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La Fontaine de Vaucluse, la plus grosse source de France (Fontaine-de-Vaucluse, Vaucluse, 2007). © BRGM - François Michel

La valeur économique des eaux souterraines

01.07.2012
Les services rendus par les eaux souterraines sont de différentes natures. Liés à un usage direct (production naturelle d’eau de qualité, assurance contre les risques de sécheresse…) ou indirect (réalimentation de cours d’eau et de zones humides…) de la ressource, ils peuvent aussi être déconnectés de tout usage. On parle alors de "valeur de non-usage", notion qui reflète l’importance accordée à l’existence du bien, et le fait que d’autres personnes puissent en bénéficier aujourd’hui ou dans le futur.

L’évaluation contingente : comment capter la valeur économique des eaux souterraines

Mais quels sont les services rendus par les eaux souterraines et comment évaluer leur valeur économique ? Comment estimer les bénéfices associés à leur protection pour les comparer aux coûts de celle-ci ? Une méthode permettant de « capter » cette valeur économique est l’évaluation contingente. Elle consiste à évaluer le consentement de la population à payer pour protéger la ressource.

Une pertinence testée au travers de trois études de cas : en Alsace, en Lorraine et dans la Meuse

Réalisées dans le cadre des projets européens Bridge, Aquamoney et du projet franco-belge Fracweco, ces études portent sur des situations contrastées dans les bassins du Rhin et de la Meuse.

La nappe d’Alsace est représentative des grandes masses d’eau menacées par les pollutions diffuses, et dont la protection est un enjeu économique régional majeur. Un échantillon de 668 personnes a été interrogé par voie postale afin d’évaluer la valeur accordée à la protection de cette ressource. Deux niveaux de protection ont été évalués. La valeur des bénéfices ainsi estimée a ensuite pu être comparée au coût des programmes d’actions nécessaires.

En Lorraine, la nappe des grès du Trias inférieur a été choisie pour illustrer les problèmes de surexploitation. Elle alimente plus de 100 000 personnes et de nombreuses activités industrielles et agricoles dans les Vosges et en Meurthe-et-Moselle. La même méthode a été déployée pour estimer les bénéfices associés à une meilleure gestion quantitative. L’évaluation des bénéfices repose sur un échantillon de 646 personnes interrogées par voie postale.

Dans le bassin industriel de Liège, en Belgique, une partie de la nappe alluviale de la Meuse, dont la qualité est très dégradée du fait des pollutions urbaines et industrielles passées, a fait l’objet d’une évaluation similaire. Cette nappe est représentative des ressources dont l’usage est très limité du fait de leur mauvaise qualité.

Consentements à payer (CAP) moyens pour améliorer la qualité de la nappe alluviale de la Meuse selon les communes enquêtées. Les CAP sont exprimés en euros par ménage et par an. Ils varient de 20 à 64 euros en moyenne selon les communes considérées. Le CAP moyen observé sur le secteur d’enquête est de 47 euros par ménage et par an.

L’eau souterraine perçue comme valeur économique qui s’exprime sur le long terme

Faut-il améliorer l’état de telles ressources et pour quels bénéfices ? Une enquête a été réalisée en face à face auprès de 531 personnes pour tenter de répondre à cette question. Bien que les contextes soient très différents, tant en termes de problèmes rencontrés que de types de services rendus, les résultats des trois études de cas sont très proches. Les deux tiers environ de la population interrogée acceptent de contribuer financièrement à la protection et à l’amélioration des ressources en eau, avec un consentement à payer moyen par ménage de 42 à 47 euros par an. Une analyse statistique des résultats confirme la cohérence des réponses : corrélation du consentement à payer avec le revenu, le niveau d’information, la distance à la nappe...

La principale motivation citée par les personnes interrogées est relative aux générations futures. L’eau souterraine est donc bien perçue comme un patrimoine dont la valeur économique ne s’exprimera pleinement que dans le long terme.

Retour critique sur l’utilisation de la méthode d’évaluation contingente

Une analyse comparée des trois études a été engagée. Elle permettra un retour critique sur l’utilisation de la méthode d’évaluation contingente dans la détermination des bénéfices liés à la protection et à la restauration des eaux souterraines.

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