D’ici 2030, le bassin Adour-Garonne figurera parmi les plus affectés par le changement climatique en France, avec un débit divisé par deux. À cette pression environnementale s’ajoute une croissance démographique estimée à 1,5 million de personnes, accentuant la pression sur les ressources en eau. Le déficit futur pourrait ainsi dépasser 2 milliards de mètres cubes par an. Face à ce défi sans précédent, la recharge maîtrisée des aquifères s’impose comme une solution clé.
22 juin 2026
Site accueillant les installations d’infiltration R’Garonne.

Site accueillant les installations d’infiltration R’Garonne.

© BRGM

Le vendredi 29 mai a marqué la fin de la recharge de la nappe alluviale de la Garonne dans le cadre de l’expérimentation scientifique R’Garonne, menée à Cazères-sur-Garonne par le BRGM en collaboration avec le Syndicat Mixte de l’Eau et de l’Assainissement de Haute-Garonne (Réseau31).

Ce projet expérimental à caractère scientifique et technique a été lancé en 2023, dans le but de soutenir les étiages du fleuve Garonne et de préserver les milieux aquatiques. Une initiative qui répond à un enjeu croissant, mis en lumière par le diagnostic du Cerema qui prévoit une réduction pouvant atteindre 60% du débit estival du fleuve, des étiages plus longs et plus sévères, ainsi qu’une température de l’eau dépassant de plus en plus fréquemment les 25°C en été. Or, l’eau de la Garonne constitue une ressource vitale pour l’ensemble du territoire haut-garonnais, notamment pour l’alimentation en eau potable, les activités agricoles et les usages industriels.

La recharge maitrisée de nappe est considérée comme une des actions nécessaires, inscrite dans le plan d’adaptation au changement climatique et reprise dans les programmes d’actions de l’Entente pour l’eau, et plus localement dans le projet de territoire Garon’amont porté par le Conseil départemental de la Haute-Garonne.

L'objectif : recharger la nappe pour soutenir l'étiage de la Garonne

Le principe repose sur un contraste marqué entre les vitesses d’écoulement des eaux superficielles et celles des eaux souterraines.  Ainsi, une goutte d’eau parcourant la Garonne atteint l’océan en environ dix jours, tandis que la même goutte d’eau parcourt quelques kilomètres par an au sein des nappes souterraines.

Le projet consiste à recharger la nappe alluviale de la Garonne à partir de l’eau du canal St Martory, en période de hautes eaux (novembre à mai), quand le débit de la Garonne est important.

L’eau est dérivée gravitairement via le canal secondaire du Tuchan, puis le ruisseau naturel de l’Aygossau afin de l’acheminer vers le dispositif d’infiltration pour alimenter la nappe alluviale. L’eau sera restituée à la Garonne quelques mois plus tard, de façon différée, au moment où on en a le plus besoin (période estivale et d’étiage de la Garonne).

Il s’agit donc de favoriser l’alimentation de la nappe alluviale en respectant le cycle naturel de l’eau.

35 piézomètres équipés d’enregistreurs assurent un suivi continu du niveau d’eau, de la température et de la conductivité.

35 piézomètres équipés d’enregistreurs assurent un suivi continu du niveau d’eau, de la température et de la conductivité.

© BRGM

Les résultats de l'expérimentation présentés au printemps 2027

Le projet R’Garonne constitue un démonstrateur à grande échelle, conçu pour lever les verrous scientifiques associés à ce type d’expérimentation, en vue de développer à terme des dispositifs opérationnels. Le caractère innovant de ce démonstrateur de recharge maitrisée de la nappe alluviale réside dans le fort débit d’infiltration concerné (allant jusqu’à 350 l/s, soit de l’ordre de 1 million de m3 par mois). 

Plusieurs dispositifs de mesure ont été déployés pour suivre l’évolution des niveaux d’eau et contrôler la qualité du milieu sur le secteur. Ce réseau comprend 35 piézomètres équipés d’enregistreurs assurant un suivi continu du niveau d’eau, de la température et de la conductivité. Les premières observations confirment le bon fonctionnement du dispositif et mettent en évidence une remontée significative de la nappe alluviale sous l’effet de l’infiltration : une élévation de 2 à 4 mètres a été observée dans un rayon de 800 mètres, et d’au moins 1 mètre sur plusieurs kilomètres à la périphérie. 

À partir de ces premières observations et par extrapolation des résultats, il est estimé qu’une infiltration continue sur la période considérée pourrait concerner un volume de 7 à 8 millions de m3 pour une surface d’infiltration d’1 hectare. Cette eau serait ultérieurement restituée au fleuve, avec un bénéfice net pour la Garonne de l’ordre de 2 à 3 millions de m3 d’eau rafraîchie (entre 10 et 15 °C), particulièrement précieuse pour l’écosystème aquatique durant la période estivale et d’étiage, où les besoins sont les plus élevés. 

La suite de cette expérimentation prévoit la collecte des données provenant des différents piézomètres, suivie d’une phase d’analyse approfondie. Les résultats seront ensuite présentés officiellement au printemps 2027. Cette restitution inclura le rapport du BRGM ainsi que celui de Réseau31. 

Budget de l’expérimentation : 2,5 M€ pour les missions expérimentales de Réseau31 et du BRGM, financées par l’Agence de l’Eau Adour-Garonne (56%), le Conseil Régional d’Occitanie (16 %), le Conseil départemental de la Haute-Garonne et RÉSEAU31 (16%) et le BRGM (12%).

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