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Vue de l'exploitation d'or de Changement en Guyane (1986). © BRGM - Jack Testard

Utilisation de la cyanuration dans l’industrie aurifère en Guyane : impacts potentiels sur l’environnement et recommandations

01.09.2013
Dans l’industrie aurifère, la technique d’extraction de l’or par cyanuration est la plus utilisée à travers le monde. Elle n’a cependant pas encore été employée pour la récupération de l’or en Guyane, même si des projets pilotes ont donné des résultats probants.

L’étude menée par le BRGM rappelle les bonnes pratiques et discute leur applicabilité et les points de vigilance pour une mise en œuvre dans le contexte guyanais.

Schéma représentant le principe de la lixiviation en tas.

Principe de la lixiviation en tas. © BRGM

Contexte

Dans l’industrie aurifère, la technique d’extraction de l’or par cyanuration est la plus utilisée à travers le monde. En Guyane, n’est actuellement autorisée que l’extraction mécanique et la cyanuration n’est pas encore employée pour la récupération de l’or, même si des projets pilotes ont été menés par le passé (Changement) ou envisagés (Camp Caïman, Cambior) avec des résultats probants. A terme, les compagnies minières auront peut-être recours à cette technologie dans le cadre de projets, à l’échelle industrielle, comme ailleurs dans le monde.

Objectifs

L’objet de cette étude est de présenter cette technologie et les impacts potentiels que pourrait avoir son utilisation en Guyane, en tenant compte de ses caractéristiques géographiques, écologiques et climatiques particulières.

Résultats

La chimie du cyanure est complexe et ses propriétés nécessitent d’être comprises afin de pouvoir gérer ses applications industrielles et ses effets potentiels sur le milieu naturel. Le rapport décrit les différentes formes de cyanures, leurs propriétés (solubilité et stabilité variables) et leur toxicité, qui varie suivant les molécules considérées. Le cyanure faiblement dissociable (WAD) est la forme la plus toxique, mais les produits de dégradation naturelle ou liés à un traitement, bien que moins toxiques, peuvent présenter un risque pour l’environnement aquatique.

Le cyanure est utilisé pour les gîtes d’or primaires. Le principe de cette technique repose sur la propriété du cyanure de se complexer et de rendre soluble l’or. Ce procédé chimique est appelé lixiviation. Les différentes techniques mises en œuvre dépendent de la granulométrie, minéralogie et teneurs des minerais, elles sont décrites dans le rapport (lixiviation en cuves, lixiviation en tas). L’intérêt et les inconvénients dans le contexte climatique et géographique de la Guyane y sont discutés.

Les résidus issus du traitement du minerai sont composés de matériaux très fins, avec des fortes teneurs en eau ; ils sont gérés conventionnellement comme des liquides et stockés dans des parcs à résidus derrière des digues. Les résidus de la cyanuration produisent des boues très alcalines, riches en ions cyanures, en complexes de cyanures métalliques stables et en produits de transformation des cyanures.

La présence de larges quantités de boues liquides chargées en produits dangereux, stockées derrière des digues, peut avoir des effets désastreux sur l’environnement en cas de fuite ou de rupture de ces digues. Le rapport examine les différentes causes de défaillance des digues, et en particulier les problématiques de management ou d’événements climatiques exceptionnels. Ces derniers sont à l’origine de l’accident de Baia Mare en Roumanie. Cette catastrophe a cristallisé une opposition à l’utilisation du cyanure.

Plusieurs graves accidents ont amené les autorités à faire évoluer les pratiques et la réglementation quant à l’utilisation du cyanure dans l’industrie aurifère. Les dernières évolutions en termes de norme de rejets (de plus en plus strictes) dans les parcs à résidus ou dans le milieu naturel, au niveau européen, français et international, sont présentées dans le rapport.

Les Directives Européennes sur les déchets miniers et les émissions des installations industrielles précisent les conditions d’utilisation du cyanure et l’application des "Meilleures Techniques Disponibles" (MTD) dans la gestion des sites miniers, dont la destruction du cyanure avant rejet dans les parcs à résidus.

Par ailleurs, la profession a mis en place "un code international de gestion du cyanure", qui est une initiative à adhésion volontaire, constituée par les sociétés minières, les producteurs et les transporteurs du cyanure. Il vise à compléter les réglementations existantes et il a pour objectif la gestion en toute sécurité de l’usage du cyanure. Un extrait du code est annexé au rapport.

Aujourd’hui, l’évolution des bonnes pratiques se focalise sur la réduction de la consommation de cyanure et l’optimisation du recyclage et sa destruction avant stockage dans les parcs à résidus. Une autre possibilité qui se développe, et permet de limiter les risques de rejets accidentels des résidus dans l’environnement (en particulier en climat équatorial), est la prise en considération des nouvelles techniques de stockage (par épaississement) qui permet de stocker les résidus sous forme solide et non sous forme de boues liquides. La fermeture et la réhabilitation  de ces parcs à résidus, qui sont aussi très importantes sous climat équatorial, en seront facilitées pour garantir la pérennité des solutions de confinement de ces résidus sur le long terme.

Enfin, la Guyane possède des teneurs naturelles en mercure dans les sols et les roches ; les procédés de traitement pour récupérer l’or vont augmenter la concentration du mercure dans les jus cyanurés. Ce mercure est susceptible d’être ensuite libéré dans l’atmosphère aux différentes étapes du procédé : des mesures de prévention d’émissions et de récupération du mercure  devront être mises en place ; elles seront fonction des concentrations initiales en mercure dans le minerai.

D’une manière générale, les règles de gestion du cyanure et les bonnes pratiques précitées s’appliquent au contexte guyanais : une grande partie des nouveaux projets miniers se situent en effet en zone équatoriale et tropicale. Toutes ces pratiques, comme celles listées dans le Code international de gestion du cyanure, doivent faire partie d’un Système de Management Environnemental global, mis en place au niveau de chaque mine, comportant des audits indépendants effectués à intervalles réguliers. Le rapport rappelle donc ces bonnes pratiques et discute leur applicabilité et les points de vigilance pour une mise en œuvre dans le contexte guyanais.

PARTENAIRES

  • DEAL Guyane
  • Office de l’eau de Guyane
BRGM - 3 avenue Claude-Guillemin - BP 36009 45060 Orléans Cedex 2 - France Tél. : +33 (0)2 38 64 34 34