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Extrait du rapport de Ch
Deville (juillet 1843) relatif au tremblement de terre qui a affecté
la Guadeloupe le 8 février 1843 :
<< Sur une infinité
de points, l'ondulation dont nous avons déjà parlé
s'est parfaitement fait sentir, sans qu'il s'y soit déterminé
aucune solution de continuité. Ce fait prouve une certaine élasticité
dans le sol : mais là, où la violence du choc a vaincu la
résistance du terrain et cette élasticité, il y a
eu fissure ou crevasse longitudinale. Ces fentes ont beaucoup varié
en largeur et en étendue ; on en peut suivre quelques-unes sur une
très grande longueur. Elles constituent le fait le plus commun,
celui auquel se rattachent proprement presque tous les autres.
(...)
On peut distinguer deux sortes
de ces fentes. Les unes ont seulement crevassé le sol, et ne peuvent
être considérées par tout le monde que comme de simples
effets d'écartements. Elles se trouvent d'ailleurs partout, dans
les montagnes comme dans les plaines.
D'autres ont projeté
de l'eau et des matières boueuses à une hauteur qui paraît
avoir atteint 1,5 m. Je sais que quelques personnes ont voulu voir dans
ces dernières les effets d'émissions gazeuses. Mais, outre
que l'on ne peut rien affirmer qui prouve ces émanations, je crois
qu'en examinant avec soin les fissures, et les substances qui en sont sorties,
on peut se convaincre qu'elles ne diffèrent réellement des
premières que par les circonstances du sol où elles se sont
ouvertes.
Tout conduit en effet à
cette conclusion. Ces crevasses se trouvent toutes, sans exception, dans
les lieux bas, et presque au niveau de la mer ou d'une rivière.
(...)
Dans l'île volcanique
de la Guadeloupe (...) C'est uniquement et sans exception dans ce terrain
dalluvions que se sont ouvertes les fentes d'où sont sorties des
matières boueuses. Comme à la Grande-Terre, ces fentes ont
été innombrables sur tout le versant oriental de la Guadeloupe,
depuis Sainte-Rose jusqu'à Capesterre. (...) Mais dans toutes ces
localités, sans en excepter aucune, les substances projetées
ont consisté en une boue argileuse, extrêmement ténue,
de couleur variant du jaune sale au brun plus ou moins foncé (...)
Sur les bords de la Lézarde,
cours d'eau assez considérable, (...) des fissures dans la plaine
alluviale qu'elle traverse ont rejeté un sable de transport, parfaitement
semblable à celui qu'elle a laissé dans quelques parties
de son lit abandonnées.
(...)
Quoi qu'il en soit, en examinant
les traces laissées par la catastrophe du 8 février, il est
aisé de se convaincre que les plus grands désordres ont eu
lieu généralement sur les terrains les plus meubles, et les
plus facilement désagrégeables.
(...)
Ce sera, en premier lieu, la
malheureuse Pointe-à-Pitre qui, comme tout le monde le sait, était
presque exclusivement bâtie sur un terrain de rapport, fait de main
d'homme sur une base argileuse ou marneuse, peu stable elle-même
; dont les maisons élevées, construites en général
avec peu de soin, offraient à peine de légères fondations.
Ce seront les bourgs du Moule, du Canal, de Sainte-Anne, de Joinville,
bâtis sur des cayes madréporiques ou sur un sable calcaire
à peine agglutiné ; ceux de Sainte-Rose, du Lamentin, et
surtout du Petit-Bourg qui reposaient au bord de mer sur un terrain d'alluvions
sans consistance. Ce seront les vallées alluviales de la Lézarde,
de l'Osteau, de la Petite-Plaine, dont les sucreries offrent les plus grands
exemples de destruction. Ce seront enfin les fissures considérables
qui ont lézardé et bouleversé les plages de sable
à peine agrégé qui forment l'anse Allègre,
à Sainte-Rose ; l'anse de la Grande-Plaine, à la Pointe-Noire
; les environs de Saint-Louis, à Marie-Galante, et même le
mouillage de la Terre-de-Haut, aux Saintes.
A la Basse-Terre, les deux seules
maisons qui se soient presque écroulées au moment de la secousse,
se trouvent sur le cours et sur un terrain de rapport. Une foule d'habitants
actuels se rappelle avoir vu une flaque d'eau sur l'emplacement des maisons
détruites. >> |