Özlem Adiyaman-Lopes, spécialiste du Programme international pour les géosciences et les géoparcs à l'Unesco.
© Unesco
Extrait de l’interview de Özlem Adiyaman-Lopes, à retrouver en intégralité dans la revue Géosciences n°29 du BRGM : "Raconter la Terre".
Vous êtes responsable de l’animation et du suivi des candidatures pour le label Géoparc mondial Unesco, nouveau programme né en 2015 ?
Özlem Adiyaman-Lopes : En effet et à cette date il y avait 120 géoparcs dans 38 pays. Aujourd’hui, nous comptons 241 géoparcs Unesco, dans 51 pays. Le géoparc de Haute-Provence, situé sur 2000 km² autour de la ville de Digne-les-Bains, fut l’un des quatre premiers géoparcs créés au monde, en 2000. Il a servi de modèle au développement des géoparcs avec la volonté de protéger notre patrimoine naturel. Il est important d’identifier notre patrimoine, le caractériser, le classifier, de faire l’inventaire des zones à protéger qui seront transmises aux futures générations.
Notre mission consiste à sensibiliser les décideurs à la façon dont fonctionnent les géoparcs et aux bénéfices qu’ils peuvent apporter aux populations locales. Pour cela, nous facilitons la mise en relation avec nos ambassadeurs, qui, de manière concrète et adaptée aux spécificités des territoires, partagent des exemples de projets réussis ailleurs.
Aujourd’hui, nous sommes capables d’illustrer, par des réalisations tangibles, l’impact positif des géoparcs, qu’il s’agisse de sauver des vies, de générer des emplois ou de former des personnes. Nous organisons également des programmes de formation là où le besoin se fait sentir. Ce dont je me réjouis particulièrement, c’est de constater l’engagement croissant des habitants dans la valorisation de leur environnement, ce qui favorise à la fois le développement de la recherche scientifique de haut niveau et l’essor du tourisme et donc le développement économique, car ce label a permis la création de musées, de produits dérivés, à l’initiative des populations locales.
L’Unesco promeut la coopération entre les pays, avec des priorités géographiques pour les géosciences, comme l’Afrique. Pour quelles raisons ?
Ö. Y.-L. : Le continent africain couvre environ 30% des réserves mondiales de minéraux, avec les plus grandes réserves de diamants, de métaux du groupe du platine, de phosphates, d’or, de chrome, de manganèse, de vanadium, de cobalt et d’aluminium. Beaucoup de pays africains dépendent économiquement de ces ressources. Depuis une dizaine d’années, les minéraux représentent en moyenne 70% des exportations totales et environ 28% du PIB. Parallèlement, le développement du continent est menacé par de nombreux aléas géologiques, géodynamiques et climatiques (dégradation des terres, inondations, sécheresses, séismes, volcanisme et glissements de terrain). La recherche en géosciences en Afrique est donc essentielle pour relever les défis du développement durable que sont la gestion des ressources, l’aménagement du territoire, la réduction des risques naturels et l’accès à l’eau potable. Une recherche et une formation intégrées en géosciences sont nécessaires pour renforcer les capacités locales et développer une main-d’œuvre qualifiée.
Il est important d’identifier notre patrimoine, le caractériser, le classifier, de faire l’inventaire des zones à protéger qui seront transmises aux futures générations.
Vous êtes l’unique géologue en poste au siège de l’Unesco à Paris aujourd’hui. Comment votre métier vous aide dans la coordination des géoparcs mondiaux ?
Ö. Y.-L. : Je suis effectivement à l’heure actuelle la seule géologue au siège, à couvrir un mandat sur 194 pays, ce qui représente une opportunité exceptionnelle. Si aujourd’hui, je suis en mesure de piloter des projets de coopération internationale, c’est grâce à la diversité de mon parcours, que ce soit dans l’enseignement au Royaume-Uni, l’industrie aux États-Unis ou encore au sein du ministère britannique de l’Éducation. Après mes études d’ingénieur géologue en Turquie, dont je suis originaire, j’ai obtenu mon doctorat en France, à l’université de Paris VI. J’ai réalisé une thèse de géologie structurelle, volcanologie, géochimie et données d’images satellitaires. Une formation qui m’a permis dès le début de ma carrière de développer une grande capacité d’adaptation, un atout précieux dans mes fonctions à l’Unesco. Je collabore quotidiennement avec des géologues
du monde entier, de l’Éthiopie à la Colombie, en passant par l’Indonésie.
Géosciences n°29 : Raconter la Terre
Raconter la Terre : l’expression peut surprendre dans une revue scientifique. Pourtant, c’est en en faisant le récit que l’histoire géologique de notre planète se conçoit le plus clairement. Et face aux formidables phénomènes qui ont mené à la formation des roches sous nos pieds, c’est souvent l’émerveillement qui domine.
Ce 29e numéro de la revue Géosciences du BRGM apporte un regard un peu décalé par rapport aux précédents, entre découverte de la beauté des paysages qui nous environnent, inspiration des arts par la science, transmission des sciences de la Terre aux plus jeunes et au grand public, ou encore protection du patrimoine géologique.