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L'évapotranspiration, sur le fleuve Oyapok, près du village de Camopi, en Guyane. En région tropicale en moyenne près des 2/3 des eaux précipitées sont évapotranspirées par la végétation (Camopi, Guyane, 1995). © BRGM - Patrick Lachassagne

Le changement climatique en Guyane : impacts potentiels, aléas, pistes d’adaptation

01.09.2013
La Guyane, et plus largement la région amazonienne, ne sont évidemment pas à l’abri des effets du changement climatique global, dont certains impacts sont parfois déjà observés. Il ressort des travaux coordonnés par le BRGM que les incidences possibles pour la Guyane sont multiples et pourraient concerner les ressources (eau et énergie), les risques naturels (érosion-submersion marine, inondation, mouvement de terrain), la biodiversité (terrestre et marine), l'agriculture et la pêche, l'urbanisme ou encore la santé.

Contexte

Notre planète subit actuellement une période de réchauffement climatique global, lié aux émissions, depuis le début de l’ère industrielle, de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Dans son quatrième rapport (2007), le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) montre qu’il aura inévitablement certains impacts sur notre environnement.

La Guyane, et plus largement la région amazonienne, ne sont évidemment pas à l’abri de ces changements dont certains sont parfois déjà observés. Ainsi, la température moyenne annuelle y est passée de 26°C en 1955 à plus de 27°C en 2009.

Graphique représentant l'augmentation du niveau de la mer au large de la Guyane depuis 1993 (INFOLITTORAL)

Augmentation du niveau de la mer au large de la Guyane depuis 1993 (INFOLITTORAL).

Devant ces constats, il est apparu nécessaire d’établir un bilan des connaissances et d’identifier la vulnérabilité de la Guyane face au changement climatique, en tenant compte de ses spécificités géographiques, économiques et culturelles.

Objectifs

Ce projet vise à préciser les aléas climatiques et à évaluer les impacts potentiels en fonction de scenarii raisonnables du changement, ainsi qu’à proposer des mesures d’adaptation envisageables en fonction des menaces et des opportunités pour le territoire.

Résultats

Pour mener à bien cette étude, le BRGM s’est en particulier appuyé sur la consultation d’experts scientifiques de différents organismes (IRD, CNRS, CIRAD, Institut Pasteur, IFREMER….), afin de :

  • recenser les changements déjà observés et les aléas possibles, en fonction des projections d’évolution du climat au niveau international et des projections régionales établies par Météo France ;
  • caractériser les effets potentiels attendus sur les systèmes socio-économiques et naturels ;
  • mener une réflexion en matière de pistes d’adaptation.

Il ressort de cet exercice que les incidences possibles pour la Guyane sont multiples et pourraient concerner : les ressources (eau et énergie), les risques naturels (érosion-submersion marine, inondation, mouvement de terrain), la biodiversité (terrestre et marine), l'agriculture et la pêche, l'urbanisme ou encore la santé. Il est donc nécessaire de connaître, d'anticiper ces changements et de mener une réflexion sur les pistes d'adaptation afin de réduire la vulnérabilité du territoire et des activités humaines.

A titre d'illustration, Météo France, à l’aide de son modèle de simulation “ARPEGE-CLIMAT”, a réalisé plusieurs projections mesurant l’évolution des précipitations et des températures maximales sur des périodes de plus de cinquante ans. Quelle que soit la saison considérée, la température maximale augmentera de 1° à 2°C pour la période 2050-2070. Il faut rappeler que la température en Guyane a déjà augmenté de 1,36°C entre 1955 et 2009.

Concernant l'impact sur le milieu marin, l'IFREMER insiste sur la baisse des volumes des ressources halieutiques ces dernières années, attribuée à une surexploitation générale et à des variations environnementales impactant le taux de survie des juvéniles. L'augmentation de la température de la mer pourrait modifier l'abondance et la diversité des différentes espèces au sein des écosystèmes. Or, il semble que toutes les espèces ont déjà atteint la limite de leur tolérance à la température des eaux de la Guyane.

Pour l'agriculture, à partir des modèles du GIEC, on peut prévoir pour la zone Amérique du Sud une augmentation des périodes de sécheresse, en intensité, en durée et en fréquence, ainsi que l'intensification des épisodes pluvieux, concentrés sur des périodes plus courtes. Les effets négatifs directs pour l'agriculture seraient liés à la dégradation de la qualité des sols et à la diminution de l'eau disponible à certaines périodes du cycle annuel.

Les écosystèmes forestiers jouent un rôle primordial dans la régulation du cycle de l'eau et du climat régional. Ils contribuent, dans une certaine mesure, au stockage des gaz à effet de serre. Le couvert forestier, et les nombreux services environnementaux, sociaux et économiques qu'il rend, pourrait donc être menacé d'ici à quelques dizaines d'années. Il convient donc que l'aménagement du territoire prenne en compte sa capacité d'adaptation aux modifications futures du climat.

Sur le littoral, l’élévation du niveau de la mer qui, selon les scénarios, serait comprise entre 0.18 et 0.59 m à la fin du 21ème siècle, aggraverait le risque de submersion de la côte. Dans ces conditions les niveaux marins extrêmes retenus pour élaborer les PPR (Plans de Prévention des Risques), pourraient être plus fréquemment atteints. L’élévation du niveau marin pourrait également affecter les écosystèmes côtiers et en particulier la mangrove. Cependant, ces hypothèses nécessitent encore de nombreux travaux pour être validées et pour évaluer l’étendue des zones qui seraient impactées. Dans tous les cas, l’aménagement du littoral guyanais doit dès aujourd’hui tenir compte de cette vulnérabilité.

C’est, plus largement, la question de l’évolution des risques naturels qui se pose. Une amplification des évènements extrêmes, et notamment des fortes pluies, pourrait accentuer les risques d’inondations et de mouvements de terrain. Cependant, l’étude de l’évolution de ces risques nécessite beaucoup de précautions en raison des effets conjoints du changement climatique et du développement de l’urbanisation, corrélé à la déforestation des collines.

Enfin, si l’existence de périodes d’étiages plus marquées se confirmait, cette situation, couplée à une élévation du niveau marin, pourrait favoriser des remontées du front de salinité plus importantes qu’actuellement. Cela nécessiterait alors d’adapter le réseau de distribution d’eau potable et de prévoir des ressources alternatives.

Graphique représentant l'évolution des températures observées par Météo France en Guyane entre 1955 et 2009

Évolution des températures observées par Météo France en Guyane entre 1955 et 2009. © BRGM

PARTENAIRES

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  • ADEME Guyane
  • Conseil Régional Guyane
BRGM - 3 avenue Claude-Guillemin - BP 36009 45060 Orléans Cedex 2 - France Tél. : +33 (0)2 38 64 34 34