Fête de la science 2016 : retour en images

Du 8 au 16 octobre 2016, le BRGM participait à la 25e Fête de la science, partout en France.
26 octobre 2016

Le service géologique national faisait partie des 15 organismes scientifiques partenaires de Science en direct, un événement grand public, gratuit et ludique pour éveiller la curiosité scientifique, les 8 et 9 octobre 2016 à la Cité des sciences et de l'industrie à Paris. 

Rencontre "Sauvegarde du patrimoine"

Rencontre "Sauvegarde du patrimoine - les isotopes et la caractérisation des oeuvres d'art" avec Wolfram Kloppmann (BRGM) (Paris, 8 octobre 2016). 

© L'Esprit Sorcier 

- Quand la science rencontre les arts, quand la science se met au service de la protection ou de l'exploration de notre patrimoine, finalement, c'est une science dont on ne parle pas si souvent que ça. Et pourtant, quand on s'y intéresse, on s'aperçoit que vous utilisez des technologies vraiment high-tech, des choses presque futuristes. On va le découvrir avec vous, Wolfram Klopmann, du BRGM. Pour moi, le BRGM, c'est le grand institut français qui cartographie le sous-sol, qui connaît à peu près tout ce qui se passe. Et vous, vous arrivez et vous travaillez au Louvre, d'un seul coup, pour rechercher en fait l'origine des albâtres qui ont permis de sculpter des œuvres d'art absolument extraordinaires. Je voudrais d'abord qu'on dise : c'est quoi, l'albâtre ?  

- Justement, c'est pas totalement déconnecté de la géologie parce que c'est un matériel géologique. Donc l'albâtre... Je vous ai trouvé quelques jolis morceaux pas plus tard que la semaine dernière, dans les Alpes françaises. Ça, c'est tout frais.  

- D'accord. Donc, c'est quoi ? C'est une sorte de gypse ?  

- Tout à fait. On dirait du marbre, mais non. C'est pas du marbre. C'est la version noble du gypse. Le gypse, on peut l'utiliser pour faire du plâtre. L'albâtre est suffisamment dur et fin pour faire de la sculpture.  

- D'accord. C'est quelque chose qu'on l'on trouve non pas en profondeur mais qui effleure assez facilement ?  

- Tout à fait. On peut le trouver à la surface et l'exploiter. En fait, c'est un peu moins rare que le marbre, surtout en France. C'était souvent utilisé comme substitut du marbre, mais pour les sculptures tout à fait prestigieuses. C'est-à-dire aussi les gisants des rois, des papes, des cardinaux. Donc c'est un matériel qui est noble et qui a été utilisé à travers tout le Moyen Âge et même dans l'Antiquité.  

- Probablement, parce que quand on polit cette pierre, ça lui donne un côté extrêmement brillant, on le voit sur les images, extrêmement lisse. C'est ça, sans doute.  

- Surtout assez vivant. Le marbre est souvent perçu comme froid, un peu trop brillant. Ça, ça donne une surface plus proche de la peau humaine. Donc, voilà. Et il y a un autre aspect : ça se travaille avec vos ongles. Vous pouvez gratter.  

- Ça reste relativement fragile pour faire des sculptures qui traversent les siècles.  

- Ça se patine, après. Donc il y a une surface qui protège, mais c'est beaucoup plus facile à travailler  

- que le marbre.  

- Ce qui est étonnant, c'est qu'avec cette pierre, quand on la prend en très fine couche,  

- elle est transparente.  

- Elle est translucide.  

- On voit d'ailleurs parfois des vases qui sont faits avec ça,  

- et la lumière la traverse.  

- Ça passe à travers.  

- Alors maintenant, on va rentrer dans le côté scientifique des choses. Votre but à vous, c'est de prendre des statues au Louvre et d'essayer de comprendre d'où vient l'albâtre, de quel endroit ça vient, de quelle époque ça vient. C'est ça ?  

- Tout à fait. Dans l'histoire de l'art, plus on remonte, et je ne parle pas de l'Égypte, parce que là, on a un historique très connu, mais plus on remonte dans le temps, moins on en sait sur les sculpteurs, sur les artistes qui ont travaillé. Au Moyen Âge, c'est très difficile en général de mettre un nom sur une sculpture. On ne sait pas que c'est Rodin qui a sculpté, mais c'est beaucoup plus difficile. On ne sait pas qui a fait les sculptures. On ne sait pas nécessairement où se situe l'atelier et on ne sait pas d'où vient le matériel qui a servi à la sculpture. On peut se dire que si on a la réponse à cette dernière question ou quelques hypothèses... On sait d'où vient le matériel. On sait par exemple que si c'est un albâtre anglais, c'est peut-être un atelier anglais qui a travaillé. Donc ça, c'est un des objectifs de cette étude qui est menée avec une équipe très pluridisciplinaire.  

- C'est une enquête policière, scientifique pour retrouver l'auteur.  

- C'est pas si loin que ça.  

- Non pas du crime...  

- Tout à fait. C'est un peu plus joli que des traces de sang. Mais en fait, on travaille avec une équipe d'historiens, d'historiens de l'art du musée du Louvre, entre autres, du musée de Saint-Quentin. On travaille avec des géologues et des gens des laboratoires des monuments historiques. Et nous, au BRGM, on s'occupe d'un certain type de caractérisation qui permet de faire la part des choses. Le 1er objectif, c'est remonter effectivement à la source et peut-être avoir une idée sur l'origine des matériaux et donc des ateliers. La 2e question, une fois qu'on a fait ces relations, on peut aussi dire : "Ils ont dû le transporter de la carrière jusqu'à l'atelier." Donc on retrace, d'une certaine façon, les cheminements du commerce moyenâgeux. Et ça, c'est très intéressant, non seulement sur le plan de l'histoire de l'art, mais sur le plan historique tout court.  

- D'accord.  

- Quand on sait que les transports étaient faits sur de grandes distances, sur une rivière, etc, on a une idée sur l'économie du Moyen Âge.  

- Maintenant, on va rentrer dans la science pure et dure. Quels sont vos outils pour faire l'enquête ? Les isotopes.  

- C'est ça ? Dites-moi.  

- Si vous avez ces deux morceaux d'albâtre, vu de loin, c'est blanc. Vu de près, c'est blanc aussi. Et vu de près, si on fait une analyse minéralogique, on trouve du gypse. Si on fait une analyse chimique, on trouve du sulfate de calcium, avec très peu de traces. Donc on n'a pas de moyens chimiquement, optiquement, de distinguer un albâtre de l'autre. C'est le gros problème de l'albâtre. Donc on a utilisé une technique qui est beaucoup plus sophistiquée, qui rentre dans la composition élémentaire elle-même. On utilise les isotopes, la composition isotopique de cet albâtre.  

- Dites-nous en quoi  

- ça consiste. -Vous avez un élément. Vous avez le carbone. Le carbone, vous connaissez tous. Par exemple, le carbone 14. Le carbone 14, le numéro 14, c'est un isotope du carbone. Le carbone normal que vous trouvez partout dans l'univers, à 98 % ou plus, est du carbone 12. Le carbone 14 est un tout petit peu plus lourd, d'où sa radioactivité et d'où le fait qu'on puisse l'utiliser pour dater. Vous avez, pour chaque élément, différents isotopes qui sont plus ou moins lourds. On essaye de mesurer ce poids, cette masse dans des spectromètres de masse. Pour chaque élément, vous avez un rapport entre les isotopes lourds et les isotopes légers. Là-dedans, vous avez du soufre, de l'oxygène, vous avez un peu de strontium. Ces 3 éléments-là, on utilise leur composition isotopique pour faire une sorte d'empreinte digitale de ces albâtres. On est allés dans les carrières. Et on compare ça, évidemment, à la composition isotopique des sculptures.  

- Ben oui. Vous rapprochez les deux.  

- Tout à fait.  

- Quels sont les résultats que vous avez obtenus pour le moment ?  

- On savait historiquement, on soupçonnait qu'une bonne partie de l'albâtre français venait d'Angleterre. L'Angleterre était un grand exportateur d'albâtre jusqu'en 1550, où toute représentation religieuse dans les églises était interdite par le Parlement anglais. Donc ça a donné un sacré coup à la production d'albâtre en Angleterre. Ça, historiquement, on le savait. Pour les autres sources d'albâtre, on avait de très faibles hypothèses. Ce qu'on a trouvé en fait, c'est qu'une bonne partie des sculptures qu'on a analysées au Louvre et au musée du Petit Palais d'Avignon, les gisants des papes, des cardinaux du XIVe siècle, provient d'une petite carrière dans les Alpes françaises.  

- Ah bon ?  

- Oui. Qui a eu la particularité de produire un albâtre de très bonne qualité et aussi d'avoir accès  

- à une rivière.  

- Donc on pouvait le transporter ?  

- Exactement. Donc ces deux atouts en conjonction font que les carrières de Notre-Dame-de-Mésage, effectivement, ont fourni du matériel quasiment dans tout l'est et sud-est de la France. On commence à avoir une sorte de carte et on regarde, après, l'hydrographie, le réseau des flux, des rivières et des fleuves  

- pour savoir par où ça passe.  

- D'accord. On a identifié la carrière, mais si, après, ça s'en va par les fleuves, ça ne simplifie pas le travail pour retrouver les auteurs et les ateliers.  

- Tout à fait.  

- Vous avez réussi à retrouver des auteurs, des sculpteurs ?  

- On est dans cette nouvelle phase. On commence une nouvelle phase de ce projet avec le Louvre, et on va se mettre sur la piste de quelques énigmes de l'histoire de l'art. On a un sculpteur de génie qui est le maître de Rimini, parce qu'on ne connaît pas son nom. Et là, il y a des hypothèses dans le passé. On se dit qu'il est peut-être de langue germanique. Peut-être qu'il est italien car ses œuvres sont en Italie. Maintenant, on se dit qu'il est plutôt néerlandais-France du nord. Si on sait que son atelier a travaillé toujours avec le même matériel, un matériel par exemple anglais, on pourrait se dire effectivement qu'il a plutôt travaillé aux Pays-Bas, où l'Angleterre exportait son matériel. Donc là, on est sur la piste de certains sculpteurs connus et pas connus. On va aussi travailler un peu sur Tilman Riemenschneider, qui est un sculpteur très connu dans le monde germanique. On se met sur la piste de ces énigmes historiques et de l'histoire de l'art.  

- Ce qui est fantastique avec vos deux expériences, c'est que cette technique et cette technologie mises au point pour la science, vous ne les avez pas détournées mais vous les utilisez pour quelque chose qui n'était pas destiné à ça au départ. C'est ça, pour vous ?  

- On peut même l'utiliser dans le monde moderne. Il y a des faussaires qui sont suffisamment doués pour produire des œuvres d'art qui ressemblent extrêmement fidèlement aux œuvres anciennes. Un musée anglais a acheté des sculptures en albâtre soi-disant égyptiennes. Justement, ça fait le lien avec nos deux études. De l'époque d'Akhenaton. Et ça s'est révélé effectivement être un faux, mais après qu'il l'avait acheté, après toutes les expertises. Là, on a la possibilité avec cette technique aussi d'identifier des restaurations et d'identifier des faux tout court. Parce qu'il a très probablement travaillé avec du matériel italien.  

- D'accord. Donc merci au BRGM de nous permettre d'en savoir plus et de mener des enquêtes ou de résoudre des énigmes qui relèvent de notre patrimoine, de notre culture et des arts. Merci de nous avoir apporté votre témoignage. 

Forum "Manip" : visualisation 3D du sous-sol de La Réunion

Forum "Manip" "Restitution d’une visualisation en 3D de l’ensemble du sous-sol de la Réunion" avec Guillaume Martelet (BRGM) (Paris, 9 octobre 2016). 

© L'Esprit Sorcier 

- Encore une expérience passionnante, cette fois avec Guillaume Martelet, qui est géophysicien au BRGM et qui s'occupe de scanner les sous-sols de La Réunion en 3D. Guillaume, pourquoi regarder ce qui se passe sous La Réunion ? Quand on pense à La Réunion, on a plutôt envie d'aller à la plage.  

- Effectivement, on aime bien aller à la plage à La Réunion. Mais il y a des problèmes aussi sous terre. Et donc, on est là pour ça. Et donc, le BRGM, une de ses missions essentielles, c'est la connaissance du sous-sol. Et la connaissance pour les usages. Evidemment, c'est extrêmement important. Donc La Réunion, alors, pourquoi ? Parce que c'est un territoire petit. C'est une île, sur laquelle toutes les contraintes se concentrent. Il y a une population qui croît, il y a des besoins qui croissent et donc il y a des enjeux qui sont très forts sur ces petits territoires. En fait, La Réunion, c'est pas le 1er territoire de ce type qu'on a survolé. On a également survolé Mayotte, la Guadeloupe et la Martinique dans les 3 années précédentes. C'est pas un hasard.  

- "Survoler", c'est un choix lexical à propos parce que pour regarder sous le sol, vous utilisez un hélicoptère. Je crois qu'on a des images que l'on peut peut-être passer pendant que vous nous racontez ça. Donc on va dans l'air pour regarder ce qui se passe sous terre.  

- Comment on fait ça ?  

- C'est un peu surprenant. Alors, si vous voulez, il faut... Le parallèle que vous pouvez faire, c'est l'imagerie en médecine. De la même manière, on veut voir ce qui se passe dans le corps humain. Et on met en œuvre de l'imagerie, de la radiographie, de l'IRM, etc. En géophysique, on veut savoir ce qui se passe sous la terre sans forcément aller faire des trous. Et donc, on met en œuvre de la géophysique.  

- C'est-à-dire ? Comment ça se passe ? Que fait-on techniquement ?  

- C'est-à-dire que la géophysique peut se mettre en œuvre au niveau du sol et peut aussi se mettre en œuvre à distance, soit sur des avions, soit sur des hélicoptères. En l'occurrence, à La Réunion, c'était des hélicoptères puisque le relief l'imposait. On ne pouvait pas faire de survol en avion. Et par ailleurs, ces méthodes, on est obligé de les mettre en œuvre à basse altitude, à quelques dizaines de mètres au-dessus du sol. Donc évidemment, dans un relief type Réunion...  

- Comment on fait ? On a un hélicoptère avec une espèce d'appareil accroché à l'hélicoptère et qui passe à 10 m au-dessus du sol ?  

- Non, 10 m, c'est quand même un peu bas. Effectivement, on embarque sous l'hélicoptère ce que l'on appelle une boucle, une sorte de nacelle. On la verra dans les images à venir. Et cette nacelle, elle comporte 2 instruments, puisque pour ce projet-là, on mettait en œuvre une méthode électromagnétique et une méthode magnétique. On en reparlera après, je pense.  

- Euh...  

- Donc ces méthodes, c'est-à-dire ? On essaye de capter les signaux ? En magnétisme, on va mesurer un champ naturel, donc le champ magnétique de la Terre, qui est variable à la surface de la Terre et qui varie en fonction de la nature des roches du sous-sol. Là, pour cette méthode-là, l'instrument va permettre de recueillir une information de manière passive. Et la 2e méthode, c'est la méthode électromagnétique. Là, on va envoyer un signal depuis ce dispositif, qui va interagir avec les roches du sous-sol et qui va restituer une réponse, si vous voulez, qui va être différente en fonction de la nature du sous-sol.  

- C'est un peu le même principe qu'un sonar.  

- C'est... Le sonar est un instrument  

- de géophysique. Voilà.  

- Très bien. Et quand on survole avec cet hélicoptère, qu'est-ce qu'on voit ? C'est quoi le résultat ? Il me semble que vous avez amené une  image. Alors, je peux vous...  

- C'est coloré.  

- C'est coloré.  

- On aime la couleur.  

- C'est quoi, ces couleurs ? Ca, c'est l'île de La Réunion ?  

- Oui. Comme on le voit, on l'a survolée intégralement, puisque toute la carte est colorée. C'est quoi, ces couleurs ? Là, c'est une des 2 méthodes. C'est la carte aéromagnétique de La Réunion. Et les couleurs, finalement, c'est une façon de rendre l'information, de restituer l'information. Ici, on va restituer, si vous voulez, les propriétés d'aimantation du sous-sol. Donc en gros, quand c'est rouge, c'est plus fortement aimanté. Quand c'est bleu, à l'inverse, c'est moins fortement aimanté.  

- Et alors, cette aimantation, comment on la lit ?  

- Alors, cette aimantation...  

- Que veulent dire ces jolies couleurs ?  

- C'est très beau...  

- C'est très joli.  

- Mais qu'est-ce qu'on en tire comme information ?  

- Euh... Ces données-ci, elles ont une utilisation plus scientifique. L'aimantation des roches, elle va nous informer notamment sur les alternances de... Les mises en place des coulées. La Réunion, c'est un volcan. Au fur et à mesure de son histoire géologique, vous avez des coulées de produits volcaniques qui vont se mettre en place et qui vont acquérir une aimantation qui est fonction de leur époque de mise en place.  

- Ça, on le sait. On a une échelle de lecture.  

- Exactement. Et du coup, on va pouvoir soit cartographiquement, comme ça, dire que l'on a des zones, ici en rouge, qui correspondent aux dernières périodes de mises en place les plus récentes. À l'inverse, les bleus, vont traduire une période de mise en place plus ancienne.  

- On fait un système de couches où l'on sait ce qui s'est déposé en 1er  

- et ce qui vient après.  

- Là, ce que vous avez, c'est la... C'est la résultante de toutes ces couches.  

- On la voit à plat.  

- Cet empilement, je crois que vous nous avez emmené sur votre logiciel pour nous montrer comment on le lit en relief.  

- Pouvez-vous nous montrer ?  

- Oui, effectivement. Je peux laisser la carte.  

- On va l'enlever car on a besoin du grand écran.  

- On a besoin du grand écran. Oui, c'est vrai. En l'occurrence, ce que je vais vous montrer, ce n'est pas du magnétisme, c'est du résultat de l'autre méthode. C'est l'électromagnétisme. Le principe est le même. L'idée, c'est de dire qu'on est capable d'apporter une information en 3D  

- sur la nature du sous-sol.  

- Très bien.  

- Alors, ici, qu'est-ce qu'on a ? On a... On va vers le sud-ouest de La Réunion,  

- du côté de...  

- Saint-Louis.  

- Saint-Louis, Pierrefonds, dans cette zone-là. Ici, vous avez la rivière Saint-Etienne qui arrive. Et je dézoome. Ça ne se passe pas à plat,  

- ça se passe en 3D.  

- En dessous. On retrouve les couleurs de tout à l'heure.  

- Oui, c'est une habitude de géophysicien. On aime beaucoup les couleurs. Alors, si je cache, je vais vous montrer 2 ou 3 petites choses. Donc là, vous avez... Donc vous avez en 3D. On va restituer... Ici, c'est le paramètre de résistivité. C'est la résistance du sol à la conduction des courants. Et la résistivité du sous-sol, là, on voit qu'elle est... Il faut se rendre compte que ça, ça représente 200 ou 250 m d'épaisseur. Alors, comme ça, c'est pas très... On voit la surface de ce bloc. Si cette fois, je... Je retire... On peut, à l'intérieur de ce bloc, aller regarder...  

- Là, vous avez fait quoi ? Vous avez sélectionné  

- les couches naturelles ?  

- Non, j'ai fait des coupes. Je suis allé faire des tranches. Je vous l'ai dit, c'est comme un scanner. Vous allez passer un scanner. On fait des tranches de cerveau. Nous, on fait des tranches de terre. On fait des tranches de sous-sol de La Réunion. Vous allez me dire que c'est un peu curieux comme jeu. Donc, qu'est-ce qu'on voit là-dessus ? Par exemple, ce que vous voyez ici, vu de dessus. Vous voyez la côte, n'est-ce pas ?  

- Donc en bleu, c'est l'eau ?  

- Oui. Et en fait, l'eau de mer est salée et elle conduit extrêmement bien le courant, ce qui fait que cet outil ici est extrêmement pertinent pour étudier ce que l'on appelle l'intrusion saline, c'est-à-dire l'entrée d'eau de mer  

- sous les aquifères côtiers.  

- C'est l'une des applications  

- de cette technique-là.  

- Oui.  

- C'est d'essayer de voir les mouvements d'eau  

- dans les sous-sols.  

- Là, en l'occurrence, on ne voit pas les mouvements, on voit la géométrie de la nappe d'eau salée qui rentre sous la terre. Et en quoi c'est important ? C'est important parce qu'en surface, il y a des gens qui habitent, il y a des pompages d'eau qui prélèvent de l'eau douce Et ces nappes d'eau douce, elles reposent simplement... Ça, c'est de la physique. Elle repose sur  la nappe d'eau salée, qui est un petit peu plus lourde. Et de connaître l'épaisseur de la nappe d'eau douce, évidemment, c'est essentiel parce que si on pompe trop, on va rapidement faire remonter l'eau salée  

- et on va pomper de l'eau salée.  

- Ça, ça vous permet de savoir  

- où se trouve l'eau salée.  

- Oui.  

- Pour conclure, une dernière question. puisque je suis curieuse de savoir quelles sont les autres applications pour cet outil.  

- Alors, cet outil, j'ai envie de dire, il permet d'avancer sur tout un tas de questions qui utilisent la connaissance du sous-sol dans les 200 premiers mètres. Donc c'est énormément de questions. On a parlé d'intrusion saline, mais en fait, de manière générale, tout ce qui est ressource en eau, imagerie de la géologie qui porte les aquifères souterrains. C'est tout ce qui est présence de matériaux, donc les roches. Quels sont les types de roches, leur dureté...  

- Finalement, tout ce qui se passe à l'intérieur en termes de densité,  

- de qualité du sol.  

- Exactement. Et avec tous les usages qu'il y a derrière.  

- Merci beaucoup.  

- Je vous en prie. 

Duplex avec le Maroc sur le changement climatique

Duplex avec l'université Cadi Ayyad de Marrakech, organisé avec l'aide de Moussa Hoummady (BRGM), sur la coopération scientifique entre la France et le Maroc dans le domaine du changement climatique, dans le contexte de la préparation de la COP22 (Paris, 9 octobre 2016). 

© L'Esprit Sorcier 

- J'ai le plaisir d'avoir avec moi sur le plateau Moussa Hoummady. Bonjour. Vous êtes président de l'Alliance avenir France-Maroc. Une alliance de coopération scientifique. Vous êtes également délégué à la stratégie, à la prospective et au partenariat du BRGM, ce grand établissement de recherche français. On va parler un peu de coopération entre la France et le Maroc, et ça tombe pas mal, parce que cette année, la COP22... Vous savez, la COP, c'est cette grande réunion internationale qui s'intéresse aux questions de changement climatique. L'année dernière, elle était à Paris. C'était la COP21. Cette année, la COP22 est à Marrakech. Donc c'est un peu un passage de relais.  

- Tout à fait. On tient, à l'occasion de ce 25e anniversaire de la fête de la Science, à fêter aussi le passage de relais de COP21 à COP22, qui met à l'honneur les coopérations scientifiques et techniques, et puis les sujets de société, les défis sociétaux de demain.  

- Une coopération scientifique avec le Maroc qui remonte aux années 60, non ?  

- Oui. Le BRGM, en particulier, comme d'autres organismes ont démarré des coopérations de très longue date. En tout cas, pour le BRGM, ça remonte aux années 50 voire 60 avec les premières cartes hydrogéologiques du Maroc faites par Jean Margat, qui a œuvré beaucoup pour les questions de l'eau et du changement climatique.  

- La grande question étant de voir les sources de l'eau, de trouver cela. C'était l'essentiel du travail.  

- Oui. Un des défis de demain de nos sociétés, ce sont les questions de la ressource en eau et l'usage de l'eau. Avec le changement climatique, les ressources en eau et les hydrosystèmes vont être très affectés, et dans ce sens, les recherches autour de l'eau, des hydrosystèmes sont très importantes pour les pays arides mais aussi pour nos pays après.  

- Une coopération qui se poursuit aujourd'hui ?  

- Oui. Depuis les 1ers travaux et les cartes hydrogéologiques, ces travaux sont poursuivis par des équipes dynamiques de part et d'autre de la Méditerranée et qui sont appuyées par l'Association internationale d'hydrogéologie dont la section française est composée de 40 membres. 23 sont français et 17 sont marocains. Donc pour montrer que sur la question de l'eau, il y a une proximité très forte entre la France et le Maroc.  

- D'accord. On va les avoir bientôt en liaison. La régie nous dit que tout fonctionne. Mais on les attend à l'autre bout... On a un petit décalage avec le Maroc ?  

- Il y a un décalage d'une heure.  

- C'est dimanche. On va les attendre tranquillement, comme en cette journée. On parle de la coopération dans le domaine de l'eau, mais j'entends parler de tellement de coopérations entre la France et le Maroc dans plein de domaines scientifiques. Autour de l'agriculture, aussi.  

- Tout à fait. Au-delà de cette question des hydrosystèmes, il y a effectivement des coopérations dans le champ de l'instrumentation scientifique et technique. Également des questions de formation. Donc pour former effectivement des techniciens, des ingénieurs marocains. Donc il y a un transfert de compétences qu'on fait régulièrement. Et le Maroc, c'est un terrain de jeu aussi, un terrain intéressant pour expérimenter des choses qu'on ne peut pas faire ici. La géologie est particulière et permet ce type d'expérience. Et puis, on a choisi uniquement le sujet de l'eau et des hydrosystèmes en lien avec le changement climatique, mais il y a énormément de coopérations. Beaucoup d'organismes en France mènent des coopérations avec le Maroc. Et on veut juste mentionner aussi l'université d'Orléans et le CNRS...  

- Très bien. C'est l'occasion d'en parler, en attendant d'avoir le président de l'université de Marrakech en liaison, de souligner qu'il y a une coopération qui se développe entre l'université d'Orléans et l'université de Rabat.  

- Tout à fait.  

- Alors, ça porte sur quoi ?  

- Ça porte sur la mise en place d'un observatoire pour la mesure de polluants atmosphériques, de lanternes qui sont les indicateurs de changement climatique. Cette coopération est nouvelle, donc on voudrait la saluer aussi par ce petit duplex.  

- C'est parti pour le duplex. On doit les avoir en ligne. Nous avons normalement M. Abdellatif. Vous êtes là ? On est ravis de vous avoir en ligne. Bonjour.  

- Nous aussi.  

- C'est parfait. Vous êtes sur grand écran à la Cité des sciences et de l'industrie à Paris. On parlait avec Moussa Hoummady de la longue coopération entre le Maroc et la France dans le domaine scientifique, et on aimerait justement que vous nous développiez un petit peu ce sujet, M. le président de l'université de Marrakech, si vous nous entendez.  

- Oui. Je vous entends parfaitement. Bienvenue à Marrakech... même si vous n'y êtes pas, mais vous voyez déjà l'architecture de la présidence de l'université, qui vous donne une idée, déjà.  

- On va venir vous voir bientôt pour la COP22.  

- Ben c'est super. Donc il va falloir absolument passer dans les locaux de l'université, qui est complètement engagée dans la COP22.  

- On n'y manquera pas. Dites-moi, c'est important, cette coopération entre la France et le Maroc. Et on parlait notamment de toutes les recherches qui concernent la géologie et l'eau.  

- Oui. Je pense que la relation entre la France en général et le Maroc, je dirais sur beaucoup d'aspects mais particulièrement l'aspect enseignement supérieur et recherche, c'est une relation, j'allais dire, qui est en symbiose depuis très, très longtemps par l'histoire mais aussi par les relations développées entre les personnels des deux pays. Et pour vous donner juste un élément peut-être chiffré, c'est que pratiquement 70 % des publications de recherche de l'université Cadi Ayyad de Marrakech, elles sont avec des universités françaises, francophones en général mais françaises en particulier.  

- Oui. 70 % ?  

- 70 %, oui. Et c'est vraiment une coopération qui dure depuis la naissance de notre université il y a 40 ans, avec l'implication bien sûr d'enseignants chercheurs français qui se sont installés ici, particulièrement en sciences exactes. Et l'eau et tout ce qui est matériaux, tout ce qui est biodiversité, ce sont vraiment des laboratoires qui ont été cogérés, cocréés avec les universités françaises.  

- Et aujourd'hui, votre université s'élargit dans le domaine du développement durable, c'est ça ?  

- Oui. Alors, elle l'a déjà été, elle l'a toujours été parce qu'elle a toujours travaillé sur les problématiques qui touchent d'abord le patrimoine minier, le patrimoine touristique, mais une activité très développée en eau, en énergies, en matériaux. Et bien sûr, ces dernières années, le concept s'est bien développé. On est partis carrément dans un aspect qu'on intitulerait aujourd'hui "smart université"; mais qui intègre l'aspect développement durable et responsabilité sociétale de l'université.  

- Je suppose que c'est une thématique qui va se développer de plus en plus ou qui va sensibiliser de plus en plus les étudiants et les jeunes chez vous en raison de la venue de la COP22.  

- Oui. Bien évidemment, la COP22, c'est une action et, j'allais dire, il y a les feux qui sont braqués sur cet événement. Mais l'université s'est inscrite dans ces questions de développement durable avant et elle continuera après. Et la question de développement durable et de changement climatique devient une action un peu transversale à tous les domaines, que ce soit en enseignement ou en recherche. Mais bien sûr, même les actions quotidiennes de l'université intègrent cet aspect-là aujourd'hui.  

- C'est combien d'étudiants, l'université de Marrakech ? Vous pouvez nous présenter votre université ?  

- Rapidement, l'université Cadi Ayyad, c'est aujourd'hui 82 000 étudiants. Peut-être un peu plus parce que les inscriptions ne sont pas encore complètement finalisées. Mais aux alentours de 82 000 étudiants.  

- 82 000 ?  

- Oui. 82 000. Alors, bien sûr, si on compare à d'autres universités marocaines, elle n'est pas la 1re en nombre. Mais elle est la 1re dans tous les classements internationaux. Je dirais que c'est la 1re université africaine francophone dans tous les classements internationaux qui sortent depuis 3 ou 4 ans. Et l'action recherche est très développée dans notre université. Elle constitue vraiment l'épine dorsale de tout le développement depuis sa création.  

- En tout cas, ça doit être très agréable d'être étudiant à Marrakech. Je les envie largement.  

- Une question, M. le président. Est-ce que vous êtes impliqué aussi dans la diffusion de la culture scientifique et technique, les relations avec les jeunes, le grand public ? Ça, c'est un enjeu majeur pour les sociétés d'aujourd'hui et de demain. Donc c'est intéressant de commenter cet aspect.  

- Oui. Bien sûr. Comme toute université. Mais je pense qu'on a la chance d'être dans une grande ville je dirais cosmopolite, et nous profitons bien sûr de toutes les relations, de toutes les coopérations que nous avons pour essayer de vulgariser le plus possible. Et nous avons mis en place un cycle qui est aujourd'hui très connu sur la place universitaire marocaine et au-delà, qui s'appelle les Tribunes de Marrakech. Et avec ce cycle de conférences de très haut niveau, nous essayons de participer à la vulgarisation et bien sûr au contact et à la sensibilisation des jeunes. Mais à côté de ça, il y a des actions à l'échelle de l'université, nous avons la Semaine de la science, nous avons la Semaine de la créativité. Aujourd'hui, nous avons la Semaine du développement durable. Et bien sûr, toutes ces actions participent à la sensibilisation et à la prise de conscience de la part des jeunes parce que nous considérons que l'âge des étudiants est un âge propice à rendre encore plus citoyens les adultes que vont devenir ces jeunes qui sont aujourd'hui chez nous.  

- Et ces étudiants vont participer d'une façon ou d'une autre à ce qui va se passer à cet événement qui se prépare chez vous, qui est la COP22 ?  

- Pleinement, parce qu'ils ont même un side event. Ils ont une Caravane de la science qui, aujourd'hui, est en place, qui va bientôt, ils ont déjà démarré, mais qui va se mettre dans la ville. Ils sont très actifs. Et bien sûr, nous les aidons de telle sorte qu'ils puissent transmettre le message par eux-mêmes, parce que c'est important que les jeunes s'adressent aux jeunes. On a des jeunes très actifs dans l'université.  

- Très bien. On peut penser aussi que ça va être un moment, parce que je sais qu'il y a pas mal d'étudiants français aussi qui vont se rendre là-bas, c'est un moment qui va sans doute renforcer encore un petit peu plus la coopération scientifique entre la France et le Maroc, avec des étudiants d'une autre génération, plus jeunes.  

- Oui, et je pense que, comme vous l'avez dit, Marrakech est une ville où on peut faire de l'échange universitaire avec tous les pays du monde beaucoup plus facilement que dans d'autres endroits. Mais à ce propos, la coopération entre la France et le Maroc est beaucoup plus facile, parce que vous savez que venir à Marrakech, c'est 6 vols par jour rien qu'à Paris. Alors je vous laisse deviner les autres villes. Si vous additionnez un peu tous les vols vers l'Europe, on en a pratiquement une trentaine, une quarantaine par semaine. Aujourd'hui, par exemple, dans le cadre d'Erasmus +, nous avons mis en place pratiquement l'échange de 200 étudiants avec l'Europe. Et vous savez qu'il y a la réciprocité dans le cadre des échanges Erasmus +. Donc si on envoie 200 étudiants, on doit recevoir 200 étudiants.  

- Ce serait la moindre des choses. Et on souhaite que cette réciprocité existe, évidemment. Si j'avais envie d'aller faire mes études à Marrakech, je vous rassure, j'ai passé l'âge, mais c'est assez simple pour moi si je suis étudiant français d'aller m'inscrire à l'université de Marrakech ?  

- Oui. C'est assez simple. Si le jeune rentre en contact avec son université pour justement faire les démarches nécessaires pour venir chez nous, un peu comme un jeune Marocain qui voudrait aller faire des études en France, i faudrait qu'il passe par les admissions, par le service des coopérations pour venir. Mais vous n'êtes pas si âgé que ça. Nous, on reçoit tout le monde.  

- Je vais reprendre mes études pour le plaisir d'aller les faire à Marrakech.  

- Vous êtes le bienvenu. Vous, vous n'avez pas de wild card à avoir, donc on vous inscrit immédiatement.  

- On viendra vous voir, parce que "L'Esprit Sorcier" sera présent à la COP22 pour traiter beaucoup de sujets. On vous remercie beaucoup d'avoir été en ligne avec nous, M. le président. Toute votre équipe qu'on salue aussi, qui est autour de vous. Merci de nous avoir accordé un moment un dimanche matin pour pouvoir dialoguer ensemble. On vous souhaite bonne chance pour votre université, bonne chance aussi pour la COP22 qui arrive. Et toute la fête de la Science vous salue.  

- Merci beaucoup. Au plaisir de vous rencontrer. Au revoir.  

- Avec grand plaisir. Merci, au revoir. Un dernier petit mot en 3 secondes, parce qu'on a été coupés un peu tout à l'heure, sur Orléans. Allons-y, concluons. Orléans, Rabat, c'est aussi une coopération ?  

- Oui. C'est une nouvelle coopération qui se met en place, qui accompagne les sujets de recherche scientifique sur le changement climatique. Il y a les enjeux des hydrosystèmes mais aussi les mesures des polluants atmosphériques de très long terme. C'est un sujet très important pour l'Afrique et pour le monde à l'échelle mondiale.  

- Une coopération autour des thèmes qui concernent le changement climatique, le climat. Merci beaucoup, Moussa Hoummady, d'avoir été avec nous. À très bientôt.