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Fentes de dessiccation à Villeveyrac (Hérault, France, 1997). © BRGM - François Michel

Évaluation de l’incertitude de la carte d’aléa retrait-gonflement des argiles et faisabilité d'une carte du risque via une approche assurantielle

14.11.2018
En France, le coût total des sinistres liés au phénomène de retrait-gonflement des formations argileuses, indemnisés depuis 1989 dans le cadre de la procédure sur les catastrophes naturelles, est évalué à plus de 8,5 milliards d’euros (estimation couvrant la période 1990-2013) par la Caisse Centrale de Réassurance (CCR).

Devant l’ampleur d’un tel coût, le ministère en charge de l’Environnement a engagé, dès le début des années 2000, un programme de cartographie de l’aléa retrait-gonflement des sols argileux à l’échelle départementale. Ce programme, réalisé par le BRGM sur l’ensemble du territoire national, sert en particulier de base à la réalisation de zonages réglementaires à l’échelle communale, dans le cadre de l’établissement de Plans de Prévention des Risques naturels prévisibles (PPR) concernant spécifiquement l’aléa retrait-gonflement des argiles. Toutefois, l’incertitude cartographique des cartes d’aléa, liée directement à la donnée source utilisée (la carte géologique au 1/50 000) et habituellement considérée égale à cinquante mètres, a une influence significative sur les résultats. L’objectif premier du projet consistait à évaluer l’incertitude géographique sur la base de données quantitatives. En complèment, une approche cartographique tenant compte de la réalité des enjeux et s'affranchissant des disparités régionales constatées a été définie à partir notamment des données de sinistralité et des coûts d'indemnisation fournies par CCR. Un indicateur « risque », pertinent tant vis-à-vis des enjeux concernés que de l'échelle de prévention du phénomène de retrait-gonflement des argiles, a ainsi pu être défini comme le ratio de destruction moyen agrégé sur les unités urbaines de l'INSEE.

Indicateur du risque « argiles » pour les unités urbaines.

Indicateur du risque « argiles » pour les unités urbaines.

Contexte

En France, le coût total des sinistres liés au phénomène de retrait-gonflement des formations argileuses, indemnisés depuis 1989 dans le cadre de la procédure sur les catastrophes naturelles, est évalué à plus de 8,5 milliards d’euros (estimation de novembre 2015 pour la période 1990-2013) par la Caisse Centrale de Réassurance (CCR).

Devant l’ampleur d’un tel coût, dès le début des années 2000, le Ministère en charge de l’Environnement a souhaité engager, en collaboration avec la profession des assureurs, une politique d’information préventive. Dans le cadre d’un programme pluriannuel cofinancé par le Fonds de prévention des risques naturels majeurs, le BRGM a ainsi cartographié l’aléa retrait-gonflement des sols argileux à l’échelle départementale, sur l’ensemble du territoire national.

Les cartes d’aléa ainsi élaborées sont en particulier exploitées dans le cadre de la réalisation de zonages réglementaires à l’échelle communale lors de l’élaboration de Plans de Prévention des Risques naturels prévisibles (PPR) concernant spécifiquement l’aléa retrait-gonflement des argiles.

Objectifs

Qu’il s’agisse d’une utilisation lors de l’établissement de zonages PPR ou lors des réflexions méthodologiques pour l’élaboration d’une carte réglementaire, l’incertitude cartographique inhérente à la carte d’aléa a une influence significative sur les résultats obtenus. Cette incertitude, liée à la donnée source utilisée (la carte géologique au 1/50 000), est habituellement considérée égale à cinquante mètres.

Le premier objectif du projet consistait à évaluer l’incertitude géographique sur la base de données quantitatives.

Par ailleurs, le programme de cartographie de l’aléa retrait-gonflement des argiles a permis de mieux connaître le phénomène et sa distribution spatiale. On constate toutefois des disparités régionales en termes de dégâts (à niveaux d’aléa identiques) et de coûts des sinistres (plus élevés en région parisienne et sur la Côte d’Azur, par exemple). Le second objectif du projet vise donc à élaborer une approche cartographique tenant compte de la réalité des enjeux tout en s'affranchissant des disparités régionales constatées.

Programme des travaux

L’utilisation de données assurantielles, principalement la sinistralité et les coûts d'indemnisation a permis de répondre aux objectifs de l’étude.

La base des sinistres de CCR recense en effet, selon les années, jusqu’à 80 % des sinistres « sécheresse » indemnisés depuis 25 ans, que ceux-ci soient clairement rattachés à un arrêté de catastrophe naturelle (CATNAT) ou qu’ils le soient après une étude CCR des caractéristiques du sinistre.

Au total, la base CCR dénombre environ 145 000 sinistres pour ce péril, parmi lesquels environ 66 000 sinistres ont pu être rattachés aux bâtiments endommagés. La précision géographique de ces sinistres est donc largement supérieure à la précision nécessaire à l’évaluation de l’incertitude cartographique.

L’incertitude cartographique de la carte d’aléa a été étudiée à partir de l’analyse des sinistres ayant eu lieu dans les zones « frontalières » entre deux niveaux d’aléa. La sinistralité (fréquence géographique et coûts) y a été déterminée puis comparée avec le niveau de référence, défini en termes de sinistralité pour un niveau d’aléa donné, en dehors des zones frontalières.

Exemple de la représentation cartographique des zones « frontalières » entre niveaux d’aléa.

Exemple de la représentation cartographique des zones « frontalières » entre niveaux d’aléa.

L’analyse des montants indemnisés, en regard des enjeux concernés, a ensuite conduit à définir un indicateur permettant de s’affranchir des disparités régionales, en termes de coût moyen d’un sinistre, et d’obtenir ainsi une vision plus homogène au niveau national. Pour ce faire, la notion de ratio de destruction a été utilisée: il s'agit du rapport entre le montant du sinistre et la valeur du bien figurant au dossier d’assurance au moment du sinistre.

Cet indicateur a été calculé pour chaque sinistre suffisamment renseigné puis agrégé sur les unités urbaines de l'INSEE (zone de bâti continu qui compte au moins 2 000 habitants). Ces entités géographiques sont en effet apparues pertinentes car elles sont plus fines que les départements (pour lesquels les résultats seraient trop lissés), plus grandes que les communes (pour lesquelles la validité statistique de la sinistralité n'est pas assurée), et restent cohérentes avec les enjeux, c’est-à-dire le bâti individuel.

Résultats obtenus

L'analyse de la sinistralité liée au retrait-gonflement des argiles au niveau des frontières entre zones d'aléa, sur des bandes de cinquante mètres de large, a montré que le niveau d'aléa était sensiblement plus élevé au sein des bandes d'incertitude en comparaison du niveau moyen national.

Au regard de ces résultats, la valeur de cinquante mètres, habituellement prise en compte pour les exploitations de la carte d’aléa avec descente d’échelle, semble donc une valeur minimale de l’incertitude géographique.

Le ratio de destruction moyen agrégé sur les unités urbaines de l'INSEE, en tant qu'indicateur « risque », semble pertinent tant vis-à-vis des enjeux concernés que de l'échelle de prévention du phénomène de retrait-gonflement des argiles, c’est-à-dire la commune ou la métropole.

En cherchant à s'affranchir des disparités régionales en termes de coûts assurantiels, liées au marché de l'immobilier entre autres, cet indicateur propose une vision différente de la sinistralité et de l'exposition au risque « argiles » qui vient compléter l'analyse habituelle des coûts cumulés et des arrêtés de catastrophe naturelle.

Indicateur du risque « argiles » pour les communes rurales  par département.

Indicateur du risque « argiles » pour les communes rurales par département.

Partenaire

CCR

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