pendant de la topographie sous l'eau, c'est ce qu'on appelle la bathymétrie. Mais également mesure de ce qu'on appelle les forçages, les éléments qui vont provoquer l'évolution de ce littoral que sont les événements météo marins : les tempêtes, mais également les événements peut-être plus importants quand on travaille dans les DOM-TOM que sont les cyclones. Pour pouvoir suivre cette évolution du littoral, on est amenés à réaliser de façon récurrente et de façon la plus harmonisée possible, à l'échelle de toute la façade maritime française, ces paramètres-clé. 

Dans le cadre de l'Observatoire de la côte aquitaine, on a mis en place un réseau de bornes pour faire nos levés pour faire des suivis du trait de côte et pour faire des mesures le long de profils qui sont orientés perpendiculaires au trait de côte. On a des couples de bornes comme ça, matérialisées par des bornes jaunes. Il y en a une ici et il y en a une autre derrière moi dans la forêt. Ici, on est sur la G19. C'est la 19e borne en Gironde. On va du nord vers le sud. On a à peu près une cinquantaine de couples de bornes sur l'ensemble du littoral sableux aquitain. Et ça nous permet de positionner un GPS, ici, différentiel qui est précis au centimètre près. Au moins une fois par an, on fait ces relevés. Ce qui est intéressant, sur celle-ci, c'est que c'est sa 3e génération. La précédente était 15 m plus à l'ouest. Maintenant, sa position a disparu. Elle est dans le vide. On la fait reculer en sauts de puce en même temps que le littoral évolue. 

Nous sommes en train de réaliser des mesures de topographie. On a 2 stations GPS, un récepteur qui se trouve derrière moi qui est positionné sur une base connue. On connaît la position très précisément de cette station fixe. Et on a une base mobile qui se déplace maintenant en quad et qui va venir relever, à chaque date différente, la position du trait de côte, mais aussi toute la morphologie de la plage. Ce que vous voyez derrière moi, c'est la partie qui se trouve au nord de Port Barcarès et qui est affectée par une érosion chronique qui est liée à la position du port et de la jetée. Le sable se déplaçant sur cette côte catalane du sud vers le nord, toute cette partie-là se retrouve érodée, le sable venant se déplacer ici, où nous sommes actuellement. 

Du fait des faibles marées en Méditerranée, les mesures GPS sont effectuées à Port Barcarès 2 fois par an alors qu'à Biscarosse et dans les environs, les mesures GPS par quad sont effectuées tous les 15 jours à marée basse. Une fois la couverture de la plage effectuée, le tracé global s'affiche sur l'écran. Ces données retravaillées serviront à modéliser la morphologie de la plage. 

On a la chance en littoral d'avoir des processus qui se voient : le déferlement des vagues, on le voit, le trait de côte, on le voit. Donc, c'est observable par imagerie vidéo, ce qui nous permet de mesurer son évolution à différentes échelles, d'échelle journalière à saisonnière, interannuelle. Et le challenge, c'est de relier ces échelles. Comprendre l'impact d'une tempête, d'un événement extrême, sur le plus long terme. À Biscarosse, c'est un système vidéo qui est composé de 4 caméras, ce qui nous permet de suivre un linéaire côtier d'environ 2 km. On va suivre le trait de côte tous les quarts d'heure sur plusieurs années. Ça va nous permettre de reconstituer le profil de plage qui s'aplanit pendant les tempêtes et va se redresser ensuite. 

Les chercheurs vont également utiliser en complément les données satellite. 

Les données de SPOT-5 sont utilisées en effet pour étudier tous les phénomènes qui peuvent se produire à la surface des surfaces continentales. Et le trait de côte est un sujet qui peut être étudié par SPOT-5. Ça permet de bien observer, sur une bonne étendue, les zones littorales. Après SPOT-5, le CNES a enchaîné sur un autre type de satellite avec une résolution améliorée. Donc, on va avoir des détails plus fins. L'avantage de Pléiades, c'est que ce satellite agile peut aller faire des prises de vue latérales. Il peut aller voir sur les côtés ce qu'il se passe. Le suivi du trait de côte est également relié au niveau de la mer, bien sûr. Et au suivi du niveau de la mer. Là, on peut s'intéresser aux satellites altimétriques. Là, on a toute une palette de mesures, avec les Sentinelles, également, de suivi de cette dynamique du niveau des océans qui permet aussi de regarder les impacts sur les zones côtières. 

La nature des sédiments influe beaucoup sur la dynamique des plages. La taille de ces sédiments, leur quantité et la houle sont les principaux facteurs permettant de définir la forme d'une plage. 

Au SHOM, on réalise des prélèvements sur les plages comme par exemple ici, un échantillon qui a été prélevé aux abords du Pilat ou un échantillon ici qui vient de la plage de Biscarosse. Ces échantillons sont assez différents d'une plage à l'autre. On va avoir des caractéristiques des plages directement liées aux caractéristiques de ces sédiments. À partir des mesures qu'on peut avoir sur les houles et les mesures de sédimentologie qu'on fait ici, on va faire tourner des modèles afin de pouvoir prédire, après une tempête, quelles sont les caractéristiques de la plage en termes de hauteur, en termes de pente. Quand on a plusieurs tempêtes, on s'aperçoit que la plage a tendance à se mettre dans une configuration de réponse à la tempête. C'est-à-dire, les sables se mettent en conformité avec les houles. Donc, à la tempête suivante, la plage sera beaucoup plus résistante vis-à-vis de ces houles de tempête. Et donc, cette connaissance, une sorte d'apprentissage de la plage, des conditions hydrodynamiques, peut se faire par modélisation et peut être comparée à des mesures de terrain. 

On se trouve ici sur la plage de Porsmilin, à quelques kilomètres de Brest, pour observer l'érosion des plages. Donc, on utilise aujourd'hui une technique un peu particulière qui est l'imagerie aérienne en très haute résolution. On va pas utiliser le satellite, ni les avions, mais on va utiliser des petits drones avec des appareils photo embarqués qui nous permettent d'avoir une résolution de quelques centimètres par pixel. On va poser au sol, sur la plage, quelques cibles. Ces cibles, ce sont des assiettes rouges qui seront parfaitement identifiables sur la photo. 

Le principe, pour nous, c'est d'installer des cibles qui vont nous permettre de recaler notre modèle numérique de terrain. Là, nous les mesurons au GPS différentiel avec une précision de 1 ou 2 cm. 

Parfait, il y a personne. Allez, on est partis. Alors, 40 mètres... 54. 60. 73. Il est à 100 m, il est stable. C'est bien, c'est impec. On va sortir à peu près 200 ou 300 photos que l'on va recalculer après pour avoir ce qu'on appelle le modèle numérique de terrain, c'est-à-dire la cartographie en 3 dimensions. 

C'est grâce à cette carte en relief que d'une campagne à une autre, on peut estimer les bilans sédimentaires qui sont dus aux tempêtes, aux forçages climatiques. Sur cette image qui croise les relevés faits entre 2009 et 2015, on constate que la plage a gagné verticalement par endroits jusqu'à 2 m alors qu'elle a perdu à d'autres jusqu'à 2 m de sable. 

Ici, on étudie, sur ce site du Grand-Dellec, l'érosion de ses falaises. Elles sont très intéressantes parce qu'en termes de lithologie, de type de roches, on a une grande variété. Vous avez par exemple ici du mica schiste. Vous avez ici, que vous voyez en couche plus claire, de la diorite. Et puis tout derrière, vous avez les gneiss. Ces falaises sont très fracturées donc l'objectif, c'est de mieux comprendre comment s'effectue le recul sur ces falaises, en fonction de leur type de roche, mais également de la fracturation. C'est pour ça que nous avons le scanner laser terrestre. Autour de ce scanner laser terrestre, on dispose des cibles qui sont des petits objets blancs qui vont être réfléchis. Après, ces cibles sont géo-référencées à l'aide d'un tachéomètre. OK Marion, tu es sur la cible 12. Comment ça fonctionne ? C'est un faisceau lumineux qui est envoyé et qui va balayer de manière panoramique, 360 degrés. Et donc, par des levés successifs, c'est tous les 4-5 mois, on va pouvoir avoir une image de l'évolution de l'érosion des falaises, avoir des informations sur l'influence de la lithologie, mais également avoir des informations sur la fracturation, puisqu'on va pouvoir la percevoir et donc savoir quel est le rôle de cette fracturation dans l'érosion. 

Notre activité vise à suivre l'évolution de ce littoral qui, vous le savez, est en perpétuel changement, notamment suite à des grandes tempêtes, à des grandes marées ou les deux conjuguées. Et donc, pour bien suivre cette évolution, on s'est équipés, maintenant, au laboratoire, d'un LIDAR, un instrument particulier, un LIDAR aéroporté, qu'on embarque dans un avion, et qui sert à scanner le littoral avec un faisceau laser. L'objectif est de restituer la topographie, le relief du littoral. Des grandes zones, parfois, des très grandes zones. Et de pouvoir revenir régulièrement pour comparer les états successifs et en déduire une évolution. 

D'autres mesures sont effectuées, des mesures de la hauteur des vagues, de la puissance des courants, des mesures de marées. Les données des scanners laser terrestres sont aussi utilisées en complément de ce LIDAR topographique aéroporté qui émet dans la longueur d'onde rouge. 

Une autre gamme de lasers, nettement plus confidentielle, ce sont les lasers bathymétriques que nous utilisons au SHOM. Eux, ils ont une particularité, c'est qu'ils sont dans la longueur d'onde verte. Le signal lumineux va donc pouvoir pénétrer dans l'eau. On va obtenir un retour sur la surface, dans la colonne d'eau et sur le fond. C'est ce signal retour sur le fond qui va nous intéresser. Il y a un ensemble de points rouges. Ça, c'est ce qu'on va chercher à éliminer, à traiter, à filtrer. On voit très clairement se distinguer la zone de retour sur la surface de mer. Ça, c'est le produit final Litto3D qu'on cherche à atteindre. Donc, on voit bien apparaître là la continuité terre-mer entre, d'un côté, les profondeurs, puis après la zone de sable plus la plage. Vraiment, cette continuité, pour une cartographie précise du littoral. 

Dans la problématique de gestion du littoral, les données Litto3D sont aussi un bon complément aux observations de terrain, notamment dans la région de Montpellier, qui est une zone très touristique. 

Là, on est sur la plage des Aresquiers qui est située à quelques kilomètres à l'est de Frontignan, lui-même un petit village situé à l'est de Sète. C'est une zone qui a ceci de caractéristique : elle cumule un peu tous les effets aggravants pour le phénomène d'érosion. Déjà, comme vous pouvez le voir, c'est un système relativement plat, mis à part le fait qu'on fait des aménagements pour rehausser le niveau contre la submersion. On en est arrivés à un tel point de dégradation qu'aujourd'hui, sur cette plage-là, vous n'avez que du matériel qui a été ramené par l'homme. Et devant, en mer, vous n'avez plus aucun matériel sédimentaire. La roche est à nu. Quand on en arrive à cette configuration-là, on est dans un système littoral qui est détruit. Il n'a plus de disponible sédimentaire, plus de sable pour amortir l'effet des vagues. On peut considérer que ce littoral est mort. Vous vous retrouvez dans une configuration où les vagues ont une énergie accrue à la côte et vont empêcher radicalement le retour définitif du sable. On est donc dans une impasse, c'est pourquoi on parle de littoral mort. Dans un contexte d'érosion comme ça, il y a plusieurs manières de réagir. Vous avez juste derrière nous des ouvrages qui sont mis en place parce qu'il y a des enjeux qui sont forts sur la zone, typiquement, une route, qui ne peut absolument pas être déplacée, pour mille raisons. C'est un lieu de passage. Il y a des enjeux des 2 côtés. C'est une voie de sécurité en cas de problème industriel sur Sète. Il est pas question de la couper. Il est encore plus dur de la déplacer parce que derrière, on a la lagune avec des enjeux environnementaux. La réaction des gestionnaires, c'est de protéger cette route en mettant des choses qui sont dures et solides. 

De gros travaux ont aussi été effectués ces dernières années sur la plage du Lido de Sète. La route reliant Sète à Agde, située auparavant au milieu de cette plage, était régulièrement détruite l'hiver par les tempêtes. Elle a été déplacée. La plage a donc été totalement reconstituée artificiellement. Le cordon dunaire est désormais protégé par des systèmes de ganivelles, des pieux en bois qui freinent l'action du vent et facilitent le dépôt du sable dans des casiers. Les restaurants en béton, qui étaient aussi régulièrement détruits, ont été remplacés par des installations qui sont démontées pendant la période hivernale. 

Suite à ce projet de réaménagement du littoral du Lido de Sète, on a choisi de mettre en place plusieurs solutions techniques contre l'érosion. Les 1res, ça a été bien sûr de faire du rechargement en sable. Comme vous pouvez le voir derrière moi, on a deux couleurs de sable sur la plage. On a le sable naturel du Lido de Sète et le sable qui a été apporté plus récemment, qui provient de la Flèche de l'Espiguette, c'est du sable un peu plus fin, un peu plus gris. On voit bien ce contraste. Et pour maintenir plus pérennement ce rechargement de plage, on a choisi de mettre en place les solutions maritimes qui sont l'atténuateur de houle et des systèmes de drainage de plage. C'est un géotextile qui permet de faire déferler les vagues au large plutôt que sur la plage et donc qui atténue l'érosion de la plage. Aujourd'hui, on a installé sur le Lido de Sète 850 m de linéaire. C'est des géotextiles, des boudins qui sont positionnés à peu près à 400 m du rivage avec une tranche d'eau très fine en-dessus, de l'ordre de 50 cm à 1 m, et qui vont donc complètement casser les vagues lors des tempêtes. Le 2e système qui est installé un petit peu plus loin, c'est un système de drainage de plage. Le principe, c'est que lorsque la vague remonte sur le sable, elle comprend du sable en suspension dans l'eau. Le principe, c'est de faire infiltrer l'eau pour que le sable se dépose et qu'on n'ait pas ce retour de sable avec le retour de la vague. En fait, c'est des drains qu'on installe sous la plage qui vont faciliter cette infiltration de l'eau pour que le sable se dépose. Puis un système de pompage va évacuer l'eau au niveau des épis qui sont situés un petit peu plus loin. L'atténuateur de plage est un système qui nous intéresse particulièrement d'un point de vue scientifique puisqu'on le suit depuis plus de 4 ans à l'aide de systèmes vidéo. Évidemment, ça intéresse beaucoup de collectivités puisque ce sont des systèmes qui ne sont pas très invasifs. On n'a pas d'enrochement sur la plage. Et puis, c'est des systèmes qui sont pérennes, qu'on peut démonter facilement si on observe un problème au contraire des enrochements ou du bétonnage qu'on peut observer sur certaines autres portions du littoral. 

À l'extrémité est du Golfe du Lion se trouve la Flèche de l'Espiguette. C'est un lieu particulier dans le golfe du Lion en termes de plage car c'est en fait une plage qui est globalement en accrétion. Cela correspond à une accumulation naturelle énorme de sable. Cette plage est composée pour 50% de sédiments apportés par le Rhône et 50% produits par les bioclastes, les animaux qui meurent sur la plage dont les coquilles se transforment progressivement en sable. 

Le littoral était situé plusieurs kilomètres dans les terres il y a quelques centaines d'années. Il est désormais ici. À l'échelle de  quelques dizaines d'années, il a progressé de plusieurs centaines de mètres à tel point qu'il a fallu construire de grandes digues, 800 m de long, pour barrer le transit et empêcher l'ensablement du port de Port-Camargue, dans notre dos. Cette digue est maintenant dans une position telle que le sable est capable de passer de manière naturelle de part et d'autre de la digue. La digue a été complètement colmatée. Ce que les gestionnaires ont décidé, c'est d'utiliser le sable qui passe, qui est stocké sous la forme d'une grosse langue de sable qui s'avance vers l'ouest, de prendre ce sable-là et de le disperser ailleurs sur le Golfe du Lion dans des zones en érosion. Ça a un certain nombre de conséquences. Un, dans un premier temps, ça enlève du sable sur le secteur. Mais on peut considérer qu'il est pas nécessaire puisqu'il bouche l'entrée du port de Port-Camargue. Donc, on veut l'enlever. C'est plutôt une bonne chose. Et deux, ce sable est perdu pour la dynamique naturelle de ce système. 

En France métropolitaine, toutes les côtes ne sont pas en érosion. Environ 10% progressent sur la mer en accumulant du sable. Des événements ponctuels comme de grosses tempêtes érodent les dunes et font reculer le trait de côte, parfois de plus de 10 m, comme ce fut le cas sur la plage de Guissény lors de  la tempête Christine du 3 mars 2014. Mais on observe également des périodes de régénération. Et si on fait une moyenne entre ces phases d'érosion et de régénération sur une longue période, on n'observe finalement qu'un faible recul du trait de côte de seulement 70 cm par an ici. 

Vous voyez cette nécessité d'enregistrer sur le long terme et de ne pas prendre des mesures sur le très court terme en fonction de la tempête précédente. Un des points d'étude actuellement très pointu, c'est le phénomène de résilience. C'est la capacité des environnements littoraux à s'adapter au changement climatique. On peut prendre un exemple tout simple. Depuis une cinquantaine d'années, il y a une évolution de l'orientation des tempêtes en Bretagne. Ça peut être mesuré grâce à ces observations qu'on a depuis très longtemps. Si vous changez l'orientation des tempêtes, vous allez changer l'impact sur les plages. Et des épis qui ont été construits il y a des dizaines d'années pour se protéger de tempêtes qui viendraient d'une certaine direction vont être beaucoup moins efficaces si vous avez un changement de direction de ces tempêtes. 

Aujourd'hui, un nouveau problème lié à l'érosion des côtes se pose pour certaines communes : la relocalisation des habitants face à la disparition inéluctable de leurs logements. À Ault, il y a une villa qui, à brève échéance, devra être évacuée parce qu'elle est à moins de 10 m du bord de la falaise. Non loin de là, à Criel-sur-Mer, après des effondrements importants, les délocalisations ont déjà commencé. 

Nous avons dû procéder, ces dernières années, à l'expropriation, pour danger de péril imminent, des habitants situés en haut de falaise. Nous avons procédé à l'expropriation d'une vingtaine de personnes environ. Les maisons n'apparaissent plus, effectivement, puisqu'elles ont dû être rasées. Et les gens ont été relogés à l'équivalent, en bénéficiant d'un fonds Barnier qui les indemnise à hauteur du préjudice. 

Comme la commune d'Ault, la commune de Lacanau s'est portée site pilote pour une étude nationale de relocalisation des activités et biens lancée par le ministère de l'Écologie. Durant l'hiver 2013-2014, une succession de tempêtes a fait reculer ici la côte de plus de 25 m. 

Notre problème s'est posé, nous, sur notre partie urbanisée. On a 1,5 km de foncier bâti. Donc qu'il a fallu protéger. Le système de protection est basé uniquement sur la retenue de la dune. Le coût global de l'ouvrage est de 3,3 millions d'euros. Et nous, nous avons prévu, simplement en entretien, pour maintenir la plage de repli, le nettoyage des rochers, une enveloppe d'à peu près 80 000€. 

Il est possible que, d'ici 2040, l'eau s'avance à Lacanau dans les terres de près de 60 m. 

À Lacanau, il a été décidé dès le début de la mission d'intégrer la population par la mise en place d'un comité de concertation, mais également des élus, des techniciens partenaires de la commune et du littoral aquitain. On a ressorti de ces deux ans d'étude avec eux 4 scénarios, trois qui prennent en compte la relocalisation et un qui prend en compte la protection à long terme. Ces 4 scénarios ont leurs avantages et leurs inconvénients, notamment au regard du contexte actuel, des problématiques réglementaires et évidemment financières également, que ce soit d'ailleurs pour la protection ou la relocalisation. Du coup, il y a une réaction, notamment un traitement médiatique qui est fait de l'étude sur la relocalisation mais souvent, c'est assez mal retranscrit en disant que la relocalisation, c'est acté, ça va être fait à Lacanau. C'est pour ça qu'on essaie de passer du temps avec les médias pour leur expliquer au mieux que c'est une étude de faisabilité. C'est pas une étude opérationnelle qui va sortir dans 6 mois. Si ça se trouve, elle ne pourra jamais voir le jour, il faut être clair. 

À travers un projet appelé COCORISCO, COnnaissance, COmpréhension et gestion des RISques CÔtiers qui a été financé en grande partie par l'Agence Nationale de la Recherche, les chercheurs ont essayé d'élargir la vision que l'on avait de ces risques en prenant en compte les aléas, les enjeux, mais également les moyens de gestion et les représentations des risques. 

Le projet COCORISCO, c'est un projet interdisciplinaire à tous les niveaux. On a réuni des disciplines telles que les géologues, les géographes, mais également des juristes, des économistes pour étudier les enjeux et des psychologues de l'environnement. On fait intervenir dans ce cadre-là non seulement les enjeux qui vont être ce que l'on risque de perdre avec le recul du littoral ou lors d'une submersion, mais également les moyens, les mesures que l'on met en place pour essayer de contrer ou de se défendre contre cette érosion ou cette submersion, qui passent à la fois par des aménagements sur le littoral, mais aussi des moyens législatifs, on va dire, des lois. Des décrets qui amènent à telle ou telle gestion du littoral. L'autre aspect, ce sont les représentations, c'est-à-dire le ressenti des gens vis-à-vis de ces risques côtiers. C'est un domaine qui est pris en compte, en particulier par la psychologie environnementale, et qui relève des sciences humaines et sociales dans ce cadre-là. 

L'ensemble des résultats des travaux du projet COCORISCO est réuni dans un guide méthodologique à l'attention des gestionnaires. 

La perception sociale est assez particulière. Les gens qui fréquentent le littoral ont l'impression de le connaître et certains le connaissent extrêmement bien. Mais on constate bien souvent qu'il y a quand même un manque de connaissances globales, c'est-à-dire remettre les événements que l'on voit dans leur contexte. Par exemple, l'effet des tempêtes de l'hiver 2013-2014, à quoi est-ce qu'on peut le rapprocher ? Est-il dû au changement climatique ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Il y a beaucoup de questionnements. Les populations sont de plus en plus attentives à ce qu'il se passe, mais manquent encore de connaissances pour remettre dans leur contexte les éléments. Notre vocation, ce n'est pas d'être alarmistes, mais d'être factuels et de remettre ces évolutions dans leur contexte sur des périodes plus longues. 

Gestion du trait de côte sur le littoral sableux de la région Occitanie

Ce film aborde sous forme pédagogique l’état des connaissances sur le fonctionnement du littoral sableux d’Occitanie et retrace l'évolution des stratégies et des pratiques de gestion du trait de côte sur ce même territoire. 

© Préfecture Occitanie / BRGM 

Le littoral est une frontière, l'espace de rencontre entre la terre, la mer et l'atmosphère. C'est l'interface de milieux aux propriétés particulières dont l'interaction complexe permet de tracer le trait de côte.  

Le trait de côte, ou ligne de rivage, est une notion difficile à définir. C'est l'interface entre le sable et la mer. 

Le trait de côte est, par essence, mobile et fluctuant, et se déplace au fil du temps, des saisons, de la météo. 

On parle souvent du "recul du trait de côte". Ce n'est pas un phénomène récent, mais son ampleur s'est accrue ces dernières décennies. Il est dû à l'action des vagues, entraînant les sédiments des plages. C'est l'érosion littorale. 

Elle s'exprime selon plusieurs formes et se généralise sur la plupart des rivages français. En cause : des phénomènes naturels, pouvant être associés à des facteurs humains. Ses conséquences sont peu perceptibles au quotidien, mais les tempêtes, en accélérant de manière spectaculaire l'érosion des plages, nous rappellent régulièrement la fragilité de l'espace littoral. 

Tout le monde apprécie le bord de mer, mais sous son apparente simplicité se cachent une structure et un fonctionnement assez complexes. Mais je vois arriver Yann Baloin, du Bureau de Recherches Géologiques et Minières. Il va nous expliquer tout ça. 

Bonjour, Yann. 

Bonjour, Vincent. 

Peux-tu réexpliquer le fonctionnement du système plage/dune ? 

Le système plage/dune est composé de trois compartiments entre lesquels s'effectuent des mouvements de sable sous l'action du vent, des houles et des vagues. Le 1er compartiment est la plage immergée, la partie sous-marine, sur laquelle on trouve des bancs de sable appelés barres pré-littorales. On a ensuite la plage émergée, sur laquelle on pose sa serviette. Enfin, le cordon dunaire qui constitue un stock de sable important. 

Très bien. En Méditerranée, les marées sont faibles, alors qu'est-ce qui cause les mouvements de sable ? 

Les principaux facteurs d'évolution sont la houle, générée par le vent, et les vents qui font bouger les grains de sable. On a aussi les niveaux extrêmes lors des surcotes de tempête. Les vagues sont générées par l'action du vent. Au large, dans les océans et les mers, elles se propagent librement. C'est la houle. Lorsque ces vagues arrivent à proximité de la côte, leur déformation va induire des courants de plusieurs types. On a d'abord les courants d'entraînement, c'est le courant du large vers la côte qui permet l'accumulation de sable sur les côtes, appelée l'accrétion. On a ensuite les courants de retour qui sont les courants qui génèrent 

du transport vers le large. Ce sont notamment ces courants qui génèrent la variation saisonnière des profils de plage. Pendant l'hiver, on a un entraînement du sable vers les barres d'avant-côte. Au printemps, on a les courants plus favorables qui regénèrent la plage en sable. Le déferlement des vagues à l'approche de la côte va générer un courant parallèle au trait de côte, la dérive littorale. C'est ce phénomène qui a le rôle principal dans l'évolution des plages, en termes d'accrétion, d'érosion ou de stabilité des côtes. 

L'installation d'un ouvrage de protection dans la zone côtière doit modifier ces courants, non ? 

Les ouvrages peuvent localement perturber les déplacements sableux et vont paradoxalement accentuer l'érosion sur les littoraux adjacents. Pour quantifier l'accrétion ou l'érosion d'une côte, il faut chiffrer les volumes sableux mis en jeu. Pour cela, quand on regarde un littoral schématique, on peut avoir une embouchure fluviatile, un système de port ou encore une côte rocheuse. On va pouvoir découper ce système littoral en plusieurs compartiments qui sont relativement indépendants les uns des autres et au sein desquels on va pouvoir calculer un bilan sédimentaire. Pour calculer ce bilan sédimentaire, 3 paramètres sont utiles. Le 1er : les entrées sableuses dans ce compartiment. 

Ces entrées sableuses se font principalement en provenance des bassins versants via l'exutoire des fleuves. On peut aussi avoir des entrées sableuses du large vers la côte. Le 2e paramètre, ce sont les fuites sédimentaires, c'est-à-dire les pertes de ce compartiment, que ce soit vers les cordons lagunaires lors des plus grosses tempêtes, ou vers le large avec les courants de retour. Enfin, il faut connaître les stocks sédimentaires déjà implantés dans la cellule, et donc, notamment, l'épaisseur de sable sur l'intérieur de cette cellule. Avec ces chiffres, on établit un bilan sédimentaire de ce compartiment qui permet de caractériser l'érosion ou l'accrétion de ce littoral.  

Il vaut mieux ne pas réagir à chaud après une tempête, mais plutôt prendre le temps de l'analyse. 

Le plus souvent, la plage va cicatriser naturellement et retrouver une grande majorité de son sable après quelques semaines. C'est le phénomène de résilience. 

Le littoral languedocien est constitué de côtes sableuses basses et de côtes à lido. Un lido est un cordon littoral séparant une lagune de la mer. 

Sur ce type de côtes, on trouve des conditions particulières. D'une part, un phénomène de marée très faible, ne dépassant pas 30 cm en moyenne. D'autre part, on observe une forte fréquence de surcote, liée à la pression atmosphérique, aux vents et aux vagues pendant les tempêtes.  

Des vents forts, des terres peu élevées, des lidos étroits. Le littoral languedocien est un espace vulnérable et le budget sédimentaire des cellules peut être impacté par des phénomènes d'origine naturelle ou anthropique.  

Les phénomènes naturels qui agissent sur le littoral sont les tempêtes qui peuvent provoquer des submersions marines et l'érosion des côtes. Quant aux facteurs liés à l'activité humaine, on peut évoquer l'extraction de sable, les carrières, le nettoyage mécanique de la plage, l'arasement dunaire et l'urbanisation en général. Mais le facteur le plus impactant sur l'évolution du littoral et des plages est lié à l'aménagement des bassins versants et en particulier du lit des cours d'eau. À l'état naturel, les rivières transportent jusqu'à la côte les sédiments provenant de l'érosion des bassins versants, contribuant ainsi au bon équilibre du budget sédimentaire des plages. Mais la construction de barrages, de seuils, ainsi que les pratiques d'extraction de matériaux dans le lit des fleuves, ont progressivement bloqué les sédiments et privé les plages de leur sable. Jusqu'à une époque récente, l'homme s'adaptait aux fluctuations du trait de côte en évitant de pérenniser son installation à proximité du bord de mer. Le développement industriel et surtout touristique des années 50 et 60 modifie considérablement le paysage côtier. 

En 1963, la mission Racine, du nom de son responsable, met en œuvre une politique d'aménagement touristique du littoral du Languedoc-Roussillon avec des chantiers de grande ampleur. 

Dans son sillage, de nombreux sites désormais voués au tourisme balnéaire ou à l'industrie sont aménagés. Des espaces jouent un rôle majeur dans l'équilibre dynamique du système littoral. Les cordons dunaires, par exemple, disparaissent, et d'autres sont gagnés sur la mer. 

Dès lors, pour beaucoup, la fluctuation du trait de côte n'est plus envisageable, puisque des pans entiers de l'économie dépendent de sa fixité. Pour assurer cette fixité, de nombreux ouvrages sont construits, les ouvrages longitudinaux de hauts de plages, murs, perrés, enrochements, ou installés sur le fond du proche littoral, les brise-lames, protègent la dune des actions de la mer et cherchent à fixer le trait de côte. 

Mais leur présence tend à accroître la réflexion de la houle, accentuant le phénomène d'érosion devant l'ouvrage, ce qu'on appelle l'affouillement. Ils entraînent aussi un abaissement du profil de plage, et une diminution de sa largeur, et aggrave la tendance à l'érosion des zones non protégées de part et d'autre de l'ouvrage. Les ouvrages transversaux, tels que les épis, ont pour but d'arrêter partiellement le transport sédimentaire dû à la dérive littorale. Mais ils bloquent justement la dérive littorale et le transit sédimentaire naturel. Ils entraînent une zone d'accrétion en amont des rives et une zone d'érosion en aval des rives par déficit sédimentaire. Lorsqu'ils sont installés en batterie, ils peuvent modifier fortement les courants de la côte vers le large, entraînant une érosion accrue entre chaque épi et l'abaissement de l'estran. Si l'intervention sur le milieu est encore souvent retenue comme une nécessité compte tenu des enjeux économiques, il apparaît aujourd'hui indispensable d'ajuster finement les actions sur le littoral pour le protéger contre l'érosion. Ainsi, les interventions au coup par coup et dans l'urgence, laissent la place, depuis quelques années déjà, à une prise en compte plus globale et approfondie de la situation. 

Cette nouvelle façon d'aborder la gestion du littoral, voulue par la stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte, a été adoptée par l'État en 2012.  

Aujourd'hui, il existe un panel de nouvelles techniques plus ou moins lourdes et abordables pour les collectivités. Aucune ne constitue une réponse unique, une solution miracle. Chaque contexte étant différent, la construction d'un projet doit y être adaptée et prendre en compte la durée de vie des aménagements. 

Le littoral est un espace dynamique, vivant. Il est parfois modifié de façon spectaculaire après une tempête. Face au phénomène d'érosion du trait de côte et de submersion marine, il n'existe pas de solution miracle. Nous devons continuellement renforcer notre connaissance du fonctionnement du littoral. L'observation des phénomènes doit nous aider à construire à l'échelle locale des solutions adaptées qui prennent en compte de manière globale les enjeux humains, économiques, et le patrimoine naturel. Longtemps, on a pensé que se protéger face à la mer était une solution pérenne. Aujourd'hui, on a pris conscience que ce n'était qu'une solution transitoire. Désormais, il faut penser autrement le territoire et imaginer une adaptation des usages, donc une recomposition des espaces littoraux face aux risques d'érosion et de submersion marine. Agissons aujourd'hui, pour préserver  l'attractivité et le cadre de vie du littoral de demain.

Vendée : des relevés par drones pour surveiller l’érosion du littoral

Le BRGM a réalisé, avec la PME Azur Drones, la cartographie d’une zone côtière de Vendée exposée aux aléas climatiques (plage de la Parée Grollier, région de Notre-Dame-de-Monts). Retour en vidéo sur ce suivi du littoral face à l’érosion. 

© BRGM / Azur Drones