David Dessandier, géologue spécialiste des pierres de construction, raconte l'approvisionnement en pierres lors du chantier de restauration hors normes post incendie 2019, auquel le BRGM a activement participé, de la cathédrale Notre-Dame de Paris.
17 avril 2026

Extrait du Carnet de terrain publié dans la revue Géosciences n°29 du BRGM : "Raconter la Terre".

15 avril 2019

L’incendie débute dans l’après-midi du 15 avril 2019, à l’intérieur de la charpente en bois de la cathédrale. En quelques heures, les flammes détruisent la flèche, la toiture et la charpente. L'intervention rapide de centaines de pompiers permet de sauver la structure principale de l’édifice, y compris les tours et la façade occidentale, ainsi que de nombreuses œuvres et reliques. L’incendie dure près de 15 heures.

16 avril 2019

Dès le lendemain, le 16 avril 2019, une souscription nationale, placée sous la haute autorité du président de la République, est ouverte pour la conservation et la restauration de Notre-Dame de Paris. Les fonds recueillis serviront exclusivement au financement des travaux de conservation et de restauration de la cathédrale et de son mobilier, ainsi qu’à la formation initiale et continue de professionnels disposant des compétences particulières qui seront requises pour ces travaux. Lesquels doivent préserver l’intérêt historique, artistique et architectural du monument.

1er décembre 2019

Un établissement public administratif, dénommé « Rebâtir Notre-Dame de Paris », est créé le 1er décembre 2019. Il a pour mission d’assurer la conduite, la coordination et la réalisation des études et des opérations concourant à la conservation et à la restauration de la cathédrale. L’incendie a causé d’importants dommages aux pierres d’origine – des calcaires du Lutétien –, générant des besoins hors normes en pierres de remplacement : environ 1 000 m3 de blocs « finis », un volume sans commune mesure avec les chantiers ordinaires d’entretien et de restauration de monuments (quelques mètres cubes à quelques dizaines de mètres cubes).

La carrière Croix-Huyart.

Les difficultés du chantier de Notre-Dame sont liées notamment à l’approvisionnement en pierres « neuves » : il faut trouver une quantité suffisante et disponible dans un délai court, imposé par le calendrier contraint du chantier, de pierres de remplacement adaptées. Celles-ci doivent présenter des caractéristiques physico-mécaniques et esthétiques les plus proches possibles de celles des pierres d’origine, afin de garantir, dans les parties endommagées, la compatibilité technique et visuelle (pour éviter l’effet « patchwork ») entre les blocs anciens et nouveaux.

David Dessandier, géologue spécialiste des pierres de construction

Juin 2020

L’établissement public « Rebâtir Notre-Dame de Paris » sollicite le BRGM. Sa mission : permettre l’approvisionnement du chantier de restauration en pierres de remplacement adaptées dans les délais. Il s’agit, concrètement, d’évaluer la capacité des carrières de calcaire du Lutétien encore actives à fournir des pierres compatibles avec celles d’origine de la cathédrale et à répondre à tout ou partie des besoins en pierres « neuves ».

Juillet 2020 - juin 2021

Chacune des 9 carrières de calcaire du Lutétien fait l’objet d’investigations de terrain par les géologues du BRGM afin d’établir sa « coupe géologique ». Ce travail conduit les scientifiques à inventorier et échantillonner 32 types (« qualités ») de pierres potentiellement intéressantes pour la restauration de Notre-Dame.

Chaque échantillon de carrière est soumis à différentes analyses en laboratoires, qui permettent d’en obtenir une caractérisation physico-mécanique complète : porosité, résistance à la compression…

Les observations à l’œil nu et au microscope fournissent une description précise de chaque échantillon de carrière : couleur, texture, taille des grains, caractère « coquillé » (fossiles présents ou non)… Une comparaison « esthétique » est également établie pour chacun d’eux avec des échantillons de pierres provenant de la cathédrale.

Juin 2021

À partir des résultats de cette étude, le BRGM élabore le Guide méthodologique de sélection des pierres pour la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris. L’établissement y  joint une collection d’échantillons de référence, destinée en premier lieu aux architectes chargés du chantier. Celle-ci sera très utilisée, les architectes se déplaçant dans la cathédrale avec ces morceaux pour sélectionner visuellement, pour chaque partie endommagée, la pierre esthétiquement la plus proche des pierres anciennes.

Juillet 2021 - Mars 2024

L’établissement public « Rebâtir Notre-Dame de Paris » sollicite à nouveau le BRGM pour optimiser et sécuriser l’approvisionnement du chantier en pierres dures de la Croix-Huyart. Les besoins, estimés à 750 m3 de blocs taillés (prêts à poser), nécessitent d’extraire de la carrière environ 2 000 m3.

Février 2022

Le BRGM joue le rôle d’interface entre l’établissement public « Rebâtir Notre-Dame de Paris » et la carrière de la Croix-Huyart, qui concluent un marché en gré à gré pour la fourniture des pierres dures nécessaires à la restauration de la cathédrale. Contrairement aux pratiques courantes, les pierres ne seront donc pas achetées au carrier par les entreprises de taille de pierre mais directement par le maître d’ouvrage, qui les leur mettra à disposition.

Février 2022

Se calant sur l’échéancier de mise à disposition de la matière aux entreprises de taille de pierre établi par l’établissement public « Rebâtir Notre-Dame de Paris » et les architectes, en cohérence avec le planning général du chantier de restauration, le BRGM définit une procédure rigoureuse et novatrice pour sécuriser l’approvisionnement en pierres dures.

Mars 2022 - mars 2024

Durant cette période, le BRGM réalise près de 90 contrôles, après l’extraction des blocs bruts, après le sciage des gros blocs, lors de la sélection des blocs par les entreprises, et enfin après la taille des éléments architecturaux.

7 décembre 2024

La cérémonie officielle, en présence notamment du président de la République, débute par le rite d'ouverture des portes de la cathédrale, pratiqué par l’archevêque de Paris. Les pompiers, les artisans et les entreprises qui ont contribué à sauver et à restaurer l’édifice sont ensuite longuement applaudis.

Cathédrale de Notre-Dame en cours de restauration, 4 ans après l'incendie de 2019 (Paris, mai 2023).

Nos objectifs ont été atteints : dans la cathédrale, on ne distingue pas à l’œil nu les pierres neuves des anciennes. Et la restauration a été effectuée dans les délais.

David Dessandier, géologue spécialiste des pierres de construction
Couverture et extrait du numéro 29 de la revue Géosciences.

Couverture et extrait du numéro 29 de la revue Géosciences.

© BRGM

Géosciences n°29 : Raconter la Terre

Raconter la Terre : l’expression peut surprendre dans une revue scientifique. Pourtant, c’est en en faisant le récit que l’histoire géologique de notre planète se conçoit le plus clairement. Et face aux formidables phénomènes qui ont mené à la formation des roches sous nos pieds, c’est souvent l’émerveillement qui domine.

Ce 29e numéro de la revue Géosciences du BRGM apporte un regard un peu décalé par rapport aux précédents, entre découverte de la beauté des paysages qui nous environnent, inspiration des arts par la science, transmission des sciences de la Terre aux plus jeunes et au grand public, ou encore protection du patrimoine géologique.