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Digue de poldérisation séparant le Marais Breton de la mer (Beauvoir sur Mer, Vendée, France, 2007). © BRGM - François Michel

Impact du séisme de 1799 sur le bâti courant des départements de Loire-Atlantique (44) et de Vendée (85)

19.10.2017
Le BRGM et CCR (Caisse centrale de réassurance) travaillent ensemble depuis 2014 à la réalisation d’une estimation des coûts engendrés par les séismes qui seraient couverts dans le cadre du régime français d’indemnisation des catastrophes naturelles. Le modèle BRGM-CCR prend en compte l’aléa (le phénomène sismique), la vulnérabilité des bâtiments, l’endommagement et les coûts assurés, pour la métropole comme pour l’Outre-mer.

Estimation des pourcentages de bâtiments présentant des états de dommages D4 et D5 (bâtiments fortement endommagés ou détruits). Restitution à l’échelle communale. © BRGM

Estimation des pourcentages de bâtiments présentant des états de dommages D4 et D5 (bâtiments fortement endommagés ou détruits). Restitution à l’échelle communale. © BRGM

Contexte

Ce travail est déjà réalisé pour une trentaine de départements (les territoires français les plus exposés). Le périmètre actuel du modèle permet quant à lui de couvrir 6 200 communes abritant environ 13 millions de personnes, soit la quasi-totalité de la population concernée. Les enjeux assurés y sont importants puisqu’ils représentent environ 3 000 milliards d’euros pour 10 millions de biens assurés. À ce jour, le modèle couvre les bâtiments à vocation résidentielle (maisons et appartements) et les commerces de proximité souvent situés en rez-de-chaussée des habitations.

Les premiers résultats indiquent, par exemple, que les Pyrénées, région fortement exposée, pourraient enregistrer un sinistre de 3 à 5 milliards d’euros assurés au titre du régime des catastrophes naturelles pour ces seuls types de risques en cas de séisme majeur. L’Alsace, moyennement exposée, pourrait, quant à elle, connaître un événement de 1,5 à 2,5 milliards d’euros. Enfin, le grand ouest, nettement moins exposé, pourrait enregistrer un coût de 100 à 250 millions d’euros selon les scénarios sismiques envisagés à ce jour.

Ces travaux fournissent ainsi des résultats pouvant être utiles à la DREAL Pays de la Loire qui a souhaité s’associer à ces travaux, qui ont été adaptés à deux départements : la Vendée (85) et la Loire-Atlantique (44).

Objectif

Le séisme survenu le 25 janvier 1799, vers 4 heures du matin, dans le grand ouest de la France au large de Bouin et de Noirmoutier, sur la côte vendéenne, a été ressenti sur une grande partie du territoire français : de la Bretagne à la Normandie, du Berry à l’Anjou et à la Touraine, du Limousin au Poitou, de la Saintonge à l’Aunis et au Bordelais, dans certaines parties de l’Auvergne et du Morvan et jusqu’à l’Île-de-France. C’est l’un des six séismes les plus destructeurs de France métropolitaine.

Malgré son occurrence dans une zone de faible aléa sismique, il a généré des dégâts significatifs dans le sud de la Loire-Atlantique et le nord de la Vendée (destructions de bâti et panique de la population). Il s'agit là du plus fort tremblement de terre survenu dans la région jusqu'à présent.

Depuis cet évènement, la densité de construction a considérablement augmenté, notamment dans les secteurs attractifs que sont le littoral et la métropole Nantaise.

Il a donc été proposé de simuler les dommages qu’engendrerait un tel séisme s’il se produisait aujourd’hui. Le but de l’exercice est principalement de fournir des éléments afin de sensibiliser et d’informer les élus, les gestionnaires, les constructeurs et les particuliers aux conséquences d’un événement sismique sur les communes littorales et sur la ville de Nantes, permettant ainsi une meilleure appréhension des modifications réglementaires parasismiques dans cette région.

Programme des travaux

Des scénarios de dommages départementaux sont réalisés afin d’évaluer les conséquences financières sur les constructions pour une source sismique donnée. L’évaluation des conséquences financières porte sur le seul périmètre des biens assurés indemnisables dans le cadre du régime français d’indemnisation des catastrophes naturelles.

La méthodologie générale des scénarios de risque sismique, développée par le BRGM et appliquée dans le cadre des travaux conjoints avec CCR, a été utilisée sur le territoire des deux départements de la région Pays de la Loire : la Loire-Atlantique (44) et la Vendée (85).

Elle consiste, dans un premier temps, à caractériser l’agression sismique (aléa) qui peut découler d’un événement de référence (ici un séisme historique). Cette agression régionale est ensuite modulée en fonction des effets de site lithologiques ou topographiques locaux.

Dans un second temps, la méthode vise à inventorier les éléments physiques exposés et à en évaluer la vulnérabilité physique sous forme de fonctions d’endommagement.

Enfin, les dommages générés par une intensité sismique donnée sont calculés en fonction de la localisation et de la vulnérabilité des enjeux.

Pour la dernière étape, les conséquences financières sur les biens assurés sont évaluées par CCR, en fonction des dommages simulés et de la valeur des biens assurés.

Résultats obtenus

Les hypothèses du modèle mis en place permettent de reproduire, pour une grande partie du territoire étudié, les intensités réellement observées suite au séisme de Bouin de 1799 (soit une intensité épicentrale VII-VIII et des intensités maximales VIII en zone épicentrale) qui sont répertoriées dans la base de données Sisfrance.

Les résultats obtenus sont exprimés à la fois en termes de taux de dommages et de pertes financières :

Départ.

D0 + D1

D2

D3

D4

D5

44

293 900 (92.2%)

24 600 (6.1%)

5 900 (1.5%)

800 (0.2%)

25 (<0.01%)

85

249 700 (92.3%)

18 400 (5.6%)

5 600 (1.7%)

1 100 (0.3%)

70 (<0.01%)

Synthèse des résultats des simulations d’endommagement physique. Nombre de bâtiments endommagés selon les classes de dommages (D0 = ‘aucun dommage’ jusqu’à D5 = ‘complètement détruit’) et agrégés respectivement pour les deux départements.

En millions d’euros

Loire-Atlantique

Vendée

Min

Max

Min

Max

Maisons (bâti)

489,7

600,8

447,4

689,1

Maisons (contenu)

244,8

288,4

144,6

218,0

Appartement (bâti)

92,9

132,7

33,0

60,2

Appartements (contenus)

34,5

46,1

17,8

30,4

Immeubles (bâti)

60,0

66,5

13,9

14,5

Total

900 à 1 200

650 à 1 000

1 500 à 2 200

Estimation des coûts assurés pour les habitations (en millions d’euros) évalués par CCR pour les deux départements pour le scénario du séisme de Bouin de 1799.

Même s’il convient de nuancer la représentativité de cet évènement sismique majeur, de période de retour sans doute assez longue, les dommages simulés en prenant en compte le bâti actuel sont conséquents (de l’ordre de 10 000 à 12 000 bâtiments inhabitables au total sur les deux départements), et surtout beaucoup plus importants qu’à l’époque du séisme historique de Bouin, principalement du fait de la forte croissance démographique dans la zone depuis plus de deux siècles. De plus, cette expansion urbaine a majoritairement concerné des terrains meubles susceptible d’amplifier de manière significative les mouvements sismiques.

Le territoire étudié n’est pas particulièrement plus vulnérable que d’autres au risque sismique. Néanmoins, une grande partie des constructions des deux départements a été réalisée sans application ou prise en compte d’une règlementation parasismique « complète » (Eurocode 8) ni même « simplifiée » (PS-MI pour les maisons individuelles). Cependant, sur le long terme, la règlementation applicable depuis mai 2011, combinée à la rénovation urbaine, devrait avoir un effet bénéfique sur la réduction de la vulnérabilité.

Les pertes économiques estimées pour un séisme de type de celui survenu en 1799 qui aurait lieu aujourd’hui sont significatives, de l’ordre de 1,5 à 2,2 milliards d’euros pour les seules habitations. Le fait que des agglomérations importantes, avec une forte concentration de biens assurés, se situent en zone « dommageable » explique sans doute ces résultats.

Il convient de garder en mémoire que ces résultats ne concernent que les bâtiments d’habitation. Par ailleurs, les pertes financières sont celles strictement associées aux dommages couverts dans le cadre du dispositif d’indemnisation français des catastrophes naturelles (dit « Cat Nat »). Le coût global d’un tel évènement serait beaucoup plus important en prenant en compte également les pertes pour les bâtiments non-résidentiels, les pertes assurées hors système Cat Nat ainsi que toutes les pertes économiques indirectes.

Comparaison des intensités simulées pour le séisme historique de Bouin avec les isoséistes interpolées automatiquement et microplis. © BRGM

Comparaison des intensités simulées pour le séisme historique de Bouin avec les isoséistes interpolées automatiquement et microplis. © BRGM

PARTENAIRES

DREAL Pays de la Loire

Caisse Centrale de Réassurance

RAPPORT PUBLIC

BRGM/RP-66113-FR - Impact du séisme de 1799 sur le bâti courant des départements de Loire-Atlantique (44) et de Vendée (85) - Télécharger le rapport

BRGM - 3 avenue Claude-Guillemin - BP 36009 45060 Orléans Cedex 2 - France Tél. : +33 (0)2 38 64 34 34