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Ancienne carrière artisanale d'argile sur la commune de Chirongui. Ces argiles proviennent de l'altération de roches volcaniques (Chirongui, Mayotte, 2012). © BRGM - Dominique Tardy

Étude et suivi d’un glissement de terrain affectant le quartier de Foumbouni (Mtsamboro à Mayotte)

02.10.2018
Le quartier de Foumbouni à Mtsamboro, au nord de Mayotte, est affecté depuis plusieurs dizaines d’années par de sévères désordres touchant le bâti (112 habitations sur le quartier) et les infrastructures. Ces désordres se sont particulièrement intensifiés à la suite du passage du cyclone Hellen, début 2014. Afin d’améliorer la connaissance de l’aléa lié au glissement et de ses conséquences pour les habitants du quartier de Foumbouni, la ville de Mtsamboro a confié au BRGM en 2015 une mission d’étude ayant pour principaux objectifs de caractériser le phénomène, d’identifier les secteurs exposés et de proposer des pistes de réflexion sur les possibilités techniques de sécurisation de la zone.

Les investigations menées dans le cadre de cette étude ont révélé une masse en glissement consituée par le remplissage d’une paléovallée de plus d’une dizaine de mètres d’épaisseur. Un suivi topographique et piézométrique réalisé sur une période de dix-sept mois a permis de confirmer l’ampleur des déplacements, d’identifier des mouvements spatiallement et temporellement contrastés et de corréler ces observations aux facteurs pluvio-piézométriques. À court terme, la menace principale indentifiée se situe aux bordures de la partie aval du glissement, toutefois, le  risque d’emballement du glissement dans sa partie aval n’a pas pu être exclu à l’issue de l’étude.

Des solutions de confortement ou de ralentissement du glissement ont été proposées, ces solutions étant à mettre en perspective d’une évacuation définitive d’une partie du quartier.  Dans l’attente, il a été préconisé de procéder à plusieurs évacuations et à la mise à jour du diagnostic structurel du bâti de la zone ainsi que d’inscrire des mesures d’évacuation temporaire pour près de la moitié du quartier lors d’événements météorologiques intenses. Des recommandations pour l’amélioration de la gestion des eaux à l’échelle du quartier ont également été formulées.

Le suivi du glissement de terrain de Foumbouni se poursuit actuellement, avec pour objectif d’affiner la connaissance de sa dynamique et d’améliorer les mesures d’alerte.

Carte structurale de la zone de glissement de Foumbouni proposée à partir d’observations de surface. © BRGM

Carte structurale de la zone de glissement de Foumbouni proposée à partir d’observations de surface. © BRGM

Contexte

Le quartier de Foumbouni à Mtsamboro, au nord de Mayotte, est affecté depuis plusieurs dizaines d’années par de sévères désordres touchant le bâti (112 habitations sur le quartier) et les infrastructures.

Ce quartier couvre une surface d’environ 7 hectares au sein d’un versant côtier présentant une pente moyenne de 8° et délimité latéralement par deux ravines non pérennes.

Les premiers témoignages faisant état d’instabilités du sol sur le secteur remontent à 2002. En 2013, une première expertise du site pose le diagnostic d’un probable glissement de versant concernant la quasi-intégralité de la superficie du quartier. Début 2014, le cyclone Hellen  marque un tournant dans l’évolution de la situation. En effet, les premiers repères intallés sur le site enregistrent un déplacement pluridécimétrique (jusqu’à 45 cm) en lien avec cet événement. Les dégâts en surface s’accélèrent alors considérablement, imposant la prise de plusieurs arrêtés d’évacutation d’habitations.

Objectif

C’est dans ce contexte que la ville de Mtsamboro a sollicité le BRGM afin de caractériser le glissement impactant le quartier de Fombouni, appréhender sa dynamique, identifier les secteurs exposés et proposer des pistes de réflexion sur les possibilités techniques de sécurisation de la zone.

Programme des travaux

Pour réaliser cette mission, le BRGM a engagé, en 2015, une campagne d’investigations consistant en :

  • un relevé exhaustif de la lithologie et des déformations de surface (181 points d’observations) ayant conduit à l’élaboration d’un catalogue de plus de 1 000 photos géoréférencées ;
  • la réalisation de six forages à une vingtaine de mètres de profondeur dont trois d’entre eux ont été équipés de piézomètres ;
  • la réalisation de quatre panneaux électriques et quatre profils de sismique réfraction ;
  • l’installation d’un réseau de vingt-huit bornes topographiques ;
  • la réalisation de cinq campagnes topographiques sur une période de 17 mois ;
  • le suivi en continu de la piézométrie de la zone.

Résultats obtenus

Les investigations engagées ont révélé le remplissage d’une paléovallée par des alluvions torrentielles, dont l’épaisseur varie d’amont en aval d’une dizaine à une vingtaine de mètres, en déplacement sur un substratum basaltique altéré.

Le suivi topographique, réalisé au cours d’une période à la pluviométrie inférieure à la normale, a mis en évidence des déplacements très contrastés à l’échelle du glissement, à savoir une zone aval présentant des déplacements cumulés d’un dizaine de centimètres et une zone amont avec des déplacements centimétriques inférieurs à la limite de précision. Une saisonnalité des déplacements a également été identifiée, avec notamment une absence de déplacement lors de la saison sèche.

Le suivi piézométrique de la zone a en outre révèlé un lien  entre la dynamique du glissement et le fonctionnement hydrogéologique du secteur.

Cette étude a permis de confirmer l’activité du glissement, d’identifier les zones les plus actives et de corréler les déplacements mesurés aux facteurs « pluvio-piézométriques » sans toutefois permettre de définir un seuil d’activation du glissement, en raison d'une fréquence de relevé topographique insuffisante.

Modèle conceptuel du glissement du Foumbouni. © BRGM

Modèle conceptuel du glissement du Foumbouni. © BRGM

Ainsi, bien qu’aucun glissement de grande ampleur ne soit connu sur le site ou sur l’île dans des configurations analogues, le risque d’emballement du glissement dans sa partie aval a été jugé possible, en particulier pour un épisode pluvieux d’ une période de retour supérieure à dix ans. À court terme, la probabilité de déstabilisation des bordures de la partie aval du glissement est considérée comme élevée, y compris en l’absence de phénomène pluvieux intense.

Des propositions de solutions de confortement ou de ralentissement du glissement ont été faites dans le cadre de l’étude.Toutefois, au regard de la complexité de conforter un tel volume en déplacement, il a été préconisé de mettre ces solutions en perspective avec une évacuation définitive de la partie aval du glissement accompagnée d’une solution de relogement de ses occupants. Il a également été recommandé, dans l’immédiat, de procéder à l’évacuation des bâtiments les plus exposés, de mettre à jour le diagnostic structurel du bâti et d’inscrire des mesures d’évacuation temporaire pour près de la moitié du quartier lors d’événements météorologiques intenses. Enfin, des recommandations pour l’amélioration de la gestion des eaux, à l’échelle du quartier, ont été formulées.

Le suivi du glissement de terrain de Foumbouni se poursuit actuellement, avec pour objectif d’affiner la connaissance de sa dynamique et d’améliorer les mesures d’alerte. Le suivi topographique, densifié depuis octobre 2017, ne montrait aucun déplacement significatif à fin février 2018, malgré une activité pluviométrique particulièrement forte sur cette période. On constate la même d’absence d’évolution au niveau des repères installés sur le bâti endommagé. L’objectif final est de définir une loi de transfert pluviométrie-piézométrie-déplacement par modélisation inverse et ainsi déterminer des seuils « pluvio-piézométriques » d’activation du glissement.

Partenaires

Ville de Mtsamboro

Direction de l’Environnement de l’Aménagement et du logement de Mayotte

BRGM - 3 avenue Claude-Guillemin - BP 36009 45060 Orléans Cedex 2 - France Tél. : +33 (0)2 38 64 34 34