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PRESENTATION : historique de la pollution saline

La pollution par les chlorures a longtemps représenté la cause principale de la dégradation de la qualité de l'eau de la nappe phréatique d'Alsace, une ressource en eau majeure (une des plus grandes ressources en eaux souterraines d'Europe avec un volume estimé à environ 35 milliards de m 3 ), d'une eau potable sans traitement préalable lorsqu'elle n'est pas affectée par des pollutions anthropiques. L'objectif d'une reconquête de la qualité de la nappe d'Alsace pour qu'elle soit à nouveau partout potable sans traitement préalable est d'ailleurs affiché clairement par les collectivités locales, le SDAGE et el SAGE Ill-Rhin-nappe.

La pollution

En 1975 plus de 130 km² de surface de la nappe étaient affectés d'une salinité dépassant 200 mg/l, la limite de potabilité de l'époque (elle est aujourd'hui harmonisée au niveau européen à 250 mg/L). Cette pollution saline (souvent simplement appelée «  salure de la nappe  »), en dehors de quelques sources naturelles, industrielles ou agricoles, était en grande majorité due aux rejets des mines de potasse d'Alsace (MDPA) : rejets directs en rivière et surtout dissolution par la pluie des terrils de résidus salés.

En effet au cours de près de 100 ans d'exploitation 18 terrils avaient été édifiés avec des déblais de l'exploitation et des résidus du traitement du minerai extrait qui contenait 25 % de chlorure de potassium (minerai de potasse) pour 65 % de chlorure de sodium (sel gemme ou sel de cuisine). Ces terrils avaient été édifiés entre 1913 et 1960 sur des terrains naturels sans étanchement, le lessivage du sel par les pluies entraînait les chlorures vers la nappe toute proche. Jusqu'en 1933 les résidus de sel étaient entreposés sur les terrils sous forme solide, puis avec la création d'un petit canal ouvert de 16 km de longueur jusqu'au Rhin, le «  saumoduc » , le sel a été rejeté dans le Rhin sous forme de saumure jusqu'en 2003, date de l'arrêt définitif de l'exploitation.

Il résultait de l'infiltration des terrils des panaches de pollution saline de la nappe, langues salées de plus de 30 km de longueur et 2 km de largeur dépassant largement la ville de Colmar, dont les puits de captage d'eau potable ont failli atteindre la limite de potabilité en chlorures. Par ailleurs les rejets de saumures dans le Rhin par le saumoduc entraînaient une salinité excessive des eaux du Rhin qui provoqua un contentieux international avec les producteurs d'eau hollandais qui utilisent l'eau du Rhin avant qu'il ne se jette en mer.

Les actions entreprises

En 1976, est signée la Convention de Bonn (puis son protocole additionnel de 1991) qui prévoit une limitation des rejets de sel au Rhin en période d'étiage et le stockage temporaire de sel sur aire étanche.

En 1975, les MDPA, en liaison étroite avec la Commission Interservices de contrôle des rejets des MDPA mise en place par le préfet du Haut-Rhin, ont entrepris des actions pour supprimer les rejets dans le réseau hydrographique superficiel et pour réhabiliter la nappe phréatique.

Depuis 1989, un programme volontariste de neutralisation des terrils , qui a coûté près de 60 millions d'euros, a permis d'améliorer notablement la situation. Les travaux de dépollution se sont déroulés suivant une stratégie couchée sur le papier par la DRIRE mais élaborée de façon exemplaire au sein de la Commission interservices qui comprend DRIRE, DIREN, Agence de l'eau, DDAF, MDPA, BRGM et collectivités locales (Conseil régional, Conseil général du Haut-Rhin et Communauté de communes du bassin potassique puis de l'agglomération de Mulhouse).

Les premières mesures ont été prises pour les cours d'eau : arrêt des rejets salés dans l'Ill et ses affluents, impliquant la canalisation des eaux de ruissellement des terrils vers le saumoduc ; rejets dans le Rhin des saumures issues du traitement du minerai et des travaux de dépollution, en conformité avec les directives de la convention de Bonn avec éventuellement des stockages provisoires du sel sur aire étanche.

La stratégie pour la nappe phréatique a été de stopper l'alimentation des langues salées avec des puits de fixation à l'aval immédiat des terrils (barrage hydraulique), puis de supprimer les sources de pollution des terrils "salés" par la technique de la dissolution accélérée et de neutraliser les sources de pollution des terrils "peu salés" par des techniques d'étanchement-végétalisation. Parallèlement, il fallait limiter les risques de pollution à partir du saumoduc par entretien préventif et surveillance et reconquérir progressivement la qualité des eaux de la nappe par l'implantation de puits de dépollution. Les mesures et opérations de dépollution ont été mises en oeuvre par l'exploitant et ont été soutenues financièrement par l'Agence de l'eau Rhin-Meuse, le programme FEDER et la Région Alsace pour les actions pilote.

L'efficacité de ces actions a été suivie en continu par des prélèvements sur un réseau de points de contrôle de la qualité des eaux souterraines, et évaluée annuellement par le BRGM pour le compte de l'Agence de l'eau Rhin-Meuse.

Bilan de la dépollution

La partie la plus originale et la plus spectaculaire de ce programme est la dissolution accélérée des terrils très salés, destinée à résorber de façon définitive cette source de pollution. Après des difficultés de démarrage en 1989 cette action prend progressivement de l'ampleur et aujourd'hui la plupart des terrils sont traités. La fin du programme de résorption des terrils est prévue pour 2012, le dernier terril à traiter, Amélie Nord, étant aussi le plus important.

Les opérations de neutralisation et résorption des sources ont entraîné une nette amélioration de la situation, surtout dans les couches superficielles de la nappe d'Alsace, et la surface affectée par la salure est aujourd'hui inférieure à 50 km².

Il faut souligner aussi le progrès dans les connaissances sur la géologie et l'hydrogéologie du secteur, capitalisées par le suivi des opérations et de leur impact sur la nappe par le BRGM depuis 1975. Ainsi, les opérations de dépollution ont-elles été progressivement optimisées en fonction des connaissances acquises. Les travaux de modélisation menés par le BRGM indiquent que la nappe phréatique sera largement débarrassée de la problématique des chlorures en surface d'ici 2015 et en profondeur d'ici 2027, échéances posées par la Directive cadre européenne sur l'eau (DCE).

Aussi était-il temps aujourd'hui, à un peu plus d'un an de la mise en liquidation des MDPA, et dans la perspective des défis lancés par la DCE, de consacrer une manifestation à l'historique de cette dépollution menée de façon exemplaire par un industriel en concertation avec l'administration et les acteurs locaux.

 

 

BRGM - Service géologique régional d'Alsace - Parc Club des Tanneries - 15, rue du Tanin - Lingolsheim - 67834 Tanneries - Tél.: 03 88 77 48 90