Les substances per- et polyfluoroalkylées, ou PFAS, sont fabriquées depuis des décennies et utilisées pour leurs propriétés intéressantes - antiadhésives, imperméabilisantes, résistantes aux fortes chaleurs... - dans plusieurs secteurs industriels (pharmaceutique, phytosanitaire, cosmétique, aéronautique, textile…) et de nombreux produits du quotidien, des poêles aux vêtements en passant par les emballages alimentaires, des dispositifs médicaux et certaines mousses anti-incendie.
De fait, ces molécules, qui se caractérisent également par leur grande diversité, se retrouvent aujourd’hui dans tous les milieux de notre environnement, de façon persistante. Leur composition, à base de liaisons carbone-fluor très stables, les rend en effet très résistantes. Et ce alors même que leur impact sur la santé et la biodiversité interroge et fait l’objet d’études de plus en plus nombreuses.
Une réglementation est déjà en vigueur et continue d’évoluer afin de limiter l’utilisation des PFAS et leur présence dans l’environnement. En France, un plan d’action interministériel a été lancé en avril 2024. Le BRGM, qui y est associé, a notamment développé, dans ce cadre, un outil qui permet de visualiser les résultats des mesures de la présence des PFAS dans l’eau sur l’ensemble du territoire national.
En tant qu’établissement de recherche, le BRGM travaille également, depuis des années et de façon pluridisciplinaire, à renforcer la connaissance des PFAS et de leur comportement dans le sol, le sous-sol et les eaux souterraines. Ses objectifs sont de mettre au point des méthodes permettant d’analyser les PFAS dans les différents compartiments environnementaux, afin de caractériser les pollutions et leurs sources. D’autres méthodes visent à dépolluer les sols et les eaux mais aussi à détruire ces molécules particulièrement difficiles à éliminer. Plusieurs projets ont permis d’avancer sur la voie de solutions concrètes, qui restent toutefois à optimiser au plan technico-économique afin de favoriser leur application.
Mieux connaître les PFAS
Les PFAS, qu’est-ce que c’est ?
Les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS en anglais) sont des composés fabriqués depuis les années 1950. Ces molécules sont formées d’une chaîne carbonée de longueur variable, linéaire, ramifiée ou cyclique, polymère ou non polymère, contenant au moins un groupe méthyle perfluoré (-CF3) ou un groupe méthylène perfluoré (-CF2). Elles peuvent contenir différents groupes fonctionnels leur conférant des propriétés physiques, chimiques et toxicologiques particulières. On recense plusieurs milliers de PFAS distincts.
Exemples de PFAS.
© BRGM
Pourquoi les appelle-t-on des polluants "éternels" ?
Les PFAS ont la particularité de comporter des liaisons carbone-fluor qui se caractérisent par leur grande stabilité et leur forte résistance. De fait, certaines molécules ne se dégradent pas après utilisation ou rejet dans l’environnement et peuvent persister durant des décennies, voire des siècles.
D’autres PFAS sont dégradables - on les appelle des PFAS "précurseurs" - mais leurs produits de dégradation sont également des PFAS, quant à eux très stables (comme le TFA par exemple, ou encore le PFOA et le PFOS, à chaîne plus longue). Ce sont ces derniers qui ont induit la dénomination de "polluants éternels" et qui ont été les premiers à être suivis et réglementés (PFAS de la directive 2020/2184 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine).
Pourquoi et comment sont utilisés les PFAS ?
Les PFAS présentent des propriétés variées : antiadhésives, imperméabilisantes, résistantes aux fortes chaleurs, surfactants/tensio-actifs. Intéressantes pour de nombreuses applications, ces substances sont utilisées dans une vingtaine de branches industrielles et se retrouvent, par conséquent, dans de nombreux produits du quotidien tels que :
- les emballages alimentaires anti-gras (pour les hamburgers, kebabs, pizzas…),
- les revêtements antiadhésifs des ustensiles de cuisine (dont le Téflon),
- les textiles déperlants et imperméables,
- certains cosmétiques,
- certains produits phytosanitaires,
- certaines substances pharmaceutiques,
- certains types de mousses anti-incendie (agent formant un film flottant).
Ainsi, environ 225 000 tonnes de PFAS auraient été présentes dans les produits mis sur le marché en Europe en 2020 (ECHA), dont :
- Textiles : 92 000 tonnes
- Dispositifs médicaux : 43 000 tonnes
- Transport, industries lourdes, emballages alimentaires, solvants/aérosols, réfrigération, énergie/électronique, climatisation…
Sources directes et indirectes d’émission en PFAS (Cavelan A. et Togola A. 2024, État des lieux des sources directes d’émission en PFAS).
© BRGM
Le cas particulier des mousses anti-incendie
L’utilisation des mousses anti-incendie a longtemps été une source directe majeure de dissémination des PFAS dans les sols et les eaux, sur les sites d’accidents industriels mais aussi sur les sites d’entraînement des pompiers et les aéroports. À l’heure actuelle, les "nouvelles" mousses sur le marché sont majoritairement sans PFAS, sauf exception (usages essentiels). La restriction européenne votée en avril 2025 prévoit en effet une interdiction progressive de tous les PFAS dans les mousses anti-incendie, avec des seuils de concentration résiduelle maximale autorisée et des dérogations limitées dans le temps.
Dérogations (usages essentiels) - principaux cas où l’usage de mousses contenant des PFAS reste permis, avec des périodes de transition spécifiques :
| Secteur / Usage | Durée de transition autorisée | Justification |
| Sites Seveso (à haut risque industriel) | Jusqu’à 10 ans | Risques majeurs nécessitant une efficacité maximale |
| Industrie pétrolière et gazière offshore | Jusqu’à 10 ans | Conditions extrêmes, alternatives non encore viables |
| Navires militaires et civils déjà en service | Jusqu’à 10 ans | Difficulté de remplacement en cours d’exploitation |
| Sites d’entraînement anti-incendie | Jusqu’à 18 mois | Temps nécessaire pour adapter les infrastructures |
| Services municipaux de lutte contre l’incendie | Jusqu’à 18 mois | Besoin de continuité opérationnelle pendant la transition |
Ces dérogations sont encadrées par le règlement REACH (Règlement CE n° 1907/2006).
Les PFAS sont-ils dangereux pour la santé et la biodiversité ?
À noter : le BRGM n’intervient pas sur les questions liées à l’usage des PFAS ni à l’impact de ces molécules sur la santé et la biodiversité.
L’impact d’une exposition aux PFAS pour l’humain et les êtres vivants fait l’objet de différentes études visant à identifier et caractériser les risques potentiels pour la santé et la biodiversité. Le plan d’action interministériel sur les PFAS prévoit notamment de s’appuyer sur les résultats de ces travaux pour étudier la faisabilité d’une surveillance des effets sanitaires susceptibles d’être associés à l’exposition aux PFAS chez l’humain et les êtres vivants (action 9 de l’axe 2 - Améliorer, renforcer la surveillance et mobiliser les données qui en sont issues pour agir).
L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), notamment, mène une série de travaux sur les PFAS, qui visent à caractériser les substances les plus fréquemment retrouvées, les niveaux de contamination auxquels les populations sont exposées et identifier les molécules les plus toxiques.
Les PFAS dans l’environnement
Comment les PFAS se diffusent-ils dans l’environnement ?
Les PFAS peuvent être disséminés dans l’environnement :
- Pendant leur processus de production.
- Pendant la fabrication de produits utilisant ces molécules.
- Pendant l’utilisation de ces produits (y compris pour certaines mousses anti-incendie) : des PFAS se retrouvent ainsi dans nos eaux usées et dans nos déchets.
- Dans le cadre de la gestion des eaux usées contenant des PFAS : ne pouvant pas traiter ces molécules de façon satisfaisante, les stations d’épuration peuvent être une source indirecte de dissémination de PFAS, à travers le rejet dans le circuit des eaux usées traitées et l’utilisation des boues d’épuration valorisées en amendement agricole, qui peuvent constituer une voie de transfert vers le sol, les eaux souterraines et les végétaux.
- Dans le cadre de la gestion des déchets contenant des PFAS :
- dans les sites de stockage de déchets, des PFAS peuvent être transférés dans le sol via l’infiltration et le ruissellement des lixiviats ;
- dans les usines d’incinération de déchets, des PFAS peuvent être dispersés dans l’air en cas de combustion incomplète.
Le processus de transfert varie selon le type de molécule :
- Les PFAS à chaîne longue (C > 7-8) s’accumulent dans le sol et les sédiments, constituant un stock qui va progressivement être relargué et s’infiltrer vers les eaux souterraines. Ces PFAS s’accumulent également dans les organismes vivants (bioaccumulation).
- Les PFAS à chaîne courte (C < 7-8), plus mobiles, migrent - parfois sur de longues distances - vers le sous-sol et les eaux souterraines.
- Les PFAS à chaîne très courte (C < 3) sont très mobiles et migrent rapidement vers les eaux souterraines.
Ces classifications, basées sur la longueur de la chaîne carbo-fluorée, ne sont pas strictes car les PFAS possèdent, pour la plupart, des groupements fonctionnels supplémentaires qui impactent grandement leurs propriétés et donc leur comportement dans l’environnement.
Processus affectant le devenir des PFAS suite à leur émission lors de l’utilisation de mousses anti-incendie de type AFFF (Agent formant un film flottant) (Cavelan A. et Togola A. 2025. État des lieux sur la méthodologie de diagnostic des sites pollués aux PFAS par l’utilisation des mousses anti-incendie).
© BRGM
Où trouve-t-on des PFAS ? Peut-on consulter les données sur leur présence dans l’environnement ?
Si la réglementation relative aux PFAS est de plus en plus restrictive, leur usage durant des décennies a entraîné une contamination durable des sols et des eaux à proximité des sites utilisateurs. Ainsi, on retrouve aujourd’hui des PFAS dans tous les compartiments de l’environnement : l’eau (aussi bien les eaux de surface, de pluie que les eaux souterraines), l’air, le sol et les sédiments.
Dans le cadre du plan d’action interministériel sur les PFAS, le BRGM a développé un outil de visualisation des données de surveillance des PFAS dans l’eau sur l’ensemble du territoire national. Considérée comme un important récepteur de PFAS, l’eau est en effet le milieu le plus surveillé à l’heure actuelle. Répondant à un objectif de transparence sur l’identification des sites émetteurs de PFAS et les mesures de ces substances, cet outil permet de visualiser les points de prélèvement et d’accéder à un aperçu des résultats associés. En juillet 2025, plus de 2,3 millions d’analyses étaient ainsi accessibles à tous : citoyens, élus locaux, services déconcentrés de l’État…
Sait-on éliminer les PFAS de l’environnement ?
Il convient de distinguer la dépollution des milieux (eaux, sols, etc.) et la dégradation des PFAS :
- Le traitement des sols et des eaux souterraines consiste à diminuer suffisamment les concentrations en PFAS afin de retrouver un état le plus proche possible de celui d’avant-pollution, à un coût technico-économique acceptable.
- La dégradation des PFAS consiste à utiliser des techniques physiques, thermiques, chimiques ou biologiques pour transformer ces substances en molécules moins voire non dangereuses (en fluor, par exemple).
Le traitement d’un milieu n’implique pas systématiquement la dégradation des PFAS ! Et si des solutions de dépollution de l’environnement existent, les techniques de destruction des PFAS sont encore en maturation dans les laboratoires.
Les méthodes de dégradation des PFAS directement dans les sols et les eaux souterraines montrent, pour le moment, des difficultés à rompre la liaison carbone-fluor (C-F) caractéristique des PFAS. Il faut en effet 1,5 fois plus d’énergie pour casser la liaison C-F que la liaison carbone-hydrogène (C-H) ! Et si certaines techniques peuvent amorcer une dégradation, il est crucial d’éviter que celle-ci soit incomplète : elle pourrait générer des PFAS à chaîne plus courte, souvent plus mobiles et dont l’impact sur la santé et l’environnement est encore méconnu. En outre, les méthodes chimiques impliquent le plus souvent l’ajout de réactifs et/ou le maintien de conditions de température et de pression potentiellement néfastes pour l’environnement. Quant à la biodégradation des PFAS par des microorganismes, les résultats sont, pour le moment, contrastés à l’échelle du laboratoire, bien que certains travaux récents soient plus encourageants.
L’alternative à la dégradation des PFAS directement dans les sols et les eaux souterraines consiste à en extraire ces substances pour les concentrer dans des résidus liquides ou solides. Toutefois, ces résidus issus du traitement peuvent constituer une nouvelle source de pollution ou tout au moins un déchet qu’il est nécessaire de gérer. Par exemple, l’eau peut être traitée par circulation dans du charbon actif granulaire, capable de retenir une partie - seulement - des PFAS. Une fois utilisé, le charbon actif devient un résidu concentré, dont la bonne gestion est essentielle pour ne pas engendrer une nouvelle pollution.
Plusieurs techniques permettent de séparer les PFAS des eaux prélevées après pompage (sur site ou hors site). Les plus matures sont le charbon actif granulaire, les résines échangeuses d’ions et la filtration membranaire (en particulier la nanofiltration et l’osmose inverse). Les deux premières techniques reposent sur une affinité chimique des PFAS beaucoup plus grande pour le substrat (charbon ou résine) que pour le milieu aqueux : on parle d’adsorption (accumulation des PFAS à la surface du substrat). La filtration repose, elle, principalement sur l’exclusion par la taille des molécules.
Ces techniques sont utilisées de longue date pour d’autres micropolluants, et efficaces pour de nombreux PFAS. Elles comptent d’ailleurs parmi les rares à avoir atteint le niveau maximal (9) sur l’échelle TRL (Technology Readiness Level - niveau de maturité technologique), qui correspond à une technologie pleinement opérationnelle et utilisée dans des conditions réelles. De nombreuses recherches sont cependant en cours pour rendre ces techniques plus efficaces vis-à-vis des PFAS à chaînes courtes et ultra courtes, ces molécules ayant moins d’affinité avec les surfaces et étant donc plus difficiles à séparer du milieu aqueux.
Certaines techniques de traitement mettent en œuvre l’approche contraire : il s’agit d’inverser le processus, en récupérant les PFAS adsorbés sur les sols. Cela est possible en injectant de l’eau, avec des tensioactifs hydrocarbonés pour une plus grande efficacité (des études sont en cours). Ces tensioactifs viennent remplacer les PFAS à l’interface des sols, permettant ainsi à ces molécules d’être transportées vers des points d’extraction. Les tensioactifs hydrocarbonés doivent être choisis avec soin afin de ne pas générer une pollution secondaire des milieux. L’eau extraite étant chargée en PFAS, elle doit être gérée avec précaution, à l’instar du charbon actif usagé.
Enfin, d’autres techniques sont déployées sur site en Europe : le traitement thermique des sols, l’incinération ou l’immobilisation in situ (charbon actif).
À noter : le panel de techniques présenté ici, qui se concentre sur les plus matures, n’est pas exhaustif. De nombreuses autres méthodes sont en cours de développement dans les laboratoires - un récent recensement en décomptait 25 pour le traitement des liquides et 11 pour le traitement des solides, sans compter les multiples déclinaisons et combinaisons de techniques, dont l’approche est particulièrement prometteuse.
Sait-on détruire les PFAS ?
Outre le confinement dans des installations de stockage de déchets, qui présente le risque d’impacter à nouveau l’environnement, l’incinération des déchets contenant des PFAS est actuellement la seule alternative pour l’élimination des PFAS. Mais la forte résistance de ces molécules oblige à recourir aux incinérateurs de déchets dangereux ou de cimenterie pour pouvoir atteindre une température dépassant les 1 000 °C durant au moins 3 secondes. Cette technique est donc énergivore et engendre en outre des sous-produits dans les gaz de combustion qui font encore l’objet d’études.
Parmi les techniques de dégradation en cours de développement, l’oxydation à l’eau supercritique permet de dégrader un grand nombre de PFAS, pour un coût énergétique moindre que l’incinération. La technique repose sur le passage de l’eau à un état intermédiaire entre le gaz et le liquide, ce qui déclenche une oxydation des PFAS. Elle nécessite toutefois des conditions de température et de pression très élevées (> 375 °C et > 218 bars) et donc une demande en énergie relativement importante. La demande énergétique est également importante pour le traitement par sonocavitation, un procédé consistant à créer à l’aide d’ultrasons des bulles microscopiques qui, en implosant, génèrent des pressions et des températures à même de dégrader les PFAS.
La réglementation sur les PFAS
La présence de PFAS dans l’eau est-elle réglementée et contrôlée ?
À noter : le BRGM s’intéresse principalement aux eaux souterraines.
Rappel : la qualité des eaux souterraines fait l’objet d’une surveillance par différents acteurs, dont le BRGM. Conformément à la directive-cadre européenne sur l’eau (DCE) publiée en 2000, plus de 110 molécules sont suivies au moins deux fois par an dans les eaux souterraines. Ces molécules sont liées aux rejets des eaux usées domestiques ou industrielles (polluants émergents, résidus médicamenteux), au lessivage des sols urbains (métaux, hydrocarbures, PCB) et aux polluants d’origine agricole (nitrates, pesticides). Tous les six ans, 110 molécules supplémentaires sont mesurées en métropole et outre-mer, en plus de 50 autres pour la surveillance spécifique dans ces territoires. Ce qui porte à 320 environ le nombre de molécules figurant au programme de la surveillance régulière de la qualité des eaux souterraines en France. À ces analyses s’ajoutent des mesures spécifiques locales et d’autres liées à des programmes de recherche. On recense ainsi, dans le portail national d’accès aux données sur les eaux souterraines (ADES), plusieurs milliers de molécules analysées au moins une fois.
Réglementation relative aux PFAS dans l’eau destinée à la consommation humaine : la directive européenne 2020/2184, transposée en France via l’arrêté du 30 décembre 2022
Cette directive fixe une liste de 20 PFAS dont la concentration totale (la somme) ne doit pas dépasser une certaine valeur (0,1 µg/L) dans les eaux destinées à la consommation humaine (EDCH). Leur suivi deviendra obligatoire au 1er janvier 2026 et sera assuré par les agences régionales de santé (ARS), chargées du contrôle sanitaire de la qualité des EDCH. Des limites de qualité sont toutefois déjà en vigueur et doivent être appliquées si des suivis sont déjà mis en œuvre.
Notes d’instruction pour la gestion des EDCH : DGS/EA4/2024/30 du 12 mars 2024 et DGS/EA4/2025/22 du 19 février 2025.
Réglementation en lien avec l’environnement : directive-cadre européenne sur l’eau (DCE) et arrêté national du 26 avril 2022
Cet arrêté impose, dans le programme de surveillance des eaux, un suivi régulier des PFAS dans les eaux de surface (5 composés) et dans les eaux souterraines (20 composés depuis 2022, contre 6 en 2015). S’il se développe, le suivi des PFAS dans les eaux souterraines est encore récent et ne nous permet pas de disposer d’un historique suffisant pour analyser l’évolution de leur présence dans ces ressources.
Réglementation en lien avec la surveillance des sites industriels : arrêté ministériel du 20 juin 2023
Cet arrêté renforce la surveillance des PFAS dans les rejets aqueux des industriels. Toutes les installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) soumises à autorisation, qui utilisent, produisent, traitent ou rejettent des PFAS dans l’environnement via leurs eaux de process ou leurs eaux pluviales, doivent identifier et rechercher ces substances. Et ce, pour les 20 composés de la liste de la directive européenne 2020/2184 sur les eaux destinées à la consommation humaine, mais aussi pour les autres composés utilisés dans leurs procédés. Ces analyses doivent être réalisées chaque mois, sur trois mois consécutifs. Les données sont disponibles en libre accès sur les sites internet des directions régionales de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (Dreal). Les principaux émetteurs de PFAS devront mettre en place un plan d’actions pour limiter les rejets et améliorer la surveillance de ces substances. Cet exercice exploratoire est en voie de pérennisation.
À noter : la réglementation relative aux PFAS évolue actuellement, en Europe comme en France. Dans notre pays, des campagnes exploratoires du même type que celles menées sur les rejets aqueux des ICPE sont en cours (pour les rejets gazeux des ICPE) ou en construction (pour les eaux usées urbaines, dans le cadre de la directive sur les eaux résiduelles urbaines).
Que contient le plan d’action interministériel sur les PFAS ?
Pour structurer les actions en réponse aux préoccupations grandissantes concernant les impacts des PFAS sur la santé humaine et la biodiversité, la France s’est dotée, en avril 2024, d’un plan d’action interministériel.
Celui-ci s’articule autour de 5 axes :
- Axe 1 : Acquérir des connaissances sur les méthodes de mesures des émissions, sur la dissémination et les expositions
- Axe 2 : Améliorer, renforcer la surveillance et mobiliser les données qui en sont issues pour agir
- Axe 3 : Réduire les risques liés à l’exposition aux PFAS
- Axe 4 : Innover en associant les acteurs économiques et soutenir la recherche
- Axe 5 : Informer pour mieux agir
Pourquoi ne pas interdire les PFAS ?
La gestion des PFAS associe la surveillance de ces molécules et leur réduction à la source par une réglementation de leur production et de leur utilisation.
Comptant parmi les PFAS les plus toxiques et entrant dans la composition des mousses anti-incendie, les PFOA, les PFOS et leurs dérivés sont déjà interdits au niveau international. De nouvelles mesures de restriction ou d’interdiction des PFAS sont actuellement en discussion. Elles posent toutefois la question des produits de substitution, sur lesquels peu d’études sont en cours.
Au niveau européen : dans le sillage de l’accord de Madrid de 2014, qui proposait de mettre fin à la production et à l’utilisation de PFAS pour tout usage "non essentiel", plusieurs pays (Danemark, Allemagne, Pays-Bas, Norvège, Suède) plaident pour l’abandon progressif des PFAS dans l’Union européenne, à moins qu’il ne soit prouvé leur usage essentiel pour la société.
En France : une loi, adoptée en février 2025, vise à interdire l’usage de PFAS dans certains produits de consommation à compter du 1er janvier 2026 (emballages alimentaires, cosmétiques, vêtements, farts de ski, etc.) et du 1er janvier 2030 (textiles, à l’exception de ceux utilisés dans les missions relevant de la défense ou de la sécurité civile) et à mieux informer le public, au moyen notamment d’une carte des sites émetteurs ou anciens émetteurs de PFAS dans l’environnement. Le texte prévoit également la création d’une redevance collectée auprès des industriels émettant des PFAS, destinée à financer les agences de l’eau afin de soutenir les besoins de traitement de l’eau potable des collectivités locales.
L’action du BRGM sur la problématique des PFAS
Quel est le rôle du BRGM concernant les PFAS ?
Le BRGM intervient depuis une quinzaine d’années sur le sujet des PFAS, à l’interface de plusieurs de ses domaines de compétence sur le sous-sol. Ses travaux consistent à mieux connaître ces substances et mieux comprendre leur comportement dans l’environnement, notamment dans les sols et les eaux souterraines, afin de concevoir des solutions de remédiation. Ce sujet est particulièrement complexe en raison de la diversité des PFAS et de l’hétérogénéité de leurs propriétés physico-chimiques, qui induisent des mécanismes différents d’interaction avec l’eau, le sol, les sédiments et l’air. Le BRGM s’attache également à identifier les problématiques associées au transfert des PFAS dans l’environnement, depuis leur lieu d’émission vers les milieux récepteurs, dans le but de prédire l’évolution de ces substances dans les sols et les eaux souterraines.
À noter : service géologique national, le BRGM est l’établissement public français expert du sol et du sous-sol. Ses travaux scientifiques portent sur l’espace souterrain, en recherche et en appui aux politiques publiques. Dans le domaine de l’eau et des risques, il s’attache à développer des solutions de gestion ou de remédiation optimales en termes de mise en œuvre et de coût, afin de favoriser la préservation des ressources et l’aménagement durable des territoires. Il n’intervient pas sur les questions liées à l’usage des PFAS ni à l’impact de ces molécules sur la santé et la biodiversité.
Le BRGM partie prenante du plan d’action interministériel sur les PFAS
Le BRGM est en outre partie prenante du plan d’action interministériel sur les PFAS lancé au printemps 2024. Il est fortement impliqué dans l’axe 1, sur le développement des connaissances et des méthodes de mesure des PFAS, et a déjà produit plusieurs rapports dans ce cadre :
- inventaire des différents PFAS susceptibles d’être présents sur les sites utilisant des mousses anti-incendie à travers le monde,
- état des lieux des méthodes et des résultats des campagnes menées à l’international pour déterminer les valeurs de fond des PFAS dans les sols,
- synthèse des pratiques mises en œuvre dans le monde pour rechercher, identifier et quantifier ces molécules dans un environnement considéré.
En lien avec l’axe 2 du plan PFAS (action 7), le BRGM a développé une méthodologie de priorisation, basée notamment sur la vulnérabilité des eaux souterraines, à partir de données issues de bases de données nationales sur l’eau. Cette approche, dont l’opérationnalité a été testée sur plusieurs aéroports de la direction générale de l’Aviation civile (DGAC), vise à aboutir à un classement des sites les plus à risques et à investiguer, et a vocation à être appliquée à d’autres sites potentiellement émetteurs de PFAS : sites militaires, services départementaux d’incendie et de secours (SDIS), installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE). En parallèle, un travail est mené sur l’identification de la composition des mousses anti-incendie, en collaboration avec les différents utilisateurs (SDIS, armée, industriels volontaires), afin d’améliorer les stratégies de surveillance de ces sites émetteurs en termes de PFAS suivis et de protocole de prélèvement.
En lien avec l’axe 3 du plan PFAS (action 17), le BRGM a intégré les PFAS dans la base de données ActiviPoll, qui répertorie et qualifie les corrélations entre les activités industrielles et les polluants qui peuvent leur être associés d’après le croisement de diverses sources d’information (bases de données françaises et littérature internationale spécialisée). Un export complet de la base GIDAF datant du 10 juin 2024 a permis d’intégrer dans ActiviPoll toutes les données sur les PFAS disponibles dans cette base, à cette date. Au total, 18 529 quantifications de PFAS ont été exploitées, aboutissant à 2 100 corrélations entre 53 composés et 115 activités. Dans la version actuelle d’ActiviPoll, 38 nouvelles molécules sont rattachées à la catégorie des PFAS.
Le BRGM intervient également dans l’axe 5 de ce plan, pour l’action 23 : Développement progressif d’un outil de visualisation des données et des sites et investigation des possibilités et freins pour une interopérabilité entre les sources de données de mesure des PFAS dans les milieux. À ce titre, l’établissement a développé un outil cartographique accessible à tous, qui permet déjà d’afficher, sur l’ensemble du territoire national, toutes les données de surveillance existantes associées aux sites faisant l’objet d’un suivi des PFAS dans l’eau : coordonnées des points de prélèvement, résultats des mesures de PFAS dans l’eau, etc.
Comment le BRGM contribue-t-il à une meilleure gestion des PFAS ?
Les compétences et l’expertise du BRGM sont mobilisées dans trois domaines liés à la problématique des PFAS :
- L’aide à la prise de décision par les services de l’État et les collectivités, en fournissant un appui scientifique et technique pour la compréhension et la gestion de la présence et du devenir des PFAS dans les eaux souterraines. Cela passe par la mise à disposition de données, de connaissances et la formulation de propositions méthodologiques.
- L’appui à la rédaction des textes règlementaires nationaux et internationaux qui régissent la surveillance des PFAS, à travers un appui technique concernant l’identification des substances à suivre, le développement et la validation des méthodes à mettre en œuvre, associées aux performances analytiques atteignables à un coût acceptable.
- La recherche de solutions de remédiation, à travers le développement de technologies de dépollution des sols et des eaux souterraines et de destruction des PFAS.
Dans le cadre de ses activités de recherche, le BRGM mène plusieurs projets en lien avec les PFAS. Parmi les plus récents :
Le projet H2020 PROMISCES (2021-2025)
Le projet européen PROMISCES, coordonné par le BRGM, vise à contribuer au déploiement de l’économie circulaire en réduisant les risques associés à la présence de certains polluants persistants et mobiles d’origine industrielle, notamment les PFAS.
Les principaux objectifs :
- Développer des méthodes d’analyse permettant de quantifier et caractériser les PFAS dans différentes matrices environnementales (eaux, eaux usées, boues, sédiments, sols…).
- Mieux comprendre le comportement et le devenir des PFAS dans le sol et les eaux souterraines, mais aussi leur transfert dans le cadre de la réutilisation des ressources naturelles, afin de mieux évaluer leur impact sur l’homme et l’environnement.
- Développer des méthodes de traitement pour le sol et les eaux, notamment dans des contextes de sites pollués par l’usage de mousses anti-incendie contenant des PFAS.
- Proposer un outil d’aide à la décision pour les décideurs et les gestionnaires concernés par la problématique des PFAS.
En savoir plus sur le projet PROMISCES
Le projet PERMUTE (2024- 2027)
Lauréat de l’appel à projets de recherche Gesipol de l’Ademe, qui encourage l’innovation pour une meilleure gestion des sites pollués et la réhabilitation écologique des friches polluées, le projet Permute vise à développer une solution (mousse) capable d’extraire efficacement les PFAS des sols contaminés et de traiter les effluents pollués par une combinaison de méthodes chimiques et physiques (adsorption), en remplacement de l’incinération ou du stockage des sols contenant des PFAS.
En savoir plus sur le projet PERMUTE
Le projet PFAStwin (2022-2026)
Les principaux objectifs du projet PFAStwin sont de renforcer les compétences de la faculté de chimie de l’université de Belgrade (UBFC) dans le domaine de l’analyse et de la bioremédiation des PFAS, à travers des collaborations avec les institutions des pays partenaires, dont le BRGM pour la France. L’enjeu est d’accroître la capacité de la République de Serbie à atténuer les pollutions par les PFAS et de concevoir des stratégies innovantes face aux problématiques complexes liées à ces substances persistantes.
En savoir plus sur le projet PFAStwin
Le projet Concerto (2020)
Associant le BRGM et l’entreprise Colas Environnement, le projet Concerto consistait, entre autres, à expérimenter un procédé de dépollution chimique des eaux souterraines contenant des PFAS. Les essais ont permis de réduire jusqu’à 70 % la concentration de certains de ces composés. Une méthode d’analyse a également été mise au point sur 18 PFAS présents dans les eaux souterraines jusqu’à de faibles concentrations (20 à 100 ng/l).
En savoir plus sur le projet Concerto
La plateforme PRIME
Après les développements analytiques et les expérimentations en laboratoire, la plateforme PRIME du BRGM permet de réaliser des essais à une échelle plurimétrique, facilitant ainsi la démonstration in situ et la modélisation. Cet équipement de pointe permet d’éprouver les méthodes de surveillance en conditions contrôlées, d’étudier la migration des PFAS dans une nappe et le sol et de tester des techniques de remédiation.
Comment aborder la question du coût de la dépollution ?
Les méthodes d’élimination des PFAS actuellement à l’étude affichent des performances variables selon les matrices et les PFAS traités. Elles présentent en outre des freins réels, liés notamment à leur complexité de mise en œuvre et à la quantité d’énergie nécessaire pour piéger ou détruire ces substances persistantes. Les travaux du BRGM visent ainsi à optimiser les procédés au plan technique, pour améliorer leur efficacité et leur rendement, mais aussi au niveau économique (énergie, matériel…) afin de réduire leur coût et de développer leur application à grande échelle.