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Guyane française (2012). © BRGM - Anita Slansky

L’exploration et l’exploitation de l’or alluvionnaire en Guyane : synthèse des techniques employées, recommandations et alternatives

01.10.2018
L’exploitation de l’or alluvionnaire en Guyane est un secteur dynamique de l’activité extractive du fait de la hausse des cours du métal jaune, de la structuration de la filière, des formations dispensées par celle-ci, de l’accélération de l’instruction des titres par les services de l’État et de la pression exercée par les orpailleurs illégaux, qui utilisent une technique prohibée sur le territoire national français depuis 2006 faisant emploi de mercure dans le procédé de récupération de l’or.

Au cours des trois phases successives et cruciales de travaux pour la filière (prospection, exploitation et réhabilitation), plusieurs lacunes ont pu être soulignées, à la fois dans l’évaluation des gisements faite à l’issue de la phase de prospection, et dans les rendements faibles de la récupération du métal au cours de l’exploitation du minerai. Or ces deux paramètres clés pour les résultats des exploitations ont un impact direct sur les capacités financières des exploitants, en particulier pour mener à terme les réhabilitations en fin de chantier. Par ailleurs, le risque de repasse ou d’exploitation ultérieure par les orpailleurs illégaux peut être élevé, ce qui peut conduire à des impacts environnementaux supplémentaires ou incontrôlés.

Depuis 2016, le BRGM, à la demande du Bureau de la politique des ressources minérales non énergétiques du ministère chargé de l’environnement et de la DEAL Guyane, apporte un appui à la filière aurifère qui est notamment basé sur une synthèse des pratiques en matière de prospection et d’exploitation des gisements aurifères. L’objectif est d’identifier les bonnes et mauvaises pratiques de ce secteur d’activité et de proposer des évolutions techniques restant adaptées au territoire et garantissant la pérennité des exploitations et in fine, de tester des alternatives simples et efficaces pour décrire et caractériser l’importance des gisements, accroître les performances techniques et les rendements économiques des exploitations, et réduire globalement leur impact sur l’environnement.

Minerai d’or alluvionnaire en cours d’exploitation en Guyane.

Minerai d’or alluvionnaire en cours d’exploitation en Guyane.

Contexte

L’exploitation d’or alluvionnaire en Guyane est un secteur dynamique du fait de la hausse des cours de l’or, de la structuration continue de la filière depuis 2010, des formations de personnel dispensées par celle-ci, de l’accélération de l’instruction des titres d’exploitation par les services de l’État et de la pression et de la productivité des orpailleurs illégaux. Toutefois, cette filière positionnée deuxième activité industrielle de Guyane, derrière l’activité spatiale, demeure « artisanale ». En effet, la filière aurifère guyanaise est actuellement principalement constituée d’entreprises de petites tailles, travaillant à partir de ressources alluvionnaires et superficielles. De plus, les entreprises demandant des autorisations pour exploiter l’or alluvionnaire n’offrent pas toutes les garanties financières ni en capital, ni en rentabilité de leurs projets, du fait notamment d’un manque de certification des ressources/réserves en minerai lié à des lacunes dans l’évaluation du potentiel aurifère des titres sollicités. En outre, le rendement de la récupération en métal des exploitations d’exploitation est souvent limité, ce qui pèse sur l’économie des exploitations et la pérennité des opérateurs et limite d’autant leur capacité à réhabiliter rapidement et complètement les sites en fin de chantier.

Objectifs

A la demande du Bureau de la politique des ressources minérales non énergétiques du Ministère chargé de l’Environnement, le BRGM a réalisé, en 2016 et 2017, un état des lieux des pratiques en matière de prospection aurifère et d’exploitation rencontrées en Guyane ainsi que des techniques utilisées en dehors de la Guyane afin d’identifier les meilleures pratiques adaptables à la filière guyanaise.

L’objectif de cette étude est la proposition de recommandations portant sur le choix des méthodes de prospection et d’exploitation de l’or alluvionnaire les plus pertinentes dans le contexte légal, socio-économique et géomorphologique guyanais.

Ces recommandations, si elles sont suivies, pourraient permettre d’améliorer les capacités de prospection et les performances des exploitations conduites par les artisans de la filière aurifère de Guyane. Par conséquent, elles devraient aussi permettre de limiter le risque d’échec de ces entreprises et permettre une réduction des impacts des exploitations sur l’environnement.

Programme des travaux

En 2016, les travaux ont porté principalement sur les techniques de prospection pour les gisements aurifères alluvionnaires. Une enquête a été réalisée grâce à l’envoi d’un questionnaire à l’ensemble des sociétés minières de Guyane et a été complétée par de nombreux entretiens effectués auprès des principaux acteurs de la filière (administration, accompagnants, associations et sociétés minières).

En 2017, le projet a porté plus particulièrement sur les techniques d’exploitation des gisements aurifères alluvionnaires, sur la base d’observations réalisées sur le terrain. Des recommandations et des alternatives aux méthodes utilisées actuellement ont ainsi pu être définies. Pour ce faire, l’étude s’est basée sur neuf visites de sites miniers, qui ont permis d’identifier les problèmes techniques, parfois récurrents, ayant un fort impact sur la concentration et la récupération finale de l’or.

Modèles d’unité de débourbage et de lavage classiquement rencontrés en Guyane. À gauche, unité réglable à rendement correct, à droite unité non réglable à faible rendement. © BRGM

Modèles d’unité de débourbage et de lavage classiquement rencontrés en Guyane. À gauche, unité réglable à rendement correct, à droite unité non réglable à faible rendement. © BRGM

Résultats obtenus

Concernant la partie prospection, les recommandations, présentées sous la forme d’un guide de bonnes pratiques, s’articulent autour de six axes qui doivent nécessairement être intégrés lors de la phase de prospection :

  • Sélection raisonnée du site sur des critères bibliographiques, d’autorisation légale, d’accès, de sécurité et d’impact environnemental minimal ;
  • Reconnaissance du site, définition, planification et dimensionnement de l’échantillonnage ;
  • Réalisation de l’échantillonnage, coupes précises des profils échantillonnés, levé topographiques ;
  • Séparation de l’or par concentration densimétrique (batée, jig) ;
  • Calcul de la teneur de l’échantillon et estimation des teneurs au mètre cube en place ;
  • Interprétation spatiale, extrapolation réaliste des données ponctuelles et évaluation de l’or contenu et récupérable dans le prospect ;
  • Mise en perspective et en chronologie du coût des fournitures et de la main-d’œuvre (exploration, gestion des morts-terrains, exploitation, réhabilitation et revégétalisation), valeur extraite à un cours raisonnable et accord bancaire pour la réalisation.

En haut, unité de piégeage en fonctionnement. Dans les deux cas, le flux est trop important et ne permet pas la sédimentation des minéraux lourds. En bas, sluice à 4 canaux améliorant la répartition des écoulements. © BRGM

En haut, unité de piégeage en fonctionnement. Dans les deux cas, le flux est trop important et ne permet pas la sédimentation des minéraux lourds. En bas, sluice à 4 canaux améliorant la répartition des écoulements. © BRGM

Concernant la partie exploitation, le projet a montré que le principal poste générateur de pertes de production aurifère se situe au niveau du débourbage, souvent imparfaitement réalisé. En particulier, l’or inclus dans de l’argile constitue un assemblage relativement allégé qui n’est pas récupérable par le procédé gravitaire le plus couramment employé.  En effet, la puissance des jets (Monitor) utilisés expulse du système une partie de cette fraction du minerai entrant. En outre, l’or fin une fois libéré, alors qu’il pouvait autrefois être amalgamé par le mercure, échappe à présent aux tables de récupération (sluices) trop courtes, trop inclinées et, le plus souvent, non réglables. Enfin, de nombreux exploitants ne procèdent pas aux nécessaires contrôles réguliers des rejets en sortie de la laverie, opération qui permettrait d’en ajuster les paramètres (i.e. pentes et débit d’eau).

D’une manière générale, la séparation finale de l’or est une opération bien conduite : quels que soient les appareillages utilisés, il reste toujours une partie visuelle et manuelle de finition, qui reste chronophage lorsque l’opération n’est pas facilitée par l’aide de séparateurs mécaniques (e.g. Bol de Knelson, tables à secousses, sluices, etc.).

Perte de minerai d’or par éjection de boulette d’argile lors du débourbage tel qu’il est pratiqué en Guyane.  © BRGM

Perte de minerai d’or par éjection de boulette d’argile lors du débourbage tel qu’il est pratiqué en Guyane. © BRGM

Partenaires

Bureau de la politique des ressources minérales non énergétiques de la Direction de l’Eau et de la biodiversité du ministère chargé de l’Environnement

DEAL Guyane

Pôle Technique Minier de Guyane (CTG)

Association ORkidé de Guyane

RAPPORTS PUBLICS

L’exploitation de l’or alluvionnaire en Guyane : synthèse des techniques employées, recommandations et alternatives. Rapport final. - RP-67564-FR

BRGM - 3 avenue Claude-Guillemin - BP 36009 45060 Orléans Cedex 2 - France Tél. : +33 (0)2 38 64 34 34