Une forte recharge des nappes avec 84% des niveaux en hausse
Sur l’ensemble du territoire les pluies de février ont permis une recharge importante des nappes. Le niveau des nappes sur les trois quarts sud-ouest de l’hexagone est excédentaire, de modérément haut à très haut.
Seules quelques nappes du quart nord-est du territoire ont encore des niveaux modérément bas mais la situation s’améliore et les tendances d’évolution sont à la hausse.
Le bilan provisoire de la recharge hivernale 2024-2025 permet d’espérer des niveaux satisfaisants sur une grande partie des nappes réactives pour le trimestre prochain. Cependant, des incertitudes existent concernant l’efficacité des pluies du printemps, avec la reprise de la végétation. Les prévisions à plus long terme restent incertaines.
Situation des nappes d’eau souterraine : une carte revisitée et plus fréquente
Très attendu chaque mois par le public, le bulletin de situation des nappes phréatiques évolue. Désormais diffusée deux fois par mois, la carte se dote d'une nouvelle palette de couleurs, pour une meilleure lisibilité.
À partir du 1er juillet 2025, la carte comparative entre le mois en cours et le même mois de l'année précédente est également rééditée dans la nouvelle gamme de couleurs.
Carte de France hexagonale de la situation des nappes d'eau souterraine au 1er mars 2026.
© BRGM
Tendances d’évolution
La période de recharge s’est amorcée entre fin août et septembre 2025 sur de nombreuses nappes réactives, a marqué une pause début octobre avant de reprendre fin octobre et de se poursuivre en novembre et décembre. Les pluies du mois de janvier n’ont pas été suffisamment efficaces pour maintenir une recharge active. Concernant les nappes inertielles, la période de recharge a commencé à se mettre en place à partir d’octobre 2025 mais elle a peiné à se généraliser.
En février 2026, la recharge est active avec 84% des niveaux en hausse (56% en janvier). Les pluies du mois de février ont permis une recharge très exceptionnelle. La recharge est bien plus active en 2026 qu’en 2025 (49% des niveaux en hausse) pour ce mois de février.
Nappes inertielles
Les pluies de l’automne et de l’hiver 2025-2026 ont été généralement déficitaires sur le Bassin parisien et l’est de l’Artois. En février 2026, les précipitations ont été excédentaires permettant à la recharge de se généraliser aux nappes très inertielles du centre du Bassin parisien et de l’est de l’Artois : les tendances se stabilisent pour les nappes les plus inertielles ou sont à la hausse. La recharge reste cependant peu active au centre du Bassin parisien, du fait de la lente infiltration des pluies jusqu’aux nappes.
Concernant les nappes inertielles du couloir Rhône-Saône, la recharge est active depuis octobre ou novembre 2025. En février 2026, les tendances sont orientées à la hausse.
Nappes réactives
Des épisodes de recharges conséquents s’observent sur l’ensemble des nappes réactives et les tendances sont à la hausse. Cependant, les pluies importantes n’ont pas toujours été très efficaces pour les nappes. L’impact de ces pluies sur la recharge a été essentiellement fonction de l’humidité des sols, des sols secs ou saturés limitant les infiltrations en profondeur. Les précipitations intenses sur un temps court ont souvent saturé les sols, favorisant le ruissellement au détriment de l’infiltration vers les nappes.
Pour le nord-est et le Jura, les premières pluies de février ont d’abord permis d’humidifier les sols, après trois mois de sécheresse, avant de réussir à s’infiltrer en profondeur. Les nappes très réactives des calcaires jurassiques du Jura et de Lorraine ont réagi plus rapidement que les nappes moins réactives des grès vosgiens et des calcaires triasiques de Lorraine et de la craie de Champagne.
Pour les deux-tiers sud du territoire, la Bretagne et la Corse, les précipitations intenses ont permis de recharger efficacement les nappes. Cependant, les sols saturés ont pu limiter l’infiltration des eaux. Fin février, après l’arrêt des pluies, la décharge des nappes (décrue) a souvent eu du mal à se mettre en place, du fait des cours d’eau en crue et des volumes d’eau importants à évacuer.
Situation comparée entre le 1er mars 2025 et le 1er mars 2026
Carte de France hexagonale de la situation des nappes au 1er mars 2025 (à gauche) et au 1er mars 2026 (à droite).
© BRGM
Situation des nappes
En fin d’été 2025, la situation des nappes était généralement satisfaisante pour les nappes inertielles et pour la plupart des nappes réactives. Elle s’est ensuite améliorée en septembre 2025 puis s’est stabilisée entre octobre et décembre 2025 et s’est légèrement dégradée en janvier 2026.
En février 2026, les niveaux des nappes se sont fortement améliorés par rapport à janvier. Les situations sont généralement très excédentaires : 18% des points d’observation sont sous les normales mensuelles, 15% sont comparables et 67% sont au-dessus (respectivement 40%, 24% et 36% en janvier).
La situation actuelle est comparable à celle de février 2025 avec 61% des niveaux qui étaient au-dessus des normales mensuelles. La situation est meilleure en 2026 pour toutes les nappes réactives mais est plus dégradée pour les nappes inertielles.
Nappes inertielles
La très faible recharge enregistrée sur ces derniers mois impacte les nappes inertielles du Bassin parisien et de l’Artois. Les pluies de février s’infiltrent lentement et n’impactent pas encore les nappes les plus inertielles. Les situations restent donc stables ou s’améliorent légèrement en février 2026 pour les nappes moins inertielles du pourtour du Bassin parisien. L’état des nappes est généralement satisfaisant, proche des normales, mais des disparités existent au sein d’une même nappe. Le nord de la nappe de la craie de Champagne peut atteindre des niveaux bas.
Les niveaux des nappes du Sundgau (sud Alsace) et du couloir Rhône-Saône sont globalement proches des normales. Les pluies de février sont suffisamment efficaces pour assurer une amélioration locale des situations.
Nappes réactives
Concernant les nappes réactives des deux-tiers sud, la recharge exceptionnelle de février a fait nettement remonter les niveaux, engendrant des situations excédentaires, de modérément hautes à très hautes.
Des situations exceptionnellement hautes ont été enregistrées sur de nombreuses nappes. Les nappes de Bretagne, de la vallée de la Garonne et de ses affluents, du sud du Massif central, du pourtour du bassin méditerranéen et de Corse affichaient déjà des niveaux au-dessus des normales en janvier 2026. Les niveaux ont été maintenus à des situations hautes à très hautes en février. Les nappes très réactives des calcaires jurassiques et crétacés du nord-est du Bassin aquitain ont enregistré une amélioration notable de leur état pour atteindre des niveaux très hauts.
Les nappes réactives affichant des niveaux élevés ont pu contribuer aux inondations et aux crues des cours d’eau de février, soit directement en débordant au-dessus du sol ou en alimentant le cours d’eau, soit indirectement en saturant les sols, limitant ainsi l’infiltration des pluies et favorisant le ruissellement. Des crues issues des sources karstiques ont également pu survenir, contribuant aux crues des différents cours d’eau. L’évacuation progressive des eaux souterraines vers les vallées a sans doute contribué à prolonger la durée des crues et à accroître leur extension.
Au nord-est, la recharge a été moins conséquente. Les nappes très réactives des calcaires situées à l’ouest de la Lorraine et dans le Jura ainsi que les nappes de la plaine d’Alsace atteignent des niveaux proches des normales à modérément hauts. La nappe des grès de l’est de Lorraine est moins réactive aux pluies et reste à des niveaux modérément bas.
Nappes présentant des situations excédentaires
Des nappes présentent des niveaux très excédentaires, par rapport aux mois de février des années antérieures :
- La recharge exceptionnelle de février des nappes des calcaires jurassiques et crétacés du nord-est du Bassin aquitain et des nappes du socle du plateau du Limousin et de la Chataigneraie a engendré des niveaux très hauts ;
- Les niveaux sont exceptionnellement hauts pour les nappes alluviales de la Garonne, de la Dordogne et de leurs principaux affluents ;
- Les nappes du socle de la Bretagne ouest affichent des niveaux très hauts, conséquence des cumuls pluviométriques importants de janvier et février ;
- La recharge importante de mi-décembre à février a permis d’engendrer des niveaux très hauts pour les nappes alluviales et des formations tertiaires du littoral du Languedoc et de Corse ainsi que pour les nappes des calcaires karstifiés du sud du Massif central et de Provence.
Nappes présentant des situations moins favorables
Des nappes présentent des situations moins favorables avec des niveaux modérément bas par rapport aux mois de février des années précédentes :
- La recharge 2025-2026 des nappes du nord-est (Avesnois, Champagne et Lorraine) est déficitaire mais les situations s’améliorent pour atteindre des niveaux autour de la moyenne à modérément bas ;
- La recharge déficitaire impacte les nappes inertielles du Bassin parisien et de l’Artois qui affichent des situations proches des normales ;
- Les pluies ont été peu efficaces pour les nappes inertielles du couloir Rhône-Saône, qui restent à des niveaux proches des normales.
Chiffres clés
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84.00%des niveaux sont en hausse
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67.00%des niveaux sont au-dessus des normales mensuelles
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18.00%des niveaux sont sous les normales mensuelles
Prévisions
Les prévisions saisonnières de Météo-France sur les mois de mars, avril et mai 2026 privilégient des températures plus élevées sur l’ensemble du territoire. Un scénario d’un trimestre plus humide que la normale est le plus probable sur la moitié nord de la France hexagonale. Aucun scénario n’est privilégié sur la moitié sud et en Corse.
Les tendances et l’évolution des situations des nappes sur les prochaines semaines dépendront exclusivement des pluies infiltrées, et donc des cumuls pluviométriques, du temps de réponse de la nappe (réactivité / inertie) et des besoins de la végétation qui se réveille de sa période de dormance hivernale.
Si les prévisions de Météo-France se confirment, les pluies printanières sur le nord du territoire pourraient permettre d’engendrer de nouveaux épisodes de recharge. Cependant, le réveil précoce de la végétation, en lien avec les températures élevées, devrait limiter l’infiltration des pluies en profondeur. La période de recharge pourrait alors se terminer précocement pour l’ensemble des nappes.
Nappes inertielles
La situation des nappes inertielles (Artois, Bassin parisien, Sundgau et couloir Rhône-Saône) dépend de l’état à l’étiage précédent et des pluies efficaces cumulées sur l’ensemble de la période de recharge.
La recharge devrait se poursuivre en mars pour les nappes inertielles du Sundgau (sud Alsace) et du couloir Rhône-Saône, avec l’infiltration lente des pluies de février. Les situations pourraient alors s’améliorer ou rester stables, selon les volumes d’eau infiltrés.
Des incertitudes relatives à la fin de la période de recharge et à l’efficacité des pluies du printemps subsistent. Les prévisions pour l’été 2026 sont incertaines. Les niveaux seront assurément plus bas que ceux de 2025, du fait d’une recharge 2025-2026 déficitaire.
Nappes réactives
Le bilan provisoire de la recharge hivernale 2024-2025 permet d’espérer des niveaux satisfaisants sur une grande partie des nappes réactives pour le trimestre prochain. Concernant les nappes réactives affichant des niveaux très excédentaires, de hauts à très hauts, les prévisions saisonnières sont optimistes. Elles sont plus pessimistes pour les nappes du nord-est affichant des niveaux modérément bas en février 2026.
Cependant, des incertitudes existent concernant l’efficacité des pluies du printemps, avec la reprise précoce de la végétation, et concernant les besoins en eau. Les pluies du printemps seront essentielles pour conserver des niveaux au-dessus des normales le plus tardivement possible. Les nappes réactives peuvent se vidanger en quelques semaines, en cas de sécheresse prolongée et intense. Ainsi, les prévisions à plus long terme, notamment pour la fin de l’été 2026 et la période d’étiage, restent incertaines.
Fin février, la décrue s’amorce sur les nappes réactives mais de nombreux niveaux des deux-tiers sud du territoire, de Bretagne et de Corse demeurent hauts à très hauts. Le risque d’inondation par remontée de nappes demeure présent, en particulier en cas d’épisodes pluviométriques conséquents au cours du mois de mars. Toutefois, ce risque devrait progressivement diminuer avec le début probable de la période de vidange.
Contact presse
État des nappes d’eau souterraine : un suivi assuré par le BRGM
L’eau souterraine est une ressource très utilisée : en France hexagonale, elle représente près des deux tiers de la consommation d’eau potable et plus du tiers de celle du monde agricole. Elle est aussi largement exploitée dans le secteur industriel. Les nappes d’eau souterraine dépendent de recharges cycliques.
Le BRGM assure la surveillance du niveau des nappes phréatiques et de la qualité des eaux souterraines en France hexagonale. Découvrez les actions menées par le service géologique national et les ressources et bases de données disponibles sur l'eau souterraine en France.
Recharge des nappes : 3 questions pour mieux comprendre
Comment les nappes se rechargent-elles et comment se vident-elles ?
Le niveau des nappes varie au cours de l’année, entre des niveaux hauts l’hiver (quand la végétation n’absorbe pas l’eau des pluies) et des niveaux bas l’été (période classique de vidange des nappes).
Le devenir d'une pluie est très différent selon la période de l'année et l'état de la surface sur laquelle elle tombe. Traditionnellement, la période de recharge des nappes s'étend du début de l'automne (septembre - octobre) au début du printemps (mars - avril), semestre durant lequel la végétation est en sommeil (avec une évapotranspiration faible) et les précipitations sont en principe plus abondantes. Si l'hiver est sec, la recharge des nappes est très faible.
À partir du printemps et durant l’été, la hausse des températures, la reprise de la végétation, et donc l’augmentation de l’évapotranspiration, limitent l’infiltration des pluies vers les nappes. Entre mai et octobre, sauf événements pluviométriques exceptionnels, la vidange des nappes se poursuit habituellement et les niveaux continuent de baisser jusqu’à l’automne.
Pourquoi certaines nappes se rechargent-elles plus vite que d'autres ?
Les nappes s'écoulent plus ou moins rapidement selon la porosité (pourcentage de vides dans la roche) et la perméabilité (capacité à laisser circuler l’eau – connexion entre ces vides) des aquifères. Plus les vides sont importants, grands et reliés entre eux, plus la nappe s’écoulera vite, et plus elle se remplira, mais aussi se videra vite.
Un même volume d’eau peut parcourir une même distance :
- en quelques années en milieu poreux,
- en quelques mois en milieu fissuré,
- et en quelques jours, voire quelques heures, en milieu karstique.
Nappes inertielles, nappes réactives : de quoi s'agit-il ?
L'impact de la qualité de la recharge hivernale est différent selon la cyclicité de la nappe, c’est-à-dire sa réactivité à l’infiltration d’une pluie.
On parle de nappes :
- réactives (dans des aquifères constitués de sables, graviers, calcaires karstiques, granites altérés). Elles se distinguent par des réactions rapides : elles peuvent se recharger lors de fortes pluies estivales, mais ont également une sensibilité importante à la sécheresse. Leur état de remplissage peut donc varier très rapidement au cours d’une même saison.
- inertielles (dans des aquifères constitués de craie, calcaire non karstique, grès). Leurs réactions sont lentes. Leur cyclicité peut être pluriannuelle, c’est-à-dire qu’elles nécessitent une longue période pour se recharger ou se vidanger.
Cyclicité des nappes d'eau souterraine en France hexagonale.
© BRGM
Carte établie le 5 mars 2026 par le BRGM, à partir de données de la banque ADES acquises jusqu’au 28 février 2026.
Source des données : ADES (ades.eaufrance.fr) / Hydroportail (hydro.eaufrance.fr) / Fond de carte © IGN. Producteurs de données et contribution : APRONA, BRGM, Conseil Départemental de la Vendée, Conseil Départemental des Landes, Conseil Départemental du Lot, EPTB Vistre Vistrenque, Parc Naturel Régional des Grandes Causses, Syndicat Mixte d’Etudes et de Travaux de l’Astien (SMETA), Syndicat Mixte pour la protection et la gestion des nappes souterraines de la plaine du Roussillon (SMNPR).
Cette carte présente les indicateurs globaux traduisant les fluctuations moyennes des nappes. Ils sont établis à partir des indicateurs ponctuels relevés au niveau des points de surveillance du niveau des nappes (piézomètres).
L'indicateur "Niveau des nappes" compare le mois en cours par rapport aux mêmes mois de l’ensemble de la chronique, soit au minimum 15 ans de données, et jusqu'à plus de 100 ans. Il est réparti en 7 classes, du niveau le plus bas (en rouge) au niveau le plus haut (en bleu foncé).
Les zones grises correspondent à des secteurs sans nappes libres, c'est-à-dire avec une couche imperméable ou semi-perméable au-dessus de la nappe, et/ou des secteurs comportant une très faible densité de points de suivi. Ce dernier cas concerne notamment les zones montagneuses dont les nappes sont petites et hétérogènes.
L'indicateur "Évolution des niveaux" traduit la variation du niveau d'eau du mois échu par rapport aux deux mois précédents (stable, à la hausse ou à la baisse).
Ces indicateurs globaux rendent compte de situations et de tendances générales et ne tiennent pas compte d'éventuelles disparités locales.