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Glissement de terrain sur la côte crayeuse à Dieppe (Haute-Normandie, 2014). © BRGM - Thomas Dewez

Évaluation de l’aléa recul du trait de côte : application à la région Dieppoise (Seine-Maritime)

18.08.2016
La côte d’Albâtre, côte à falaise de craie, notamment connue pour son célèbre site d’Étretat, et plus particulièrement le littoral sud-dieppois, fortement urbanisé, est marqué par l’érosion des falaises de craie qui le constituent, induisant un recul inexorable du trait de côte. Cette érosion, qui peut paraître continue sur le long terme, et uniquement liée à l’impact d’une mer à fort marnage, est en fait la conséquence de l’interaction de nombreuses variables souvent hétérogènes dans le temps et dans l’espace, avec notamment des phénomènes ponctuels de forte intensité.

Ainsi, si de nombreuses études ont déjà traité de la problématique du recul du trait de côte, elles se concentrent surtout sur l’estimation des vitesses moyennes des reculs passés. Au demeurant, ce paramètre apparait insuffisant pour appréhender dans toute sa complexité le recul du trait de côte dans ce contexte de côte à falaises. En effet, les vitesses moyennes d’érosion des falaises mentionnées dans ces documents masquent d’importantes disparités spatiales et temporelles, avec notamment l’existence d’érosion par à-coups qui se traduit souvent, localement, par l’occurrence d’éboulements mobilisant de grands volumes de roches générant des reculs significatifs sur des périodes de temps courtes. Certains de ces phénomènes de grande ampleur sont à relier à l’existence de spécificités géologiques locales.

Aussi, suite aux fortes pluies du début de l’hiver 2012-2013, la région de Dieppe a connu l’occurrence d’un phénomène majeur, entrainant la destruction d’une maison d’habitation, et justifiant l’expropriation de trois autres ainsi que la fermeture définitive d’une route à fort enjeu logistique et touristique. Ce mouvement brutal tient son origine dans la vidange d’une poche de matériaux meubles très volumineuse (>100 000 m3) suite à un éboulement de la falaise de craie. Cette instabilité est toujours évolutive plus de trois ans après.

Afin de mieux comprendre les causes de ce phénomène marquant, de définir son extension maximale, puis d’identifier le risque sur les zones à enjeux aux alentours, le BRGM, avec l’appui de la DDTM de Seine-Maritime, du Conseil départemental et de la Ville de Dieppe, a mené une étude spécifique visant à identifier l’ensemble des variables susceptibles de provoquer des instabilités de la frange littorale, de les quantifier et de les pondérer entre elles, puis de cartographier les zones soumises à un aléa, à court, moyen et long termes.

Vue de l’ensemble de la zone en avril 2014 (Seine-Maritime) © BRGM

Vue de l’ensemble de la zone en avril 2014 (Seine-Maritime). © BRGM

Contexte

Cette étude a été menée en collaboration technique avec le soutien principal de la DDTM de Seine-Maritime, mais aussi du Conseil départemental, de la Ville de Dieppe et de la Préfecture.

Objectif

Il s’agissait d’étudier la problématique liée au recul du trait de côte dans les zones à enjeux (urbanisées) de la région dieppoise, avec d’une part un travail sur l’évolution du recul du trait de côte à long terme, et d’autre part, un regard particulier sur la probabilité d’occurrence de phénomènes brutaux et volumineux, c’est-à-dire potentiellement capables de générer instantanément des dommages significatifs sur les enjeux exposés.

En outre, l’objectif était d’apporter des éléments de réponse aux questionnements des élus et des gestionnaires de l’espace, en termes d’aménagement sur ces territoires sensibles, et ce autour de trois points particuliers :

  • comprendre l’instabilité en cours et définir son extension maximale probable à terme ;
  • déterminer sur le long terme l’aléa « recul du trait de côte » ;
  • définir l’aléa pour un site classé d’importance pour le patrimoine et le tourisme local (église et cimetière marin de Varangeville-sur-mer).

Programme des travaux

Le BRGM s’est, dans un premier temps, appuyé sur les données existantes. Cela a notamment permis d’apporter des informations sur l’historique du site, sur l’hydrogéologie locale, sur l’évolution de la morphologie du trait de côte, sur le comportement hydro-sédimentaire, ou encore sur les forçages.

Puis le BRGM a acquis une série de données complémentaires, parfois inédites, de haute-précision, en vue de mieux comprendre les dynamiques responsables de l’érosion. Parmi les données acquises, on notera :

  • des données photogrammétriques permettant d’obtenir un Modèle Numérique de Terrain (MNT) très précis de la zone littorale, et notamment de la falaise ;
  • des données géophysiques de précision (issues d’investigations sismiques et microgravimétriques), calées avec des forages (accompagnés d’une description précise de la lithologie), permettant de définir en 3 dimensions la géologie du massif à l’arrière de la falaise, et ainsi définir des « poches » de matériaux argilo-sableux, susceptibles de se vidanger brutalement ;
  • un relevé précis de la fracturation sur la falaise et sur le platier, des sous-cavages en pied de falaise, et des éléments karstiques, permettant de définir une typologie des éboulements de falaise susceptibles de se produire.

Le but était d’identifier les différentes variables intervenant dans l’érosion du trait de côte et de tenter de pondérer leurs impacts respectifs, que ce soit au niveau des facteurs de prédisposition (lithologie, fracturation, présence de karsts…), des éléments dynamiques (évolution du cordon de galets en pied de falaise), ou des éléments déclenchants (facteurs climatiques, marins et anthropiques).

Résultats obtenus

Le traitement des données récoltées ou acquises durant l’étude a permis d’identifier et de pondérer  l’ensemble des variables mises en jeux dans le processus d’érosion des côtes à falaises.

Ainsi, les mécanismes ayant conduits à l’éboulement de décembre 2012 ont été compris et l’évolution de l’instabilité a pu être appréhendée à différents termes. En particulier, la route de Pourville ainsi qu’une partie du stade situé à l’arrière seront impactées à relativement court terme. Par contre, et sur un horizon à 100 ans, les parties sud du stade (les plus éloignées de la route) ne devraient pas être affectées, tout comme les enjeux majeurs que représentent les lycées voisins.

Concernant l’occurrence de tels phénomènes sur d’autres secteurs, les travaux engagés ont mis en évidence la présence d’autres « poches » de matériaux meubles, présentant des profondeurs d’incision et des volumes plus ou moins importants. Une d’entre elles, située directement au Nord-Est du glissement de 2012 pourrait poser problème et impliquer à court terme deux maisons d’habitation supplémentaires. Au regard de l’analyse historique, il semblerait que le phénomène observé depuis 2012 et cette poche encore intacte fassent partie d’un même ensemble, dont la déstabilisation a été initiée dès 2008, comme en témoignent les taux de reculs pour ces portions de falaise entre 2008 et 2012. Reste une inconnue quant à la date de rupture de la falaise et la vidange de cette poche identifiée, qui dépend notamment des conditions climatiques (déclenchement favorisé après une période humide longue et intense).

Concernant l’ensemble de la zone, les travaux réalisés ont en effet permis d’identifier  une zone de péril imminent, c’est-à-dire une zone à l’intérieur de laquelle la sécurité des biens et des personnes n’est plus garantie.

D’autres poches de matériaux meubles, parfois présentant de très gros volumes ont été identifiées. Mais aucune n’est susceptible d’impacter des enjeux à court terme. On en distingue toutefois qui impacteront probablement des enjeux existants à long terme.

Les travaux réalisés ont en effet permis d’estimer les vitesses de recul du trait de falaise à différents termes (court terme : 3 à 10 ans, moyen terme : 50 ans, long terme : 100 ans), ainsi que celui des formations meubles présentes sur ou dans le massif crayeux. Un zonage de l’aléa à différents termes a ainsi pu être produit.

Partenaires

DDTM76
Conseil départemental 76
Mairie de Dieppe
Université de Caen

Représentation du zonage imminent, avec localisation des poches remplies de formations meubles en fond (couleur orange, rouge et gris ; données issues des investigations géophysiques)

Représentation du zonage imminent, avec localisation des poches remplies de formations meubles en fond (couleur orange, rouge et gris ; données issues des investigations géophysiques).

Représentation des aléas à différents termes

Représentation des aléas à différents termes.

Recul de la tête de falaise entre le 20 décembre 2012 (en haut) et avril 2013 (en bas)

Recul de la tête de falaise entre le 20 décembre 2012 (en haut) et avril 2013 (en bas)

Recul de la tête de falaise entre le 20 décembre 2012 (en haut) et avril 2013 (en bas).

 compraraison de MNS réalisés à partir d’analyses photogrammétriques (précision 20 cm). © BRGM

Évolution de la zone entre juillet 2013 et avril 2014 : compraraison de MNS réalisés à partir d’analyses photogrammétriques (précision 20 cm). © BRGM

Vue oblique du phénomène en avril 2014. © BRGM

Vue oblique du phénomène en avril 2014. © BRGM

RAPPORT PUBLIC

  • BRGM/RP-65008-FR - Détermination de l'aléa lié au recul de la falaise côtière. Application à la région dieppoise (76). Rapport final - Télécharger le rapport
BRGM - 3 avenue Claude-Guillemin - BP 36009 45060 Orléans Cedex 2 - France Tél. : +33 (0)2 38 64 34 34