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Elbaïte, gemme de la pegmatite de Mount Mica. L’exploitation souterraine de la pegmatite débutée en 2003 a fourni de spectaculaires spécimens de gemmes brutes (Maine, USA, 2013). © BRGM - Sarah Deveaud

Terres rares : enjeux stratégiques pour le développement durable

04.11.2013

Conférence donnée par Patrice Christmann, directeur adjoint à la Stratégie du BRGM, dans le cadre des Grands Séminaires de l'Observatoire Midi-Pyrénées du CNRS, le 17 septembre 2013.

Conférence donnée par Patrice Christmann, directeur adjoint à la Stratégie du BRGM, dans le cadre des Grands Séminaires de l'Observatoire Midi-Pyrénées du CNRS, le 17 septembre 2013. © Observatoire Midi-Pyrénées

Transcription de la vidéo

Bonjour, mesdames, bonjour, messieurs. Je suis ravi que les terres rares, un sujet un peu exotique, attirent autant de curiosité. Est-ce que quelqu'un a des terres rares sur lui ou sur elle ? Où ça ? Voilà. Dans votre téléphone portable, le petit aimant dans le microphone, dans le haut-parleur, le vibreur, l'écran. Dans le microphone, le haut-parleur, vous avez du néodyme. Et dans l'écran, vous avez de l'europium, du terbium, voire quelques autres terres rares.

Ça, c'est juste un petit avertissement juridique. Les bêtises que je raconte n'engagent que vous, si vous avez le malheur de les écouter. Vous m'écoutez à vos risques et périls. Et vous ne sauriez poursuivre le BRGM devant les tribunaux, si vous avez pris des décisions quelconques, sur la base de ce que je raconte.

Les terres rares, c'est une histoire européenne. Une belle histoire. Ça commence à la fin du XVIIIe siècle, quand un lieutenant de l'armée suédoise, Arrhenius, un jeune lieutenant, était stationné sur les nombreuses îles qui forment l'archipel au large de Stockholm, en bordure de la Baltique. Je ne sais pas s'il s'ennuyait... Il avait une formation de chimiste. Chimiste de l'époque. Il a été visiter une petite carrière. L'endroit qui est marqué avec le point A. Un tout petit hameau, qui s'appelle Ytterby. Ça va tout de suite attirer votre attention, car il y a 3 terres rares dont le nom est lié à ce lieu : le terbium, l'erbium et l'ytterbium. Il est allé dans cette carrière, et dans cette petite carrière, il a observé un minéral noir, d'aspect métallique, très dense. Il n'avait pas la moindre idée de ce que ça pouvait être et il a transmis ça à un ami à lui, un chimiste finlandais, Gadolin, qui l'a analysé, et mis en évidence un oxyde, car à l'époque on était incapables de sortir les éléments des terres rares, mais il y a détecté un oxyde inconnu qu'il a appelé "ceria".

A l'époque, les chimistes appelaient les oxydes, les terres, les alcalino-terreux, pour ceux qui ont fait de la chimie, "terre", c'était le terme qui désignait les oxydes pulvérulents, souvent blanchâtres, de différents métaux. Et puis "rare" parce que c'était quelque chose d'effectivement très rare. Ce type de minerai est peu courant. Donc on appelait ça des "terres rares". En fait, c'est ni terreux, il s'agit de métaux, ni rare parce qu'on en trouve aujourd'hui dans pas mal d'endroits.

Ce sont de très belles pages pour l'histoire de la chimie française, qui a connu ses heures de gloire au XIXe siècle, au XXe siècle, et il en est né une entreprise, qui, aujourd'hui, a été intégrée dans le groupe Solvey, Rhodia. Nous avons la chance d'avoir en France un leader mondial de la chimie séparative des terres rares.

Vous allez voir que les terres rares, les 16... Les 16 vraies terres rares. On en compte tantôt 15, tantôt 16, tantôt 17. Il y a 16 véritables terres rares, toujours intimement mélangées dans les minerais. Et pour les séparer les unes des autres, c'est très difficile, parce que la couche électronique externe comporte 3 électrons. Les propriétés chimiques des terres rares sont voisines les unes des autres et il faut recourir à des astuces assez élaborées en hydrométallurgie pour arriver à les séparer, et le procédé n'a été inventé qu'au XXe siècle.

En France, Paul-Émile Lecoq de Boisbaudran a été l'inventeur du samarium et du dysprosium. C'est un grand maître, un grand génie de la spectroscopie optique. Et puis, plus tard, Georges Urbain, de l'École de chimie de Paris, a découvert le lutécium et créé une société qui s'appelait la "Société des produits chimiques des Terres Rares", avec une usine à Serquigny dans l'Eure qui existe toujours. C'est une usine où par la suite on a développé le Rilsan, qui est une fibre synthétique. Aujourd'hui, c'est une usine du groupe Arkema.

L'activité "terres rares" a commencé à se développer dans les années 20 du siècle dernier, pour fabriquer le mischmetall, un mélange impur de cérium et d'autres terres rares, qui sert essentiellement à faire des pierres à briquet. Les 1ères applications des terres rares, alors qu'on ne savait pas bien les séparer encore, c'était en Autriche. Le baron Auer von Welsbach, à la fin du XIXe siècle, a trouvé comment faire des pierres à briquet avec des terres rares.

Puis une invention qui a révolutionné l'Europe à l'époque, que beaucoup ont perdu de vue, c'est le manchon à gaz. Le manchon à gaz qu'on trouve encore dans les camping-gaz, etc., cette luminescence intense, c'est pas la flamme du gaz, parce qu'une flamme de gaz, c'est bleu, ça éclaire pas des masses. Donc si on veut que ça éclaire, il faut la mettre dans un manchon, qui est imprégné d'oxyde de cérium, avec un peu d'oxyde de thorium, et c'est ça qui génère cette luminescence blanche, extrêmement intense, qui fait que ça éclaire. Cette invention a révolutionné l'Europe. Les Autrichiens ont été les vrais inventeurs. Les Français ont suivi d'une longueur. Et cette usine de Serquigny s'est développée sur la même ligne que les Autrichiens, et l'entreprise autrichienne qui a développé ces 1ères applications des terres rares existe toujours. C'est Treibacher.

La production de terres rares de l'usine de Serquigny a été transférée à La Rochelle, où il y a une des rares usines au monde de séparation hydrométallurgique des terres rares. Elle existe toujours à La Rochelle. C'est dans les mains du groupe Solvay, sous le nom de Rhodia. Le nom de Rhodia a été conservé. Rhodia est un des rares leaders mondiaux dans ce domaine de la chimie séparative des terres rares. C'est une clé stratégique dans le domaine de l'industrie des terres rares.

Que sont les terres rares ? J'expliquais que leur histoire remonte à la fin du XVIIIe siècle, mais le passage à l'échelle industrielle de la séparation individuelle des terres rares est très lié à l'histoire du projet Manhattan, au développement de la bombe atomique lors de la Seconde Guerre mondiale. On a donné aux chimistes qui travaillaient au laboratoire d'Ames, dans l'Iowa, carte blanche pour trouver le moyen de faire la séparation des actinides et enrichir l'uranium et le plutonium. Si jamais on vous demande ça, j'espère que non, soyez prudents et faites-vous les mains sur les lanthanides, qui ont des propriétés très voisines des actinides. Les lanthanides, eux, ne sont pas radioactifs. C'est ce qu'ont fait les physiciens et les chimistes américains.

Les terres rares sont les 15 éléments du groupe des lanthanides. L'avant-dernière ligne du tableau de Mendeleïev. En fait, c'est un éclaté de la 3e colonne du groupe du tableau de Mendeleïev. Des éléments du groupe 3, qui sont tous trivalents à l'exception de l'europium, qui peut être bivalent. Et du cérium, qui peut occasionnellement prendre une valence IV. En principe, ils ont tous 3 électrons. On y ajoute l'yttrium qui a des propriétés très voisines. Ce sont des éléments qui en termes d'orbitale sont du groupe 4f. C'est ce qui leur confère des propriétés magnétiques et luminescentes tout à fait particulières. L'yttrium a des propriétés comparables, c'est aussi un élément du groupe 4f.

Par contre, le scandium a des propriétés électroniques, la couche électronique est commune, mais, en tant que géologue, je ne le mets pas dans les terres rares, car il n'est pas dans les mêmes gisements. Dans les minerais de terres rares, on a invariablement les 16 terres rares mélangées entre elles avec des proportions différentes. Mais le scandium est à part, c'est tout à fait d'autres gisements. La géochimie du scandium est différente de celle des terres rares. Voilà, ça, je l'ai dit. Il y a 3 éléments des terres rares, qui ne sont pas du bloc 4f : lutécium, scandium et yttrium. Mais malgré tout ont quand même des propriétés en termes de luminescence et de magnétisme comparables.

L'histoire des terres rares est une histoire française au départ, puis américaine. Aujourd'hui, c'est une histoire chinoise. Ça, c'est la production mondiale de terres rares. On voit plusieurs choses. On voit que la production mondiale de terres rares, c'est en tonnes, l'échelle de gauche, l'axe des y. C'était une production très modeste, voire confidentielle jusqu'au début des années 80. Après, on voit une phase de décollage. Et on voit une phase importante de production américaine, en bleu pâle, qui s'est mise à décliner tout d'un coup.

Savez-vous ce qui a entraîné le décollage de la consommation de terres rares ? Quelle est la grande invention qui a commencé à consommer de façon intensive des terres rares ? Les pierres à briquet, c'est bien, mais... Pardon ? Non, la télévision en couleur. Les poudres luminophores pour faire les pixels rouges, verts et bleus. Il faut des terres rares. Après sont apparus les aimants permanents, on va le voir. Donc, aux Etats-Unis, le bleu pâle, c'était la production d'une seule mine qui se trouve en Californie, à Mountain Pass. Et qui a été fermée au début des années 90, pour cause de pollution sévère. On va voir que la production des terres rares peut être une activité très polluante. Ça a été le cas et ça a été fermé.

En plus il y a eu un désintérêt complet du pouvoir politique aux États-Unis, comme dans le reste des pays de l'OCDE, en Europe, en France, sur ces questions-là. Personne ne s'en souciait, personne ne comprenait rien aux enjeux des terres rares. Allez parler de terres rares à un politique, le succès est à peu près assuré. Sauf si, par bonheur, il est de formation scientifique. Et donc c'est la Chine qui a pris le relais. Tout bêtement parce que la Chine bénéficie à la fois de gisements absolument extraordinaires par leur taille et leur qualité en termes de tonnage réserve et en teneur de minerai. Et elle bénéficie de main-d'œuvre, j'ose même pas dire bon marché, parce que prête à travailler dans n'importe quelles conditions, et de règles environnementales, même si elles existent sur le papier, leur application est pour le moins lâche.

L'usage des terres rares est complètement piloté par les applications. C'est vrai pour tous les métaux, car on ne produirait pas un métal s'il n'y avait pas des applications industrielles derrière. C'est donc très lié à l'évolution d'un ensemble de hautes technologies, qui, aujourd'hui, représente des enjeux mondiaux considérables. Il n'y a pas un marché des terres rares. Il est complètement inapproprié de dire : "Il y a un marché des terres rares monolythique."

C'est pas vrai du tout. Il y a des marchés des terres rares. Le marché des aimants permanents, le marché des poudres luminescentes, le marché des lasers, le marché des applications médicales... Comme le gadolinium comme produit de contraste pour l'imagerie médicale.

Voilà quelques grandes étapes de ce développement. J'ai parlé de l'invention du manchon à gaz et de la pierre à briquet par Auer von Welsbach. Et puis ensuite, ça s'est aussi développé en France. 1954, c'est l'avènement de la télévision en couleur, avec le succès qu'on sait à l'échelle mondiale. Et puis vous avez les terres rares qu'on trouve à chaque fois dedans. Le 1er laser fonctionnel, 1960. Là, dans les lasers, on en trouve toute une panoplie. Il y a toutes sortes de laser, et selon le type de laser souhaité, on va faire des utilisations différentes des terres rares. Sachant que là, ça consomme très peu. La technologie laser est formidable et nous apporte tous de multiples services. Simplement en termes de poids de matière contenue, c'est pas grand-chose.

Par contre, la poudre luminophore aux terres rares, un événement important, c'est en 1978, la découverte par Phillips de l'utilisation des terres rares pour faire les poudres dites "triphosphores", qu'on trouve aujourd'hui dans les tubes néons et dans les ampoules fluorescentes compactes qu'on a chez nous. Dans l'éclairage à économie d'énergie, aujourd'hui, c'est obligatoire. On est en phase de disparition de l'ampoule à filament tungstène.

Et 1982, c'est la découverte des aimants permanents néodyme-fer-bore, comme le matériau magnétique le plus performant, disponible aujourd'hui à l'échelle industrielle. Il y a d'autres substances magnétiques existant à l'échelle du laboratoire, le nitrure de fer, par exemple, mais ce sont encore des choses qui sont des produits utiles au niveau du laboratoire et qui n'ont pas encore démontré leurs possibilités de production industrielle à grande échelle.

Vous savez pourquoi les aimants en néodyme-fer-bore se sont développés initialement ? Et où ? Pardon ? Non, c'est après. Non, c'était aux États-Unis, chez General Motors. Une voiture américaine des années 50, c'est deux tonnes d'acier, des portières larges comme ça... Vous savez pourquoi ? Parce que vous ne pouviez déjà pas, dans les années 50, fabriquer une voiture en demandant à un Américain de tourner une manivelle pour ouvrir la vitre. Quand même. Donc il fallait un moteur électrique. Le moteur électrique marchait avec un aimant alnico. Vous allez voir la différence de taille entre un aimant alnico, à puissance magnétique comparable, et un aimant en néodyme-fer-bore. C'est incomparable.

À un moment donné, dans l'industrie automobile mondiale, la course permanente, c'est la réduction de poids, et d'efficience énergétique. Une tendance lourde dans cette industrie depuis fort longtemps. Des ingénieurs de chez General Motors ont dit : "On a trouvé un matériau magnétique qui va permettre de réduire la taille des moteurs électriques, et donc l'épaisseur de la portière." Là, on gagne des centaines de kilos d'acier dans la voiture. Ça a été la division de General Motors, qui s'est appelée Magnequench.

Ça a très bien marché, sauf que General Motors était un grand groupe et qu'un jour dans l'état-major, on s'est dit : "C'est quoi, cette filiale ?" Les gens n'ont pas fait gaffe et ont vendu ça aux Chinois. Et contre l'engagement sur l'honneur de la Chine de laisser l'usine aux États-Unis pendant 5 ans. La Chine a dû respecter cet engagement pendant 5 ans et 3 jours environ. Aujourd'hui, les murs existent toujours et c'est un truc pour garder les chiens et les chats. Et voilà.

Un film a été fait par un journaliste français, un film remarquable sur l'extraordinaire aventure des terres rares. Dans la plus grande indifférence politique, on a laissé filer la propriété intellectuelle. Le nerf de la guerre, c'est pas la matière première, c'est la propriété intellectuelle. On me donnerait un tas de dysprosium, un tas de néodyme, deux ingrédients qui entrent souvent dans la production des aimants, je ne saurais pas quoi en faire. Ce n'est pas trivial d'arriver à en faire des aimants frittés de haute qualité.

Les principaux usages aujourd'hui. Les terres rares jouent un grand rôle dans la catalyse, on en trouve dans les pots catalytiques des voitures, où elles jouent un rôle, je crois, sur les NOx, les oxydes d'azote. La catalyse pour le craquage pétrolier. Différentes applications pour le verre, notamment pour la teinture du verre. Le polissage, l'oxyde de cérium est le meilleur agent de polissage qu'on connaisse aujourd'hui. Donc les vitres de votre voiture, les vitres de la mienne, sont polies avec de l'oxyde de cérium. Les batteries nickel-métal-hydrure qu'on trouve dans les voitures hybrides. Les voitures classiques, c'est la batterie au plomb. Et dans les voitures hybrides, on trouve des grosses batteries nickel-métal-hydrure, et là, y a du lanthane, entre autres. Les aimants permanents, les poudres luminophores et les céramiques haute résistance et diélectriques, utilisées dans l'industrie électronique.

Voilà une voiture. La vôtre, la mienne. C'est une voiture quelconque. Même en entrée de gamme, vous avez une idée des terres rares qu'on met en œuvre dans l'industrie automobile, pour en faire quoi, à quel endroit ? Il faut entre 5 et 8 terres rares pour fabriquer une voiture, fût-ce une Clio modeste ou une plus grosse, peu importe. Les terres rares sont indispensables à l'industrie automobile. Et à l'industrie aéronautique, etc. On en trouve partout.

Ça, c'est la répartition. Sachant que la production mondiale tourne autour de 130-140 000 tonnes d'oxydes de terres rares par an. Ça vous dit à peu près quels sont les principaux usages en termes de masse. Sans grande surprise, c'est la catalyse et les aimants permanents, suivis d'assez près par les agents de polissage. Vous voyez que c'est assez équilibré.

Alors, question : c'est transformé où ? On nous parle beaucoup, dans la presse, les médias, des terres rares. C'est un sujet tendance depuis 2-3 ans. Et on a l'impression que c'est vital pour l'Europe. J'en entends beaucoup parler. Yves Meyerfeld indiquait que la Commission européenne a mis en place un réseau européen des compétences en matière de terres rares. Mais quand on regarde où c'est mis en œuvre industriellement, ça se passe pas beaucoup chez nous. Aujourd'hui, on n'a pas beaucoup de brevets dans ce domaine. On a laissé filer tout ça. Donc ça se passe largement en Asie, largement en Chine et puis au Japon. Avec des enjeux stratégiques considérables. 81% de la production mondiale d'aimants permanents, c'est en Chine. Le reste, c'est au Japon, avec une toute petite partie aux États-Unis et en Europe. C'est généralement sous licence Hitachi. Le principal brevet sur la production d'aimants frittés à base de terres rares, c'est Hitachi. Un brevet qui vient à échéance en 2014, l'année prochaine, et la Chine vient d'annoncer qu'elle intente un procès contre Hitachi devant les tribunaux américains, pour prolongation abusive du brevet, puisque Hitachi a annoncé une extension de la validité de son brevet jusqu'en 2029. Il y a 9 sociétés chinoises qui se sont mises ensemble pour intenter ce procès qui va commencer et qui va certainement défrayer la chronique dans les mois et les années à venir, et faire le bonheur de nombreux juristes.

Les poudres luminophores, c'est pareil, ça se passe en Chine et au Japon. En gros, l'industrie transformatrice des terres rares, ça se passe plus en Asie qu'en Europe. Nous avons laissé filer nos industries de haute technologie dans l'indifférence politique, excusez-moi, ça me fait mal au cœur. Ça n'a rien à voir avec un parti quelconque. C'est vrai en France, en Europe, aux États-Unis. C'est une catastrophe au niveau des pays de l'OCDE. On a laissé filer tout ça, sans réagir, dans l'indifférence, au nom de la libre entreprise, des marchés transparents... Les Asiatiques ne pensent pas comme nous. Ils ont compris l'intérêt stratégique des matières premières en général et des terres rares en particulier.

Ça, c'est le taux de croissance annuel de la consommation de ces applications. Voyez qu'on est à des croissances annuelles hallucinantes. 10% pour les aimants permanents, pas loin de 10% pour les poudres luminophores. C'est quelque chose d'extrêmement dynamique. On voit bien la valeur ajoutée qu'apporte l'usage des terres rares dans bien des domaines de haute technologie. Quand je vous ai demandé si vous en aviez sur vous, vous avez répondu "téléphone portable". On pourrait faire le tour de la pièce, ce serait amusant, mais il y en a à pas mal d'endroits. La caméra vidéo qui me filme en est pleine. Tiens, les terres rares ont disparu de mon ordinateur, voilà ce que ça donne. Donc, j'ai dit 135-140 000 tonnes, actuellement. On était à 111 000 en 2011.

C'est un marché de niche. Autant les enjeux technologiques, économiques, stratégiques sont importants, autant c'est un marché de niche. En valeur, fin 2011, c'était 6,5 milliards de dollars. C'est rien du tout dans l'industrie minérale. C'est un tout petit marché. Par contre, si on compte la valeur des produits qui n'existeraient pas sans terres rares, c'est largement plus de 1 000 fois. Il n’y aurait ni aéronautique moderne, ni défense moderne, ni automobile moderne, ni télévision, etc. Si vous comptez la valeur de tous ces segments industriels... Un téléphone mobile, pour vous donner une idée, Orange a fait une étude là-dessus, qui est publique, la valeur totale des matières premières dans un smartphone, c'est 1 dollar ou 1 euro. C'est-à-dire, rien du tout. Et il y a 60 éléments du tableau de Mendeleïev dans un téléphone moderne, en comptant l'oxygène, l'azote, etc. 60 éléments, dont certains très rares. Du palladium, du béryllium, des terres rares, etc. C'est chaque fois un pouième, mais sans ce pouième, il n’y aurait pas de téléphone moderne. Donc c'est pas la valeur du produit, c'est la fonctionnalité qu'apportent ces matières premières qui est considérable.

Regardez par rapport à l'industrie du minerai de fer. C'est 298 milliards de dollars par an. 92% de la masse totale de métaux qu'on produit sur la planète année après année. Tout le reste : aluminium, cuivre, zinc, etc. Tout le reste des métaux ou ce qui s'apparente aux métaux, en comptant les métalloïdes des chimistes, ça ne fait que 8% en tonnage de la production annuelle. Donc marché de niche. Ce qui explique aussi que les grands groupes miniers, comme Rio Tinto, BHP, Vale, très connus dans le fer, dans les métaux non ferreux, ne s’intéressent absolument pas aux terres rares. Pour eux, c'est très compliqué, ça demande des technologies très particulières. On va retrouver des sociétés dont les noms sont très peu connus du grand public, à l'exception de Rhodia, parce que c'est français. Voilà.

C'est un marché très segmenté. J'ai dit et montré que c'était largement dominé par la Chine et le Japon. Ça n'est pas près de changer du jour au lendemain. Les informations disponibles sur ce monde merveilleux et passionnant des terres rares sont limitées. Un certain nombre d'entreprises, celles qui sont cotées en bourse, ont des obligations de publications d'informations. C'est ce qui alimente tous les analystes, y compris moi-même. Par contre, il se passe des tas de choses qui ne sont pas documentées. Tout bêtement parce que c'est financé par des fonds propres, par exemple d'entreprises. Quelques-uns des plus gros projets à venir en matière de terres rares sont très mal documentés. Au Groenland, le gisement Kringlerne est dans les mains d'une société australienne qui n'est pas cotée en bourse, et qui s'appelle Tanbreez. Ça pourrait être le plus gros gisement mondial de terres rares à venir, mais on sait peu de choses, car ils n'ont aucune obligation de transparence.

Evidemment, les informations en provenance de Chine sont particulièrement peu nombreuses. C'est un pays... Je pense qu'ils ont un problème interne d'organisation. Je doute que le gouvernement chinois ait une vision des statistiques solide et fiable. J'ai une expérience des anciennes statistiques russes. Ça doit pas être très différent en Chine. Je doute que le gouvernement chinois sache à 100% et avec fiabilité ce qui se passe sur son territoire. Ça s'améliore. Je pense que la Chine va être de plus en plus transparente car elle a tout à y gagner, mais, pour le moment, y a peu de données fiables venant de Chine, et quand vous avez des données, parfois il vaut mieux être prudent quand vous les utilisez. On n’est pas dans un monde de Bisounours, on parle ici de concurrence entre les nations, dans des domaines de haute technologie, de haute innovation. Et donc, les pratiques, parfois, laissent songeur.

C'est un marché qui peut être rapidement et profondément modifié par l'innovation. Demain, quelqu'un sur la planète... Et y a du monde qui cherche. Au Japon, en Corée, aux États-Unis, en Europe. Par exemple, comment faire des aimants permanents sans terres rares ? Si quelqu'un démontre la faisabilité industrielle... Il ne s'agit pas de le montrer sur une paillasse de laboratoire, il s'agit de montrer qu'on peut faire des aimants de plusieurs kilos, pour mettre dans des éoliennes... Celui qui arrivera à le démontrer va radicalement modifier la donne. Donc c'est un marché très volatil.

Voilà ce que ça donne. Ce sont les variations des cours du prix de certaines terres rares. Je n'ai pris que les terres rares dites légères. Dont la valeur... Monsieur Larsen Lupin est en train de se manifester, non ? Ah, c'est mon téléphone ? C'est un coup du néodyme ! Faites-moi signe si c'est trop pénible. Donc, en 2011, il y a eu une flambée des cours des terres rares, qui est sans précédent dans l'histoire des métaux, qui pourtant est riche de volatilité. Les cours des métaux ont souvent des creux et des bosses, mais ici on a une multiplication par 70. C'était lié à un ensemble de facteurs. Fin 2010, la marine japonaise a arraisonné un chalutier chinois, en mer de Chine, capturé l'équipage. Ils ont très rapidement relâché les marins, mais ils ont gardé le capitaine quelques jours. En représailles, la Chine a stoppé net ses exportations de terres rares à destination du Japon. Or, le Japon, pays riche en industries de haute technologie, est très dépendant de la Chine comme fournisseur de terres rares. Et puis, la Chine a entrepris un vaste programme de mise en ordre de son industrie des terres rares pour réduire les exploitations illégales. Notamment dans le sud. Et aussi pour réduire les impacts environnementaux de l'industrie des terres rares. Un ensemble de facteurs font que... Plus la spéculation habituelle sur les matières premières fait qu'il y a eu un embrasement pour une pareille évolution, et aussi rapide, des prix. Depuis, le soufflé est retombé, mais avec un niveau nettement plus haut que ce qu'il était avant. On est quand même 7-8 fois au-delà de la moyenne des prix de la période 2000 à 2010. Et on est même dans une phase de relatif redémarrage. On est repartis, semble-t-il, vers une hausse. Jusqu'à quand, et où, je ne sais pas.

Les aimants permanents. Voilà l'évolution de la taille, en grandeur réelle, c'est à l'échelle. La taille des aimants permanents. Donc l'aimant alnico. Technologie classique des années 40-50. Et tout en haut,  l'aimant néodyme-fer-bore. Tout ça, à puissance magnétique identique. Vous voyez la miniaturisation que ça permet. À gauche, vous avez un moteur de 500 chevaux avec un moteur à induction bobinage cuivre classique. À droite, vous avez la même puissance, 500 chevaux, mais avec un moteur à entraînement synchrone à aimants permanents terres rares. Vous voyez que ça évoque la compacité et la simplicité. Mécaniquement, les moteurs à terres rares, ou les génératrices, on va voir le cas des éoliennes, sont techniquement plus simples, pas technologiquement.

Dans cette affaire d'aimants permanents, il y a un élément qui joue un rôle particulièrement important. Les terres rares sont stratégiques, mais il y en a bien plus stratégiques que d'autres. Vous allez voir pourquoi. Un parfait exemple, c'est le dysprosium. Les aimants permanents, normalement, c'est néodyme-fer-bore, mais on est obligé de les doper au dysprosium, des quantités qui varient entre 2 et 11 % en fonction de la plage de température que l'on veut pour le fonctionnement de l'aimant. L'aimant est caractérisé par un certain nombre de paramètres. Ces paramètres se dégradent avec l'élévation de température. Dans une éolienne, vous avez toujours un peu de frottement, des forces qui entraînent des échauffements. On est obligé de rajouter 4 % de dysprosium dans l'alliage magnétique pour garantir un fonctionnement à une plage de température acceptable sans perdre les capacités et les propriétés magnétiques de l'aimant permanent.

En 2011... Pardon, 2010, la production mondiale de dysprosium est estimée, c'est estimé, rien que pour la Chine, selon les auteurs, on estime entre 10 et 30 % la proportion de production illégale et d'exportation tout aussi illégale à partir de la Chine, histoire de vous montrer ce que valent les statistiques officielles. Quand c'est des productions et des exportations illégales, personne ne connaît la réalité des chiffres. En 2010, on a produit 1 600 tonnes et, avec ça, on peut faire 70 GW de capacité de production électrique à partir d'éoliennes à aimants permanents. On fait des éoliennes en se passant d'aimants permanents. Il y a différentes technologies. Il y a de nombreux usages concurrents des aimants permanents. J'ai parlé du téléphone mobile. Dans les disques durs, par exemple, il y a 2 aimants permanents. Et ainsi de suite. Il y en a partout. Si 20 % de la capacité annuelle de production mondiale d'éoliennes devaient venir d'éoliennes à type génératrices synchrones à aimants permanents, avec la technologie actuelle, il faudrait 460 tonnes de dysprosium supplémentaires en l'état actuel des technologies. Rien ne dit qu'en 2030, on fera encore des aimants permanents, on mettra encore des aimants permanents à base de terres rares dans les éoliennes. Peut-être qu'on fera des génératrices à supraconducteur. C'est une piste qui est explorée. On ne sait pas encore si ça marchera. Mais il y a de nombreuses options technologiques sur la table. Simplement, aujourd'hui, la plus séduisante, c'est bien la technologie à aimants permanents. Pourquoi ? Parce qu'une éolienne classique à induction, c'est un moteur asynchrone, c'est-à-dire que la pale de l'éolienne, quand il y a beaucoup de vent, tourne maximum 20 tours minute. Elle doit entraîner une génératrice à bobinage en cuivre, qui doit tourner à 1 500 tours minute pour une production optimale de courant. Que faut-il entre les 2 ? Une boîte de vitesse. C'est, mécaniquement, une horreur. C'est très complexe, très fragile. Une éolienne a des vitesses qui varient en permanence. La boîte de vitesse reçoit donc des à-coups. Aujourd'hui, les plus grosses éoliennes qu'on commence à installer en offshore, c'est 6 MW, ce sont de sacrées bêtes, et quand vous imaginez qu'il faut envoyer l'hélico, l'équipe pour aller réparer l'éolienne en panne au large d'Ouessant et qu'il y a un vent de force 8, je ne vous raconte pas l'étendue du désastre. L'aimant, comme solution, ce sont des entraînements directs. Donc plus de boîte de vitesse. On élimine une des sources principales de fragilité de l'éolienne. Donc des coûts de maintenance plus bas et une plus grande facilité d'entretien. Ça joue un rôle fondamental. Surtout pour les éoliennes en domaine offshore. En onshore, c'est moins grave. L'accès est plus facile. Mais, même là, la fréquence des pannes est plus grande sur les boîtes de vitesse pour celles qui en ont une. Donc il y a aussi besoin d'autres métaux. Donc... Ah oui, pardon... Il faut savoir que par MW de capacité de production électrique, il faut, si c'est des éoliennes à aimants permanents, il faut, par MW, 600 kg, en moyenne, les chiffres diffèrent un peu, d'aimants permanents, par MW de capacité de production, dans les 600 kg, vous avez 24 % de néodyme et, environ 4 % de dysprosium. Ça vous donne un ordre d'idée.

Il faut aussi du cuivre. Vous avez entre 6 et 10 t de cuivre, selon les estimations, en comptant les réseaux de raccordement. C'est bien de construire des éoliennes, mais encore faut-il construire des réseaux pour les raccorder. Et une bonne centaine de tonnes de fer, entre 100 et 150 tonnes de fer, par MW de capacité installée. Si on regarde les projections à l'horizon 2030, il y en a de disponibles par l'Agence internationale pour l'énergie et le Global Wind Energy Council, ça ferait, à peu près, 670 000 tonnes de cuivre. C'est 4 % de la production mondiale de cuivre. C'est pas rien. C'est 1 % de la production mondiale d'acier. C'est bien parce que ça se recycle sauf qu'il faut attendre 20 ans. Ça rajoute à la demande mondiale pour les métaux et ça illustre bien le fait que les énergies renouvelables, on déplace, en partie, un problème, celui de la génération d'énergie, vers un autre, la production de métaux. Laquelle production de métaux nécessite de l'énergie. Aujourd'hui, on consomme 8 % d'énergie mondiale pour extraire et produire les métaux dont l'humanité a besoin, pour avoir un ordre d'idée. D'ici 2035, il faudrait installer, de manière générale, pratiquement 6 000 GW de capacités nouvelles de production électrique, toutes technologies confondues. Plus, encore, la partie que je n'ai pas calculée, qui doit être à peu près 1/3 des capacités existantes, qui sont en fin de vie. En gros, 20 ou 30 ans pour une installation de production électrique, c'est déjà pas mal. On essaye de faire durer les centrales nucléaires un peu plus longtemps. Je ne sais pas si c'est une bonne idée. Mais, enfin, bon... Il va bien falloir remplacer tout ça. Ça vous donne un ordre d'idée des enjeux.

Si, pour l'éolien, on pourrait passer de 238 GW, ce qui est installé à l'échelle mondiale actuellement, à 1 098 en 2035, dont 175 installées en offshore. C'est le scénario dit de croissance modérée publié par l'Association mondiale pour l'énergie éolienne, ce qui ferait, à peu près, 96 GW par an à l'horizon 2030 et, si on prend l'ensemble du dysprosium, on est à 70 GW. Il y aura un gros problème sur la demande en dysprosium si les technologies n'évoluent pas. C'est un éclaté d'une éolienne à génératrice synchrone à aimants permanents. Les pales, le système de freinage et puis, derrière, cet espèce de gros disque, qui est la génératrice à aimants permanents Donc pas de boîte de vitesse. D'où une relative simplicité de la construction.

Pourquoi le dysprosium est-il un métal critique et hautement stratégique ? Aujourd'hui, on dispose de données précises sur une bonne cinquantaine de gisements à terres rares qui sont en cours d'étude à travers le monde, hors Chine. On dispose de données détaillées sur leurs ressources et la composition de ces ressources. En moyenne, ça donne 0,9 % de dysprosium. Un gisement de terres rares, en moyenne, c'est 1,2 % de terres rares dans le minerai. Donc c'est 98,8 % de fraction stérile de la roche, qu'on va rejeter. Ce n'est que 1,2 %, en moyenne, et, dans ce 1,2 %, vous avez, en moyenne, encore, 0,9 % de dysprosium. Ça vous montre que le dysprosium n'est pas un élément courant dans la nature. Or, il est indispensable à de nombreuses applications.

Des prévisions sur l'offre et la demande, ça vient de Dudley Kingsnorth, qui est l'un des meilleurs spécialistes mondiaux de l'économie des terres rares. On en retrouve quelques-uns dans toutes les conférences internationales. Vous voyez les estimations. Pour tout ce qui est en rouge, vous avez un déficit structurel prévu, un déséquilibre entre l'offre et la demande. C'est un paradoxe. Si on veut produire du dysprosium, il faut produire la quantité de lanthane et de cérium associée, mais il n'y a pas un marché pour absorber de telles quantités de lanthane et de cérium. Vous allez maintenir des cours élevés pour le dysprosium et vous allez déprimer les cours des éléments lanthane et cérium, voire le néodyme, qui est utile aux aimants permanents. C'est la bonne nouvelle, le néodyme ne fait pas partie des terres rares rares. Par contre, l'europium et le terbium, des poudres luminophores, regardez, 0,3 %, 0,2 %. Ça fait pas épais. Quelles que soient les technologies d'éclairage ou de vidéo, pour les écrans vidéo, on retrouve invariablement ces terres rares. La bonne nouvelle, ce sont les ampoules compactes fluorescentes, dont on va parler dans un instant. Avec l'avènement des LEDs, on va pouvoir générer de l'intensité lumineuse en utilisant moins de terres rares.

Ce que je ne vous ai pas montré, tout à l'heure, c'est l'évolution du prix des terres rares les plus rares. Regardez la courbe des prix du dysprosium. Tout à l'heure, on était à un facteur multiplicateur de 70. Là, on avait atteint 106. C'est mieux que la Caisse d'Épargne. Ça dépend à quel moment vous vous situez, évidemment. D'où l'avertissement, au début. D'où vient le dysprosium, en particulier ? Le problème, c'est que la production mondiale de dysprosium vient à 99 % de l'exploitation de ce qu'on appelle des argiles ioniques à terres rares, qui sont une espèce de latérite formée sur des roches préalablement déjà enrichies en terres rares. On trouve ça dans le sud de la Chine. C'est une espèce de sols tropicaux, où se sont enrichies les terres rares lourdes. Le profil de ces argiles ioniques est enrichi par un processus géochimique en terres rares lourdes. Elles sont exploitées localement, mais c'est une horreur. C'est de la déforestation. Il faut bien accéder à la matière première. Ce sont des petites exploitations artisanales à ciel ouvert. On fait des petits forages de 3 m, à mailles très serrées. On y injecte du sulfate d'ammonium, des lixiviants. Ça pénètre dans le sous-sol. On recueille ce jus un peu plus bas, dans la pente. Au bout de quelques semaines, il est chargé et il lixivie les terres rares. Ensuite, on fait évaporer. On recueille un concentré de terres rares, qui, ensuite, est envoyé dans des usines de séparation hydrométallurgiques. On revient au procédé utilisé pour toutes les terres rares. Mais le spectacle n'est pas très jojo. Et l'impact environnemental est considérable. En plus, c'était largement de l'exploitation illégale. Donc une des questions sur le marché du dysprosium, c'est, si la Chine met vraiment en œuvre des normes environnementales contraignantes comme elle a l'air de vouloir le faire parce qu'elle est prise à la gorge par l'état de son propre environnement, il n'y a pas que des problèmes de terres rares, ils sont même épiphénoménaux par rapport au charbon ou à la qualité de l'eau en Chine, etc. cette production de dysprosium va baisser fatalement. La question à quelques millions d'euros, c'est où sont les productions alternatives ?

Autre question. La Chine a un besoin impérieux de ces terres rares. Elle a développé plein d'industries à hautes technologies, à haute valeur ajoutée utilisant les terres rares. Il est très clair que la stratégie économique de la Chine, ce n'est pas de continuer à vendre au monde des blue jeans et des T-shirts bon marché. Ça, c'est fini. C'est en train de quitter la Chine vers l'Éthiopie, le Bangladesh. Il y a toujours, malheureusement, plus pauvre que pauvre pour ce faire ce genre de choses. L'ambition de la Chine, c'est de nous vendre les produits à forte valeur ajoutée, que permet une parfaite maîtrise de toute la filière des métaux depuis la géologie, l'extraction minière, la métallurgie, la chimie séparative, en clair, de nous vendre les avions et les automobiles du futur. L'électronique, c'est bien parti. Trouvez un ordinateur, un téléphone, n'importe quoi qui ne soit pas "made in China". Même s'il y a marqué Apple ou je ne sais pas quoi dessus, l'usine où un bon nombre de composants, pas tous, ont de bonnes chances d'avoir été fabriqués en Chine. Cette boulimie de matières premières de la Chine, et pas seulement sur les terres rares, conduit la Chine, aujourd'hui, à être non seulement un opérateur minier de 1er rang, mais aussi à investir massivement à l'étranger, notamment au Canada, en Afrique et en Australie.

Dernière partie de ce petit panorama sur les terres rares, les questions pour l'avenir. Dans mon hôtel, il y avait une moquette très agréable, que je me suis mis à fumer tout en regardant dans une boule de cristal, ce qui est un exercice un peu hasardeux, parce que la fumée peut obscurcir ce qu'on a dans la boule de cristal... Il faut savoir, déjà, je le répète, qu'on n'a que les informations de sociétés qui sont cotées en Bourse. Tout ce qui n'est pas coté en Bourse n'est pas public.

Parmi les très grands gisements qui pourraient produire des terres rares dans l'avenir, par exemple, c'est les phosphates. Il se pourrait que le Maroc, qui est un grand producteur mondial de phosphates, puisse devenir, un jour, un grand producteur mondial de terres rares. J'ai eu la chance de m'exprimer à ce sujet. J'ai écrit un article, récemment, sur le sujet. Il y avait un symposium organisé au Maroc par l'Office chérifien des phosphates, où je me suis amusé à présenter quelques idées ou quelques données sur les terres rares dans les gisements de phosphate. Il y aussi certains gisements de fer où on trouve de l'apatite, phosphate de calcium, qui, très souvent, contient des terres rares. Il y a toutes sortes de sources potentielles de terres rares qui sont mal documentées, mal connues, mais qui pourraient se mettre à produire.

Il faut savoir que les sociétés cotées en Bourse, pour ce qui est des sociétés minières, sont soumises à des codes imposés par les marchés financiers, qui conduisent à publier les données dans des formats bien spécifiés avec des audits externes, etc. Tout ça est lié à un grand scandale qui a eu lieu à la fin des années 90 dont je ne vais pas parler ici. 49... 50 gisements sont actuellement en cours avancé d'études à l'extérieur de la Chine. 49 et 2 mines en production, ce qui fait bien 51. 2 mines ont été ouvertes hors Chine. La fameuse mine des États-Unis a été modernisée et ré-ouverte. Celle qui avait été fermée pour des raisons environnementales. Mountain Pass, qui appartient à la société Molycorp. En Australie, c'est l'ouverture complète d'un nouveau gisement, qui n'existait pas auparavant, Mount Weld, qui appartient à la société Lynas. Ce gisement est apparié à une usine de séparation des terres rares sur technologie Rhodia, qui a été construite en Malaisie, à Gebeng, et qui est en cours de production. Ça va rajouter à peu près 20 000 tonnes de terres rares au marché, mais, malheureusement, un tout petit peu, seulement, de dysprosium. Ce n'est qu'une toute petite partie de la réponse.

Donc peu d'informations sur les projets que les sociétés autofinancent. Au Groenland, il y a un gisement qui intrigue beaucoup parce que c'est un monstre, qui s'appelle Kringlerne. Il appartient à une société australienne assez mystérieuse, Tanbreez, contrôlée par une holding enregistrée à Londres. Je ne sais pas si vous voyez... Derrière laquelle, certains pourraient soupçonner des intérêts chinois. Mais bon... Il faut savoir qu'une partie des productions dites occidentales futures bénéficieront à l'économie chinoise. C'est la règle. C'est une carte avec les projets... Plus ou moins les 51 projets. Et puis quelques autres. Vous avez la position des mines chinoises, les pentagones représentant les sites en train de produire. Vous avez des projets en développement en Australie, Nolans Bore, Charley Creek. DZP, qui est Dubbo Zirconia, qui sont en cours je dirais assez avancé. Vous avez plusieurs gisements aux États-Unis, au Canada. Vous avez des choses moins avancées, mais extrêmement importantes au Groenland. Le plus gros gisement en termes de tonnage de réserve, mais, malheureusement, pas en termes de teneur en terres rares dites lourdes, en dysprosium, notamment, se trouve à Kvanefjield, pratiquement dans l'extrémité sud du Groenland.

Que faut-il pour répondre à nos besoins en terres rares ? C'est quand même bon de le rappeler. Il faut plusieurs conditions. Il faut, d'abord, des gisements, une connaissance géologique, trouver les gisements. Mais ce n'est pas suffisant. Il faut des capitaux nécessaires à leur développement et à leur mise en production. Aujourd'hui, les coûts d'investissement préalables avant de sortir la 1re tonne de minerai, parce que, pour sortir le minerai, il faut acheter les équipements, construire des installations, apporter la haute tension, l'eau, etc. mettre en place l'installation de traitement des effluents. Et j'en passe, et des meilleurs. Ça fait qu'une nouvelle mine de terres rares, sans usine de séparation des terres rares, c'est entre 100 millions et 1,5 milliard de dollars avant de sortir le 1er kilo de terres rares. C'est le CAPEX, en anglais, "capital expenditure".

Après, on parle de coûts opératoires, les coûts de production au kilo, à la tonne, comme on voudra. À ça, vous rajoutez encore quelques centaines de millions de dollars si vous voulez faire une usine de séparation. On est dans des choses très capitalistiques. C'est un gros problème. J'ai dit que la valeur totale de la production, c'étaient 6 milliards de dollars. Autant vous dire que les investisseurs ne se précipitent pas. Quand vous leur dites qu'il faut 1,5 milliard de capitaux pour démarrer le projet, j'attends de voir qui va les mettre. Parce que je crois à un projet quand je lis qu'il y a des accords qui ont été signés avec X, Y et Z, que le tour de table s'est organisé. On peut alors envisager sérieusement que la production va démarrer. Tant que ce n'est pas le cas, on peut parler longtemps, faire de la publicité, des belles plaquettes. L'industrie sait très bien faire ça.

3e condition. Donc, il faut un gisement. Il faut des capitaux. Il faut construire des usines de séparation. Il faut trouver des gens qui ont le savoir-faire. Ils sont très peu nombreux à travers le monde, qui veuillent bien vous licencier et vous aider à construire l'usine. Ces industriels-là jouent aussi leur propre stratégie. Après, il faut les savoir-faire. La bonne nouvelle, c'est qu'il y a le savoir-faire humain. La propriété intellectuelle est fondamentale et je reproche souvent aux études sur les métaux critiques, je connais un peu le sujet, c'est de ne pas du tout regarder les questions de brevets, etc. et savoir qui contrôle les brevets sur la métallurgie, sur la chimie séparative, sur les matériaux en aval, etc. C'est fondamental et c'est très éclairant. C'est, malheureusement, peu réjouissant quand on regarde ça.

Et puis, l'acceptabilité sociale des projets. L'acceptabilité de ces projets dépend, entre autres, de la présence ou non de sous-produits radioactifs. Beaucoup de gisements de terres rares ont le très mauvais goût de contenir du thorium et de l'uranium. L'uranium, c'est peut-être pas le plus inquiétant. Il a un marché. S'il y a suffisamment d'uranium, on peut le sortir économiquement, le vendre et on n'a pas à en faire un tas d'uranium qu'on laisse sur place. Par contre, le thorium, aujourd'hui, est un des rares éléments du tableau de Mendeleïev qui n'ait pas encore un marché à hauteur de sa production potentielle. Il y a quelques usages du thorium, mais ça va pas chercher très loin. Il faut entreposer ce thorium. La bonne idée, c'est de l'entreposer pendant 30 ans. Dans 30 ans, il y aura un marché du thorium, il y aura des réacteurs nucléaires en grandes quantités marchant à l'uranium 233, produit à partir de thorium 232. Je pense que c'est un des avenirs du mix énergétique, mais ça ne sera pas avant 30 ou 40 ans. En attendant, il faut le stocker. Ce thorium pose quand même quelques problèmes d'entreposage. Ça peut se faire, mais ça a un prix et ça ne doit pas être fait n'importe comment. Et vous avez toute de suite des problèmes d'opinion publique. Dès que vous utilisez le mot "radioactivité", vous suscitez la crainte de la population.

C'est un diagramme qui montre quelques-uns des gisements en cours de développement. En Europe, nous avons un gisement de terres rares en cours de développement avancé, qui est Norra Karr, en Suède, qui appartient à la société Tasman Metals, qui est australienne et où vous avez moins de 10 ppm de thorium. La plupart des autres gisements ont des teneurs plus élevées. C'est une échelle logarithmique. Ça va jusqu'à plus de 10 000 ppm de thorium, ce qui fait beaucoup. Ça fait exactement 1 %. Ça donne des déchets, qui, selon les normes de l'Agence internationale pour l'énergie, sont des déchets qui relèvent de règlementations spécifiques pour leur gestion. C'est beaucoup plus lourd.

Sur le know-how du traitement et de la séparation des terres rares, je ne vais pas vous détailler la partie gauche de l'image, vous pourrez la regarder à la loupe, elle est téléchargeable, aussi, ça vient de l'USGS, c'est un flow sheet simplifié, de traitement métallurgique des terres rares. Il faut savoir aussi que les porteurs de terres rares... Il y a, à peu près, 200 espèces minérales porteuses de terres rares qui sont connues, mais il n'y a de procédés industriels que pour 3 ou 4 de ces terres rares, la bastnésite, la monazite et la loparite. La loparite est déjà un minéral très particulier. Il y a un gisement exploité, dans la péninsule de Kola, en Russie. Il y a un autre minéral dont on va parler beaucoup dans les prochaines années, qui est l'eudialite. Et puis, aussi, le xénotime. Eudialite et xénorime étant 2 minéraux du groupe contenant des terres rares qui ont une particularité, ils sont naturellement très riches en terres rares lourdes et peu radioactifs.

C'est juste un ordre d'idée. C'est le montant, en capital, ce sont les données publiées par les sociétés, le montant en capital qu'elles estiment nécessaire pour démarrer leur opération. Vous voyez, Kvanefjield, 1,530 milliard d'euros. Si vous ne savez pas quoi faire de votre plan B ou de votre livret A, voilà une suggestion, mais rappelez-vous l'avertissement initial. Les inconnues, dans le domaine des terres rares, j'aime bien l'expression, c'est les known unknown, les inconnues connues. On n'a pas la réponse, mais on sait quelles sont les questions. Les questions, pour le futur, c'est quelle va être la capacité de production de la Chine ? Notamment en matière de terres rares lourdes, dont le fameux dysprosium et l'europium. Non, l'europium n'est pas une terre rare lourde, mais il est rare. Le terbium est une terre rare lourde. L'yttrium. Ce sont de vrais enjeux. Quelle va être la capacité des projets situés hors Chine à attirer les investissements initiaux nécessaires à leur développement ? Que vont devenir les projets à forte teneur en thorium ? Que va-t-il se passer avec un tout un tas de gisements qui sont mal documentés pour cause de manque de transparence et qui sont développés sur fonds propres ? Qui va abattre quelle carte et quand ? On ne le sait pas. J'en connais quelques-uns qui jouent dans l'ombre.

Que va-t-il advenir de la construction d'usines de séparation ? Une usine comme La Rochelle, c'est 10 000 t par an de capacité. Ça s'étend pas indéfiniment. C'est compliqué, en plus. C'est là qu'il risque d'y avoir un gros goulet d'étranglement. Beaucoup des nouveaux projets annoncent l'ouverture de mines, mais ils ne parlent pas de l'usine de séparation, qui est nécessaire derrière, qui va les faire, comment ça va se passer. Des rumeurs circulent qu'aux États-Unis, il pourrait se développer le concept d'une usine qui ferait de la métallurgie, enfin de la chimie séparative à façon. Les producteurs pourraient y envoyer leurs minerais, payer les coûts de la séparation. Pourquoi pas. Peut-être qu'en Europe, quelque chose de similaire pourrait se développer.

Et puis la question des brevets. La propriété intellectuelle, aujourd'hui solidement verrouillée à la fois par la Chine et le Japon, ce qui va poser un problème pour tous les nouveaux entrants.

Et puis, les compétences dans l'OCDE aujourd'hui. Que ce soit dans le domaine de la mine, dans le domaine de la métallurgie, dans le domaine de la science des matériaux, je vois plus de têtes blanches que de jeunes. Encore que, là, je vois quelques jeunes. J'espère que vous allez vous précipiter sur ces domaines scientifiques, si vous n'y êtes pas déjà. On est plutôt dans une phase, dans tous les pays de l'OCDE, où on a perdu énormément de compétences absolument stratégiques et on ne s'est pas beaucoup souciés de les reconstituer. En Europe, il y a une forte prise de conscience, mais récente. Ça a commencé en 2008 avec le lancement de l'initiative matières premières de la Commission européenne. Certains États membres, aussi. L'Allemagne a un programme national de recherches très ambitieux qui est bien documenté. Il y a une plaquette d'une quarantaine de pages sur les métaux de haute technologie, qu'ils ont traduite en français pour encourager les coopérations bilatérales. Il y a un projet européen spécifique sur la métallurgie des terres rares qui vient d'être lancé, EURARE, qui est piloté par l'université technique d'Athènes, mais auquel participent tout un ensemble d'acteurs, dont le BRGM, entre autres. La mise en place, toute récente, par la Commission européenne, d'un réseau de sachants des terres rares. J'ai l'honneur de faire partie du comité de pilotage. Le comité de pilotage se réunit la 1re fois la semaine prochaine. Une diplomatie européenne des terres rares. Visites de commissaires européens au Groenland, entre autres. Signatures de protocoles d'accord. J'attends de voir ce qui va concrètement se passer derrière. Il faut jouer avec des centaines de millions de dollars et être prêts à prendre des risques industriels. Ce n'est pas aussi simple que ça. Ce n'est pas en allant se promener avec un marteau de géologue qu'on résout tous les problèmes.

Beaucoup de recherches en cours aussi bien au Japon, aux États-Unis, en Corée sur comment faire pour se passer de terres rares. C'est une vraie question pour la science. C'est comment on fait pour faire des écrans vidéo sans europium, sans terbium, de l'éclairage sans europium et sans terbium, des aimants permanents sans dysprosium. Le néodyme, pas trop de soucis. Comment on fait pour réduire la consommation de terres rares et aussi pour recycler. Rhodia a fait de la recherche, nous avons participé à certaines d'entre elles, sur des procédés pour recycler, par exemple, les poudres luminophores contenues dans les tubes de néon et les ampoules de basse consommation. C'est le process Coléop'terre, qui, aujourd'hui, est au point. Le recyclage de ces poudres luminophores. Il y en a 1 g par ampoule, en moyenne, et 60 % de terres rares dans ce gramme. Multiplié par le nombre d'ampoules, ça fait une ressource très précieuse. Pareil pour le lanthane dans les batteries nickel-métal-hydrure. Il y a aussi des travaux sur le recyclage des aimants permanents.

J'en ai terminé. C'est la page de pub pour le BRGM. Donc si vous voulez vous documenter, il y a, bien sûr, d'innombrables sources d'informations, essentiellement en langue anglaise. Nous maintenons, à la demande du gouvernement français, du ministère de l'Écologie, un site, mineralinfo.fr, vous avez l'adresse ici, où vous pourrez télécharger notre revue, que nous publions 2 fois par an, qui s'appelle "Géosciences", à gauche. Le numéro 15, l'année dernière, à l'occasion de Rio + 20, avait consacré tout un ensemble d'articles sur différentes facettes des matières premières minérales dans un contexte de développement durable. Nous publions, 10 fois par an, une revue, tout ça est gratuit et téléchargeable, qui s'appelle "Écomine", qui est l'actualité mondiale de l'industrie minérale des matières premières. Et si vous voulez savoir ce que nous savons aujourd'hui, plutôt ce que nous savions en 1992, parce que tout le développement de la connaissance du sous-sol français s'est arrêté avec la fin de l'Inventaire minier national, mais les données acquises entre 1975 et 1992 sont disponibles en ligne. Quiconque peut aller voir précisément. Vous pouvez zoomer très précisément. Vous pouvez voir les points d'analyse, les teneurs analysées, sachant qu'à l'époque, les procédés analytiques n'étaient pas aussi sensibles qu'aujourd'hui et on n'analysait pas des éléments comme les terres rares en routine. Ni l'indium, ni le germanium, ni le gallium. Ce qu'on regardait, c'était l'attente des pouvoirs publics de l'époque, le cuivre, le plomb, le zinc, l'or, etc.

Et puis, j'ai l'honneur de faire partie de l'équivalent du GIEC, mais pour les ressources naturelles, l'International Resource Panel, du programme des Nations unies pour l'environnement. Vous avez un lien Internet, où vous pouvez télécharger un ensemble de rapports, dont certains ont trait aux métaux et aux matières premières. Un rapport sur ce qu'on sait sur le stock de métaux existants hors sol dans l'humanité, ce qu'on a déjà extrait et qui est physiquement présent dans nos infrastructures, nos biens de consommation, etc.

Un autre sur l'état du recyclage. Il y a un tableau périodique des éléments, coloré, qui vous montre ce qu'on recycle à plus de 50 % comme éléments ou d'autres et, malheureusement, pour les métaux rares, c'est, généralement, des taux de recyclage de moins de 1 %. Un autre rapport, encore, qui est sur l'impact des métaux tout au long de leur cycle de vie. C'est un rapport tout récent, rendu public en avril cette année. Et puis, enfin, un rapport sur options, limites et infrastructures pour le recyclage qui montre que, si le recyclage est quelque chose qu'il faut développer, ça va de soi, c'est le bon sens, malheureusement, il y a aussi de nombreuses limites, thermodynamiques, mais, aussi, l'extraordinaire complexité des assemblages. Un téléphone mobile contient plus d'or, à la tonne, ou plus de palladium, qu'un minerai naturel. Une carte électronique, ça va entre 150 et 300 g d'or à la tonne. Un beau minerai d'or, c'est 5 g à la tonne. C'est une extraordinaire richesse. Sauf qu'il y a un téléphone là... Là, dans la salle, on pourrait peut-être collecter les vôtres. Vous voulez bien qu'on les mette au recyclage ? On va tous aller les tremper dans le cyanure en sortant. C'est bien pour récupérer l'or. Il y a certains éléments que l'on recycle facilement et d'autres qui sont dans des puces, etc. où les assemblages sont plus complexes que ce qu'on a dans un minerai naturel. Aujourd'hui, pour des raisons économiques, souvent, parfois, aussi, technologiques, on ne sait pas encore les recycler de façon efficace. Merci pour votre attention et, surtout, pour votre invitation.

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