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Risque de chute de blocs après le passage de l'incendie, autour du village de Muna (Muna, Haute-Corse, 2000). © BRGM - Eric Palvadeau

Cartographie de l’aléa chute de blocs de l’ancienne carrière de Casevecchie (Ville-di-Pietrabugno, Haute-Corse) suite à un éboulement sur la résidence Rosa Verde le 19 octobre 2015

19.10.2017
Le 19 octobre 2015, suite à un épisode orageux intense, un éboulement de 1 200 m3 s’est produit au droit de la résidence Rosa Verde sur la commune de Ville-di-Pietrabugno, située sur les hauteurs de Bastia (Haute-Corse). Il s’agit d’une ancienne carrière d’extraction de roche massive où des habitats collectifs sont situés en pied et en amont des anciens fronts de taille. L’événement n’a pas occasionné de victime mais a entrainé d’importants dommages matériels : bâti endommagé et destructions de plusieurs véhicules. L’ensemble des résidents a été évacué suite à un arrêté municipal, et ce pour une durée indéterminée.

Vue générale de l’éboulement du 19 octobre 2015 (Résidence Rosa Verde, Ville di Pietrabugno, Haute-Corse). © BRGM

Vue générale de l’éboulement du 19 octobre 2015 (Résidence Rosa Verde, Ville di Pietrabugno, Haute-Corse). © BRGM

Contexte

A la demande de la Préfecture de Haute-Corse, un premier état des lieux post-sinistre a été engagé par le BRGM immédiatement après l’éboulement. Ce diagnostic d’urgence a permis d’identifier les causes principales de l’éboulement et a mis en évidence un risque résiduel significatif au droit de l’événement pour les biens et les personnes. L’état des lieux a également mis en évidence des zones d’instabilité persistante, d’ampleur variable, requérant une prise en compte du risque d’éboulement rocheux sur l’ensemble du site de l’ancienne carrière de Casevecchie. Compte-tenu de ces éléments, une étude détaillée de cartographie des aléas « chutes de blocs » et « recul de la tête de la falaise » à l’échelle de l’ensemble du site, a été engagée par le BRGM suite à une sollicitation de la DDTM de Haute-Corse.

Le BRGM a accompagné les services de l’État tout au long de la gestion de l’événement, lors du premier diagnostic d’urgence, dans le cadre de la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle et également pour les actions de communication auprès de la collectivité et des riverains.

Objectif

L’étude vise à réaliser, sur l’ensemble du site, un diagnostic détaillé des risques de chutes de blocs. Incluant des précisions sur l’évènement et le recensement des instabilités rocheuses potentielles, l’objectif final est d’établir une cartographie de l’aléa « chute de blocs » sur la partie basse de la falaise et une cartographie de l’aléa « recul de falaise » sur sa partie haute. Enfin, des prescriptions techniques doivent être proposées et un ordre de grandeur des coûts de sécurisation fourni.

La zone d’étude comprend les résidences en pied de l’ensemble du linéaire de falaise (300 m), la route RD31, ainsi que les terrains et résidences situés en amont de la falaise

Divers points de vue de l’événement d’octobre 2015 montrant la propagation, les risques résiduels et les dommages. © BRGM

Divers points de vue de l’événement d’octobre 2015 montrant la propagation, les risques résiduels et les dommages. © BRGM

Programme des travaux

Le programme de travail a intégré :

  • La sectorisation de la zone pour aboutir à une cartographie de l’aléa et à des prescriptions les mieux adaptées possibles aux conditions spécifiques de chaque secteur.
    Sectorisation de l’ensemble du site permettant d’apporter une réponse adaptée à chaque secteur. © Acula SARL
    Sectorisation de l’ensemble du site permettant d’apporter une réponse adaptée à chaque secteur. © Acula SARL

  • La cartographie géologique, hydrogéologique et structurale détaillée pour l’étude des causes naturelles favorisant les instabilités
    Identification des zones de départs depuis le sol, sur photos drones, sur cordes et au moyen d’un camion du SDIS 2B. © Acula SARL
    Identification des zones de départs depuis le sol, sur photos drones, sur cordes et au moyen d’un camion du SDIS 2B. © Acula SARL

  • Le relevé détaillé des zones de départ potentielles au moyen de photos drones, d’observations en pied de falaise et sur la falaise (descentes sur corde et camion de pompier avec grande échelle, accompagné par le SDIS et le GRIMP 2B).
  • La modélisation 3D sous Surpac de la surface topographique et des principaux plans de discontinuité du massif rocheux en appui à la représentation des parements et la modélisation géométrique des emprises des aléas.
  • La cartographie de l’aléa chute de bloc en s’appuyant sur les recommandations à paraître du Groupe de travail MEZAP[1].
  • La proposition d’une méthode d’évaluation de l’aléa « recul de falaise ».
  • Les préconisations par secteurs et évaluation des coûts de confortement.
  • Les restitutions publiques en mairie avec les riverains, en présence du Préfet, de la DDTM et de l’équipe municipale. 

Résultats obtenus

Les principaux résultats des travaux engagés sont :

  • la compréhension du mécanisme de l’éboulement d’octobre 2015 et l’évaluation précise du risque résiduel sur la base d’une approche naturaliste (géologie, relevés structuraux, collecte des circulations d’eaux de surface et souterraines notamment) et d’hypothèses de fonctionnement mécanique de l’éboulement. L’analyse intègre en particulier une approche géo-mécanique incluant la mise en charge hydraulique du réseau de fractures à l’arrière du parement résiduel à l’éboulement de 2015.
  • la cartographie d’aléa «chutes de blocs » sur l’ensemble du linéaire des anciens fronts de taille  incluant :
  • identification et caractérisation des masses instables à partir d’une sectorisation fine des parements aboutissant à 32 compartiments rocheux / zones homogènes ;
  • évaluation, pour chaque compartiment identifié, de l’aléa de rupture (volume / activité redoutée / délai estimé probable d’occurrence) ;
  • estimation des emprises de propagation à partir de la méthode dite de la « ligne d’énergie » ;
  • définition de l’aléa de « recul de falaise » valorisant la compréhension du fonctionnement à long terme du démantèlement des parements, sur la base notamment du schéma géologique structural.

Cette analyse a permis de définir deux zones d’aléa chutes de blocs (de niveaux « élevé » et « faible ») au niveau des plates-formes inférieures ainsi que deux zones d’aléa de recul en amont des anciens fronts de taille (de niveaux modéré et élevé).

  • la proposition de solutions de gestion du risque comprenant :
    • sur la base de la carte d’aléa produite, des propositions de solutions adaptées à l’échelle de chaque compartiment / secteur identifié (débroussaillage, purges, ancrages, emmaillotages, câbles et filets plaqués, barrière statique grillagée) et à une échelle plus globale (réalisation de merlon pare-blocs et gestion des eaux de ruissellement et d’infiltration en amont des fronts de taille notamment).
      Cartographie de l’aléa chute de bloc et recul de falaise.  © BRGM
      Cartographie de l’aléa chute de bloc et recul de falaise.  © BRGM

    • une évaluation des coûts globaux de mise en sécurité du site (hors prescriptions particulières comme celles liées à la présence d’amiante dans les roches constitutives des parements rocheux, ou à la complexité globale d’un tel chantier qui peuvent considérablement augmenter le budget).

Du point de vue des contraintes environnementales, la zone est marquée par un niveau d’aléa de niveau « faible », concernant la présence d’amiante. L’examen de terrain a mis en évidence, au niveau des blocs éboulés, des surfaces tapissées de fibres d'actinolite-amiante. La présence de ces fibres impose, au regard de la règlementation (Guide de prévention INRS ED6142 de sept. 2013), des dispositions spécifiques en matière de travaux, pour la protection des personnels exposés notamment.

Fibres d’amiante sur blocs éboulés © BRGM

Fibres d’amiante sur blocs éboulés © BRGM

RAPPORT PUBLIC

BRGM/RP-65916-FR - Cartographie de l'aléa chute de blocs de l'ancienne carrière de Casevecchie (Ville-di-Pietrabugno, Haute-Corse) - Télécharger le rapport

 



[1]   MEZAP : groupe de travail national réuni sous l’autorité du Ministère chargé de l’Environnement pour la détermination d’une MEthodologie de Zonage de l’Aléa chute de Pierres, piloté par IRSTEA.

 

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