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La corniche de l’Esterel et ses roches rouges constituées de rhyolites permiennes, roches volcaniques (Anthéor, Var, 2007). © BRGM - François Michel

Érosion des falaises en Provence-Alpes-Côte d’Azur : étude géologique et sociologique

19.10.2017
Sur les côtes littorales françaises, qui s’étendent sur 7 500 km de long, le nombre d’habitants permanents a augmenté de 26% en vingt ans, passant de cinq millions et demi en 1986 à sept millions en 2006. Avec 361 habitants/km², la situation sur la façade méditerranéenne est très marquée, notamment dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), où 80% de la population vit sur les seuls 20% du territoire littoral de la région.

 Exemple d’urbanisation de type villa individuelle avec piscine sur les falaises côtières du littoral de la Côte Bleue (Bouches-du-Rhône).  © Claeys

 Exemple d’urbanisation de type villa individuelle avec piscine sur les falaises côtières du littoral de la Côte Bleue (Bouches-du-Rhône).  © Claeys

Contexte

Or les falaises méditerranéennes reculent, lentement mais sûrement. Les éboulements de falaise font donc peser un risque croissant sur la population résidant à proximité du littoral.

La DREAL et la région PACA ont sollicité le BRGM pour étudier, en partenariat avec le Cerege (Centre européen de recherche et d’enseignement en géosciences de l’environnement), Geoazur et le LPED (Laboratoire population environnement développement), l’érosion des falaises du littoral de la région PACA et analyser le sentiment des riverains face à ce phénomène d’érosion côtière en couplant des approches géologique et sociologique.

Objectifs

Le projet VALSE, pour Vulnérabilité et Adaptation pour Les Sociétés face aux Erosions de falaises côtières en région Provence-Alpes Côte d’Azur, a pour objectif d’améliorer la compréhension des processus mécaniques d’érosion, en domaine microtidal (hauteur de marée inférieure à 2 m), de manière à caractériser le recul du trait de côte rocheux.

Interdisciplinaire, il intègre également une analyse sociologique de la vulnérabilité des populations riveraines et de l’adaptabilité des territoires face aux changements globaux par l’analyse des discours et pratiques des riverains et des gestionnaires locaux.

Programme des travaux

Le projet s’est déroulé en plusieurs étapes :

  • l'aléa éboulement a été évalué en cartographiant le recul des falaises au cours du 20ème siècle sur l’ensemble de la côte de la région PACA, en valorisant les archives d’orthophotos du CRIGE (Centre Régional de l'Information Géographique) qui remontent sur certains secteurs jusqu’à 1922, notamment sur le secteur de Toulon (Var) ;
  • une étude à l’échelle communale s'est attachée à quantifier les éboulements de falaise pour la commune de Carry-Le-Rouet dans les Bouches-du-Rhône - connue pour être un des lieux vulnérables du littoral de la Région avec des événements d’éboulements récents - sur la base de Scans Laser bisannuels ;
  • un suivi photogrammétrique stéréo terrestre le long d'une section de falaise a permis de mettre en évidence des événements d’éboulements qui n’avaient pas été datés et d’approcher une loi magnitude-fréquence (relation entre le volume des éboulements et la fréquence avec laquelle ils se produisent) ;
  • des mesures environnementales (météo) et géophysiques (panneaux électriques) ont été acquises pour cerner les causes probables des éboulements telles que les variations des niveaux d’eau ;
  • l’analyse sociologique de la vulnérabilité a été réalisée dans le cadre de ce projet par le laboratoire LPED et a permis une approche interdisciplinaire des représentations sociales du risque d’instabilité de falaises par les habitants. Une analyse qualitative (entretiens) et quantitative (enquête par questionnaire) a été conduite. Les résultats de cette analyse ont été croisés avec les lieux d’habitation et les éboulements catalogués.

Résultats obtenus

Pour répondre à la problématique générale du projet VALSE, le volet érosion côtière a été étudiée à différentes échelles de temps et d’espace :

  • morphologie côtière de l’érosion quaternaire : l’analyse morphométrique multi-échelles a permis la compréhension de l’érosion régionale (région PACA) en montrant une forte corrélation entre la géométrie côtière et les grands accidents tectoniques ;
  • érosion à l’échelle quaternaire : la géochronologie a permis de mieux comprendre  la dynamique de formation des plateformes marines (Côte Bleue-13). Ainsi, à l’échelle plurimillénaire (Holocène), l’action de la dernière transgression marine associée à des tempêtes de surcotes exceptionnelles serait à l’origine d’une érosion significative d’une côte régionale altérée par des processus subaériens. Cette action combinée aurait permis d’installer des plateformes marines de plusieurs dizaines de mètres de largeur tout en déplaçant des méga-blocs de 33 tonnes de plus de 3 m NGF (Nivellement Général de la France) ;

Plateformes marines de la Côte-Bleue (site d’étude du massif de la Nerthe). a, b, c, d - Plateformes d’érosion présentes sur le niveau marin actuel. e et f- Surfaces d’érosion anciennes localisées au-dessus du niveau marin actuel (12 à 40 m d’altitude). © Giuliano
Plateformes marines de la Côte-Bleue (site d’étude du massif de la Nerthe). a, b, c, d - Plateformes d’érosion présentes sur le niveau marin actuel. e et f- Surfaces d’érosion anciennes localisées au-dessus du niveau marin actuel (12 à 40 m d’altitude). © Giuliano

  • érosion à l’échelle séculaire : la comparaison des orthophotographies aériennes (1922-2011) a montré que la tendance évolutive de la côte depuis le 20ème siècle serait principalement régie par l’action des forçages annuels. Les précipitations généreraient une érosion totale légèrement plus importante sous la forme de chute de blocs et de reprise des glissements de terrain préexistants, alors que l’action des tempêtes engendrerait une érosion plus localisée en incisant de manière plus prononcée l’intérieur des criques et des sous-cavages. Toutefois l’ampleur de cette érosion reste relativement faible (vitesse de l’ordre du millimètre à quelques centimètres par an) et s’apparenterait plutôt à la production d’évènements précurseurs (‘‘bruit de fond’’) qu'à une rupture plus conséquente des milieux rocheux ;
  • érosion à l’échelle annuelle : les levés lidar embarqués sur bateau ont permis d’estimer de manière plus fine le taux d’érosion au niveau des falaises de Carry-le-Rouet (13).  Ce taux d’érosion a été estimé à 1,1 cm/an et une relation reliant les dimensions des cicatrices de rupture aux volumes éboulés a été proposée.

 (a) Lidar embarqué sur bateau– (b) Nuage de points issu du levé Lidar – (c) Analyse différentielle entre deux levés Lidar. © BRGM

Quantification de l’érosion sur les falaises côtières de Carry-le-Rouet (Bouches-du-Rhône) : (a) Lidar embarqué sur bateau– (b) Nuage de points issu du levé Lidar – (c) Analyse différentielle entre deux levés Lidar. © BRGM

Le volet sociologique a principalement mis en évidence trois axes de réflexion :

  • vulnérabilité environnementale et/ou socioéconomique : l’analyse spatialisée des données socio-économiques de la commune de Carry-le-Rouet tend à montrer une absence de cumul de handicap entre exposition au risque d’érosion et situation socio-économique. Ce résultat corrobore la thèse d'Ulrich Beck (1986), selon laquelle l'exposition au risque dans notre société contemporaine n'est plus toujours corrélée à l'exposition aux vulnérabilités socio-économiques ;
  • influence de la proximité spatiale et de la visibilité des évènements sur leur connaissance par les riverains : les enquêtés qui habitent  près des zones à risque (170 m à vol d’oiseau) ont une bonne mémoire des éboulements survenus et sont plus sensibles à leur exposition que les enquêtés résidant dans des habitats éloignés de 170 m et plus des zones à risque ;
  • connaissance du risque ne vaut pas acceptation :
    • les riverains enquêtés préconisent la réalisation de travaux de confortement des falaises, s'inscrivant en cela dans une culture du risque définie par l'anthropologue Mary Douglas comme anthropocentrée et techniciste ;
    • ils tendent à une minimisation de leur rôle dans le processus d'érosion. Presque tous considèrent que l’érosion a des causes naturelles (99,1%), et seulement 48% pensent qu’elle peut aussi avoir des causes anthropiques ;
    • les enquêtés procèdent majoritairement à un report de responsabilité en réclamant une prise en charge technique et financière des travaux de confortement par les  collectivités locales ou l’État.

PARTENAIRES

DREAL PACA, Région PACA

CEREGE, GEOAZUR, AMU/LPED

RAPPORT PUBLIC

BRGM/RP-64069-FR - Projet VALSE : Vulnérabilité et Adaptation pour les Sociétés face aux Érosions de falaises côtières en région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Télécharger le rapport

BRGM - 3 avenue Claude-Guillemin - BP 36009 45060 Orléans Cedex 2 - France Tél. : +33 (0)2 38 64 34 34