La parution au Journal officiel de l’Union européenne, le 26 novembre 2025, de la directive relative à la surveillance et à la résilience des sols traduit une prise de conscience de l’importance de cet écosystème pour la société. Car si celui-ci ne représente qu’une petite portion de la surface terrestre, il rend des services multiples et essentiels.
13 mai 2026
Suivi du déplacement de gasoil dans le pilote plurimétrique de PRIME, la plateforme expérimentale du BRGM dédiée à la remédiation des sols et des eaux souterraines pollués.

Suivi du déplacement de gasoil dans le pilote plurimétrique de PRIME, la plateforme expérimentale du BRGM dédiée à la remédiation des sols et des eaux souterraines pollués.

© BRGM - Didier Depoorter

Le BRGM mobilisé pour maintenir ou restaurer les services rendus par les sols

Comme le souligne la directive européenne adoptée fin 2025, "les sols jouent un rôle crucial pour l’économie, l’environnement et la société en général", grâce aux nombreux services écosystémiques qu’ils rendent. Cette directive européenne s’inscrit dans une stratégie de protection visant à garantir les effets positifs de sols en bonne santé sur les êtres humains, la nature et le climat. Le BRGM y contribue à travers la diffusion de l’information sur les sols urbains, ses missions d’appui aux politiques publiques et des projets de recherche pour leur sauvegarde, leur remédiation ou leur refonctionnalisation.

Outre l’alimentation, le maintien de la biodiversité ou encore la préservation d’un patrimoine naturel et culturel, les sols contribuent par leurs fonctions – infiltration de l’eau, stockage de la matière organique et du carbone, filtration des polluants, apport de nutriments – à la régulation du climat, la qualité de l’eau, la prévention des crues et des mouvements de terrain, tout en fournissant des matériaux et un support aux infrastructures et aux activités humaines.

Dans le même temps, diverses menaces pèsent sur les sols. Leurs fonctions peuvent être dégradées par l’artificialisation, le tassement, l’érosion, la perte de matières organiques et de biodiversité, les déséquilibres en nutriments, l’acidification, la salinisation et les pollutions anthropiques, y compris celles des guerres. Une thèse soutenue par un salarié du BRGM met en évidence les contaminations persistantes de l’environnement causées par les conflits modernes.

« Or le sol se renouvelle très lentement, explique Dominique Guyonnet, responsable des Risques anthropiques et de l’Après-mine. Il résulte en effet de l’altération progressive de la roche mère sous l’action du climat – pluie, gel, vent, chaleur –, de la végétation et des autres organismes vivants. » Il correspond ainsi à la couche comprise entre la surface et la roche mère – aquifères inclus –, constituant l’interface entre l’atmosphère et le sous-sol et interagissant avec eux. Un espace sur lequel le BRGM intervient, notamment en milieu urbain et/ou pollué.

Vers des sols en bonne santé d'ici 2050

La stratégie européenne pour la protection des sols à l’horizon 2030 porte l’ambition que tous les sols de l’Union soient en bonne santé d’ici à 2050. Elle contribue, à travers la directive sur la surveillance des sols qui en constitue une première déclinaison opérationnelle, à l’atteinte d’objectifs partagés : la neutralité climatique en 2050 et la résilience aux changements climatiques, la mise en place d’une économie propre et circulaire, l’inversion du déclin de la biodiversité, la sauvegarde de la santé humaine, l’enrayement de la désertification et l’inversion du processus de dégradation des terres.

Essais de traitabilité des PFAS (perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées) à la halle pilote expérimentale du BRGM (Orléans, 2022).

Essais de traitabilité des PFAS (perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées) à la halle pilote expérimentale du BRGM (Orléans, 2022).

© BRGM

Des valeurs de référence 

À ce titre, l’établissement est un partenaire clé du ministère de la Transition écologique pour la mise en oeuvre de cette directive européenne. Son action se développe autour de trois axes, à commencer par l’information sur la qualité des sols. Via la base de données BDSolU, il collecte les résultats des analyses de sols urbains et diffuse des valeurs de fond géochimique qui servent de références. Comme l’espère Dominique Guyonnet, « le renforcement de la surveillance des sols prévu par la directive devrait accroître les contributions à BDSolU, qui pourrait également intégrer les mesures de PFAS dans les sols, encore peu nombreuses ». Ceci est d’ailleurs l’une des caractéristiques des données environnementales, par nature incomplètes, imprécises et mal réparties. Un écueil que le BRGM s’attache à pallier en développant, comme dans le projet ISLANDR, des méthodes innovantes d’interpolation spatialisée.

Les informations de l’établissement sur la qualité géochimique des sols urbains sont précieuses pour les acteurs publics locaux : en améliorant la connaissance de leur territoire, elles soutiennent un aménagement durable fondé sur l’évaluation du risque. « Cette approche est pertinente et conforme à la méthodologie nationale de gestion des sites et des sols pollués élaborée en 2017 par le BRGM et le ministère en charge de l’Environnement, indique Dominique Guyonnet. Il s’agit de déterminer si les concentrations mesurées dans le sol présentent un risque pour la santé compte tenu de l’usage prévu, habitation, éducation, agriculture… ». Aussi le BRGM entend-il proposer aux collectivités un nouvel outil d’aide à la décision à travers la réalisation de cartographies locales des fonds pédogéochimiques.

Une logique d’économie circulaire 

Son appui aux politiques publiques se traduit également par une participation active au plan interministériel sur les PFAS, au plan pour accélérer le développement de la géothermie ou encore à l’étude des perspectives du stockage géologique de CO2.

Enfin, le BRGM est un acteur majeur de la recherche sur les sols. Par exemple, le projet européen PHISHES vise à faciliter leur sauvegarde, tandis que le projet PROMISCES a abouti à une technique innovante de dépollution des sols contaminés par les PFAS. « Nous avons surtout développé un véritable savoir-faire en reconstruction des sols, dans une logique d’économie circulaire, en agissant sur leur structure et leur composition », met en avant Dominique Guyonnet. L’établissement travaille notamment à la reconversion en sols fertiles des quelque 8 millions de tonnes de molasse qui seront extraites pour la création du futur collisionneur souterrain du Conseil européen pour la recherche nucléaire. Et étudie les potentialités de fabrication de néosols à partir de résidus miniers retraités. Des projets innovants, parmi d’autres, au service de la préservation des sols et de leurs fonctions.

Gouttelettes de mercure libre, Isère

Chiffres clés sur la qualité des sols

  • 25.00
    %
    au moins de la biodiversité de la planète est abritée dans les sols

  • 60 à
    70.00
    %
    des sols sont en mauvaise santé dans l’Union européenne

  • 50.00
    M€
    par an : c’est le coût estimé de la dégradation des sols pour l’Union européenne

BRGM mag n°2 : Comment sauver nos sols ?

BRGM mag n°2 : Comment sauver nos sols ?

© BRGM

BRGM mag n°2 : Comment sauver nos sols ?

Le deuxième numéro de BRGM mag s’inscrit dans la continuité de l’ambition qui a présidé à la création de ce magazine : partager, éclairer et dialoguer, pour rendre les sciences de la Terre accessibles au plus grand nombre. Car sous nos pieds se trouvent certaines des clés pour répondre aux préoccupations environnementales, énergétiques et de souveraineté d'aujourd'hui.

Les sols jouent un rôle essentiel pour l’économie, l’environnement et la société : ils sont à la fois supports de la biodiversité, régulateurs du climat, filtres des polluants, réservoirs de carbone et d’eau. Pourtant, ces fonctions sont aujourd’hui fragilisées par de multiples pressions : artificialisation, pollution, érosion ou encore perte de matière organique.

Étudier les sols, notamment urbains et industriels, ou des phénomènes comme l’érosion et les pollutions fait partie des missions du BRGM. Le dossier du deuxième numéro du magazine BRGM mag est consacré à ce sujet majeur.