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Risque de chute de blocs après le passage de l'incendie, autour du village de Muna (Muna, Haute-Corse, 2000). © BRGM - Eric Palvadeau

Impact des incendies sur les mouvements de terrain en Corse

07.11.2018
Les violents incendies qui ont touché le nord de la Corse fin 2017 et début 2018 ont entrainé une augmentation significative de la sensibilité des versants aux aléas hydrogravitaires (érosion des sols, glissements de terrain et éboulements rocheux/chutes de blocs). En partenariat avec la Direction Départementale des Territoires et de la Mer de Haute-Corse (DDTM 2B), le BRGM a engagé un programme visant à évaluer les impacts de ces incendies sur les phénomènes gravitaires en cas de précipitations soutenues.

Le programme de travail a été scindé en deux phases afin de répondre aux attentes des services de l’État non seulement à court terme, avec la réalisation de diagnostics en vue de proposer des mesures immédiates de réduction du risque dans les secteurs identifiés à risques, mais également à plus long terme avec la mise en œuvre d’un analyse semi-quantitative de l’impact des incendies sur les phénomènes hydro-gravitaires.

Ces travaux illustrent l’importance de la prise en compte des incendies (et de façon plus générale de l’occupation du sol) en matière de prévention contre les phénomènes de mouvements de terrain et également d’inondation (en particulier par ruissellement) dans un contexte multi-aléa fréquent en milieu méditerranéen.

Contexte

Les violents incendies qui ont touché le nord de la Corse durant la période estivale 2017, à Olmeta et Ogliastro, et au tout début de l’année 2018, à Chiatra et Cervione, ont détruit 500 hectares de végétation augmentant, de fait, et de manière significative la sensibilité des versants aux aléas hydrogravitaires (érosion des sols, ravinements, coulées de boues, éboulements rocheux ou encore glissements de terrain). Sur ces secteurs déjà soumis à un aléa mouvements de terrain, la perte du couvert végétal occasionnée par les incendies, peut générer un sur-aléa, notamment en cas de fortes précipitations.

Les zones incendiées présentent une faible densité de population, on y recense toutefois des enjeux humains (villages, hameaux, habitations en aval) et matériels (routes, ouvrages hydrauliques, ...). La sécurité des biens et des personnes risquant alors d’être impactée en cas de pluies intenses, il convient de mener des actions qui peuvent, non seulement parer aux dangers immédiats, mais aussi permettre de développer des politiques d’aménagement adaptées sur le plus long terme.

Sur demande du préfet de la Haute-Corse, la Direction Départementale des Territoires et de la Mer de Haute-Corse (DDTM 2B) a donc sollicité le BRGM pour évaluer l’impact des incendies sur les risques naturels hydrogravitaires.

Objectif

L’objectif du projet est de pouvoir proposer des mesures de réduction du risque dans les secteurs identifiés comme sensibles à très court terme et d’évaluer les conséquences des modifications de l’occupation des sols sur le ruissellement des sols en cas de précipitations notables.

Le projet consiste ainsi à réaliser, à l’échelle des zones incendiées, de superficies maximales variant entre 700 et plus de 2 000 hectares, une cartographie des impacts des incendies sur les phénomènes de mouvements de terrain (érosion, glissements et chutes de blocs) et à proposer des solutions de gestion du risque associées (court et long terme) aux enjeux identifiés (routes, pistes, ouvrages, habitations…).

Afin de répondre à l’urgence et au vu de l’ampleur des zones touchées, la restitution des travaux a été séquencée en deux phases :

  • une première analyse sur les points noirs les plus flagrants avec propositions d'interventions / travaux / sécurisations / recommandations aux communes concernées et aux services en charge de la gestion des espaces forestiers ;
  • une analyse enrichissant la première phase par la mise en œuvre d’un premier modèle de transport solide à l’échelle des bassins versants concernés.

Programme des travaux

Les travaux ont porté sur les phénomènes :

  • d’érosion des sols en abordant les problématiques de ruissellement aggravé par la perte du couvert végétal dans les zones incendiées : ravinement et coulées boueuses associées ;
  • de glissements de terrain ;
  • d’éboulements rocheux/chutes de blocs (remobilisation de blocs en versant).

La première phase du programme a eu pour objet de fournir un diagnostic sur le sur-aléa mouvements de terrain lié aux incendies. Les travaux se sont basés sur une expertise des sites incendiées, concentrée sur :

  • la cartographie des sols en amont des zones à enjeu ;
  • l’identification, la géolocalisation et la caractérisation sommaire des ouvrages hydrauliques principaux ;
  • et l’identification de « points noirs » (secteurs identifiés comme très sensibles et présentant une dangerosité potentielle en cas de précipitations notables) avec proposition de recommandations pour la gestion et la réduction des risques. A cette fin, le BRGM s’est fondé sur des entretiens avec les  habitants et les représentants des mairies potentiellement concernées, et le Service Départemental d’Incendie et de Secours (SDIS) de Haute-Corse (intégration de la typologie des feux) doublés d’une expertise terrain. Des « fiches de sites » ont ainsi été produites décrivant les zones concernées ainsi que les phénomènes observés ou redoutés. Elles qualifient également le(s) risque(s), notamment en cas de pluie intense et fournissent des recommandations de gestion préventive. Des cartes de localisation des zones critiques ont également été réalisées.

La seconde phase du programme a visé à évaluer le sur-aléa lié aux incendies selon les différents type d’instabilités gravitaires. Les observations faites pour les zones sensibles lors de la première phase ont permis de focaliser les travaux de cette phase sur les phénomènes :

  • d’éboulements rocheux ;
  • d’inondations par ruissellement ;
  • et de coulées boueuses et charriage torrentiel.

Au cours de cette seconde phase, une modélisation des volumes ruisselés et de sédiments exportés pendant un événement pluvieux a été mise en œuvre à partir du modèle WaterSed (modèle semi-dynamique distribué simulant le ruissellement et l’érosion des sols depuis l’échelle de la parcelle agricole à celle du bassin versant). Le paramétrage du modèle WaterSed a reposé sur un système de reclassification expert (méthode dite des « Curve Number », développée par l’USDA – United State Department of Agriculture), à partir du couplage de la cartographie des sols aux observations d’épaisseurs de matériaux et de pierrosité.

Résultats obtenus

Les travaux réalisés ont permis d’identifier des zones d’interventions prioritaires sur les différentes zones incendiées. Les résultats sont fournis sous forme de fiches « actions » proposant des recommandations de gestion et de réduction du risque : information préventive de la population, périmètres de sécurité, travaux d’urgence….

Exemple de fiche action concernant un enjeu routier (RD82) sur la commune d’Olmeta.

Exemple de fiche action concernant un enjeu routier (RD82) sur la commune d’Olmeta.

La fréquence et les caractéristiques des évènements pluviométriques retenus pour les simulations correspondent à celles des Plans de Prévention des Risques d’Inondation, soit les pluies centennale et décennale. Après calibrage du modèle WaterSed, les différentes cartographies obtenues en sortie ont été analysées à différents niveaux :

  • à l’échelle de la zone incendiée : évaluation des volumes solides / ruisselés par pixel élémentaire (maille de 25 m x 25 m) dérivé du MNT ;
  • à l’échelle des ouvrages (franchissement) : augmentation du ruissellement, variation des débits de pointe et augmentation des transports sédimentaires ;
  • au niveau des exutoires principaux en synthèse.

Augmentation, liée aux feux, des débits de pointe au franchissement d’ouvrage (incendies à Olmeta).

Augmentation, liée aux feux, des débits de pointe au franchissement d’ouvrage (incendies à Olmeta).

Ces analyses montrent que l’impact relatif du feu est plus important pour les évènements décennaux que pour les centennaux. Il est également plus discriminant pour les bassins versants de faible superficie. La synthèse au droit des exutoires majeurs met en outre en évidence des augmentations de débit de pointe, de l’ordre de 15 à 30%, (pouvant localement atteindre 300%) directement liées aux incendies et une multiplication des transports solides par un facteur de l’ordre de 4 à 6 (localement plus de 30).

Ces travaux illustrent l’importance de la prise en compte des incendies (et de façon plus générale de l’occupation du sol) en matière de prévention contre les phénomènes de mouvements de terrain et également d’inondation (en particulier par ruissellement) dans un contexte multi-aléa fréquent en milieu méditerranéen.

Partenaires 

DDTM 2A

SDIS 2A 

BRGM - 3 avenue Claude-Guillemin - BP 36009 45060 Orléans Cedex 2 - France Tél. : +33 (0)2 38 64 34 34