Pierres du patrimoine bâti de Corse

Sphinx pétrifié ou habitation troglodyte aménagée dans le tafoni d’une boule de granite. L’oriu de Cani comme tous les orii de la région entre Chera, Figari et Bonifacio ne lassent pas d’intriguer.
Contexte de réalisation
La Collectivité Territoriale de Corse et l'Etat ont inscrit au contrat de Plan la mise en valeur du patrimoine bâti de l'intérieur de l’île comme objectif prioritaire, visant à affirmer l'identité culturelle de la Corse, tout en favorisant l'attractivité touristique, en améliorant le cadre de vie des habitants et en soutenant l'activité des professionnels du bâtiment et des artisans tailleurs de pierre. Cette action ne vise pas tant les monuments historiques mais surtout ce qu’on appelle le "petit patrimoine bâti" ou patrimoine de proximité, à savoir les moulins, maisons traditionnelles, bergeries, fontaines, anciennes routes pavées, murettes de soutènement des chemins et des terrasses, etc.
C’est un patrimoine très riche, très ancien, omniprésent et attachant. C’est malheureusement aussi un patrimoine très vulnérable, d’une part à l’érosion mais surtout aux restaurations dites "malheureuses" : trop souvent en effet, faute de connaissances et/ou de moyens, les propriétaires ou les édiles remplacent sur le toit les lauzes ("teghie") de granite ou de schiste par des briques rouges ou de la tôle ondulée et, dans les murs, la pierre de taille locale (les "quadris") d’origine, par des parpaings ou (dans la meilleure des intentions) par des granites d’un rose exotique (provenant de la seule carrière autorisée disponible, à l’autre bout de la Corse) qui jurera "à vie" avec le gris du granite autochtone qui "labellise" les autres maisons du village.
Dans ce cadre, l’Office de l’Environnement Corse (OEC) a noué avec le BRGM depuis 1999 un partenariat pour identifier techniquement les pierres en œuvre dans les différents édifices et repérer les zones susceptibles de fournir des pierres pour les restaurations.
Cette opération est enrichie des expériences menées par l’OEC avec des partenaires locaux et extérieurs, notamment dans le cadre de programmes européens.
Baracun (borie) du Causse de Bonifacio
Objectifs
Ils sont triples :
- identifier (s’il y a lieu) et argumenter techniquement une culture du paysage bâti en Corse, se déclinant par micro-régions ou micro-terroirs ayant chacun des caractéristiques spécifiques (une sorte de "label ou d’AOC du patrimoine bâti") ;
- ensuite, sensibiliser à cette réalité les acteurs de l'évolution du paysage bâti, notamment les collectivités locales, les professionnels du bâtiment ;
- enfin, définir les moyens de maintenir au quotidien les caractéristiques traditionnelles de l'environnement bâti, tout en s’adaptant aux réalités actuelles (urbanisation des sites anciens d’extraction les rendant inaccessibles ; dispositions du Code de l’Environnement relatives à l’extraction de pierres de faible volume pour les besoins de restauration).
Programme des travaux
Le travail a consisté d’abord, pour chaque micro-terroir sélectionné par l’OEC, à rechercher et compiler la documentation existante (inventaires des priorités listées par l’OEC ou ses partenaires, projets de réfection de sentiers de découverte, rapports techniques, sources historiques, guides touristiques, bases de données notamment la base Mérimée des monuments inscrits et classés du Ministère de la Culture, la base Monumat du LRMH et du BRGM, etc.
Sur le terrain, le géologue rencontre ensuite les personnes ressources (édiles, administrations, chercheurs, érudits, propriétaires d’édifices à caractère patrimonial…), puis il inventorie les pierres en œuvre dans les différentes constructions (inscrites et classées ou non) soit dans les villages soit le long des sentiers. Il en fait, en même temps, un reportage photographique. On établit ainsi une typologie du bâti par village ou groupe de villages, fondée sur la nature des pierres en œuvre, leur couleur etc. Enfin, on s’efforce de retrouver les sites d’extraction d’origine et de repérer des sites pouvant fournir des pierres compatibles pour les restaurations.
Résultats obtenus
À ce jour, l’OEC et le BRGM ont réalisé un inventaire détaillé du patrimoine bâti et des ressources pour restaurations de quatre premières microrégions :
- Castagniccia (1999) ;
- Alta Rocca (2005) ;
- Balagne (2006) ;
- Bouches de Bonifacio (2009‐2010).
Le BRGM a participé à plusieurs éditions de la Foire de la Pierre de Lumio (en Balagne) et à diverses réunions publiques, qui ont permis de sensibiliser les élus et les autres acteurs.
L’année 2011 sera consacrée à la réalisation de supports de communication sur les résultats.
Partenaire
Office de l’Environnement de la Corse (OEC)
RAPPORTS PUBLICS
- BRGM/RP-53162-FR - "Les pierres des édifices remarquables de l'Alta-Rocca, singularités et héritages en Corse du Sud. Rapport final" - Télécharger le rapport
- BRGM/RP-54540-FR - "Les pierres des édifices remarquables de la Balagne (Haute-Corse). Rapport final" - Télécharger le rapport






