La Cour des comptes a rendu le 18 juillet dernier un rapport sur le BRGM. Que retenez-vous de ses recommandations ?
Catherine Lagneau : Le rapport de la Cour des comptes met en lumière l’implication du BRGM dans l’écosystème national de recherche, en soutien à la transition écologique, énergétique et à la souveraineté, sa mobilisation au service de grandes politiques publiques, son positionnement singulier d’opérateur numérique, et enfin la forte croissance des enjeux qu’il porte et les tensions de son modèle économique.
En premier lieu, la Cour des comptes recommande au BRGM de préserver la qualité de son expertise face aux nouvelles priorités liées à la décarbonation et à la transition énergétique. Le modèle économique de l’établissement repose sur un équilibre entre les missions de recherche et d’expertise. Il est impératif de maintenir cet équilibre afin que l’établissement reste au meilleur niveau, et que s’alimentent dans un cercle vertueux les besoins d’appui aux politiques publiques et les recherches de niveau international.
Publié le même jour qu’un autre rapport de la Cour des comptes dédié à la sécurisation des approvisionnements en minerais et métaux critiques, le rapport souligne le rôle joué par le BRGM dans ce domaine…
C. L. : L’évolution du contexte géopolitique, qui s’accélère, et l’émergence de nouveaux besoins industriels liés à la transition énergétique et aux produits numériques, ont conduit l’État à établir une nouvelle stratégie pour la sécurisation de l’approvisionnement industriel en matières premières minérales.
Il est clair que le BRGM a un rôle central à jouer dans ce domaine, en appui à la délégation interministérielle aux approvisionnements en minerais et métaux stratégiques (DIAMMS), à l’international comme sur le territoire national. La mise à jour de l’inventaire des ressources minérales (IRM) a été confiée par l’État au BRGM, qui anime en parallèle l’observatoire français des ressources minérales pour les filières industrielles (OFREMI). Nous intervenons également pour accompagner la diplomatie minérale, ainsi qu’en recherche, développement et innovation sur des technologies innovantes d’exploration et d’exploitation minière.
Le renouveau géologique minier en cours constitue un défi pour l’établissement, qui n’avait pas été sollicité avec intensité sur ce segment au cours des trois précédentes décennies. Dans ce contexte, la Cour des comptes estime que le service géologique national doit disposer de plus de moyens pour faire face à l’évolution de ses missions.
L’importance croissante des enjeux sur lesquels le BRGM est missionné conduit à une forte augmentation de son activité (+20% en 2 ans). Le sol et le sous-sol sont, par nature, le socle de notre souveraineté. Les ressources naturelles qu’ils contiennent constituent des soutiens nécessaires à notre développement, et les aléas climatiques accroissent les risques, face auxquels il est impératif de s’organiser.
Sur cette question des moyens, la Cour des comptes constate que les demandes croissantes de la puissance publique impactent l’activité, de plus en plus soutenue, du BRGM. Quelle est votre analyse à ce sujet ?
C. L. : L’importance croissante des enjeux sur lesquels le BRGM est missionné (risques, eau, ressources minérales, énergie du sous-sol…) conduit à une forte augmentation de l'activité (+20% en 2 ans). Le sol et le sous-sol sont, par nature, le socle de notre souveraineté. Les ressources naturelles qu’ils contiennent constituent des soutiens nécessaires à notre développement, et les aléas climatiques accroissent les risques, vis-à-vis desquels il est impératif de s’organiser.
Face à la croissance de son activité, le BRGM conduit des efforts de restructuration interne pour être encore plus agile, efficient et performant, et capable de mieux prioriser : c’est tout l’enjeu de la nouvelle organisation mise en place début 2025, destinée à être plus alignée sur notre stratégie scientifique, à simplifier le fonctionnement interne, à raccourcir les délais de décision.
Au-delà de cet effort, le financement des missions fondamentales du BRGM en tant que service géologique national, à commencer par celle de recueillir, qualifier, archiver et mettre à disposition les données du sous-sol, doivent faire l’objet d’une stratégie de financement, de même que la gestion de l’après-mine, préalable impérieux de l’acceptabilité d’une éventuelle relance minière.
Dans un contexte budgétaire contraint, le dialogue stratégique avec les ministères de tutelle doit se poursuivre pour clarifier les priorités et le rôle attendu du BRGM, afin qu’il conserve sa place de grand service géologique national, pleinement mobilisé au service du pays.