Nappes d'eau souterraine au 1er mai 2021 et risques de sécheresse estivale

Les tendances d'évolution sont à la baisse sur l’ensemble des nappes phréatiques. Pour l'été 2021, les risques de sécheresse hydrogéologique sont considérés comme forts sur une grande partie du territoire.
18 mai 2021
Carte de France de la situation des nappes au 1er mai 2021

Carte de France de la situation des nappes au 1er mai 2021.

© BRGM

Situation hydrogéologique au 1er mai 2021

En avril 2021, les tendances d'évolution sont à la baisse sur l’ensemble des nappes. Ce constat s’explique notamment par la sécheresse météorologique de ces dernières semaines mais est habituel à cette période de l’année. En effet, les pluies arrivant à s’infiltrer dans les sols sont absorbées par la végétation et n’atteignent que rarement les nappes.

La situation au mois d’avril est satisfaisante avec des niveaux proches à supérieurs aux moyennes mensuelles sur les nappes de la craie et des formations tertiaires du Bassin parisien et d’Artois-Picardie ainsi que sur les nappes alluviales et du Plio-quaternaire du Bassin aquitain. La situation est moins favorable sur le reste du territoire avec des niveaux modérément bas à très bas. Le bénéfice de la recharge excédentaire hivernale a été estompé par les déficits pluviométriques de ces dernières semaines.

Bulletin de situation hydrologique

Le bulletin national de situation hydrologique est constitué d’un ensemble de cartes et de leurs commentaires qui présentent l’évolution mensuelle des ressources en eau. Il décrit la situation quantitative des milieux aquatiques (pluies efficaces, débits des cours d’eau, niveau des nappes d’eau souterraine, état de remplissage des barrages-réservoirs) et fournit une information synthétique sur les arrêtés préfectoraux pris pour limiter les usages de l’eau durant la période d’étiage.

Les cascades du Sautadet, Gard

Prévisions saisonnières sur la situation des nappes pour mai à juillet 2021

Les risques de sécheresse hydrogéologique sont considérés comme forts sur une grande partie du territoire.

Durant le printemps et l’été, les eaux s’infiltrant dans le sol sont habituellement reprises par la végétation. Les orages estivaux favorisent le ruissellement et ne permettent généralement pas une infiltration efficace des eaux. En outre, les prévisions saisonnières de Météo-France annoncent des « conditions plus sèches que la normale » pour le prochain trimestre. La vidange devrait donc se poursuivre sur l’ensemble des nappes du territoire jusqu’à la mise en dormance de la végétation, soit jusqu’à octobre à fin novembre, et/ou la survenue d’épisodes pluviométriques abondants.

Les précipitations ne devraient pas engendrer une recharge des nappes inertielles (craie, formations tertiaires et formations volcaniques), sauf événements pluviométriques très exceptionnels. Sur les nappes réactives (alluvions, calcaires jurassiques et crétacés, grès triasiques et socle), les tendances dépendront des cumuls pluviométriques locaux, de l’évapotranspiration et des demandes en eau. Les épisodes pluviométriques importants pourront provoquer des recharges momentanées, permettant de soutenir les niveaux voire très ponctuellement d’observer une hausse des niveaux.

Risques de sécheresse durant l’été 2021

Risque sécheresse sur les nappes à enjeux en 2021

Risque sécheresse sur les nappes à enjeux en 2021.

L'élaboration de la carte du risque sécheresse repose sur l'état initial des nappes après la période de recharge hivernale 2020-2021 (bulletins de situation des nappes au 1er avril et au 1er mai 2021), sur les prévisions disponibles jusqu’en septembre 2021 réalisées dans le cadre du projet Aqui-FR et issues des modèles MétéEAU Nappes ainsi que sur l’expertise d’hydrogéologues du BRGM.

© BRGM

Seules les nappes du centre du Bassin parisien et du Bassin aquitain ne ressortent pas en risque de sécheresse durant l’été 2021 :

  • Sur le Bassin parisien, les nappes de la craie, des calcaires et sables tertiaires devraient conserver des niveaux proches des normales durant les prochaines semaines. Ces nappes sont peu sensibles à une sécheresse estivale, du fait d’un comportement très inertiel. Les prévisions indiquent également que les niveaux devraient demeurer satisfaisants sur les nappes des calcaires jurassiques du Boulonnais, du Bessin, de la Brenne et du Poitou et sur les nappes des calcaires carbonifères de l’Avesnois.
  • Dans le centre du Bassin aquitain, le bénéfice des recharges abondantes des hivers 2019-2020 et 2020-2021 devrait perdurer durant l’été sur les nappes alluviales de la Garonne et de ses affluents, des formations plio-quaternaires et des calcaires oligocènes.

Les risques de sécheresse hydrogéologique sont considérés comme forts sur une grande partie du territoire. Les déficits pluviométriques de la fin d’hiver et du début du printemps ont fortement impacté les nappes réactives et la situation risque de continuer de se dégrader en cas de prolongation de la sécheresse météorologique. Sur ces nappes, l’apport de précipitations pourrait cependant engendrer un épisode de recharge complémentaire, permettant d’améliorer localement l’état des eaux souterraines.

En détail, le risque de sécheresse fort concerne les nappes du socle du Massif armoricain et du Massif central, les nappes volcaniques du Massif central, les nappes des grès triasiques des Vosges, les nappes des calcaires jurassiques et crétacés du Bassin parisien (Lorraine, Côtes de Bars et Berry), du littoral méditerranéen (Grands Causses et Cévennes) et du Bassin aquitain (Charentes, Périgord et Causses du Quercy), les nappes des sables albiens de Champagne, la nappe de la craie de Touraine, la nappe des sables cénomaniens du Maine et du Perche, les nappes alluviales de l’Adour, du Rhône amont et de Corse.

Sur l’est de la France, les prévisions sont pessimistes, avec un risque de sécheresse très fort :

  • Les nappes d’Alsace, de Bourgogne-Franche-Comté et d’Auvergne-Rhône-Alpes ont connu plusieurs hivers successifs avec des recharges déficitaires. Les niveaux des nappes des formations tertiaires de la Limagne, de la plaine d’Alsace, du Sundgau, du couloir Rhône-Saône sont déjà peu satisfaisants en avril, de bas à très bas. Les niveaux de ces nappes devraient lentement se dégrader durant les prochains mois. Ces nappes pourraient alors ne plus assurer leur rôle de soutien d’étiage pour la Loire amont, le Rhône et ses affluents.
  • Sur le littoral méditerranéen, les nappes des alluvions, des formations tertiaires et des calcaires karstiques du Roussillon, du Languedoc, de la Provence et de la Côte d’Azur ont bénéficié d’une recharge hivernale faible à inexistante. A noter que les épisodes cévenoles ne permettront pas de recharge efficace des nappes, du fait de la violence des pluies et du ruissellement induit. L’état de ces nappes réactives va très probablement continuer de se dégrader et la situation pourrait devenir tendue sur certains secteurs. 

Enfin, en l'absence de pluies suffisantes et de températures élevées, intensifiant la sécheresse des sols, la demande en eau pourrait être importante. Les campagnes d’irrigation et les prélèvements pour les activités de loisirs pourraient accentuer la pression sur le milieu et influencer la situation des nappes. Certains bassins fortement sollicités pourraient alors se retrouver localement en tension, même sur les nappes à risque sécheresse faible.

Précisions au 18 mai 2021

Au 18 mai, les niveaux des nappes restent majoritairement en baisse. Les pluies de mai ont eu des impacts localement, sur les secteurs très arrosés, et uniquement sur les nappes très réactives (par exemple : socle du Massif Central, calcaires jurassiques et crétacés en Provence). Pour l’instant, les pluies ont permis d’humidifier les sols et ont profité à la végétation. Il faudra attendre encore plusieurs jours pour savoir si les eaux sont parvenues à s’infiltrer en profondeur et observer ainsi une stabilisation voire une remontée des niveaux des nappes.

Compte tenu des prévisions annoncées par Météo-France (plus chaud et plus sec que les normales pour les 3 prochains mois), les prévisions réalisées sur les nappes restent d’actualité. Ces apports pluviométriques vont cependant permettre de repousser les campagnes d’irrigation et d’ainsi alléger pour les prochaines semaines la pression exercée par les prélèvements agricoles sur la ressource en eau.