Les géosciences jouent aujourd'hui un rôle essentiel dans l'étude et la conservation du patrimoine culturel. En collaborant avec archéologues, historiens de l'art ou restaurateurs, elles apportent des méthodes d'analyse capable de révéler l'histoire des œuvres et de préserver les matériaux qui les composent.
9 avril 2026
Victoire de Samothrace, en marbre de Paros (v. 200-185 av. J.-C.). Musée du Louvre.

Victoire de Samothrace, en marbre de Paros (v. 200-185 av. J.-C.). Musée du Louvre.

© N. CHARLES

 

La cathédrale, un objet géologique ?

Il serait certes un peu réducteur de considérer une cathédrale comme un système géologique naturel. Mais, si l'on s'en tient à la réalité physique de ces édifices démesurés, en écartant leur dimension artistique ou spirituelle, on voit alors un milieu géologique hétérogène, voire hétéroclite, où se côtoient les matériaux les plus divers et souvent les plus incompatibles : pierres de provenance, d'âge et de texture multiples, infinie variété de mortiers, plâtres, chaux, ciments, peintures, bois, métaux ou verres...

Une cathédrale est aussi un milieu sous contrainte, exposé à de forts contrastes de température, à la pluie, au gel et au vent, et soumis à un vaste lot de pressions anthropiques : pollution de l'air et de la pluie, pollution de l'eau du sol en contact avec les fondations.

L’exemple de la cathédrale illustre deux dimensions principales à travers lesquelles les sciences de la Terre peuvent contribuer à la compréhension et à la préservation du patrimoine culturel : celle de l’origine des matériaux et celle de l’évolution au fil des siècles d’un objet façonné par l’être humain.

Remonter aux sources des matériaux

Les matériaux utilisé dans les œuvres et monument conservent une véritable signature géologique. Les analyse pétrographiques et géochimiques permettent d'identifier la provenance des pierres. Ces méthodes ont notamment permis de déterminer l'origine du marbre de la Victoire de Samothrace conservée au musée du Louvre, dont les différentes parties proviennent de carrières grecques distinctes. Il n’existe en effet que peu ou pas de documents écrits fiables permettant de relier une œuvre à son lieu de création et à la source de ses matériaux. Historiquement, cette absence de sources était fréquente avant le XVIe siècle. C’est là que des méthodes géoscientifiques ont toute leur importance.

Résister au temps

Dès leur construction, les monuments en pierre subissent les mêmes agressions que tout autre objet géologique : l’altération et l’érosion physique, chimique et biologique. L’expertise du géologue complète alors celle du restaurateur, et les exemples de collaboration fructueuse sont multiples.

Comprendre et conserver le patrimoine culturel, notamment bâti, nécessite de réunir un large éventail de disciplines. Ici, ce sont souvent les sciences humaines qui posent les questions et les géosciences qui tentent d’y répondre.

Couverture et extrait du numéro 29 de la revue Géosciences.

Couverture et extrait du numéro 29 de la revue Géosciences.

© BRGM

Géosciences n°29 : Raconter la Terre

Raconter la Terre : l’expression peut surprendre dans une revue scientifique. Pourtant, c’est en en faisant le récit que l’histoire géologique de notre planète se conçoit le plus clairement. Et face aux formidables phénomènes qui ont mené à la formation des roches sous nos pieds, c’est souvent l’émerveillement qui domine.

Ce 29e numéro de la revue Géosciences du BRGM apporte un regard un peu décalé par rapport aux précédents, entre découverte de la beauté des paysages qui nous environnent, inspiration des arts par la science, transmission des sciences de la Terre aux plus jeunes et au grand public, ou encore protection du patrimoine géologique.