Fête de la science 2017 : retour en images

Dans le cadre de la Fête de la science 2017, le BRGM participait à l'événement "Science en direct", les 7 et 8 octobre 2017 à la Cité des sciences et de l'industrie à Paris.
13 novembre 2017

Science en direct est un événement grand public, gratuit et ludique proposé par 16 organismes de recherche français pour éveiller la curiosité scientifique. 

Rencontre : Les technosols : comment fabriquer de nouveaux sols

Rencontre "Les technosols : comment fabriquer de nouveaux sols" avec Philippe Bataillard (BRGM) (Paris, 8 octobre 2017). 

© L'Esprit Sorcier 

Bienvenue pour cette rencontre en direct de la Cité des sciences et de l'industrie. Je voulais vous dire, puisqu'on va parler des sols, une petite information importante. Savez-vous que pour créer 5 cm de sol fertile, il faut environ 500 ans à la nature. C'est une étude très sérieuse qui a été faite par des scientifiques. Malheureusement, il nous faut beaucoup moins de temps pour détruire, dégrader ces sols, en raison de l'érosion, de la surexploitation des sols et de l'urbanisation. Mais la bonne nouvelle, c'est qu'aujourd'hui, des scientifiques travaillent pour créer des nouveaux sols. Ce que l'on appelle des technosols, des sols complètement artificiels à partir de déchets recyclés. On est en même temps dans l'économie circulaire. Pour parler des technosols, j'ai le plaisir d'accueillir Philippe Bataillard.  

Bonjour. 

Vous êtes géochimiste au BRGM. Le BRGM, c'est le Bureau de Recherches Géologiques et Minières. 

Alors, d'abord une première chose. Ces fameux technosols dont on va parler. Le but, c'est pas de les utiliser dans les campagnes, mais en ville. 

Tout à fait. Notre objectif, c'est de préserver les sols des campagnes en construisant les sols de la ville.  

D'accord. Donc, c'est par exemple pour végétaliser les villes. 

Exactement. On intervient dès lors que le sol a tellement été dégradé que la végétalisation va pas pouvoir se réinstaller sans un petit coup de pouce. Notamment, si on veut réinstaller de la végétalisation sur une friche, une friche industrielle par exemple, on peut imaginer apporter du nouveau sol, construire un sol pour qu'il devienne fertile immédiatement. 

Je suppose que la demande est de plus en plus importante parce que la tendance actuelle est à végétaliser, créer des parcs, planter des arbres, aménager. 

Oui. Ça va dépendre un petit peu du territoire, certaines villes ont plus de pression que d'autres. Mais des grandes métropoles comme Paris, Lyon, s'intéressent de plus en plus à cette filière. 

On va voir comment vous les faites parce que c'est original. On va prendre les matériaux un par un. Donc vous faites ça avec des matériaux qui viennent de la ville. 

Oui. 

Lesquels ? On va commencer par la matière inerte. 

La matière inerte, minérale... Ce qu'on souhaite, c'est que les matériaux ne voyagent pas. Dès qu'un matériau est dans un camion, ça crée des nuisances et ça consomme de l'essence. 

Et ça fait du CO2

Tout à fait. Donc, notre objectif, c'est d'utiliser un maximum de matériaux qui vont venir de la ville, notamment de la déconstruction des bâtiments. Quand on détruit un bâtiment, on est amené à concasser les anciens murs, les anciennes briques. On crée des fines, très intéressantes pour faire cette matière inerte minérale qu'on va mettre dans le sol.  

Concrètement, on casse un bâtiment en béton ou en briques, et on va récupérer ça ? 

Oui. Avant, on a enlevé tout ce qui était indésirable. On peut parler de l'amiante. Donc là, on a désamianté les bâtiments. On va enlever le bois, le verre, le plâtre, et il va rester de la matière minérale, du béton, des briques... Une fois concassés... 

Réduits en poudre ? 

Oui. Il y aura plusieurs fractions. Les fractions grossières sont déjà réutilisées en géotechnique, par exemple pour faire de la voirie. Mais il y a toujours, quand on casse des matériaux comme ça, la fabrication de poudre. Pour le moment, on n'a malheureusement pas d'emploi spécifique à lui donner parce qu'elle a très peu de qualités géotechniques. 

C'est quoi, des qualités géotechniques ? 

De la portance. 

D'accord. 

Les matériaux grossiers ont plus de portance. On peut rouler dessus une fois étalés. Les matériaux fins, on a du mal à les tasser. 

Alors, on en a un échantillon là. Vous avez la main dessus, ne tournez pas trop le pot pour la caméra. Ça, c'est de la poudre de quoi ? 

C'est du bâtiment déconstruit, broyé, et on a récupéré les fines. Pour nous, fines, c'est juste une taille de grain. Ça, on l'a tamisé à 4 mm. 

C'est du résultat de béton ? 

Essentiellement béton et brique. C'est ce qui lui donne sa couleur un peu saumon. C'est de la brique rouge. 

On continue notre cuisine. Là, on a quelque chose d'étonnant. Ne soyez pas surpris. On le voit peut-être à la caméra. Ça s'appelle de la voirie. Voirie, ça veut dire quoi ? 

C'est un matériau... qu'on a obtenu après avoir nettoyé la voirie. Les rues. 

C'est les poussières des rues ? 

C'est ça. 

C'est sale, non ? 

C'est un a priori. Effectivement, il y avait des bouteilles en plastique, des canettes de Coca, des mégots... Ça, c'est très facile à enlever. Il suffit de le tamiser, le cribler, et il va rester ce matériau très fin. Et quand on l'analyse, il est plutôt propre. Je dis « plutôt » car ça reste un matériau de la ville.  

Alors, ça vient des camions, par exemple, qui balayent les rues. On ramasse toutes les poussières et les saletés, et après on trie ? 

C'est ça. On trouve là-dedans des particules amenées par le vent, des argiles, des poussières de bâtiments, un peu de matière organique, par exemple des feuilles mortes, et puis, malheureusement, un peu de nos pneus de voitures qui s'érodent. Donc, on a un matériau qui est à l'image de la ville. Il est marqué par les contaminants de la ville dans des proportions acceptables pour le milieu urbain. 

On vous fait confiance. Un jour peut-être, on se servira de ces technosols pour nos potagers en ville. Vous garantissez que c'est dépollué ? 

Le jour où on arrivera à faire ceci, on garantira que c'est absolument sans danger. 

Alors, pour le moment, on a une première matière totalement inerte, impossible de faire pousser des végétaux dessus. Évidemment, à cela il faut rajouter le vivant. 

Exactement. 

Vous l'avez devant vous. 

On a parlé de cette matière minérale. Un sol, c'est de la matière minérale, organique, mais pas que ça. Il va falloir que ce minéral et cet organique s'agrègent, qu'il y ait une association très fine entre le minéral et l'organique. On y reviendra. Là, l'idée, c'est de trouver des matériaux qui vont avoir une composition chimique du sol. Notamment, il faut amener de la matière organique. Ces matériaux de voirie sont intéressants car ils sont très organiques. Ils s'avèrent en plus très fertiles, ils ont du phosphore. Fertile veut dire : avec des nutriments qui permettent aux plantes de se développer. 

D'accord. 

Vous pouvez rajouter aussi du compost. 

Des déchets verts, broyés ? 

Des déchets verts broyés ou compostés... 

De la boue d'usine ? 

Oui. On n'exclut pas d'autres sources de matériaux organiques. On a des collègues qui ont beaucoup d'expérience, notamment à l'université de Lorraine. Ils ont montré que de la boue issue de la papeterie, donc ce qui nous reste quand on a recyclé du papier... Il y a toujours une fraction de cette boue constituée de fibres végétales trop fines pour faire du papier ou du carton. 

Autrefois, il y avait de l'encre. 

Oui. 

Cette encre était marquée par des contaminants, notamment des métaux lourds. On a la chance maintenant d'avoir des baisses de ces contaminants, voire quasiment plus. On a des encres à l'eau, des encres sans contaminants. Donc, ces fines sont très intéressantes parce que c'est organique, et en général, on leur a ajouté un autre composé, du calcaire. Il va également être très utile pour le sol. 

Donc, vous fabriquez des sols sur mesure. On va pas faire toute la recette, c'est un peu compliqué, mais là, on a les principaux ingrédients. Alors maintenant, ce sol peut être fertile rapidement. 

Tout à fait. 

Ça veut dire quoi ? 

Dès qu'on a mélangé les matériaux entre eux, on peut les installer sur le site qu'on veut revégétaliser, et on peut y planter des végétaux qui vont pousser de manière tout à fait correcte. 

Aussi bien que les sols fertiles naturels ? 

Oui, aussi bien. 

Aussi bien !? Je suppose qu'il faut choisir les espèces en fonction des sols. Vous faites des préparations différentes. 

Tout à fait. On peut même faire des sols « à façon ». Par exemple, un aménageur va nous demander un sol acide, parce qu'il a envie de mettre des végétaux qui aiment les sols acides. On trouvera des matériaux qui auront ces propriétés-là. On peut faire un sol très organique, car certaines plantes ont besoin de beaucoup d'humus. On peut faire un sol pauvre pour les végétaux, mais qui sera drainant pour l'eau. On réussit à faire des sols un peu "à façon". Je dis "un peu" car on est contraint par les matériaux produits sur la ville. 

Vous êtes des scientifiques, vous travaillez toujours à la pointe. On est dans l'économie circulaire, le recyclage des déchets. 

Ça correspond à une demande des villes ? Je crois que certaines villes ne veulent plus importer de terres venant de la campagne. 

Tout à fait. Effectivement, on peut citer le grand Lyon...  

Lyon a décidé de ne plus faire venir de terre de la campagne.  

Effectivement. On sait pas qui a été le premier. Maintenant qu'ils savent qu'on peut fabriquer des terres végétales, ils souhaitent investir sur ce procédé pour qu'ils puissent préserver les sols alentour. Je sais pas si on l'a dit, les terres végétales qu'on consomme pour le milieu urbain viennent du décapage des sols agricoles autour des villes. 

D'accord. 

Les villes grandissent, on est en train d'urbaniser, probablement trop.  

On perd l'équivalent d'un département tous les 10 ans.  

C'est ça. L'idée, c'est de trouver une alternative, car tant qu'on aura besoin de terre végétale et qu'on aura cette ressource, pourquoi faire autrement ? Mais comme on veut lutter contre cette artificialisation, en proposant des terres végétales construites, on donne un nouvel argument pour dire : "pas besoin d'urbaniser". 

Est-ce qu'on peut imaginer que nous, demain, on habite en ville, on a un bout de terrain pas très fertile, on pourra utiliser ces technosols ? 

C'est pas exclu. Pour l'instant, on en est à la démonstration. Les sites qui sont disponibles sont plutôt des sites avec un passé industriel un peu marqué. On est quand même dans un système un peu marqué par l'anthropisation. Le jour où on voudra faire des cultures vivrières sur ces sols, il faudra des sols exempts de tout indésirable, mais c'est tout à fait possible. 

Pour le moment, ce sont des recherches, parce que vous êtes le BRGM, vous êtes dans le public, et il vous faut des partenaires pour développer ça. 

Oui, tout à fait. Ce qui est formidable avec le sol... C'est difficile à définir, on a tous notre définition. Un géotechnicien, ce qui l'intéresse, c'est la surface. Est-ce qu'il va pouvoir mettre un bâtiment dessus ? Pour un agronome, c'est la capacité d'une plante à pousser dessus. L'archéologue, lui, ce qu'il veut, c'est une archive. On parle plus de fonction du sol que de l'objet lui-même. Quand on construit un sol, on touche à tous ces domaines. Ce que je vous explique ici, c'est vraiment un projet partenarial. Typiquement, le projet SITERRE, un des projets qui m'a permis de faire ceci, c'est 10 partenaires. Avec des agronomes, des professionnels du BTP... Je ne peux pas les citer tous. 

OK. Merci beaucoup, Philippe Bataillard, bravo pour vos recherches. C'est donc le BRGM qui travaille sur ces technosols. 

Objet mystère avec Pierre Pannet et Thomas Jacob

"Objet mystère" avec Pierre Pannet (BRGM) et Thomas Jacob (BRGM) (Paris, 8 octobre 2017). 

© L'Esprit Sorcier 

Ils s'appellent Pierre Pannet et Thomas Jacob. Je vous dis pas quel est leur métier et ce qu'ils font dans la vie, car vous auriez beaucoup trop d'indices. Alors, on arrive avec un objet qui tourne dans votre main, Pierre. Et Thomas a une grosse boîte posée par terre, sur un socle un peu bizarre, à trois pieds. Est-ce qu'on a des questions dans le public ? 

On dirait un sablier. 

Est-ce un sablier ? 

Non. 

Attendez, on vous entend pas. 

Est-ce que j'ai un deuxième micro pour vous, Thomas ? Non. Vous allez vous le passer. 

Ce n'est pas un sablier. 

C'est pas un sablier. Est-ce qu'on commence... 

Attendez, il y a des questions. 

Ça vient de l'espace ? 

Est-ce que ça vient de l'espace ? 

Non. 

On va essayer de se mettre en situation. 

On écoute. 

Pour écouter les sons ? 

Pour écouter les sons. 

Non. 

On va faire une mise en situation comme pour la pêche. Quand vous utilisez ces objets, qu'est-ce que vous faites ? 

Moi, je fais des mesures sur une maille régulière, par exemple tous les 3 ou 5 m, avec cet instrument. 

Attendez, vous dites beaucoup trop de choses. Vous prenez cette boîte. 

Oui. Je la nivelle, et après j'appuie sur le bouton. 

Vous faites ça dans la campagne. 

Soit en ville, soit à la campagne. Où on veut. 

Je peux le faire là ? 

Oui, on peut. 

Ça vous a donné des idées ? 

Est-ce que ça sert à observer l'espace ou la Terre ? 

Ça sert à observer la Terre, oui. 

Tu penses à quoi ? C'est quoi, ton idée ?  

Je dirais pour observer les couches, les strates de la Terre. 

En effet, indirectement, on peut observer cela. 

Alors, cet objet-là... 

Oh là, attends ! 

Cet objet-là, c'est exactement ce qu'a dit la jeune fille ? 

On peut observer la géologie avec ce que mesure cet objet-là. 

Elle n'a pas dit ça. Elle a dit : "Est-ce qu'on peut observer les couches..." Les strates de la Terre. C'est juste ? 

Est-ce une bonne réponse ? 

C'est une bonne réponse pour cet objet. 

Bravo ! 

C'est étonnant. 

Ça va très vite. Vous me bluffez. Je pense que vous les avez vus hier, vous avez discuté et vous venez tricher. 

Donc, à la campagne, on pose cet objet par terre, et on a à peu près les couches géologiques. C'est ça ? 

En fait, ça va nous donner une idée de la densité des couches. La densité, c'est : est-ce que c'est lourd ou pas lourd ? 

C'est un indice. Ça permet de mesurer la densité du sous-sol. 

Ça nous renseigne sur le sous-sol, mais ils cherchent quelque chose de plus précis. On te donne une demi-bonne réponse. 

On a encore des questions. Ça sert à quoi, en fait ? 

Pendant ce temps, montrez-nous ce que vous faites de votre côté. 

De mon côté, je me promène. 

D'accord. 

C'est bien, votre travail. 

Ça, on le pose, et vous vous promenez. 

On vous pose des questions quand vous vous promenez ? 

Tout le temps, mais je croise pas grand monde. 

D'accord. 

Alors, des endroits déserts ? 

S'il vous plaît. 

Des endroits déserts... Non, pas déserts. 

Est-ce que c'est pour mesurer si la terre est solide ou liquide ? 

On va récupérer le micro parce que c'est Thomas qui va répondre. 

J'ai pas bien entendu.  

Ou des tremblements de terre ? 

Pas des tremblements de terre. 

La question était : "Peut-on mesurer si la terre est solide, liquide ?"  

Ou gazeuse... 

On peut mesurer la densité, si c'est très lourd ou si c'est pas lourd sous nos pieds. Si on a des roches très lourdes ou peu lourdes. 

Attendez. On a une proposition. 

C'est pour savoir s'il y a quelque chose sous la terre, un ancien objet oublié sous terre ? 

Trouver des trésors. 

Par exemple. On pourrait. 

Sérieux ? 

Si elles sont dans des... 

Vous en dites trop. Qu'est-ce qu'on pourrait chercher sous terre et qui peut intéresser deux, je vous le dis maintenant,  

deux géologues. Un géophysicien et un géologue. 

J'ai trois propositions... Quatre ! 

C'est pour avoir des "sossiles" ? 

Des saucisses ? 

Des fossiles. 

Des fossiles ! 

Pour trouver des fossiles ! 

Indirectement peut-être. 

Un petit bout de réponse. 

On aura peut-être la bonne réponse. 

Est-ce que ça sert à observer les plaques tectoniques ? 

C'est une application... 

On tourne autour. Vous allez bientôt trouver. 

Est-ce que c'est pour observer les insectes dans la terre ? 

Je crois pas. 

On va essayer de vous donner un indice qui va vous aider très vite. 

On écoute l'indice. 

Pierre. Dites-nous où vous allez avec cet objet. Dites-nous pourquoi il n'y a personne quand vous vous baladez. 

Je descends dans les entrailles de la Terre, dans des trous. 

On a une main qui s'est levée. 

C'est pour se repérer dans les grottes quand il se déplace ? 

Qui ? Lequel des deux ? 

Le monsieur à gauche. 

Ça vous sert de plan pour aller dans les grottes ? 

Il me permet de faire des plans des grottes. 

C'est ça ?

Oui, des plans très précis. 

C'est une bonne réponse. 

Bravo ! 

C'est une bonne réponse. 

Tu t'appelles comment ? 

Loïc.

C'est Loïc qui a trouvé. 

Expliquez-nous comment cet objet, qui s'appelle... ? 

Un gravimètre. 

Et cet objet ? 

Un ZEB-REVO, c'est un lasermètre en trois dimensions. 

Vous avez 3 min. Comment vous utilisez ces deux objets ensemble ? 

Le gravimètre va mesurer les variations spatiales du champ de pesanteur terrestre. C'est ce qui fait qu'on ne s'envole pas sur la Terre, qu'on reste les pieds sur terre. Ça nous tire vers le centre de la Terre. Et ce champ de pesanteur est lié aux répartitions de densité dans le sous-sol. 

Ça veut dire quoi ? 

Plus c'est lourd sous nos pieds, plus on a de la matière lourde, plus le champ de pesanteur va être important. Plus c'est léger, par exemple des cavités... Le champ de pesanteur va être plus faible. Cet instrument permet de mesurer les endroits où le champ de pesanteur est faible et où il est lourd. Ainsi, on peut dresser une carte en faisant des mesures régulières sur une maille de 5 ou 10 m. On peut identifier les zones où il y a des anomalies de masse dans le sous-sol. 

Question. Est-ce que, si je suis debout au-dessus d'une grotte, je pèse moins lourd ? Je suis moins attiré vers la Terre ? 

C'est ça. 

De combien de kilos ? 

C'est pas des kilos, c'est des mètres par seconde au carré. 

Ça, c'est sympa... 

C'est une attraction, une accélération. C'est de l'ordre du milliardième. Une toute petite variation. 

Je peux pas le sentir, mais lui oui. 

Voilà. 

Quand on est au-dessus d'un trou, il le sait. Une fois que vous avez le trou, vous allez dedans ? 

C'est exactement ça. De tout temps, pour construire les villes, l'homme a utilisé la pierre sous ses pieds et a construit par-dessus. Aujourd'hui, on fait attention car il y a un risque d'effondrement... J'ai besoin de Thomas et de son appareil pour trouver les trous. Une fois trouvés, on perce pour y rentrer. Et avec mon appareil, je cartographie avec précision les trous en-dessous. Ça peut être les carrières de Paris, les souterrains de toute ville, ou des grottes naturelles. 

On voit des images de vos excursions. 

Eh bien voilà, c'est parfait. On se retrouve dans ce type de milieux souterrains, qui, parfois, sont dans un état de délabrement. Notre but, avec cet appareil, c'est de pouvoir faire un suivi de ces souterrains pour savoir s'il y a un risque quand vous marchez sur le sol, les trottoirs... 

Merci, Pierre Pannet et Thomas Jacob, pour ce ZEB-REVO et ce gravimètre. Et bravo d'avoir trouvé encore une fois si vite. C'est impressionnant. C'est toujours les petits qui trouvent, en plus très vite. 

Rencontre : Élévation du niveau de la mer et submersions marines

Rencontre "Changement climatique – élévation du niveau de la mer et submersions marines" avec Goneri Le Cozannet (BRGM) (Paris, 7 octobre 2017). 

© L'Esprit Sorcier 

Bienvenue pour cette première rencontre qui va nous plonger dans un océan qui ne cesse de s'élever aux 4 coins du monde, en submergeant petit à petit des îles, des côtes et même notre littoral. À cela s'ajoutent malheureusement, 

comme on a pu le constater, des tempêtes, des cyclones de plus en plus violents... Tout cela en raison, bien sûr, du changement climatique anthropique. Ça veut dire causé par les activités humaines. J'ai le plaisir de vous présenter 

Gonéri Le Cozannet. Bonjour. 

Bonjour. 

Vous êtes du BRGM, le Bureau de Recherches Géologiques et Minières. Vous êtes chercheur à la Direction des risques et de la prévention. C'est bien ça ? 

Exactement. 

On va rentrer dans le sujet. On est d'accord ? Pas de doute, les océans montent ? 

Il n'y a aucun doute. Les océans montent. Ils sont montés de 15 à 20 cm depuis le milieu du XIXe siècle. 

Vous nous avez amené un petit schéma qu'on va regarder. Il s'affiche là. 

Exactement. Ce schéma montre des observations entre 1870 et 2000. Les 15 à 20 cm dont on a parlé. Et puis des projections dans 2 scénarios. Dans le 1er, on limite fortement les émissions de gaz à effet de serre. Dans le second, on ne fait rien. On continue à émettre des gaz à effet de serre. C'est le rouge, celui-là. 

Et donc là, ça devient absolument catastrophique. En tout cas, ça monte. On parle toujours de l'échéance de 2100. Mais ça va pas s'arrêter d'un coup en 2100 si on fait rien. 

Oui. On sait que ça monte et on sait pourquoi. À cause de l'expansion thermique des océans, la fonte des glaciers. 

Doucement. La fonte des glaciers, on comprend parfaitement bien. Mais vous avez dit un gros mot avant. 

Désolé. C'était l'expansion thermique des océans. 

En quoi ça consiste ? 

L'océan se réchauffe, donc il se dilate. Ça explique la moitié du signal qu'on a vu au XXe siècle. 

Les océans montent parce que les températures sont plus élevées. L'eau de surface, notamment, est plus chaude. 

Oui. 

Et donc, elle gonfle. Comme quand on fait chauffer de l'eau. 

Le changement climatique est un déséquilibre énergétique du système Terre. 93 % de la chaleur additionnelle liée au changement climatique va dans les océans, lesquels absorbent de la chaleur et se dilatent. 

D'accord, mais alors, si on regarde très loin dans le passé... Vous nous avez ramené un schéma aussi là-dessus. Finalement, on constate que ça a monté, puisque il y a très longtemps, les océans étaient très bas. Et puis, ça a stagné. Et là, ça repart. 

Exactement. Il y a 21 000 ans, on était dans une période glaciaire. Il y avait quatre calottes de glace. Une sur la Scandinavie, une autre sur le Canada, et les deux calottes qu'on connaît, Groënland et Antarctique. Ces calottes ont fondu, et il y a 6 000 ans, le niveau de la mer a atteint son niveau actuel. Ces calottes représentaient 120 m d'élévation du niveau de la mer. Il était 120 m plus bas. Vous pouviez aller en Angleterre à pied, 200 km au large de Nantes sans rencontrer la mer... Actuellement, on est dans une période assez chaude, interglaciaire. Depuis 1870, le niveau de la mer, assez stable depuis 6 000 ans, recommence à monter à cause de ce réchauffement climatique lié aux effets de serre. 

Qui est clairement dû aux émissions de gaz à effet de serre. 

Aucun doute, il y a un consensus scientifique sur l'élévation du niveau de la mer. C'est un des moyens les plus intégrateurs pour observer le changement climatique. Le déséquilibre énergétique de la Terre est difficile à observer, mais l'élévation du niveau de la mer est une variable que l'on peut observer et qui est un très bon proxy de ce déséquilibre. 

Quelque chose qui nous permet de... 

On peut l'observer facilement et reconstituer ce déséquilibre. 

Absolument. C'est donc un fait. Si on résume, on a la dilatation de l'eau, les glaciers qui fondent, ou certaines calottes polaires, on rentre pas dans le détail, et malheureusement, à cela s'ajoutent - on l'a vu ces dernières années - des tempêtes, des dépressions... D'énormes tempêtes qui font que les eaux arrivent de plus en plus sur notre littoral. 

Deux raisons font penser qu'il y a plus de tempêtes. D'abord, on les voit plus facilement, car il y a plus d'enjeux localisés sur les littoraux. On se rend plus compte qu'il y en a parce que, tout simplement, on a des dommages. La deuxième... c'est l'élévation du niveau de la mer qui a causé une augmentation de ces niveaux extrêmes. À un régime de tempêtes qui n'a peut-être pas beaucoup changé depuis 100 ans, se superpose une élévation du niveau de la mer. Il faut bien voir qu'on caractérise les tempêtes par leur période de retour. Une tempête centennale a une chance 

d'intervenir tous les 100 ans, une tempête décennale tous les 10 ans. Il n'y a que 40 cm d'écart entre les deux en général. 

Au BRGM, vous modélisez ces tempêtes pour voir jusqu'où elles vont sur le littoral. Il y a une animation très intéressante à faire. On se souvient tous de 2010, l'événement de Xynthia, qui a été une véritable catastrophe. Mais là, on a modélisé la tempête Johanna. C'était en mars 2008. Elle a submergé la presqu'île de Gâvres dans le Morbihan. 

Oui, c'est ça. Ce que vous voyez, c'est la marée qui monte. La marée monte. On a une tempête qui cause une baisse 

des pressions atmosphériques. Le niveau d'eau s'élève. Le vent pousse les masses d'eau à la côte. 

Tout ça va très vite ? 

Oui. On a modélisé chaque vague. C'est un processus de submersion complexe.  

La submersion apparaît.  

C'est pas un niveau d'eau qui dépasse le niveau des défenses, c'est chaque vague qui passe au-dessus. Pour faire cette modélisation, on doit modéliser chaque vague. Vous voyez, c'est allé un peu vite, la presqu'île est inondée. C'est validé par exemple par... Cette tempête s'est vraiment produite, il y a des traces sur les murs. Elle n'a pas fait de victimes mais beaucoup de dommages. Les traces sur les murs valident ce type de modélisation. Il permet de faire des plans de prévention des risques littoraux pour gérer le territoire afin de limiter ces risques. 

Ça, c'est le but de votre travail dans votre service du BRGM, aider à établir des plans de prévention. On vient de voir très clairement comment notre littoral peut, d'un seul coup, être gagné par l'océan et être complètement submergé. Quelles sont les zones les plus vulnérables sur le littoral de la France métropolitaine ? 

En France métropolitaine, ce sont les zones basses qui sont submersibles, et les zones érodibles. Par exemple, en Aquitaine, on a des plages sableuses qui s'érodent, 1 m par an. Si on a des enjeux situés juste en arrière, des immeubles, petit à petit, on se retrouve dans une situation où soit on déplace l'immeuble, soit on le protège. Par exemple, des épis, des enrochements. D'autre part, les zones basses en France, c'est le Languedoc-Roussillon, le Poitou-Charentes. Un peu partout en réalité. 

Plus qu'on imagine. 

Tout le long du littoral, pas forcément des grandes régions, mais bien identifiées, ce sont les "territoires à risque d'inondation". On en trouve en Bretagne, un peu partout. 

On parle toujours de la Camargue mais il y a l'Aquitaine, des zones en Bretagne, en Charente... 

Presqu'île de Giens...  

Donc le réchauffement climatique et la montée des océans, ça nous concerne. Je voudrais qu'on parle de nos territoires d'outre-mer. La Guadeloupe notamment, une zone très fragilisée.  

Le problème en Guadeloupe, c'est qu'on a une zone basse qui s'appelle Jarry, dans laquelle travaillent 40 000 personnes par jour. 

Près de Pointe-à-Pitre ? 

Oui. C'est une zone critique pour l'économie de la Guadeloupe. Cette zone est à 40 cm au-dessus du niveau de la mer. Vous voyez ce que ça peut faire, 40 cm d'élévation. On anticipe que ce sera dans la deuxième moitié du XXIe siècle, ces 40 cm. 

Donc, il y aura un problème. 

Un vrai problème. Des problèmes aussi en Polynésie française sur les îles du Tuamotu... Enfin bon. On a la réalité en face des yeux, avec vos études. 

On est juste au moment où le niveau de la mer commence à accélérer. Le problème, c'est : jusqu'où ? Aujourd'hui, on a 3 mm par an. 1 cm par an, c'est possible au cours du XXIe siècle. Ça dépend de nos émissions de gaz à effet de serre. 

Merci beaucoup, Gonéri.